‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 391 sur 459 · SÉANCE DU 13 GERMINAL · texte numérisé non relu

SÉANCE DU 13 GERMINAL

Interrogé sur ses nom, surnoms, âge, qualité, lieux de naissance et demeure,

Danton a répondu se nommer Georges-Jacques Danton, âgé de trente-quatre ans, natif d'Arcis-sur-Aube, département de l'Aube, avocat, député à la Convention, domiciliée Paris, rue des Cordeliers. (A la demande de son domicile, Danton a d'abord répondu : Bientôt dans le néant et mon nom au Panthéon (2).

[Le greffier lit le rapport d'Amar. L'audience est close.]

voyons d'une manière générale à ce livre pour toutes les questions qui se poseront au cours de cette défense ; malgré son caractère nettement polémique on peut le plus souvent s'y fier.

(i) Âdd. Rapport sur le jugement de Danton et Lacroix fait à la société populaire de Gisors par Ambroise Pantin, défenseur de Chabot. Lors de la première séance, Danton, avant d'entrer dans la salle du Tribunal a dit en parlant des juges et des jurés : « Nous allons voir comment ces b... là paraîtront devant moi ! »

{2) Procès-verbal de la séance du Tribunal révolutionnaire... séant à Paris, au Palais de Justice : « Les accusés sont interrogés sur leurs noms surnoms, ainsi qu'il suit...

9. Georges- Jacques Danton, âgé de trente-quatre ans, natif d'Arcys-Aube {sic) département de l'Aube, avocat au cy-devant Conseil, révolutionnaire et représentant du peuple. — « Ma demeure, bientôt dans le néant, ensuite dans le Panthéon de l'Histoire. M'importe peu ! » — Ancien domicile rue et section Marat. » Mon. : « Ma demeure sera bientôt dans le néant; quant à mon nom vous le trouverez dans le Panthéon de l'histoire. » T. L. : « ... bientôt ma demeure dans le néant et mon nom au Panthéon de l'Histoire, Add. quoi qu'on en puisse dire, ce qui est très sûr et ce qui m'imjwrte peu. — Le peuple respectera ma tête, oui, ma tête guillotinée 1 »

Séance du 14 germinal (1)

[Le lendemain matin, 14 germinal, l'audience est reprise à 9 heures.

Westermann avait été arrêté et écroué la veille sans que son identité eût été constatée par interrogatoire. Dès l'ouverture de l'audience il protesta violemment ; un dialogue s'engage entre le président et lui.]

Westermann demande à subir son interrogatoire. — Le président observe que c'est une forme inutile.

Danton. — Nous sommes cependant ici pour la forme ! Westermann insiste. — Un juge va l'interroger.

Danton. — Pourvu qu'on nous donne la parole et largement, je suis sûr de confondre mes accusateurs; et si le peuple français est ce qu'il doit être, je serai obligé de demander leur grâce !

Camille Desmoulins. — Ah ! nous aurons la parole, c'est tout ce que nous demandons ! (Grande et sincère gaieté de tous les députés accusés.)

Danton. — C'est Barère qui est patriote, à présent, n'estce pas? — (Aux jurés) C'est moi qui ai fait instituer le Tribunal, ainsi je dois m'y connaître I

[Westermann parle.]

Danton. ■ — Nous respecterons le Tribunal, parce que, etc.. Danton montre Cambon et dit. — Nous crois-tu conspirateurs?— Voyez, il rit; il ne le croit pas. Écrivez qu'il a ri !(1)

(i) Toute cette première partie de la séance du 14 germinal est empruntée aux notes de Topino-Lebrun,

Villain d'A ubigny : « Le citoyen Cambon fut interpellé par Danton de déclarer s'il savait pourquoi on les avait envoyés au Tribunal ; s'ils croyaient que Camille et lui soient des conspirateurs, ainsi que le faquin Saint- Just (c'est l'expression qu'il employa) s'était efforcé de le faire croire en en tîissant mensonges sur mensonges, absurdités sur

[Les débats commencent aussitôt par l'audition deCambon premier et seul témoin. Ils se continuent par les interrogatoires de Basire, de Chabot qui déclare avoir dénoncé la conspiration de faire guillotiner tous les députés les uns après les autres.!

