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lion dans le Nord-Ouest, comme nous n’en avons jamais ou Il savait qu'à cette saison, bien que la nourriture püût être suffisante pour les chevaux de la prairie, on ne pouvait en dire autant pour les chevaux accompagnant les troupes ; qu'il serait difficile de trouver de quoi nourrir ces derniers et de transporter les approvisionnements jusque là. Riel savait que des milliers de sauvages pouvaient prendre part au soulèvement.
Si la révolte eût réussi ; si la guerre indienne eût réussi, qui sait ce que serait devenue la nr métisse, restée fidèle au gouvernement et à Sa Souveraine ?—et j'ose croire qu'elle était réell- ment fidèle alors comme elle ’est encore, aujourd’hui. QG ‘eut mesurer les conséquences d’une telle révolte? Quel: en eussent été les résultats dans la province du Manitoba ? Qui sait si le succès n'aurait pas apporté à Riel des milliers de bras pour l'aider ? Qui sait s’il n'avait pas conçu le plan qu'en soulevant les Sauvages, en chaseant, par la terreur, les colons de notre Nord-Ouest, il engagerait des milliers de Sauvages des Etats-Unis à se . à ce soulèvement ; qu'il pourrait ainsi inonder le
ord-Ouest canadien de ces nouveaux venus, et réalisant ce dont il s'était vanté, s'emparer du Manitoba et de tout le Nord-Ouest ? Qui peut dire que nous n'avons pas cru, nous-mêmes, l’année dernière, à l'existence de ce plan? Qui peut nous reprocher d’aviir pensé, en voyant que notre pays pouvait être rävagé par la rébellion, la guerre et l'effusion du sang, que celui, qui nous avait préparé tout cela, était un homme très intelligent, lui qui, pour organiser sa révolte, avait choisi la saison la plus convenable, lui qui avaient des moyens à sa disposition et qui connaissait les faibles ressources du gouvernement ? Il a êté déçu dans son espoir, il est vrai; mais qui peut dire qu'il nc jouissait pas de la plénitude de ses facultés mentales, quand il a conçu ce plan de campagne ?
ous exprimions ces craintes, l’année dernière. Les honorables membres de la gauche ont aussi exprimé ces craintes, et nous avons entendu alors leur chef dire au ministre de la Milice : “ Vous serez tenu responsable de la vie des enfants de ce pays, qui sont envoyés dans le Nord- Ouest, si vous ne leur fournissez pas les meilleures armes, parce que l’on nous a dit que les Sauvages et les Métis sont des mieux armés pour la guerre qu’ils ont entreprise.”
C'était également notre conviction, Comment le chef do la gauche atil pu depuis changer d'opinion ? Comment se fait-il que mes honorables amis de la gauche croient maintenant que tout cela n'était que de la fantasmagorie, l'œuvre dan cerveau dérangé ; qu'il n’y avait aucun danger ; que le
peuple aurait dû savoir que Riel était fou ; que chacune de ses paroles ; que chacune de ses actions ; que chacun de ses plans devait échouer, vu son état d’aliénation mentale ?
Il est vrai qu’il n'avait pas réuni les moyens nécessaires pour une insurrection ; il est vrai que son projet n’a pas été conçu commr l'aurait fait un homme habitué à la guerre ; mais la malice de l’homme qui médite un crime, a toujours quelque point faible, Un grand criminaliste disait un jour à un avocat qui plaidait que son client ne pouvait être coupable, parce que ses paroles et ses actions étaient celles d’un fou, et que si son client eut été réellement criminel il n'aurait pas parlé comme il l'avait fait. Le docte magistrat répondit : “ Ce n’est pas, monsieur, une preuve, Heureusement pour nous, laveuglement d'esprit des criminels, sur un point ou un autre, est la protection de la vie et de la société.”
