‹ Discours de l'Hon. J.A. Chapleau, M.P. sur l'exécution de Louis Riel [microforme]Chapitre 6 sur 6 · NT LORIE OL · texte numérisé non relu

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ie-d'Hudson étaient une usurpation et que, partant, le gouvernement canadien, qui les avait acquis de la compa-

nie, n'était pas lo maître légitime du Nord-Ouest et

es Métis, Riel était un prétendant convaincu, quoique extravagant, Il avait foi en sa mission et, pour l’accomplir, il avait fait volontairement avec sa conscience un pacte de tuer ou d'être tué, Il avait mesuré la distance qui séparait son ambition du succès qui pouvait la couronner et il avait délibérément consenti, dans le cas où la chose aurait été nécessaire, à combler la lacune avec les cadavres de ses ennemis ou même de ses amis, N'ayant pas le courage d’un soldat, il croyait en son adresse comme conspirateur, Il attendait. le succès d'une surprise, non d'une bataille régulière. Il était de sa nature, un insurgé déterminé et dangereux, Si la rébellion, accompagnée du sacrifice de vies humaines, avec la circonstance aggravante d’avoir provoqué une guerre indienne, est passible de la peine capitale, Riel a mérité cette peine commo délinquant politique au plus haut degré,

On a prétendu que, dans le cours de sx carrière extravaganto, Riel n'était pas sain d'esprit et qu'il ne pouvait pas raisonner, bien qu’il l’eût acceptée, la responsabilité de ses actes, Après l'examen le plus attentif de tous les témoignages qui nous ont été soumis, je ne puis m'empêcher de dire que Riel, depuis le moment où il a quitté sa demeure aux Etats-Unis, dans le but avoué d'aider les Métis à faire redresser leurs prétendus griefs, jusqu'à la fin de l’insurrection du Nord-Ouest, a délibérément poursuivi l’objet qu'il avait en vue, savoir : obtenir l’entier contrôle des Métis et des Sauvages du Nord-Ouest, Pour atteindre son but, il a développé en lui-même et communiqué aux autres, à un degré intense, une espèce de fièvre nationale et religieuse, C'était une chose relativement facile avec une population excitable et crédule,

Ayant ainsi subjugué les Métis, il s'est ensuite efforcé de les éloigner du gouvernement et de leurs prêtres. Lorsqu'il eut réussi dans cette dernière entreprise, il rechercha l'alliance des Sauvages et de partisans américains. Il concerta tout cela avec beaucoup d’habileté et de suite, Mais la confiance extravagante en son succès, le peu de moyens à sa disposition, son impassibilité dans les rovers, la foi éviuente qu'il avait dans ce qu'il appelait sa mission, tout cela nous mène à la conclusion qu'il était en proie à l'exaltation, à l'hallucination,

Bien qu'il ne fût pas fou, dans le sens légal du mat, pour employer une expression familière, il était “toqué,” mais

c'était un toqué de la pire espèce, connaissant parfaitement ce qui était bon et ce qui était mauvais ; il savait parfaitement quelle était la A rs de la vie et ce que c'était que la mort; mais 808 notions du juste ot de l’injuste avaient été faussées et altérées par la détermination et la fixité de son but, par ane ambition ardente ot égoïste, conduisant à l'injustice et à la cruauté. Il était certainement, et sans affectation, convaincu que ce qu'il fuisait était permis par les lois divines et morales et que sa trahison était justifiable,