Danton réclame la lecture de la lettre de dénonciation de Chabot qu'on a tronquée... (1)

Le Président. — Danton, la Convention nationale vous accuse d'avoir favorisé Dumouriez, de ne l'avoir pas fait connaître tel qu'il était, d'avoir partagé ses projets liberticides tels que de faire marcher une force armée sur Paris pour détruire le gouvernement républicain et rétablir la royauté.

Danton. — Ma voix, qui, tant de fois, s'est fait entendre pour la cause du peuple, pour appuyer et défendre ses intérêts, n'aura pas de peine à repousser la calomnie.

Les lâches qui me calomnient oseraient-ils m'attaquer en face?...(l) Qu'ils se montrent, et bientôt je les couvrirai euxmêmes de l'ignominie, de l'opprobre qui les caractérisent !

Je l'ai dit et je le répète: mon domicile est bientôt dans le néant et mon nom au Panthéon !... (1) Ma tête est là ! Elle répond de tout !...(!) La vie m'est à charge; il me tarde d'en être délivré (2) !... (1)

absurdités, dans le rapport qu'il avait fait à la Convention et qui était la seule pièce qu'on produisît contre eux.

Add. C'est alors que Danton qui ignorait encore le véritable motif de sa traduction au Tribunal demanda à faire entendre i6 témoins dont il donna la liste nominative à l'accusateur public; c'étaient seize députés : Simond, Gossuin, Legendre de Paris, Fréron, Panis, Lindet, Callon, Merlin de Douai, Courtois, Laignelot, Robert Lindet, Robin, Goupilleau de Montaigu, Lecointre de Versailles, Brival et Merlin de Thionville.

Rapport d'Atnbroise Pantin ... Un des accusés, interrompant le président qui allait parler, celui-ci... le rappelait à son devoir. — « Et moi, président, a dit Danton, je te rappelle à la pudeur. Nous avons le droit de parler ici ! »

(i) Points de suspension dans le texte.

(?) T. L. 2. : M J'ai trop servi ! la vie m'est à charge. Add. Je demande des commissaires de la Convention pour recevoir ma dénonciation sur le système de dictature.» — Var. Déposition de Didier-Thirion au procès

Le Président. — Danton, l'audace est le propre du crime, et le calme est celui de l'innocence. Sans doute, la défense est de droit légitime, mais c'est une défense qui sait se renfermer dans les bornes de la décence et de la modération, qui sait tout respecter, même jusqu'à ses accusateurs. Vous êtes traduit ici par la première des autorités : vous devez toute obéissance à ses décrets, et ne vous occuper que de vous justifier des différents chefs d'accusation dirigés contre vous. Je vous invite à vous en acquitter avec précision, et surtout à vous circonscrire dans les faits.

Danton. — L'audace individuelle est sans doute réprimable, et jamais elle ne put m'être reprochée; mais l'audace nationale, dont j'ai tant de fois donné l'exemple, dont j'ai tant de fois servi la chose publique, ce genre d'audace est periTÛs, il est même nécessaire en révolution et c'est de cette audace dont je m'honore.

Lorsque je me vois si grièvement, si injustement inculpé, suis-je le maître de commander au sentiment d'indignation qui me soulève contre mes détracteurs? Est-ce d'un révolutionnaire comme moi, aussi fortement prononcé, qu'il faut attendre une réponse froide?

(1) Les hommes de ma trempe sont impayables ! (2) C'est sur leur front qu'est imprimé en caractères ineffaçables le sceau de la liberté, le génie républicain.

