L'ÉTABLISSEMENT DU TEXTE
On a pu voir par l'exposé des sources, en face de quelle masse énorme de documents nous nous trouvions. Comment était-il possible de mettre en œuvre ces documents; comment arriver au texte, le plus correct, le moins éloigné du discours réellement prononcé? (2)
Le rôle de l'éditeur était très simple pour ce qui regardait les requêtes aux Conseils du roi, ou les discours revus par Danton et imprimés sous ses yeux. La reconstitution des paroles improvisées aux Jacobins, à la Législative ou à la Convention était beaucoup plus délicate.
Il fallait en premier lieu dresser une liste de toutes les interventions de l'orateur, et, pour y arriver, il n'y avait pas autre chose à faire, après avoir utilisé les tables du Moniteur, des Archives parlementaires, des Procès- verbaux de la Convention, et de la Société des Jacobins, qu'à dépouiller les uns après les autres les journaux dont nous avons donné la liste.
(i) Villain d'Aubigny, Principaux événements , pour et contre la Révolution,... et prédiction de Danton au tribunal révolutionnaire accomplie. An III, 1795, in-80. Bibl. de la Ville de Paris, 31246.
(2) Cf. notre article. Méthode pour une édition critique des discours de Danton dans la revue La Révolution française, n» du 14 février 1909, pp. 105 et suivantes.
INTRODUCTION
Pour chaque intervention, nous avons noté sur une fiche la date du discours (mois, année), le lieu où il a été prononcé, une brève indication de son objet, et l'énumératidn des comptes rendus méritant d'être utilisés, dans l'ordre établi précédemment par notre essai de classification.
A titre d'exemple, nous donnons ici le début de la fiche du discours du 29 octobre 1792, où Danton défendit Robespierre et s'opposa à l'envoi aux départements d'un discours de Roland : .
Lundi, 29 Octobre il 92.
Contre l'envoi d'un discours de Roland aux départements. — défense de robespierre.
Mon. — 31 oct. n» 305.. ^ . .
Réimp. — XIV, 337, 339-340, 341.
2 J. des Débats. — 751-753. »
3 Merc. Un. — 475-476.
Aiid. Nat. — N» 39, 6 (<).
Counr. des 83 dép. — 633-634.
J. de Perlet. — 311.
J. du Soir. — No 39, 4.
Patr, fr. — 497.
Chr. de Paris. - 1218. ' Courr. fr. ^ 4lG. ^ ' Merc. fr. — 90. ' Rev. de Paris. '
Etc..
(i) Pour les recueils à pagination continue nous indiquons seulement le chiffre de la page; pour les recueils à pagination séparée, dans chaque numéro, nous indiquons le chiffre du numéro et la page.
l'établissement du texte • LVII
Parmi les divers comptes rendus, nous avons choisi' celui qui réunissait au plus haut degré l|s qualités d'étendue, d'exactitude, de clarté (c'est en l'espèce lé Moniteur, désigné par le chiffre 1 dans la colonne de gauche) (1); nous avons imprimé ce meilleur texte en entier sous forme de texte courant; nous en avons comblé les lacunes par l'addition en forme de notes de phrases empruntées aux autres comptes rendus, en préférant naturellement les additions provenant des recueils des séries supérieures et moyennes; nous avons complété enfin et précisé la pensée de l'orateur par des variantes tirées des mêmes sources.
Pour plus de simplicité, nous avons employé un signe d'appel identique pour les variantes, les additions et les notes qui figurent au bas des pages. Il n'y aura pas cependant à craindre de confusion : les variantes seront précédées du nom du journal auquel on les empruntera (2), et seront . entre guillemets. Exemple : ■ • .
(o) /. des Débats : « ... de grands germes... »
Les afWîïfons seront précédées de l'abréviation Add. en normande. Exemple :
(o) Add. /. des Débats : « Il s'est trompé sur les mots.» ■
Quant aux notes, elles ne seront point précédées d'un nom de journal et ne comporteront pas de guillemets, ce qui les rendra facilement recdnnaissables. Exemple :
(o) Danton partit en mission le soir même.
Lorsque plusieurs variantes ou additions à" divers passa-'
(i) Les chiffres 2 et 3 qui figurent en face du Journal des Débats et du Mercure universel, indiquent la valeur relative de leur compterendu pour le discours auquel est consacré la fiche.
(2) Ce titre sera abrégé. Cf. l'index des abréviations p. lxih et LXiv.
LVIII INTRODUCTION
ges d'un discours, empruntées à la même source se suivront, nous ne répéteroif^ pas le nom du journal, et nous lui substituerons l'abréviation Ibid.