Jusqu'au dernier moment, il s’est soutenu par l'espérance fixe que l’héroïsme de ses efforts, le stoïcisme qu'il avait montré lorsqu'il fut arrêté, le foraient délivrer en temps opportun. Le glas funèbre seul, cette secousse suprême qui augmente ordinairement l’irritabilité nerveuse du maniaque, quand il n’est pas abattu par la maladie, a eu l’effot de le faire sortir de l’atmosphère d'exaltation qu’il avait choisie à dessein. Il semble alors s'être dépouillé avec soin de sa nature fantastique et avoir repris le maintien calme et solennel du chrétion au seuil de l'éternité, Cot‘e espèce d’illu- - sion est naturelle aux fanatiques politiques et aux maniaques religieux. C'est le paroxysme d'un esprit préjugé qui a volontairement faussé en soi les vraies notions du droit et du bien, Cela ne peut pas excuser un acte criminel, La perversité de l'intelligence mérite autant d’être punie que la perversité du cœur qui pousse la volonté à commettre des actes criminels. La passion dominante a son origine dans l'intention criminelle que l'intelligence pervertie a consacrée et transformée en une sorte de devoir. Dans le cas actuel, le but était le pouvoir suprème, civil et religieux.

Le redressement des griefs, d’une part, et le désir d’avantages pécuniaires personnels, d'autre part, ne me semblent pas avoir été les principaux mobiles des actes de Riel, bien qu’ils aient certainement été des agonts importauts dans 8a conduite. Mais son objet, le pouvoir suprème, était criminel et ne pouvait pas l’oxcuser, C’est une fausse théorie et ce serait une doctrine dangereuse que d’excuser et de ne pas punir les crimes commis dans la conviction que l'acte accompli est propre à redresser un grief où à produire de bons résultats pour la société, *

Jo ne suis pas un libre pensour, Je crois que la librepensée est le mal le plus pernicieux de notre siècle, Elle a engendré les pires utopies contre l’ordre moral, social et religieux. Mais ceux qui prétendent au droit de la liberté de penser la plus absolue, restreignent cette liberté au domaine de la théorie et ils sont prêts à LE pu lorsqu'elle vient en conflit avec les lois existantes, Ils punissent la réalisa. tion de l'idée, après avoir donné à cette idée une liberté

entière: J’admets leur conclusion, sous ce rapport, mais je suis logique et je crois à la justice, à l'obligation même, de punir la perversité de la doctrine. Je crois qu’un ho nme est coupable lorsqu'il ne garde pas son intelligence de la contagion des fausses doctrines. Comme l’a dit un des écrivains catholiques les plus éminents de ce siècle, en parlant de ceux dont l'indulgence coupable pour les erreurs de l'esprit donne une excuse à la révolation et au socialisme :

Ils sont allés jusqu à persuader qu’il n’y a ni opinions coupables ni erreurs coupables, que l’homme n’est point tenu de scruter le fond de son fime pour s'assurer ii qe causes secrètes ne le poussent point à s'écarter de la vérité; ils ont fini par confondre monstrueusement Ia liberté physique de la pensée avec sa liberté morale; ils ont bruni de l’ordre des opinions les notions du licite et de l’illicite, donnaut à entendre que ces notions, lorsqu'il s’agit de la pensée, n’ont plus d’application, C'est-à-dire que dans la région des idées, ils ont confondu le droit avec le fait, déclarant que dans cette région, toutes les lois divines et humaines sont inutiles et hors de leur lieu.

Insensés! comme s'il est possible, que ce qu’il y a de plus élevé et de plus noble dans la nature humaine fût exempt de règle; comme si l’616ment qui fait l’homme le roi de la création pouvait être dispensé de concourir à l’inéffable harmonie des parties de l'univers entre elles et du tout avec Dieu; comme si cette harmonie pouvait subsister ou même ge concevoir chez l'homme, à moins que la première des obligations humaines ne soit d’adhérer constamment à la vérité !

C’est la base solide, et la seule logique, du châtiment légitime d'un certain nombre de orimes qui, sans cela, trouvoraient leur excuse dans les convictions erronées mais fermes de leurs auteurs.

