DISCOURS INCENDIAIRE POUR MARAT
D'après VAmi du Peuple.
(Assemblée du district des Cordeliers, vendredi 22 janvier 1790.)
[Des poursuites ont été décrétées contre Marat. La municipalité fait investir le district des Cordeliers où il se cache, afin de s'emparer de sa personne (2).] La terrible fermentation dans laquelle étaient tous les esprits allait, à coup sûr, occasionner une guerre civile. M. Danton prend la parole.
Danton. — Certainement, Messieurs, si nous ne consultions que notre indignation, en nous voyant ainsi assiégés sur notre propre territoire par deux mille hommes armés qui en bouchent les avenues et y interceptent le passage, nous nous armerions tous à l'instant, et, repoussant la force par la force, n'invoquant d'autres lois que celles de la guerre, nous évacuerions de notre district des soldats qui semblent n'y être venus que pour s'en emparer et nous braver (3).
Mais à Dieu ne plaise, Messieurs, que je vous prêche de pareilles maximes (4) ! Ces soldats sont nos frères. Une obéissance trop aveugle aux ordres de notre chef, voilà tout leur tort. Armés comme nous pour la cause de la liberté,
(i) Cf. Sig. Lacroix, Actes de la Commune de Paris... ,\^^ série, t. III, •PP- 540-551-
(2) Cf. Révolutions de Paris..., n° 23, p. 21, n" 28, pp. 26-31, et n» 29, pp. 1-16, et L'Ami du peuple, nos 112 et 113. Voir pour toute cette affaire, Tuetey, Répertoire général... Affaires de Danton et Marat (libelles et propos incendiaires, octobre 1789-août 1791), t. I, pp. 141-149.
(3) Cf. Bûchez et Roux, Histoire parlementaire de la Révolution française, t. IV, p. 295, le récit de cette « invasion » du district.
(4) Anthoine dans son Rapport, publié par M. Robinet {Danton Homme d'état, pp. 264-271), attribue à Danton les paroles suivantes: « Si l'on sonnait le tocsin et qu'on battît la générale, il viendrait