‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 344 sur 459 · CONSEILS AUX JACOBINS · texte numérisé non relu

CONSEILS AUX JACOBINS

D'après le Républicain français.

(Club des Jacobins, sextidi 16 nivôse an II (dimanche 5 janvier 1794).)

Un militaire incrimine la conduite de Tuncq (1) et celle de Bourdon (de l'Oise) dans la guerre de Vendée. — La Chevardière (2) vient établir que Ronsin, Rossignol et les représentants en Vendée, sont des patriotes ; que Bourdon (de l'Oise) et Goupilleau ne sont pas des conspirateurs mais seulement des hommes inférieurs à leur tâche ; enfin, que Philippeaux a vu tout en poste, sans s'assurer de rien, et qu'il a dénoncé sur de faux rapports (3).

Danton. — Je vois, dans ces querelles qui s'agitent, l'espérance de la Révolution. La liberté est comme la mer, elle a son flux et son reflux. Les calomnies dont on se plaint seront vérifiées, et, s'il est vrai qu'elles soient véritablement des calomnies, quelque mal qu'elles fassent d'abord, elles seront ensuite profitables.

Toi, tu es accusé de vol, tu seras entendu; mais attends que nous ayons discuté les intérêts de la République,

La discussion qui a lieu sur la dénonciation faite par Philippeaux n'est pas encore éclairée; d'un côté, ce sont des faits qu'on affirme, et de l'autre, ce sont les mêmes que l'on nie. Il nous est impossible de porter notre jugement sans avoir, auparavant, [acjcumulé une somme de probabilités suffisantes. — Où devons-nous les puiser ?

(i) A. Tuncq, général. Cf. sur ce personnage, Mautouchet, Le conventionnel Philippeaux.

(2) La Chevardière, commissaire du Conseil exécutif en Vendée.

(3) Philippeaux avait accusé Rossignol « d'être un mauvais caporal de corps de garde » et n'avait guère plus ménagé Ronsin. Cf. Mautouchet, Le conventionnel Philippeaux, p. 238.

Il est évident que, puisqu'il ne résulte que des doutes des contestations qui ont eu lieu entre les parties intéressées, il faut attendre la vérité du témoignage de ceux qui ne sont pas intéressés dans l'affaire et qui ne se trouvent pas compromis par la connaissance exacte des faits.

L'événement a prouvé que nous avions pris une mauvaise marche; il est encore temps de prendre une voie plus sérieuse et plus sûre. Faisons le dépouillement de la correspondance des représentants et des généraux de la Vendée; consultons les représentants, interrogeons les soldats, qui nous dirons avec une franchise désintéressée ce qu'ils ont vu. De toutes ces réponses, il résultera nécessairement une solution claire et précise qui nous guidera dans le jugement que nous devons porter.

Mais avant d'avoir atteint le but, n'allons pas préjuger sur aucun individu ; laissons là une précipitation mal entendue. Nous saurons bientôt ce que nous devons penser de Philippeaux quand les faits seront clairement connus.

Je persiste toujours à dire que la dénonciation est bonne, quoique fausse. La marche que nous allons suivre étant la plus sage, doit convenir à, tous les partis; ils ne pourront pas s'opposer à ce qui doit nous faire connaître la vérité.

Je ne puis me persuader que Rossignol, qui a résisté si courageusement au despotisme de La Fayette, soit devenu tout à coup un faux patriote, un ennemi de la République; j'ai de la peine à croire que Ronsin ait changé de manière de penser, lui que j'ai toujours vu constamment dans le sentier de la liberté, lui qui m'a été désigné pendant mon ministère comme un ardent appui du gouvernement républicain, et que j'ai choisi, à la grande satisfaction des patriotes, pour aller, après l'heureuse révolution du 10 août, porter dans les départements l'amour de la République.

Plus leur conscience est pure, et plus ils me sauront gré de vous avoir indiqué une marche sûre pour débrouiller le chaos qui nous entoure, car ils sont intéressés à ce que la vérité soit connue.

Toujours des entraves, toujours des incidents et des questions particulières, quand il s'agit d'une affaire générale et qui intéresse la chose publique I

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