POUR DALBARADE
D'après le Journal des Débats.
(Convention, décadi 10 pluviôse an II (mercredi 29 janvier 1794).)
[Un membre demande un décret d'accusation contre Dalbarade, ministre de la marine, pour rébellion contre la Convention. (Bien que la Convention eût ordonné, le 19 nivôse, que le citoyen Trulé serait nommé capitaine d'un vaisseau de guerre, le ministre ne lui avait envoyé qu'un brevet d'enseigne non entretenu.) — Jeanbon Saint-André fait observer qu'on peut être capitaine d'un vaisseau de guerre, tout en étant enseigne. — Danton s'oppose à un décret d'accusation immédiat.]
Danton. — (2) Je demande que la Convention nationale soit conséquente à ses principes (3). Je ne défends ni ne veux défendre les ministres. (4) Le fait seul, bien connu dans toute ses circonstances, pourra tout éclaircir. Quant à moi, qui calcule avant tout les probabilités humaines, j'avoue c^e je veux attendre, pour me déterminer, que je sois bien instruit. Il me paraît impossible qu'un ministre ait voulu sciemment désobéir à une loi que la Convention s'était fait un plaisir de rendre (5). — Je présume qu'il y a ici quelque erreur de fait.
(i) Jean Dalbarade, capitaine de vaisseau, adjoint à la 6® division du ministère de la Marine sous le ministère de Monge le lo février 1793, remplaça son chef le 10 avril à la tête du département.
(2) Add. /. de Perlet : « Je ne prends le parti d'aucun ministre. »
(3) Mon. : « La Convention doit être conséquente à ses principes Add. et s'en tenir au gouvernement révolutionnaire provisoire qu'elle a décrété, J. de Perlet et à sa marche. »
(4) Add. Mon. : « Si le fait énoncé est constant il doit donner lieu à un décret d'accusation, mais... »
(5) Add. Mon. : « ..; il me semble impossible qu'un ministre ait pu sciemment dépouiller un citoyen du grade que la Convention lui a extraordinairement accordé pour une action extraordinaire. »
Quoi qu'il en soit la Convention nationale a un Comité de salut public; ce Comité a la pression sur les ministres; (1) je demande qu'il soit chargé d'examiner les faits et de vous faire un rapport. Je soutiens qu'il serait absurde de se passionner sur-le-champ contre quelqu'un, surtout quand on articule des faits qui sont contraires au sens commun.
D'ailleurs la nature de l'affaire dont il s'agit doit être beaucoup moins grave qu'on ne le dit; ce serait une chose trop étrange.
Au surplus je demande que le rapport soit fait séance tenante. (2) Que l'on parle maintenant; que l'on démontre le vice de mon opinion, et que la Convention se décide ensuite.
(3) Je sais qu'il faut surtout nous garder de nos passions. Si la vigueur fonde les républiques, je sais que la sagesse et la conciliation leur donnent une solidité inaltérable; (4) et je prévois que si l'on s'exaspérait mutuellement on finirait par former des partis, (5) et il n'en faut qu'un, celui de la raison. (6) Or la raison veut que le fait soit éclairci avant de prononcer; la raison ne veut pas que nous réputions un individu coupable d'un fait qui implique contradiction, avant de l'avoir entendu. (7)
Je demande que l'on entende le Comité qui nous mettra à
(i) Add. Mon. : « Il est absurde, quand vous avez un Comité de salut public, chargé de surveiller toute l'action du gouvernement, de vouloir prendre sur cette affaire une décision précipitée. »
(2) Mon. : « Il faut lui renvoyer la dénonciation pouf faire un rapport séance tenante. Voilà mon opinion. »
(3) Add. Mon. : « Je vois que, soit pour ce qui regarde les membres de la Convention, soit pour ce qui concerne les ministres, soit à l'égard des individus, nous nous abandonnons à nos propres passions. »
(4) Mon. : «... l'énergie fonde les républiques, la sagesse et la conciliation les rendent immortelles. »
(5) Mon. : «... on finirait bientôt par voir naître des partis... n
(6) J. de Perîet : « Ne nous passionnons pas ainsi sur une dénonciatioil on parviendrait bientôt à former plusieurs partis dans l'Assemblée, et il n'en faut qu'un, celui du bien public et du bonheur de tous.»
(7) Mon. :« ...la raison veut qu'un ministre ne soit pas regardé comme un coupable parce qu'il est accusé d'un fait qui implique Contradiction. »
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même de prononcer avec connaissance de cause. (1)
[«Dalbarade est mandé séance tenante. — Goupilleau s'étonne de ce que l'ex-prince Talmont soit depuis quelque temps en prison sans être jugé (2).»]
Danton demande la priorité du Tribunal révolutionnaire pour ce prince (3). (Applaudi, adopté.)