Dans des cas pareils, la loi est libre d'admettre que le criminel a été poussé par une fausse notion de son intelligence, mais elle déclare coupable l’idée qui a produit cette conviction erronée, Et si l'accusé invoque le témoignagd de sa propre conscience, la loi lui PRRAE qu'il était de son devoir de garder sa conscience dans le droit chemin ou de l'y ramener,

On me signale souvent à mes compatriotes et coreligionnaires comme un catholique libéral de la plus belle eau, et jo suppose que, dans co cas, comme toujours, mes idées seront blâmées. Je me console d'avance comme je l'ai déjà fait, en pensant que mes détracteurs seront inoffensifs, sinon charitables dans leurs dénonciations

Riel avait commis son crime, on s'était emparé de lui et il avait subi son procès. Le procès avait été impartial, il avait été équitable, Un verdict avait été rendu oontre Riel, le soul verdict qui pouvait être reudu d’après les témoignages. Une sentence de mort avait élé prononcée contre lui. Cette sentence était un juste châtiment du crime commis. Ce châtiment devait servir d'exemple, d’avertissemont et inspirer la terreur à tous les imposteurs criminels de l'avenir ;

C'était un remède contre la contagion croissante des cerveaux brûlés. On avait déjà pardonné un grand crime à Riel; un second exercice du droit de grâce aurait été comma un encouragement à la trahison et à l’homicide, Une commutation en un emprisonnement pour la vie, aurait été un danger pour la société. Le peuple qu'il avait trompé, ceux dont il avait soulevé les préjugés et ceux qui pouvaient avoir intérêt à maintenir le pays dans une agitation malsaine, auraient été grandement aidés par la prolongation de l'existence de Louis Riel.

La clameur que l’on avait poussée au dehors avait été forte ; on avait demandé le pardon, la commutation de la sentence, mais on n’avait fait aucune protestation contre le verdict, depuis la décision du Conseil privé de Sa Majesté. L'époque fixée pour l'exécution approchait, lirsqu'on a fait un dernier appel en faveur du condamné. On disait que, à ce moment, il avait l’esprit si dérangé, le cerveau si malade, que le punir serait une cruauté inutile et l’on a demandé que des médecins fussent nommés pour examiner Riel et faire un rapport sur sa lucidité d'esprit ou sa folie, c'est-à-dire constater s’il pouvait parfaitement comprendre la nature de son crime et la mesure de son châtiment, Cette demande était appuyée de la prière presque unanime du peuple d’une des provinces. Le gouvernement a accédé à cette demande et l'enquête a eu lieu, Des médecins dont le caractère et la respectabilité sont au-dessus de tout soupçon, ont examiné le condamné et ils ont été d'accord à conciure que Riel était un être responsable de ses actes et que, partant, il pouvait discerner le bien du mal, comprendre le verdict rendu contre lui et mesurer la rigueur du châtiment qu'on allait lui infliger. Et, après ce rapport, l'Exécutif a décidé que la sentence prononcée contre ce malheureux devait être exécutée.

On a dit beaucoup de choses au sujet du personnel de cette commission médicale, comme on l'appelle. Je suis prêt à admettre que le choix d'hommes plus éminents dans la profession, plus spécialement préparés, par leurs études particulières, à l'examen de cas semblables, aurait pu donner plus de satisfaction à ceux qui avaient demandé cette com mission ; mais en même temps, je dis que l’on ne serait pas arrivé à une conclusion plus exacte et je suis sûr que tons ceux qui poussent les hauts cris n'auraient pas élé satisfaits, Le verdict était juste.

Les prêtres zéêlés qui ont donné les derniers secours de la Religion à Louis Riel avaient eux-mêmes—et plus que tout autre, ils étaient en état de connaître le mot de la mystérieuse énigme—ces prêtres, dis je, avaiont eux-mêmes décidé cette question dans une grande mesure, en recevant l’abjuration

de ses erreurs , on devenant les confidents dé ses dernières voiontés, en l’admettant, en maintes occasions, à participer au Sacrement le plus auguste de l'Eglise. Il avait consolé leurs cœurs en leur faisant une humble confession et en se repentant sincèrement des fautes qu'il avait commises contre Dieu et contre les hommes. Il avait prouvé à tous qu'il était en pleine possession de ses facultés mentales, qu'il avait la pleine possession des bons mouvements de son cœur et de son âme, par les lettres qu'il avait écrites à ses amis, à sa mère, à sa famille, par les écrits remplis de dates, de noms, de chiffres qu'il a À ee rt de mémoire, et sans l’aide ds personne, ni de livres, ni de notes, par son testament et par tout son maintien en face de ia mort, Ilest mort comme il avait vécu, en homme doué d’une puissante volonté, il est mort sain d'esprit,