Et c'est moi que l'on accuse d'avoir ram]>é aux pieds de vils despotes, d'avoir toujours été contraire au parti de la liberté, d'avoir conspiré avec Mirabeau et Dumouriez ! — Et c'est moi que l'on somme de répondre à la justice inévitable, inflexible !... (3)

de Fouquier-Tinville : « Le 15 germinal, j'assistai au procès de Camille Desmoulins, Danton et autres. J'entendis Danton et Chabot demander que le tribunal fît entendre des témoins... Danton demanda des commissaires pour recevoir les déclarations des accusés, en observant qu'ils avaient des déclarations importantes à faire : « Car moi, dit Danton, je dévoilerai la dictature qui se montre entièrement à découvert!... »

D'après les notes de Topino-Lebrun, cette phrase devrait être placée p. 706 avant « J'ai toute la plénitude de ma tête... »

(i) Add. T. L. : « Moi, vendu ! — »

(2) T. L. : « Un homme de ma trempe est impayable ! Add. La preuve?... »

(3) Points de suspension dans le texte.

Et toi, Saint-Just, tu répondras à la postérité de la diffamation lancée contre le meilleur ami du peuple, contre son plus ardent défenseur !... (1) En parcourant cette liste d'horreur (2), je sens toute mon existence frémir I

Danton allait continuer sur le même ton, lorsque le président lui observe de nouveau qu'il manque tout à la fois à la représentation nationale, au Tribunal et au peuple souverain qui a le droit incontestable de lui demander compte de ses actions:

« Marat fut accusé comme vous. Il sentit la nécessité de se justifier, établit son innocence en termes respectueux, et n'en fut que plus aimé du peuple dont il n'avait cessé de stipuler les intérêts... Je ne puis vous proposer de meilleur modèle, il est de votre intérêt de vous y conformer ».

Danton. — Je vais donc descendre à ma justification; je vais suivre le plan de défense adopté par Saint-Just.

Moi, vendu à Mirabeau, à d'Orléans, à Dumouriez ! Moi, le partisan des royalistes et de la royauté ! — A-t-on donc oublié que j'ai été nommé administrateur contradictoireinent avec tous les contre-révolutionnaires qui m'exécraient ?

Des intelligences de ma part avec Mirabeau I — Mais tout le monde sait que j'ai combattu Mirabeau, que j'ai contrarié tous ses projets toutes les fois que je les ai cru funestes à la liberté : Me taisais-je sur le compte de Mirabeau lorsque je défendais Marat attaqué par cet homme altier ? (3) Ne faisai-je pas plus qu'on n'avait droit d'attendre d'un citoyen ordinaire ? Ne me suis-je pas montré lorsqu'on voulait soustraire le tyran en le traînant à Saint-Cloud ? N'ai-je point fait afficher au district des Cordeliers la nécessité de s'insurger? (4)

(i) Points de suspension dans le texte.

(2) Le rapport de Saint-Just.

(3) T. L. : « Me taisais-je lorsque j'ai défendu Marat, Âdd. lorsque j'ai été décrété deux fois sous Mirabeau, lorsque j'ai lutté contre La Fayette?... »

(4) T.L. : n Mon afiSche aux 5 et 6 octobre !... Add. Que l'Accusateur qui m'accuse d'après la Convention administre la preuve, les semipreuves, les indices de ma vénalité 1 »

Actuellement, le seul recueil de textes relatifs à l'iiistoire des Cor-

706 DÉFENSE DE DANTOIST

J'ai toute la plénitude de ma tête lorsque je provoque mes accusateurs, lorsque je demande à me mesurer avec eux... (1) Qu'on me les produise, et je les replonge dans le néant dont ils n'auraient jamais dû sortir !...(1) Vils imposteurs, paraissez, et je vais vous arracher le masque qui vous dérobe à la vindicte publique?

