SUR PHILIPPEAUX
Il est du devoir de la Société d'entendre dans le silence notre collègue Philippeaux. — Quant à moi qui n'ai point d'opinion forniée sur cette affaire, je désire acquérir une conviction.
Un grand procès se discute (1). Il se discutera de même à la Convention (2). Pour être à portée de prononcer sainement dans cette affaire, nous avons besoin d'écouter attentivement, et je réclame le plus grand calme.
La Société ne veut rayer personne par provision; mais peut-être cette affaire se lie à une multitude d'autres qu'il faut enfin éclaircir.
Je n'ai aucune opinion formée sur Philippeaux ni sur d'autres; je lui ai dit à lui-même : « Il faut que tu prouves ton accusation, ou que tu portes ta tête sur un échafaud. »
Peut-être n'y a-t-il ici de coupables que les événements.
Dans tous les cas, je demande que tous ceux qui ont à parler dans cette affaire soient entendus.
Il n'y a qu'un malheur à redouter, c'est que nos ennemis profitent de nos discussions. Qu'ils en profitent le moins possible, et conservons tout le sang-froid qui nous est nécessaire.
[La discussion devient, plus âpre, plus violente. Danton s'interpose.]
Danton, t— Les Romains discutaient publiquement les grandes affaires de l'État et la conduite des individus; mais ils oubliaient bientôt les querelles particulières lorsque l'ennemi était aux portes de Rome. Alors ils ne combattaient plus entre eux que de courage et de générosité pour repousser les hordes qui les attaquaient.
L'ennemi est aussi à nos portes, et nous nous déchirons les uns les autres 1 Toutes nos altercations tuent-elles un Prussien? (Vifs applaudissements.)
Je demande, pour tenniner ce procès, qu'il soit nommé
(i) Âdd. Rép. ff., J. de la Montagne : « ... ici.^ » (2) Add. Ihid. : « ...nationale... »
une commission de cinq membres, qui entendront les accusés et les accusateurs.
Soutenue par Couthon, cette proposition est décrétée au milieu des plus vifs applaudissements.