‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 289 sur 459 · SUR LE PROJET DE LEVÉE EN MASSE · texte numérisé non relu

SUR LE PROJET DE LEVÉE EN MASSE

dons rien de la vigueur nationale, mais combinons-la de telle sorte, que le succès couronne ses efforts.

Il est incontestable que tous les Français en réquisition ne peuvent se porter en même temps sur le même point. (1) — Nous n'avons pas encore besoin du levier d'Archimède pour faire sortir nos ennemis du territoire qu'ils ont envahi. (2) La Convention nationale qui régit les intérêts du peuple, doit consulter son enthousiasme, et ensuite exécuter. Le peuple vous a confié sa force ; la raison veut que vous la dirigiez avec régularité. (3)

Le Comité de salut public n'a pu tout calculer à la fois. La multiplicité de ses opérations l'empêche trop souvent de mûrir ses rapports. — Il faut renvoyer à sa propre révision les mesures qu'il vous a présentées.

Nous sommes tous convaincus que, quel que soit le mode adopté, il y aura des frottements. N'altérons pas le principe que tout Français doit mourir, s'il le faut pour la liberté, et qu'il doit être toujours prêt à marcher contre les ennemis extérieurs et intérieurs de sa patrie; mais considérons que pour marcher, il faut des armes et du pain. (4) — Or, avezvous assez d'armes et de pain pour faire jnarcher à la fois tous les Français? — Non, sans doute. (5) — Il faut donc combiner leur piarche progressive (6) en raison de la quan-

(i) Add. Chr. de Paris : « Il est certain que nous n'avons pas encore besoin de faire marcher à l'ennemi 25 millions de Français ; Merc. un. d'ailleurs il faut une arrière -garde. » — Var. Chr. de Paris : « Il faut une arrière-garde à la Nation. »

(2) /. de Perlet : « ... pour expulser nos ennemis du sol de la liberté. »

(3) Add. Chr. de Paris . « Vous avez la loi à la main; il faut que rien ne vous résiste; le peuple veut marcher, mais il faut de la régularité dans sa marche. »

(4) Chr. de Paris : « N'altérons pas le principe décrété que le peuple doit se lever tout entier; mais encore une fois, il faut des armes, du pain et de l'ordre. » /. de Perlet : « Il est ridicule de faire lever 25 millions d'hommes auxquels on ne pourrait donner ni des armes, ni du pain. » Merc. un. : « Vous ne devez pas vous le dissimuler, il faut des armes et du pain, et vous ne pouvez, sur-le-^hamp, en offrir pour huit millions d'hommes. »

(5) Add. Merc. un. : « Je dis plus ; vous n'en n'avez pas besoin, le peuple ne peut ainsi se lever en masse. »

(6) Mon. : « ... leurs marches progressives,... »

tité d'armes et de pain que vous avez à leur fournir.

C'est sur ces trois bases que doit reposer le projet du Comité.

Il vous a présenté de grands cadres à remplir; mais vous avez dû voir qu'il entrait dans sa pensée de rendre cette distribution facultative, et de faire renforcer les points menacés aux dépens de ceux qui ne le seraient pas. (1)

Je demande que le Comité nous présente un plan pour faire marcher une masse assez forte p(yir écraser nos ennemis, et que demain, s ns plus attendre, on décrète et on agisscj'^car il vaut mieux souffrir quelques inconvénients, (2) que de' laisser paralyser l'énergie nationale. (3) (Applaudissements.)

[Après plusieurs observations de Barère, le renvoi demandé par Danton est décrété.]

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