Le cas se présentera fréquemment d'une variante à une addition, c est-à-dire une phrase manquant au meilleur texte, et rapportée différemment par les textes secondaires. Nous signalerons alors en addition la phrase qui nous semblera préférable, et nous la ferons suivre de ses variantes précédées de l'abréviation Var. en romain. Exemple :
(o) Add. Merc. un. . « ... elle recueillait un grande masse de lumières, et posait ensuite une série de questions. « — Var. /. des Débats : « ... et lorsqu'il y avait une grande masse de lumières, elle délibérait sur une série de questions. »
Lorsque la même phrase comportera plusieurs variantes, nous indiquerons ces variantes les unes à la suite des autres, en les classant suivant leur importance. Exemple :
(o) Rép. fr. : « Il est possible qu'un certain nombre de mauvais sujets... », Mon. : « Il se peut que quelques hommes... », /. des Débats : « Quelques-uns, peut-être... »
Le cas pourra également se présenter d'une addition à une addition. Nous nous contenterons alors de transcrire la seconde addition exactement à la suite de la première, sans faire usage des guillemets. Exemple :
(o) Add. Merc. un. : « C'est une minorité qui achèvera la Révolution après l'avoir commencée. Républicain. Prenez enfin l'attitude imposante qui vous convient; Aud. nat. il est temps de préserver Paris des lâches complots ! »
Lorsque la même variante ou la même addition se trouvera dans plusieurs journaux, les noms de ces divers journaux précéderont la variante ou l'addition. Exemple :
(o) Mon., Rép. fr., Aud. nat. : « Je suis venu vers vous. » OU
(o) Add. Mon., Rép. fr., Aud. nat. : « Je suis venu... »
l'établissement du texte lix
Une même phrase pourra jouer le rôle de variante au début et d'addition à la fin. Le mot à partir duquel l'addition commencera sera précédé de l'abréviation ordinaire Add. sans autre signe. Exemple :
(o) Rép. fr. : « Que l'homme qui conserve encore dans son âme quelque étincelle de feu sacré de la liberté, ne s'éloigne pas du peuple. Add. Soyons peuple nous-mêmes, agissons par le peuple ! »
Enfin le même signe d'appel pourra servir à la fois, à une variante et à une addition empruntées à deux sources différentes; les guillemets en ce cas seront utilisés. Exemple:
(o) Rép. fr. : « Que l'homme qui conserve encore dans son âme quelque étincelle du feu sacré de la liberté, ne s'éloigne pas du peuple. » Add. Mon. : « Soyons peuple nous-mêmes, agissons par le, peuple l »
Telles sont les principales dispositions que nous avons cru devoir adopter.
Quant au choix même des additions et des variantes, il soulevait des difficultés et des problèmes multiples. Il ne pouvait être question, en effet, de relever toutes les additions et toutes les variantes rencontrées. Les unes sont évidemment fantaisistes; au bout d'un certain temps on peut arriver à distinguer les développements qui "sont l'œuvre de journalistes à court de copie, et il serait naïf d'utiliser ces remplissages; les autres sont de simples reproductions: le rédacteur chargé de «faire «l'Assemblée n'a pas assisté à la séance, il s'en tire en transcrivant le compte rendu d'un confrère, après lui avoir fait subir d'insignifiantes retouches. Cette fraude est encore plus délicate à reconnaître, et il faut une grande habitude pour arriver à distinguer l'article original.
Ceci nous amène à parler des relations qui existaient entre les diverses feuilles. Je crois qu'il est impossible d'arriver sur ce point à des données précises. Nous ne connaîtrons jamais parfaitement les liens multiples qui
LX ^ INTRODUCTION
poiivaiemt unir les commanditaires, les administrateurs, les rédacteurs, les journalistes des diverses feuilles. Il est déjà bien difficile de découvrir les bâilleurs de fonds de nos journaux contemporains, comment y arriver pour les périodiques révolutionnaires? (1) Tout ce qu'on peut dire, c'est, en premier lieu, que les trois journaux de la sérié supérieure (Moniteur, Journal des Débats et Républicain français) semblent s'être communiqué souvent leurs notes; en second lieu, que ceux de la série moyenne semblent avoir été très isolés; enfin, en dernier lieu, que les. feuilles de la série inférieure se sont souvent inspirées des comptes rendus de leurs trois grands confrères, . soit en les imitant, soit en les abrégeant.
La véritable sténographie (2) n'existant pas, les reporters du .Moniteur, du Républicain français et du Journal des Débats ont peut-être essayé de s'entendre pour la correction réciproque de leurs épreuves. En tout cas nous pouvons nous montrer d'autant moins affirmatifs que la rivalité de Charles His et de Thuau-Grandville, directeurs du Républicain et du Moniteur, nous est connue.
Enfin un petit problème mérite d'être posé. On sait que les orateurs corrigeaient souvent les notes que les journalistes avaient prises lorsqu'ils parlaient. Danton se souciait fort peu de savoir comment ses paroles étaient reproduites,
( I ) Il semble en effet que ce soit là les deux explications principales d'une entente entre deux journaux : ou bien les rédacteurs ont entre eux.des liens d'amitié de parenté ou d'intérêt, ou bien les deux feuilles 'sont commanditées par le même bâilleur de fonds. — Il y aurait une troisième hypothèse qui dut se présenter aussi quoique plus rarement : la composition des feuilles dans la même imprimerie.
(2) M. Aulard, a décrit l'état rudimentaire des procédés sténographiques dans ses Orateurs... Il y aurait une étude intéressante à faire, et que jusque maintenant on a à peine effleurée sur l'histoire de la sténographie, ses progrès et ses procédés. Les premières publications de Coulon de Thévenot, datent de 1767; nous avons retrouvé d'assez curieuses requêtes, envoyées par lui au Conseil privé, dans le carton V6 1133.