C'est ce que les missionnaires avaient dit au commencement, ce qu'ont dit les Métis qui l'avaient suivi, ce qu'ont dit les témoins qui sont venus déposer contre lui, co qu'ont dit les médecins, ce que les juré: ont dit en rendant leur verdict ; et c’est pour avoir dit la même chose que nous avons été censurés, que nous avons été accusés et flétris, comme traîtres à notre nationalité, comme traîtres à la loi, comme meurtriers, accusations que les honorables déput a de la gaüche ont portées contre nous même en cette Chambre.

On m'a souvent demandé comment je pouvais pardonner les calomnies lancées contre moi par ceux qui ont organisé le mouvement du 16 novembre. Fe me suis très fréquemment posé la même question, et je n'ai obtenu qu’une réponse, Je ne pouvais pas croire au manque de sincérité de leur conduite ; je ne pouveis pas croire qu’un tel déchaînement de passions, une rupture aussi violente des liens qui les attachaïent à un parti politique et à leurs amis fussent seulement la conséquence d’une apostasie politique ; je ne pouvais pas croire que nos amis qui nous ont abandonnés, le 16 novembre, à propos de cette question, ne fussent pas sincères ; et c'est parce que je croyais À leur sincérité que je leur ai fait appel, sans menace de violence, sans promesse de faveurs, C’est parce que je croyais À leur sincérité que j'ai ressenti l’insulte que re) pis l'insinuation que leur ont lancée à la figure le député de Huron-Ouest (M. Cameron) et le député d’Iberville (M. Béchard.) C’est parce que je croyais à la sincérité de mes amis, que j'en ai appelé à leur jugement mieux informé ; c'est parce que je croyais à leur sincérité, que j'ai espéré que leur calme raison viendrait enfin à leur secours et que je n'ai pas voulu mettre en doute l’honnèteté du butqu'ils se

proposaient,

Je sais que mes honorables amis ne peuvent avoir aucune sympathie politique pour les honorables messieurs de la gauche. Lorsque cette question sera réglée, sur aucune des nombreuses matières qui restent encore et qui figurent au programme du parti, ils ne pourront concilier leurs idées et leurs convictions avec celles des députés qui siégent à la gauche de la Chambre. Je leur ai fait appel et si mon appel a été fait en vain, j’eepère que l’on ne me blâmera pas d’avoir cru en eux.

Je no puis pas—je dois le dire—rendre le même témoignage de sincérité aux honorables messieurs que je vois à la suite immédiate du chof de la gauche. Je ne dirais pas la vérité si je disais que je puis concilier la sincérité avec l'attitude que l'honorable chef lui-même a prise sur cette question ; mais je dois me hâter de dire, en même temps, que je ne saurais le blâmer, sachant, comme je crois le savoir, ce qui le fait agir aujourd’hui.

L'honorable député de Québec-Est, emporté, comme tant d’autres, par le cyclone popuiaire qui a ravagé la province de Québec, le 16 novembre, au Champ-de-Mars, à Montréal, a commis une de ces erreurs qui survivent à l'existence politique d’un homme, Il a fait alors la déclaration que, s’il avait été sur les bords de la Saskatchewan, il aurait été

