‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 324 sur 459 · SUR L'INSTRUCTION PUBLIQUE ET LES FÊTES NATIONALES · texte numérisé non relu

SUR L'INSTRUCTION PUBLIQUE ET LES FÊTES NATIONALES

D'après le Moniteur.

(Convention, aextidi 6 frimaire an II (mardi 26 novembre 1793.)

[La section de Mutius-Scévola [Luxembourg] se présente à la barre. — L'orateur demande que les écoles primaires soient

vengeances nationales n'était point passé. Add. Je veux que la Terreur soit à l'ordre du jour; je veux des peines plus fortes, des châtiments plus effrayants contre les ennemis de la liberté, mais je veux qu'ils ne portent que sur eux seuls. »

(ï) Add- Moti- '• « Je ne conçois pas qu'on puisse ainsi dénaturer mes idées. Il est encore faux que j'aie parlé d'un essai de gouvernement républicain. »

(2) Add. Mon- '■ « ••• elle est acceptée,... »

(3) Mon. : «... et moi aussi, je suis républicain, républicain impérissable... »

(4) Add. Mon. : « J'ai voulu tourner l'attention de mes collègues vers les lois de détail nécessaires, pour parvenir à l'exécution de cette (Constitution républicaine... n

définitivement organisées. — Deux jeunes républicains « qui paraissent imbus du plus pur patriotisme » adressent la même pétition à la Convention, après avoir raconté l'histoire du héros romain dont la section porte le nom. — Lc Président leur donne l'accolade fraternelle.]

Danton. — Dans un moment où la superstition succombe pour faire place à la raison (1), vous devez donner une ceU" tralité à l'instruction publique, comme vous en avez donné une au gouvernement. (2)

Sans doute, vous disséminerez dans les départements des maisons où la jeunesse sera instruite dans les grands principes de la raison et de la liberté ; (3) mais le peuple entier doit célébrer les grandes actions qui auront honoré notre Révolution.

(4) Il faut qu'il se réunisse dans un vaste temple, et je demande que les artistes les plus distingués concourent pour l'élévation de cet édifice, où à un jour indiqué, seront célébrés des jeux nationaux (5), Si la Grèce eut ses jeux olympiques, la France solennisera aussi ses jours sans-culottides. (6) Le peuple aura des fêtes dans lesquelles il offrira de l'encens à l'Être suprême, au maître de la Nature, car nous n'avons pas voulu anéantir la superstition pour établir le règne de l'athéisme.

^ Citoyens, que le berceau de la liberté soit encore le centre des fêtes nationales. Je demande que la Convention consacre le Champ de Mars aux jeux nationaux, quelle ordonne

(i) Rép. fr. : « Il faut que \si, raison s'élève sur Içs débris de la superstition. »

(2) Add- Rép. fr. : « On vous a parlé de monuments à élever au génie qui a conduit notre Révolution. » — Var. /. des Débats : « On a parlé d'élever des monuments qui montrent à la postérité la grandeur du génie qui a fait la Révolution. »

(3) Merc. un. : a Sans doute vous en disséminerez dans les départements. » /. des Débats : u Sans doute, il en faut.,. »

(4) Add. Rép. fr. : « Il faut qu'à de certaines époques la grande famille nationale se réunisse sur un même point. »

(5) Add. Rép. fr. : «... où les envoyés de tous les départements se réuniront aux grandes commémorations de la liberté...»

(6) /. des Débats : ... célébrera les siens avec plus d'éclat. » Rép. fr. : ,((.,, avec plus de solennité. »

6oo SUR l'instruction publique et les fêtes nationales

d'y élever un temple où les Français puissent se réunir en grand nombre. Cette réunion alimentera l'amour sacré de laliberté, etaugmenteralesressortsdel'énergienationale. (1) C'est par de tels établissements que nous vaincrons l'univers.

(2) Des enfants vous demandent d'organiser l'instruction publique; (3) c'est le pain de la raison, vous le leur devez (4). C'est la raison, ce sont les lumières qui font la guerre aux vices. (5) Notre Révolution est fondée sur la justice, elle doit être consolidée par les luniières. (6)

Donnons des armes à ceux qui peuvent les porter, de l'instruction à la jeunesse et des fêtes nationales (7) au peuple (8).

(i) Add. /. des Débats : « La solennité des fêtes que vous instituerez, l'affluence du peuple qui s'y rendra, l'énergie et le caractère qui s'y développeront, tout concourra à inspirer l'amour de la liberté. »

(2) Add. Rép. fr. : « Il faut de la centralité à l'instruction comme au gouvernement; il faut un centre d'où les lumières se refléchiront sur tous les points de l'empire. Les établissements particuliers seront les arcs-boutants de ce centre. /. des Débais On vous demande d'organiser l'instruction publique; des pères vous en conjurent pour leurs enfants,... »

(3) /• des Débats : «... des enfants la sollicitent pour eux-mêmes;... »

(4) Merc. un. : « A peine sortis des bras de leurs mères ces jeunes élèves vous demandent de l'instruction publique; ils sentent que les lumières sont à la raison et à l'âme, ce que le pain est à la vie du corps, car les lumières sont le pain de la raison. » Add. Rép. /y. :«...; il faut, si je puis m'exprimer ainsi, leur inculquer l'instruction par tous les porcs.»