Le Président. — Danton, ce n'est point par des sorties indécentes contre vos accusateurs que vous parviendrez à convaincre le jury de votre innocence. Parlez-lui un langage qu'il puisse entendre; mais n'oubliez pas que ceux qui vous accusent jouissent de l'estime publique, et n'ont rien fait qui puisse leur enlever ce témoignage sérieux.

Danton. — Un accusé comme moi, qui connaît les mots et les choses, répond devant le jury, mais ne lui parle pas; je me défends, et je ne calomnie point.

Jamais l'ambition ni la cupidité n'eurent de puissance sur moi; jamais elles ne dirigèrent mes actions; jamais ces passions ne me firent compromettre la chose publique : tout entier à ma patrie, je lui ai fait le généreux sacrifice de toute mon existence.

C'est dans cet esprit que j'ai combattu l'infâme Pastoret, La Fayette, Bailly et tous les conspirateurs qui voulaient s'introduire dans les postes les plus importants, pour mieux et plus facilement assassiner la liberté.

Il faut que je parle de trois plats coquins qui ont perdu Robespierre.

J'ai des choses essentielles à révéler; je demande à être, entendu paisiblement; le salut de la patrie en fait une loi.

Le Président. — Le devoir d'un accusé, son intérêt personnel veulent qu'il s'explique d'une manière claire et précise sur les faits à lui imputés ; qu'il établisse lumineusement sa justification sur chaque reproche :\ lui fait, et ce n'est que lorsqu'il a porté la conviction dans l'âme de ses

deliers, est celui de Bougeart, Les Cordeliers, Documents pour servir à l'histoire de la Révolution française, Caen, 1891, in-S». On y trouvera quelques indications sur les divers événements auxquels Danton fait allusion dans sa défense.

(1) Points de suspension dans le texte.

juges, qu'il devient digne de quelque foi, et peut se permettre (les dénonciations contre des hommes investis de la confiance publique ; je vous invite donc à vous renfermer dans votre défense et à n'y rien joindre d'étranger...

Danton. — Je reviens à ma défense.

Il est de notoriété publique que j'ai été nommé à. la Convention en très petite minorité par les bons citoyens, et que j'étais odieux aux plus mauvais (1).

Lorsque Mirabeau voulut s'en aller à Marseille, je pressentis ses desseins perfides, je les dévoilai et le forçai de demeurer au fauteuil (2); — et c'est ainsi qu'il était parvenu à me saisir, à m'ouvrir la bouche ou à me la fermer (3) !

C'est une chose bien étrange que l'aveuglement de la Convention nationale, jusqu'à ce jour sur mon compte; c'est une chose vraipient miraculeuse que son illumination subite !

Le Président. — L'ironie à laquelle vous avez recours, ne détruit pas le reproche à vous fait de vous être couvert en public du masque du patriotisme pour tromper vos collègues et favoriser secrètement la royauté. — Rien de plus ordinaire que la plaisanterie, les jeux de mots, aux accusés qui se sentent pressés et accablés de leurs propres faits, sans pouvoir les détruire.

Danton. — Je me souviens effectivement d'avoir provoqué le rétablissement de la royauté, la résurrection de toute la puissance monarchique, d'avoir protégé la fuite du tyran en m'opposant de toutes mes forces à son voyage de

(i) T. L. : « J'ai été nommé administrateur par une liste triple, le dernier, par de bons citoyens, en petit nombre. »

L'erreur au Bulletin du Tribunal... semble ici volontaire. Danton fut nommé par les électeurs de Paris second représentant à la Convention le 6 septembre 1792... Le même procédé d'erreur volontaire se retrouve assez souvent dans le compte rendu officieux des débats, notamment, p. 709 à propos de 1' « émigration » de Danton en juillet 1791.