rêt à pan les armes contre le gouvernement de Sa

ajesté. Sa déclaration a rotenti dans toute la Confédération comme un appel aux armes, un appel à la guerre civile et toute la milice du Canada a ressenti la chose comme une condamnation et une insulte. Le parti libéral anglais de la province de Québec—et je dois lui rendre ce témoignage que sa fidélité à la souveraine est au dessus de tout soupçon— le part. libéral anglais de la province de Québec, dis-je, s’est levé pour protester solennellement et les libéraux d’Ontario se sont joints à ceux de Québec pour répudier une déclaration frisant la trahison dans la bouche d’un membre du Conseil privé. Tout le monde sait que l’on a trouvé une excuse pour empêcher que l'honorable ex-ministre n’eût une réception désagréable à Toronto, et son ancienne popularité, son éloquence tant admirée ne l’auraient pas fait échapper à la réprobation populuire, s’il eût osé se montrer alors devant un auditoire anglais, même à Montréal,

Son étoile pâliserit, comme on se le répétait assez généralement dans l£ .emps et pendant un temps sa chûte parut inévitable. Aucune des assemblées qui suivirent celle du Champ-de-Mars ne fut favorisée de son éloquence.

Pendant ce temps-là, le chef du parti de la réforme débarquait à New-York, Si l’on en croit la rumeur, un conclave mystérieux se tint dans la maison d’un ancien ministre

fédéral, maintenant fixé dans cette ville. Il ne transpira de ces entrevues aucun bruit consolant pour les agitateurs de la province de Québec. Le chef se rendit à Toronto, puis vint le discours de London. Mais ce furent les paroles du Sphinx. La presse nous fit connaître, immédiatement après, une nouvelle entrevue, à la capitale même, entre le chef du parti de la réforme et le jeune chef des libéraux de la province de Québec.

De ce jour, la conduite du député de Durhum-Ouest fut une énigme. Le discours de l’autre soir nous a donné la clef du problème. La voici. Le jeune et impétueux chef du parti libéral de Québec ne doit pas être détrôné. Au contraire, il faut le supporter, l’applaudr et frapper un grand coup pour ranimer en sa faveur les sympathies du parti. Ses déclarations du Champde-Mars ont été audacieuses, ses déclarations à la Chambre des Communes . devront être hardies et il faut qu’elles y soient soutenues et applaudies. De là le discours de vendredi. 8e Je dois, M. l'Orateur, pour rester modéré, vous avouer qu'il l'a fait bravement, Audacieux dans ses dires, châtié dans sa diction, brillant d’éloquence, le député de Québec-Est s’il n’a pas été un modèle de logique, nous a donné au moins le spectacle d’un effort admirable pour se rallier les sympathies expirantes de ses amis du Bas-Canada, Mais cela ne suffisait pas à la restauration de l’ancienne confiance ot des anciennes sympathies et c'est l'honorable chef de j'opposition qui vint à la rescousse, A la chaude éloquence de son collègue il prêta le secours de sa vaste érudition, de sa dialecaus puissante, de son ingénieuse argumentation, cinq heures

urant.

Pour sauver le lieutenant, le chef mit sa propre popularité au jeu, 11 y a des officiers pour qui le général risquera toute son armée, Ce n’est peut-être pas la bonne tactique; mais c’est le courage et le courage soulève toujours l'admiration, Dans tous les cas, tout le monde a pu voir les efforts laborieux ot le labeur ingrat du député de Durham-Ouest, Ce grand maître de la parole souffrait de la tentative d'imposer à ses partisans par des arguments soigneusement préparés et des périodes habilement élaborées une conviction que son

rand talent ne pouvait leur communiquer, ÆEcrasé sous le aix, il dut même, un moment, avouer que son vote manquait de raison d’être. Oui, M. l'Orateur, ce vote non seulement n’a pas sa raison d’être; mais il manque encore de but, et il restera inexplicable et sans justification. On le recevra avec hostilité dans l'Ontario et les provinces maritimes et avec défiance dans la province de Québec.

