SUR LE RECENSEMENT DES GRAINS
Je sens bien la difficulté d'adopter une loi qui lutte contre toute espèce d'accaparement; mais il faut lui donner des moyens accessoires et terribles; (1) il faut que tout homme qui sera rétentionnaire de grains non déclarés, soit puni d'une peine plus forte que la confiscation; il faut qu'il soit puni de dix années de fers; il faut tout préparer pour fmir glorieusement cette campagne, et nous mettre en mesure d'en entreprendre une autre, s'il le faut. (2) — Le moyen qu'emploient nos ennemis pour nous en empêcher, c'est de faire écouler nos grains. (3) Eh bien ! le seul moyen d'arrêter cet écoulement, (4) c'est de faire un recensement effectif.
Tout ce qui peut sauver le peuple est sacré dans ses résultats. (5) Mettez donc la peine afïlictive à côté de l'injonction. (6) Prenez des mesures larges (7); que des commissaires soient chargés de faire le recensement, et que le Conseil exécutif surveille cette opération.
Je demande que la Convention nationale décrète pour premier principe dans cette matière, qu'il sera fait un recensement général de tous les grains de la République, et, qu'attendu l'urgence, elle charge le Comité de lui présenter demain le mode et la manière d'exercer les réquisitions, en raison de la fertilité des divers départements. (8) On applaudit.)
[La Convention décrète qu'il sera fait un recensement l^énéral des grains de la République. Seront punis de 10 années de fers et leurs grains confisqués, ceux qui... etc.»]
(i) Rép. fr. : « ... vous devez employer des moyens d'exécution terribles. »
(2) Rép. fr. : « Vous devez tout faire pour achever glorieusement cette campagne et pour en commencer, s'il le faut, une seconde plus glorieuse encore. » Add. Merc. un. : « Et pour cela il faut des grains, il en faut pour le peuple. »
(3) Rép. fr. : « Les moyens... consistent à faire écouler nos grains. »
(4) Rép. fr. : « Le seul moyen que vous ayez vous-mêmes de l'arrêter... »
(5) Add. Rép. fr. : « Prononcez l'injonction. >/
(6) Rép. fr. : «... portez la peine afflictive pour le réfractaire. »
(7) Ibid. : « ... que vos mesures soient larges, Add. et proportionnées aux circonstances. »
(8) Rép. fr., J. des Débats : « ... des diverses contrées. » {La proposition de Danton est vivement appuyée.) »
SUR LE PROJET DE LEVÉE EN MASSE D'après le Républicain français (i).
(Convention, mardi matin 20 août 1793.)
[Barère, au nom du Comité de salut public, présente un rapport sur la levée en masse. — Son projet de décret soulève une discussion. Delacroix, Chabot, Tallien, Amar, interviennent soit pour proposer certaines améliorations au plan primitif (par exemple dans le choix des points de concentration), soit pour blâmer l'arrestation des suspects, et proposer leur expulsion. — Gaston dit : « Je vois que dans cette discussion nous sommes tous guidés par les mêmes motifs, que nous ne différons que sur des moyens d'exécution. Il faut donc préciser nos idées et ne pas nous jeter dans des mesures dilatoires et gigantesques qui nous feraient ressembler à Don Quichotte combattant les moulins... » — De longs murmures accompagnent les propositions de Gaston. — Danton prend brusquement la parole pour montrer que le projet du Comité est « mal digéré » en ce qu'il ordonne une levée subite d'hommes, sans que les lieux de rassemblement aient été suflisamment pourvus d'armes et de subsistances. ]
Danton. — Je demande la parole pour une motion d'ordre. (2)
La nature de cette discussion doit vous confirmer cette vérité que si c'est l'énergie qui conçoit les plans les plus vastes, c'est la réflexion qui doit (3) les diriger. (4) Ne per-
(i) Les textes du Républicain français, du Journal des Débats et du Moniteur, à part quelques omissions de ces deux derniers journaux, sont identiques.
(2) Mon. : « Je demande à faire une motion d'ordre. Add. {L'Asseni' blée lui accorde la parole.) »
(3)i^Add. Chr. de Paris : «... le[s] mûrir et ... »
(4) Merc. un. : « Si l'énergie conçoit les grands projets c'est la maturité qui les dirige ... :» J. de Perlet : « Aux grandes mesures, il faut une grande maturité. » Chr. de Paris : « Nous devons ici bien considérer la nature de la discussion. Si l'énergie a fait éclore un vaste plan, la réflexion doit le mûrir et le diriger. »