‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 325 sur 459 · SUR LES MATIÈRES D'OR ET D'ARGENT · texte numérisé non relu

SUR LES MATIÈRES D'OR ET D'ARGENT

D'après le Moniteur, le Républicain français et le Journal des Débats. (Convention, primidi 11 frimaire an II (dimanche l»"^ décembre 1793),

[Le Républicain dit : « La Convention est le centre unique du gouvernement, à elle seule appartient le droit de faire des lois; cependant quelques-uns de ses commissaires, en n'écoutant que le zèle révolutionnaire qui les animait, et n'envisageant que le but, sans être arrêté par la ligne de démarcation de leurs pouvoirs, ont cru devoir prononcer la peine de mort contre tout citoyen qui refuserait d'échanger son argent contre les assignats ; ces arrêtés ont été dénoncés et annulés par la Convention. » (1)]

Danton. — Cambon nous a fait la déclaration solennelle, (2) et qu'il faut répéter : c'est que nous avons au trésor public de l'or, de quoi acquérir du pain et des armes, autant que le commerce neutre pourra nous en fournir.

D'après cela, nous ne devons rien faire précipitamment en matière de finances. (3) C'est toujours avec circonspection que nous devons toucher à ce qui a sauvé la République. Quelque intérêt qu'eussent tous nos ennemis à faire tomber l'assignat, il est resté parce que sa valeur a pour base le sol entier de la République.

^ (i) Les députés Laignelot et Lequinio, en mission en Vendée et dans le Finistère avaient envoyé à la Convention, une lettre, lue le 4 frimaire, où ils déclaraient que « la suppression de toute monnaie métallique était essentielle au bonheur de la République ». D'autres part à Toulouse et à Montauban les autorités avaient pris des arrêtés obligeant les propriétaires d'objets d'or et d'argent à les échanger contre des assignats aux caisses de district. Ces arrêtés furent annulés.

(2) Dans le discours qu'il venait de prononcer devant la Convention.

(3) Add. Merc. un. : « Quand des monceaux d'or, dans le trésor public, sont entassés pour payer des armes et pour acheter du pain aux défenseurs de la liberté, il est inconvenant de forcer les citoyens à déposer leur or et leur argent à la Monnaie. »

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Nous pourrons examiner à loisir et méditer mûrement la théorie du Comité. J'en ai raisonné avec Cambon. Je lui ai développé des inconvénients graves dont il est convenu avec moi. — N'oublions jamais qu'en pareille matière, des résultats faux compromettraient la liberté.

(1) Cambon nous a apporté des faits. Des représentants du peuple ont rendu des lois de mort pour de l'argent. (2) — Nous ne saurions nous montrer assez sévères sur de pareilles mesures, et surtout à, l'égard de nos collègues. (3)

Maintenant que tout le fédéralisme est brisé, les mesures révolutionnaires doivent être une conséquence nécessaire de nos lois positives. La Convention a senti l'utilité d'un supplément de mesures révolutionnaires; elle l'a décrété. Dès ce moment, tout homme qui se fait ultra-révolutionnaire donnera des résultats aussi dangereux que pourrait le faire le contre-révolutionnaire décidé. (4) Je dis donc que nous devons manifester la plus vive indignation pour tout ce qui excédera les bornes que je viens d'établir.

Déclarons que nul n'a le droit de faire arbitrairement la loi à un citoyen. Défendons contre toute atteinte ce principe : que la loi n'émane que de la Convention qui seule a reçu du peuple la faculté législative. Rappelons ceux d'entre nos commissaires qui, avec de bonnes intentions sans doute, ont pris les mesures qu'on nous a rapportées, et que nul représentant du peuple ne prenne désormais d'arrêtés qu'en concordance avec nos décrets révolutionnaires, avec les

(i) Add. Républicain : « C'est ainsi que nous devons prévenir toute usurpation du pouvoir législatif. »

(2) Mevc. un.: « Des représentants du peuple ont pris des arrêtés de mort contre quiconque n'apporterait pas son numéraire ou son or dans les caisses publiques. » ^

{3) Add. Rép. fr. : « Tout fonctionnaire, tout représentant ne doit faire que ce que vos lois ont voulu. »

(4) Merc. un. : a ... tout homme qui se fait M//ra-révolutionnaire, c'està-dire qui outrepasse le but, fait autant de mal à la liberté que les contre-révolutionnaires décidés. Aià. Républicain : « ...; dépasser le but, ce n'est pas l'atteindre, c'est le manquer, et nos ennemis sauraient habilement profiter contre nous- mêmes de l'excès de nos vertus civiques. Merc. un. Il est beaucoup d'hommes qui, sous lé masque de l'exagération, échappent aux mesures révolutionnaires. »