Un DÉPUTÉ: Ecoutez, écoutez,

M.'CHAPLEAU : Si l'honorable membre de la gauche qui dit écoutez, écoutez, veut descendre en lui-même, î s'avouera l'inutilité d'essayer à faire croire que le sens droit de nos compatriotes acceptera, quelle que soit son éloquence, le plaidoyer révolutionnaire du député de Québec-Est. C'est un plaidoyer que le Canada n'acceptera jamais. Je regrette d’être forcé de le dire, mais Fattitude prise par l'honorable monsieur ne fera jamais ‘ parler la Chambre des communes à l'unisson de la postérité, quand les esprits ge seront calmés et que le brouillard se sera dissipé.” Si le vote du député de Durham-Ouest, si ses accents, si les sympathies qu’il a essayé de soulever rencontrent, même dans la province de Québec, l'écho qu'il a voulu y trouver, j'aurai à en conclure que, malgré ses protestations, il aura eu la triste gloire ‘“ d’étayer un programme politique sur l'échafaud de Régina, de cimenter les liens de parti du sang d’un condamné et d’être un de ceux qui

Forcent les portes de l'avenir avec une clef du passé rouillée de sang.’’

Tel serait son succès si la province à laquelle j'appartiens n’était pas décidée à unir, pour me servir des expressions employées par l'honorable monsieur, ‘“ l’affirmation de ses droits à la tolérance en faveur du droit des autres et d’assurer à tous cet exercice des libertés civiques qui font du Canada un grand et glorieux pays, habité par une population heureuse et unie.” J'espère que les paroles de l’honorable monsieur se réaliseront et que le peuple comprendra ge pour établir l'harmonie qui est nécessaire au bien-être

e ce pays, il ne faut pas agir de la manière indiquée par ceux qui ont commenté l'agitation. Animé de ce désir de la paix et de l’union, j'ai pris ma position en conséquence, aux regards de mon pays; et c’est sous l'impulsion de ce désir que j'en «ppelle à ceux de mes amis dont les sympathies ont été surprises et dont le sens scrupuleux de l'honneur a été effarouché par des allusions contre la fidélidé exagérée que réclame le parti. (C’est en toute confiance que je m'adresse à eux pour les supplier de ne pas se laisser entraîner par le cri populaire et de ne pas appuyer un mouvement dont les conséquences finales seraient un désastre pour notre parti, pour notre race, pour notre pays.

M, l'Oratour, un dernier mot et celui-là c’est à ceux de ma nationalité qu’il s'adresse: ‘ Prenez garde.”

L'heure est solennelle. Le vote qu'ils vont donner sur cette question entraîne les plus grandes responsabilités. L'avenir de la province de Québec dépend de ce vote. J'ai déjà mis les honorables députés en garde contre le projet de créer une prétendue union politique des Canadiens-français de tout

le Canada ; j'ai dit que ce serait une démarche anti patriotique, pleine de dangers pour la Confédération et surtout menaçante pour ceux qui, simple minorité dans le pays, voudraient s'unir de la sorte, sans égards aux opipions politiques. Cette vérité, je l’ui souvent répétée à mes compatriotes, mais jamais avec autant d'émotion que l’urgence m'en inspire ce soir. Dans toute cette agitation, J'ai tâché d'être fidèle à ma patrie et à mon devoir. Je n'ai écouté les dictées de personne et je n’ai subi aucune influence pour apprécier les événements et les situations, Peut-être n'ai-je pas suivi les sentiers qui eussent convenu à mes intérêts personnels, Je no le menutionnerais pas ici, si le chef des libéraux Canadiens-français dans la province de Québec n'avait dit qu'il avait envoyé un député m'en faire la proposition. Oui, on m'a prié de devenir le chef de mes compatriotes dans cette mission anti-patriotique de réunir les Canadiens-français de tout le pays en association politique. Cette offre, je l'ai refusée, parce qu'elle me paraissait pleine de dangers pour mes compatriotes,