(2) T. L. : « Je forçai Mirabeau, aux Jacobins, de rester à son poste ; je l'ai combattu, lui qui voulait s'en retourner à Marseille. »

(3) Add. T. L. : « Où est ce patriote, qu'il vienne, je demande à ôtrc confondu, qu'il paraisse I » [Allusion à Robespierre ou à Saint-; Just.]

Saint-Cloud, en faisant hérisser de piques et de baïonnettes son passage, en enchaînant en quelque sorte ses coursiers fougueux (1) I — Si c'est là se déclarer le partisan de la royauté, s'en montrer l'ami, si à ces traits on peut reconnaître l'homme favorisant la tyrannie, dans cette hypothèse, j'avoue être coupable de ce crime.

J'ai dit à un patriote rigide, dans un repas, qu'il compromettait la bonne cause en s'écartant du chemin où marchaient Barnave et Lameth qui abandonnaient le parti populaire ?

Je soutiens le fait de toute fausseté et je défie à qui que ce soit de me le prouver (2).

A l'égard de mes motions relatives au Champ-de-Mars (3), de mon repos criminel à Arcis-sur-Aube dans le moment où l'aristocratie était aux mains avec le patriotisme, des prétendus ménagements pour moi des assassins au Champ-de- Mars, j'offre de prouver que la pétition à laquelle j'ai concouru ne contenait que des intentions pures, que, comme l'un des auteurs de cette pétition, je devais être assassiné comme les autres, et que des meurtriers furent envoyés chez moi pour m'immoler à la rage des contre-révolutionnaires.

Étais-je donc un objet de reconnaissance pour la tyrannie lorsque les agents de mes cruels persécuteurs, n'ayant pu m'assassinerdansma demeure à Arcis-sur-Aube, cherchaient à me porter le coup le plus sensible pour un homme d'honneur, en obtenant contre moi un décret de prise de corps, en essayant de le mettre à exécution dans le corps électoral ? (4)

(i)T.L.:ttJ*ai empêché le voyage à Saint-Cloud. »

(2) Add. T. L. : « Lorsque les Lameth (rhot illisible) devenu {sic) partisans de la cour, Danton les combattit aux Jacobins, devant le peuple, et demanda la République. Sous la législature [l'Assemblée législative], je dis : la preuve que c'est la cour qui veut la guerre, c'est qu'elle a {mot illisible) l'initiative et la sanction. Que les patriotes se rallient, et alors si nous ne pouvons vous vaincre, nous triompherons de l'Europe. » Il faut lire probablement : si nous pouvons nous vaincre ?

(3) T. L. : « J'ai été décrété de prise de corps pour le Champ-de-Mars. »

(4) T. L. : « J'offre de prouver le contraire et lisez la feuille de V Orateur : des assassins furent envoyés pour m'assassiner à Arcis, l'un a été arrêté !...

Add. Un huissier vint pour mettre le décret à exécution ; je fuyai

Le Président. — Ne vous ètes-vous pas émigré au dix-sept juillet 89? N'ètes-vous pas passé en Angleterre? (1)

Danton. — Mes beaux-frères allaient en ce pays pour affaire de commerce et je profitai de l'occasion; peut-on m'en faire un crime?

Le despotisme était encore dans toute sa prépondérance, et alors il n'était encore permis que de soupirer en secret pour le règne de la liberté.

Je m'exilai donc, je- me bannis, et jurai de ne rentrer en France que lorsque la liberté y serait admise.

Le Président. — Marat, dont vous prétendez avoir été le défenseur, le protecteur, ne se conduisait pas ainsi lorsqu'il s'agissait de poser les fondements de la liberté, lorsqu'elle était à son berceau et environnée du plus grand danger; il n'hésitait pas à le partager.

Danton. — Et moi je soutiens que Marat est passé deux fois en Angleterre et que Ducos et Fonfrède lui doivent leur salut.

(2) Dans le temps où la puissance royale était encore la plus redoutable, je proposai la loi de Valérius Publicola, qui permettait de tuer un homme sur la responsabilité de sa tête.