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principes de la liberté, et d'après les instructions qui lui seront transmises par le Comité de salut public. Rappelons nous que, Si c'est avec la pique que l'on renverse, c'est avec le compas de la raison et du génie qu'on peut élever et consolider l'édifice de la société. (1)

Le peuple nous félicite chaque jour sur nos travaux; il nous a signifié de rester à notre poste; (2) c'est parce que nous avons fait (3) notre devoir. Rendons-nous de plus en plus dignes de la confiance dont il s'empresse de nous investir; faisons seuls la loi, et que nul ne nous la donne. (4)

J'insiste sur le rappel et l'improbation des commissaires qui ont pris l'arrêté qui vous a été dénoncé. (5)

Enfin, je demande que le Comité de salut public soit chargé de notifier à tous les représentants du peuple qui sont en commission, qu'ils ne pourront prendre aucune mesure qu'en conséquence de vos lois révolutionnaires et des instructions qui leur seront données. (6)

[ Fajau appuie deux des propositions de Danton ; mais veut qu'on laisse plus de latitude aux représentants pour pouvoir atteindre plus sûrement tous les ennemis.]

(i) Merc. un, : « Il faut le dire : si c'est avec la pique nationale que l'on détruit, c'est avec le compas du génie que l'on édifie. »

(2) Rép. fr., J. des Débats : « ... chaque jour il nous demande de rester au poste où il nous a mis. »

(3) Merc. un. : «... bien fait... «

(4) Merc. un. : « Mais soyons dignes d'être ses représentants; sachons faire des lois etqu'ellesémanentdenousseuls.Add.(^/'/>/aMciî5sewew/s.) Rép. fr., J. des Débats Je développerai dans un autre moment ces propositions, mais quant à présent,... »

{5) Add. Merc. un. : « Je demande que les représentants du peuple qui ont pris cet arrêté soient rappelés, que leurs arrêtés soient cassés, que l'on ne puisse suivre que les lois décrétées par nous. »

(6) Merc. un. : « Enfin que l'on ne s'écarte jamais des ordres donnés par le Comité de salut public.

Add. Faisons tous ici le serment que nous voulons sauver la République ou nous anéantir avec elle ; que nous voulons continuer le mouvement révolutionnaire; mais que nous voulons des mesures telles que nous puissions frapper juste pour frapper plus fort, i?^/?!*blicain. Ne laissons pas s'amortir le feu révolutionnaire qui nous embrase ! Frappons toujours avec force mais cherchons aussi à frapder juste ; que la sagesse dirige notre vigueur, et c'est de ces deux éléments que sortira le gouvernement républicain qui consolidera le bonheur du peuple. «

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Danton. — Je suisd'accordsurl'actionprolongée etnécessaire du jnouvement et de la force révolutionnaire. (1) [...]Le Comité de salut public examinera celles (2) qui seront nécessaires ou utiles; et s'il est utile d'ordonner la remise de l'or et de l'argent, sous peine de mort, nous le ratifierons, et le peuple le ratifiera avec nous. Mais le principe que j'ai posé n'en est pas moins constant : c'est au Comité de salut public à diriger les mesures révolutionnaires, sans les resserrer; ainsi tout commissaire peut arrêter les individus, les imposer même; telle est mon intention.

Non seulement je ne demande pas le ralentissement des mesures révolutionnaires, mais je me propose d'en présenter qui frapperont et plus fort et plus juste; car, dans la République, il y a un tas d'intrigants et de véritables conspirateurs qui ont échappé au bras national qui en a atteint de moins coupables qu'eux.

Oui, nous voulons marcher révolutionnairement, dût le sol de la République s'anéantir; (3) mais, après avoir donné tout à la vigueur, donnons beaucoup à la sagesse ; c'est de la combinaison de ces deux éléments que nous recueillerons les moyens de sauver la patrie.

[Sur la proposition de Coupé (4) le renvoi de toutes les propositions au Comité est décrété.]

(i) Rép. fr. : «... sur la prolongation des secours révolutionnaires. » (2) C'est-à-dire probablement les mesures ; le mot devait exister dans une phrase de l'orateur qui n'a pas été rapportée. {3) Rép. fr. : « Oui, soyons révolutionnaires. »

(4) Jacques-Michel Coupé, député de l'Oise à l'Assemblcc législative et à la Convention.

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