Un écrivain canadien qui comprend cette question a dit que l'édifice de la nationalhi'é canadienne-frarçaise a été élevé, pierre par pierre, par les mains d'hommes qui résumaient tout ce que la sagesse ot la prudence peuvent unir, Cet écrivain ajoute que le seul danger pour la nationalité française se manifestera à l'heure où le peuple se laissera eutraîner par les coteries et la pas-ion et se constituera en faction. Rien n'est plas vrai, si nous consultons notre histoire, que les Canudicns français out obtenu des résultats qui ne 8e sout vus duns aucun autro pays. Nous savons combien il est difficile pour une minorité, surtout en pays conquis, d'éviter les empiètements et même l'absorption dans la mujorité, quelque bien disposée que soit cette majorité. Ici, nous avons prospéré, grandi, nous nous sommes enrichis sans le sacrifice d'aucune de nos libertés. Que dis-je, nous, minorité, nous avons obtenu plus que cela. Au moment même où le cri de race et de religion surgissait d’une partie de la population, nous avons réussi à fuirs accepter par la majorité un code de lois qui nous sout particulières. Je veux dire l'introduction par le concours de la majorité des lois civiles du Bas-Canada, dans les Cautons de l’Kst, Plus que cela, Nous, minorité, nous avoas obtenu le bon vouloir, l'estime, le respect, les sympathies de la majorité pour la proteciion de nos institutions particulières. Voilà ce que nous avons fait et voilà pourquoi il a dit vrai l'écrivain qui a déclaré que l'édifice de la nationalité canadienne française a été l’œuvre d’une sagesse eonsommée, unie à la plus grande prudence. Mais à ses paroles s’ajoutait un avertissement

solennel. “ Ne vous laissez pas entraîner par les factions oi ia passion, Ne devenez pas une faction duns le pays, parce que, bien que vous soyez forts au moyen d'alliances, vous serez faibles comme taction, quelque puissante qu’une faction puisse être.”

Des hommes, emportés par la passion, ont dit, dans des assemblées publiques, que les Canadiene-français devraient former un parti semblable au parti irlandais, dans le parlement impérial, sous la direction de Parnell. Je n'ai pas À m'occuper des sujets de discussion qu'il peut y avoir là-bas, mais je puis dire que, si le peuple irlandais, dans ses luttes pour la conquête de la liberté, a été obligé de faire ce qu'il fait et do s'unir sous un seul chef, il n’a été obligé de le faire que. parce qu’il ne possède pas la liberté, le respect et la sympathie que nous possédons dans notre pays. Demandez à Parnell s’il ne renoncerait à diriger la faction qu'il commande dans le parlement anglais, s’il pouvait commander un parti aussi protégé dans sa liberté que le sont les Canadiens-français.

Non, le grand danger pour nous, c'est que nous convertissions notre minorité en faction et que nous fussions entre nous une alliance étroite qui serait désastreuse aux Canadiens-français,

C’est pourquoi js demand à mes compatriotes d'examiner cette question, comme elle doit être examinée, de prendre les lois telles qu’elles ex stent, de peser les difficultés dans lesquelles se sont trouvés le ministre de la Justice et le gouvernement, et de ne pas juger d'après le sentiment, le sang, la croyance ou la nationalité. Il est naturel que les gens d'une province ou d’une race soient plus sensibles au sort de compatriotes qui sont de leur race et de leur religion. Muis ce n’est pas à ce point de vue qu'il faut juger; et c'est pour cela que je n'ai pas dévié depuis quatre mois. Je u’ai pas voulu me faire aux hommes ni aux circonstances, J'ai compté sur la récompense due aux hommes qui ne fléchissent pas, devant les cris de la multitude, et qui ne font pas reposer leur fortune politique dans le succès du moment. J'ai marché droit devant moi, par le sentier qui me paraissait être celui du bon citoyen. En suivant cette route sans détours, au milieu de cette crise pénible, j'espère ne pas avoir perdu les sympæthies de mes amis, le respect de mes ennemis, ni la confiance de mon pays.

Imprimerie MacLean, Roger et Cie., rue Wellington.

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