(5) Rép. fr. : « Il faut que les lumières poursuivent partout le vice. Add. Il faut que le flambeau de la raison lui soit présenté face à face pour le rendre odieux à tout le monde et à lui-même.

/. des Débats Hâtons de tout notre pouvoir les progrès de l'esprit public. Nous avons entrepris la plus belle révolution. Elle se fondera par la raison et par la justice, et nous établirons l'une et l'autre, en les déifiant pour ainsi dire, en leur consacrant un temple public, et en marchant avec rapidité vers l'établissement de la médiocrité, qui est la source du bonheur privé, comme elle est une cause sûre de la durée des Républiques. »

(6) Add. Merc. un. : « C'est au flambeau de la raison et des lumières que doit s'allumer le flambeau sacré de la liberté; c'est par les lumières que nous achèverons d'extirper les préjugés et qu'après les avoir vaincus dans nos foyers, nous pourrons les détruire dans le monde entier. Je demande que les hommes les plus instruits, que les meilleurs citoyens soient invités à s'occuper sans relâche de l'éducation publique. >>

(7) /. des Débats : «... centrales... »

(8) Add- Rép. fr. -.((..., et la liberté triomphe.

Je demande que ma proposition soit mise aux voix. » . ^

[La Convention divise la proposition de Danton. Elle renvoie au Comité d'instruction publique tout ce qui se rapporte aux fêtes nationales. Elle décrète qu'elle s'occupera primidi prochain de la discussion sur l'organisation définitive de l'instruction. (1)]

D'après le Moniteur et le Républicain français. (Convention, nonidi 9 frimaire an II (vendredi 29 novembre 1793.)

[Dans la séance du 9, une discussion s'engage sur plusieurs articles du projet du Comité sur le mode du gouvernement révolutionnaire. — Thuriot déclare appuyer l'article du projet qui étend la responsabilité des ministres à leurs subordonnés... — Danton a conçu des doutes sur l'extension de la loi de la responsabilité aux agents secondaires ;... il pense que c'est détruire entièrement la responsabilité ministérielle. — Thuriot donne l'exemple d'un cas où un commis des bureaux n'exécuterait pas l'ordre du ministre. Selon lui, le ministre devrait être acquitté et c'est le commis qu'il faudrait punir. « Je demande, ajoute-t-il, la responsabilité des ministres à moins qu'ils n'établissent jusqu'à l'évidence, que le délit part de leurs agents, et que dans cette supposition, la peine de la responsabilité frappe ces agents. »]

Danton> — J'avais fait à Thuriot quelques observations particulières qu'il est bon, peut-être, que je répète à la Convention.

Dans les cas particuliers où les commis se rendent coupables, sans doute ils doivent être punis, mais Cela ne rentre pas dans la théorie générale de la responsabilité, et il n'y a pas besoin d'une loi nouvelle à cet égard : les lois criminelles existent.

Quant à la responsabilité, il n'y en a plus si le ministre

(i) D'après le Journal des Débats.

n'est pas seul responsable. En vain se justifierait-il, en prouvant qu'un délit quelconque n'est pas de son fait; s'il ne l'a pas dénoncé, il le partage. — Quant à. l'ineptie ou à l'inertie, il est électeur dans sa partie; c'est à lui à s'inforr mer des talents, du caractère, de la probité de ceux qu'il eniploie ; il en répond encore.

J'ai été ministre aussi; tous les soirs je connaissais le produit net du travail de mes bureaux, je m'en faisais rendre compte par les chefs.

L'inspection quotidienne de ses bureaux, voilà le premier devoir d'un ministre. Pour le travail matériel, c'est un mal qu'il s'en charge; au reste, s'ils sont surchargés, qu'ils le disent; on leur donnera des aides.

Encore une fois le ministre doit déférer aux tribunaux les coupables, chasser les inhabiles, les inactifs; et dans l'un et l'autre cas, s'il ne le fait pas, il est responsable. — Je le répète, il est l'électeur du peuple dans la partie.

Je demande que ma proposition soit renvoyée au Comité pour qu'il l'examine.

[Barère insiste pour que les agents secondaires soit également responsables.]

Danton. ■ — Nous sommes d'accord en ce sens que le agents coupables doivent payer leur crime de leur tête. Mais le ministre doit être leur premier dénonciateur, et, s'il néglige de le faire, il en est responsable.

Je demande que vous combiniez une rédaction qui énonce bien cette pensée sous les deux rapports,

[Le renvoi au Comité est décrété.]

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