J'ai dénoncé Louvet (3).

J'ai défendu les sociétés populaires au péril de ma vie, et même dans un moment où les patriotes étaient en très petit nombre. (4)

donc et le peuple voulut en faire justice. J'étais à la maison de mon beau-père ; on l'investit ; on maltraita mon beau-frère pour moi ; je me sauvai à Londres.

Je suis revenu lorsque Garran fut nommé.

On offrit à Legendre 50 mille écus pour m'égorger.

Billaud-Varenne ne me pardonne pas d'avoir été mon secrétaire. »

(i) Remarquer que la note précédente prouve qu'il n'a pas été question, au Tribunal, d'émigration en 1789 mais en juillet 1791, après le massacre du Champ-de-Mars.

(2) Add. T. L. : « Quelle proposition avez-vous faites contre les Brissotins? »

(3) T. L. : « Je portai le cartel à Louvet qui refusa. »

(4) Add. T. L. : « Je manquai d'être assassiné à la Commune. »

L' ex-ministre Lebrun, étant au fauteuil, a été par moi démasqué; appelé contre lui, (1) j'ai démontré sa complicité avec Brissot. (2)

On m'accuse de m'être retiré à Arcis-sur-Aube au moment où la journée du 10 août était prévue, où le combat des hommes libres devait s'engager avec les esclaves.

A cette inculpation, je réponds avoir déclaré à cette époque que le peuple français serait victorieux ou que je serais mort.

Je demande à produire pour témoin de ce fait le citoyen Payen; il me faut, ai-je ajouté, des lauriers, ou la mort ! (3)

Où sont donc les hommes qui ont eu besoin de presser Danton pour l'engager à se montrer dans cette journée? Où sont donc ces êtres privilégiés dont il a emprunté l'énergie?

Depuis deux jours le tribunal connaît Danton; demain, il espère s'endormir dans le sein de la gloire; jamais il n'a demandé grâce et on le verra voler à l'échaf aud avec la sérénité ordinaire au calme de la conscience.

(4) Petion, sortant de la Commune, vint aux Cordeliers. Il nous dit que le tocsin devait sonner à minuit et que le lendemain devait être le tombeau de la tyrannie; il nous dit que l'attaque des royalistes était concertée pour la nuit, mais qu'il avait arrangé les choses de manière que tout se ferait en plein jour et serait terminé à midi et que la victoire était assurée pour les patriotes. (5)

Quant à moi, dit Danton, je n'ai quitté ma section qu'après avoir recommandé de m' avertir, s'il arrivait quelque chose de nouveau, (6)

(i) Comme témoin lors de son procês.Cf . supra, discours n» 244, p. 627.

(2) T. L. : « J'ai dit à Brissot en plein conseil : « Tu porteras ta tête sur l'échafaud » ; et je l'ai rappelé ici à Lebrun... » {ici, c'est-à-dire au Tribunal) .

(3) Add. T. L. : « J'avais préparé le 10 août, et je fus à Arcis parce que Danton est bon fils, passer trois jours pour faire mes adieux à ma mère et régler mes affaires. — Il y a des témoins. — On m'a revu solidement. »

(4) Add. T. L. : « Je ne me suis point couché.

J'étais aux Cordeliers quoique substitut de la Commune. »

(5) T. L. : « Je dis au ministre Clavière qui venait de la part de la Commune que nous allions sonner l'insurrection. »

(6) r, L. : H Après avoir réglé toutes les opérations et le moment de

Je suis resté pendant douze heures de suite à ma section^ et y suis retourné le lendemain à neuf heures.

Voilà le repos honteux auquel je me livrai, suivant le rapporteur.

(1) A la Municipalité, on m'a entendu demander la mort de Mandat. (2)

Mais suivons Saint-Just dans ses accusations.