Il est un fait, M, l'Orateur, auquel je suis surpris que mes honorables amis de la droite aient porté si peu d’attention. Je veux parler d'un certain papier, qui a été lu dans cette Chambre,—je serais disposé à dire providentiellement—c'est la lettre que se chef de la gauche, luimème, a lue à la députation, Je n’appliquerai pas les paroles que j'ai citées, il y à un instant, savoir, qu'il y a toujours un peu de folie dans la malice ; mais l’idée méchante qui a inspiré cette lettre d’un juré du tribunal de Régina, est des plus extraordinaires, Je ne veux pas qualifier l'acte; mais J'ai été surpris de voir un avocat, très versé dans la loi, un homme au fait de ce qu'exige la dignité des cours de justice, nous lire, durant un débat aussi solennel que celuici, la lettre d’un jury, qui dévoile, sous sa propre signature, bien qu'aucun nom n'ait été donné, le secret des délibérations du jury, les motifs et les raisons du verdict,
Mais, M. l’Orateur, tont inopportun et inconvenant que puisse être un tel procédé il en ressort un argument puissant contre l'opposition. Le seul plaisir que ces honorables messieurs aiont pu tirer de la lecture de cette lettre extraordipaire provenait do la conclusion dans laquelle l’auteur déclare que si le premier ministre, si le ministre de l'Intérieur et le lieutenant-gouverneur du Nord-Ouest avaient été mis en accusation devant le triubnal, comme complices, ils auraient pu être trouvés coupables avec celui qui a subi sx re ; mais que Riel avait élé recommandé à la clémence
e la couronne, pai ce que les autres criminels n'avaient pas été poursuivis. +
Je n'ai pas besoin de signaler l’inconvenance, l’indécence de la conduite de celui, qui a écrit çette lettre, et qui a eu l’audace de dire qu’il aurait rendu un verdict de culpabilité
contre des frenres contre lesquelles pas un mot de témoignage n’a êté donné durant le procès, qui a eu l’audace de déclarer que, bien qu'aucun témoignage æ'ait été donné contre ces membres du gouvernement ot l'administrateur du Nord-Ouest, bien qu’ils n'aient été accusés d’aucune offense, lui, un juré, qui a prêté serment de donner un verdict selon la preuve, il les aurait trouvés coupables. Mais, Lg la question qui nous occupe, nous ne pouvons douter
e l'authenticité de co document, pas plus que des intentions de l’auteur, Dans cette lettre il estdit qu'aucun des jurés n’a cru un instant que Riel n'était pas sain d’espri. Ce juré dit, en effet: ‘“ Nous vous déclarons maintenant que chacun de nous a répondu, quand il répondit à l'appel: Il est coupable et parfaitement sain d'esprit.”
a question avait été posée clairement et dignement par le juge : ‘* Trouvez-vous le prisonnier coupable de rébellion ? Si oui, dites coupable, Le trcvez-vous coupable de rébel- Ilion; mais si vous pensez quo son esprit était dérangé lors de cette rébellion, qu’il n’était pas responsable de ses actes, dites qu’il est coupable, mais qu’il n’était pas sain d'esprit.”
Et le juré, auteur de la lettre dit : ‘ Nous avons répondu qu'il était coupable et parfaitement sain d'esprit,”
S'il y avait, M, l'Orateur, un repli de ma conscience, où l’ombre d’un doute püût exister, cette ombre a été dissipée, et je dois dire que jo me suis senti comme soulagé d’un poids lourd en entendant l'honorable chef de la gauche nous faire part de la délibération secrète du jury, et dire : ‘ Vous aviez raison de croire qu’il n’y avait eu aucune preuve établissant la folie de Riel, et que si le jury l’a recommandé à la clémence de la couronne, il n’y avait aucune raison de l'exercer.”
Mes honorables amis de la gauche ont prétendu que la recommandation à la clémence n’était justifiée que par l'état d’aliénation mentale du condamné; mais cette prétention tombe devant la lettre que le chef a lue à cette Chambre, Quelle preuve plus concluante pouvions-nous avoir ?
En voici une autre cependant, Voici d’autres documents que j'hésite à vous communiquer, bien qu'il n’y ait aucune inconvenance à le faire, comme pour la production de la lettre d’un juré dévoilant les délibérations du corps dont il a fait partie.
Ces pièces sont devant moi, et si l’on me demande pourquoi les hommes qui ont fourni ces documents n’ont pas été examinés devant lo tribunal de Régina, je répondrai qu'ils ne se sont pas offerts À servir comme témoins, parce que les hommes ne sont pas obligés de se faire les dénonciateurs de
leurs sémblables, et de donner leur témoignage pour amener
la condamnation de ceux-ci et les envoyer à l’échafaud. Je suis en possession de ces pièces, que je n’ai ni deman-
dées ni chérchées. J'en connaissais déjà la teneur, Elles m'ont été adressées, et je prie la Chambre de me permettre de les lire. Je n’en avais pas besoin pour former mon opinion, pour baser ma conviction et ma conclusion dans la cause de Riel; mais ces pièces peuvent être utiles à l'honorable député de Durham-Ouest (M. Blake) car elles corroborent la lettre de son juré complaisant de ie oici une lettre, datée, le 19 mars 1886, de la Longue- Pointe, Ælle est écrite par le médecin attaché à cette institution—-par le Dr Perrault, un homme contre le caractère, l'honnêteté et l'intégrité duquel persohne au Canada n’a un mot à dire, Voici son certificat, Comme je l'ai dit à la Chambre, à connaissais auparavant le fait qu'il relate, et je le tenais de personnes que je n’aimerais pas à nommer ici. Je, soussigné, médecin aliéniste de l’asile Saint-Jean de Dieu, certifie que peu après l’internement de Louis Riel dans cet hospice, je me suis aperçu que chez lui la folie était simulée. L'exagération de ses actes était tellement en dehors de ce que l’on remaique chez les personnes atteintes de folie réelle, que, pour un médecin quelque peu habitué à traiter les maladies mentales, il ne pouvait y avoir place pour un doute. Sur l'observation que je lui fisque je n'étais pas sA dupe, il m'avoua qu’en effet il jouait la démence ; et la preuve que j'étais dans le vrai et que son aveu était bien sincère, c’est que toutes les fois que je mé suis trouvé seul avec lui, il m'a toujours parlé d’une manière absolument lucide et sensée sur tous les sujets dont je me suis entretenu avec Ini.