SUR UNE LETTRE APOCRYPHE
servent contre elle. Il vient de recevoir un imprimé placardé à Lyon pour égarer le peuple contre ses représentants. C'est une lettre attribuée à Danton, mais écrite d'un style si extraordinaire qu'on peut la comparer à la caricature qu'on aurait faite d'un tableau... » (1)]
Danton. — (2) Je crois qu'il est parfaitement inutile de déclarer que je ne suis point l'auteur de cette lettre. J'espère que la Convention nationale reconnaît que je suis un peu plus malin que celui qui l'a écrite. (3)
Certes, jamais je ne désavouerai un langage vigoureux contre les muscadins de Lyon, ni les mesures sévères qu'il faut prendre contre eux; mais je crois qu'il faut en prendre de plus politiques. (4) — Je crois qu'il faut dis-
(i) Voici cette lettre lue par Barère à la tribune :
Copie textuelle et littérale d'une lettre écrite à Dubois-Crancé et trouvée à Grenoble dans un portefeuille qu'il a perdu en quittant la ville.
Paris, le 21 juillet 93.
» Mon cher collègue,
« La fameuse journée du 10 août approche. Il est temps de frapper le grand coup. Il faut enfin que la sainte Montagne triomphe. Je sais que Lyon, cette cité riche et superbe, entre pour beaucoup dans le projet. Emploie toutes les forces dont tu disposes, pour soumettre les rebelles de Lyon. Il faut abandonner le Mont-Blanc, — qu'importe? Dût-on voir les Savoisiens enchaînés deux à deux, point de considérations particulières, point de demi-mesures; il est temps que nous régnions ; il faut absolument soumettre cette ville superbe ; alors toutes les autres tomberont à nos pieds; si l'on ne peut la forcer par les armes, il faut la réduire en cendres.
» Si les cultivateurs crient et demandent à qui ils vendront leurs denrées, dis-leur qu'ils aillent à Constantinople. Surtout, répands les assignats, ne les compte pas; ils se retrouveront à la fin.
» Signé : Danton. »
(2) Add. Merc. un. : « L'Assemblée pensera que je ne dois p£is me disculper sur cette grossièreté. »
(3) Mon., J. des Débats : « Je crois parfaitement superflu de dire que je suis un peu plus malin que cette lettre {Applaudissements.) » Merc. un. : « Si j'eusse écrit cette lettre, j'aurais été un peu plus malin. » Add. Mon., J. des Débats : « Je ne me sers point du style des « Messieurs » de Lyon et je n'ai point de correspondance. » — Var. Merc. un. : « Je n'écrirais pas dans le style des « Messieurs » de Lyon. »
(4) Mon., J. des Débats : « Si j'avais écrit relativement aux conspirateurs de cette cité, j'aurais conseillé des mesures non moins rigoureuses contre les aristocrates, mais plus politiques. » Merc. un. : « Je pourrais écrire des choses plus fortes sur les rebelles de Lyon, mais un peu plus politiques. »
iinguer les hommes qui égarent le peuple, d'avec le peuple lui-même. (1)
Je demande que le procès-verbal contienne la déclaration que je fais (2) que jamais je n'ai entretenu de correspondance ivec Dubois-Crancé.
Plusieurs membres. — C'est inutile ; nous vous croyons.
Danton. — Si j'écris jamais, je ne désavouerai pas plus ce qui sera sorti de ma plume, que je ne désavouerai ce qui est souvent sorti de ma bouche, pour le salut public. (3) (On applaudit.)