Fabre, parlementant avec la cour, était l'ami de Danton. — Et sans doute, on en donnera pour preuve le courage avec lequel Fabre essuya le feu de file qui se faisait sur les Français. (3)

Un courtisan disait que les patriotes étaient perdus. — Que fait Danton? — Tout pour prouver son attachement à la Révolution.

On se demande quelle est l'arrivée de Danton à la Législature? — Et je réponds qu'elle est importante au salut public et que plusieurs de mes actions le prouvent.

J'ai droit d'opposer mes services lorsqu'ils sont contestés, lorsque l'on me demande ce que j'ai fait pour la Révolution. (4)

Pendant mon ministère, il s'agit d'envoyer un ambassadeur à Londres, pour resserrer l'alliance des deux peuples. Noël, journaliste contre-révolutionnaire est proposé par Lebrun, et je ne m'y oppose pas. — A ce reproche, je réponds que je n'étais pas ministre des affaires étrangères. On m'a présenté les expéditions; je n'étais pas le despote du Conseil. (5)

Roland protégeait Noël ; l'ex-marquis Chauvelin disait

l'attaque, je me mis sur le Ut comme un soldat, avec ordre de m'avertir. »

(i) Add. T. L. : « Je sortis à une heure et je fus à la Commune devenue révolutionnaire. »

(2) T. L. : « Je fis l'arrêt de mort contre Mandat, Add. qui avait l'ordre de tirer sur le peuple.

On mit le maire en arrestation et j'y restai suivant l'avis des patriotes. »

(3) Allusion probable à l'affaire du Champ-de-Mars.

(4) T. L. : « Mon discours à l'Assemblée législative. »

(5) Add. T. L. : « Je faisais la guerre au Conseil; je n'avais que ma vojx quoique j'eusse de l'influence... »

que Noël était un trerableur et qu'ils se balanceraient l'un l'autre avec Merger, jeune homme de dix-huit ans, qui était mon parent. (1)

J'ai présenté à la Convention nationale Fabre comme un homme adroit. — J'ai annoncé Fabre comme l'auteur du Philinte et réunissant des talents. (2)

J'ai dit qu'un prince du sang, comme d'Orléans, placé au milieu des représentants du peuple, leur donnerait plus d'importance aux yeux de l'Europe.

Le fait est faux; il n'a d'importance que celle qu'on a voulu lui donner. — Je vais rétablir ce fait dans son intégrité. Robespierre disait : Demandez à Danton pourquoi il a fait nommer d'Orléans : il serait plaisant de le voir figurer dans la Convention comme suppléant. (3)

Un Juré observe que d'Orléans était désigné comme devant être nommé le vingt-quatrième suppléant, et qu'il le fut effectivement dans cet ordre dé rang.

Danton. — On m'a déposé cinquante millions (4), je l'avoue; j'offre d'en rendre un fidèle compte; c'était pour donner l'impulsion à la Révolution. (5)

Le témoin Cambon déclare avoir connaissance qu'il a été donné 400.000 livres à Danton pour dépenses secrètes et autres et qu'il a remis 130.000 livres en numéraire.

Danton. — Je n'ai dépensé à bureau ouvert que 200,000

(i) T. L. : « Mon parent qui m'accompagna en Angleterre avait i8 ans. »

Voir les lettres envoyées de Londres par Noël à Danton. (Arch. nat., A. F. II, 63) et reproduites par Robinet dans son Procès des Dantonistes, pp. 290 et suiv.

(2) Add. T. L. : « Je crois encore Fabre bon citoyen. »

(3) T. L. : « J'atteste que je n'ai point donné ma voix à d'Orléans; qu'on prouve que je l'ai fait nommer ! »

(4) Remarquer que d'après le même Bulletin, Cambon dans sa déposition, observe qu'on n'a remis que 400.000 livres à Danton.

(5) T. L. : « J'eus 400.000 fr., sur les deux millions pour faire la révolution, 200.000 livres pour choses secrètes. »

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