‹ Discours de l'Hon. J.A. Chapleau, M.P. sur l'exécution de Louis Riel [microforme]Chapitre 5 sur 6 · J. A.S. BRUNELLE, M.D · texte numérisé non relu

J. A.S. BRUNELLE, M.D

Et je puis ajouter que l’auteur de ce certificat a déclaré ve avait, en plusieurs circonstances, convorsé avec Louis iel, et que ce dernier lui avait révélé tout le secret de sa

folie simulée, Bien que j'aie communiqué à la Chambre ces documents, jo n’ai pas l'intention de m'en servir pour influencer le vote que nous allons donner sur la question qui nous est soumise, Mon honorable ami, le député de Bothwell (M. Mills) rit, Je ne sais pas s’il rit de la lucidité d'esprit ou de la folie de Louis Riel; je ne sais pas ai la preuve écrasante que constituent ces certificats contre lo pauvre infortur.é, provoque son rire, mais ce que j'ai communiqué à la Chambre n’est que la confirmation de ce que j'ai affirmé et de ce que je crois, savoir : que, lorsque le jury de Régina a déclaré que Louis Riel était sain d'esprit, ce verdict, après les témoigneges rendus contre lui, aurait été prononcé par tout mexvwre de cette Chambre qui aurait fait partie du jury.

En dehors de l'insurrection, une des raisons qui a empèêché l'exercice de la clémence dans le cas de Riel, c'est le fait qu'il a poussé les Sauvages À. prendre les armes. Sur ce point, je pourrais aussi invoquer l'autorité de mon honorable ami le député de Durham-Ouest, qui a dit qu'une circonstance très aggravante de la rébellion était que Riel avait incité les Sauvages à la guerre.

Et cette accusation, cette circonstance aggravante, le plus grand de tous les crimes que Riel ait commis au Nord- Ouest, aux yeux du chef de l'opposition, personne, en cette Chambre, n’a essayé de l’atténuer, si ce n’est le chef de la gauche lui-même. Il a dit que nous ne devions pas faire sonner trop haut cette accusation d’avoir porté les Sauvages à prendre les armos, car, depuis des siècles, les Sauvages avaient été enrôlés pour aider de braves soldats et des peuples civilisés à guerroyer contre d’autres nations, Je n’ai pas besoin de m'arrêter sur cette question.

Le ministre de la Justice a réfuté cette prétention et je le demande: Existe-t-il quelque analogie entre le cas des soldats qui combattaient dans la citadelle de Québec, dans les murs de Montréal ou dans les forts de l’ancienne province du Haut-Canada et qui avaient dans lours rangs, des alliés sauvages, existe-t-il quelque analogie entre ce cas et celui de Louis Riel? Non, M. l’'Orateur, il n’en existe aucune et nous en avons la preuve,

Qu'il me soit permis de rappeler à la Chambre les lettres que Riel écrivait aux Sauvages et dans lesquelles il leur disait

e piller, et de prendre les postes. Cela a été démontré dans la cause des sauvages qui ont été traduits devant le jugo Rouleau. Je dois rappelor aussi à la Chambre qu'avant le ler jain, les Sauvages avaient reçu l’ordre de se soulover et tous les hommes de raco blanche devaient être exterminés au Nord-Ouest, Quelle réponse les Sauvages ont-ils faite

aux messagers que Louis Riel leur avait envoyés? Leur réponse prouve ce qu'on leur demandait ; elle prouve les desseins de celui qui avait expédié ces messagers vers les Sauvages, avec des présents, Voici une lettre écrite à Louis Riel par un certain nombre d’entre oux :

M. Louis Rrer,

Je désire avoir des nouvelles des progrès de l’œuvre de Dieu, S’il est arrivé quelque événement depuis la visite de vos messagers, faites-le moi savoir. Dites-moi quel jour les Américains arriveront au chemin de fer du Pacifique. Donnez-moi toutes les nouvelles que vous avez reçues de tous les endroits où votre œuvre g’accomplit. Gros-Ours a fini sa besogne ; il a pris Fort Pitt. ‘Si vous désirez, dit-il, qe j'aille vous rejoindre, dites-le moi immédiatement,’ et je l’ai envoyé chercher immédiatement. Je serai quatre jours en route, Ceux qui sont allés le voir, coucheront deux fois en route Ils ont fait vingt prisonniers, compris le maître du Fort Pitt. Ils ont tué onze hommës, y compris l'agent, deux prêtres et six blaucs. Nous sommes campés dans la coulée, au pied de la Montagne du Coup de Couteau, en attendant Gros- Ours. Les Pieds-Noirs ont tué soixante hommes de la police à cheval au Coude. Un métis, qui servait d'interprète aux hommes de la police, ayant échappé au massacre, bien que blessé, a apporté cette nouvelle, Ici, nous n’avons pas encore pris les casernes, mais c'est le seul bâtiment

ui soit encore complet au fort Bataille. Nous avons pris tous les bestiaux

u voisinage. Nousavons perdu un homme, un Nez-Percé, qui a été tué, étant seul, et nous avons un blessé, Quelques soldats sont venus du Rapide, mais je n’en connais pas le nombre. Nous avons ici des fusils et des carabines de toutes sortes, mais les munitions sont insuffgantes. Si la chose est possible, envoyez-nous des munitions de diverses espèces. C’est seulement le manque de munitions qui nous rend faibles. Vous nousavez écritque vous viendriez au fort Bataille quand vous auriez fini votre besogne au lac-aux-Canards. Nous vous attendons encore, car nous ne sommes pas capables de prendre le fort sans aide Si vous nous envoyez des nouvelles, n’expédiez qu’un messager. Nous sommes impatients de vous rejoindre. Vous voir nous donnerait beaucoup de courage et nous ferait travailler avec plus de cœur.

Voilà la demande et la réponse. Voilà la prouve que l'on a demandé aux Sauvages de se soulever et que tous les établissements des blancs devaient disparaître des prairies et que les blancs devaient être exterminés. Tous les peuples d'Amérique ont reconnu comme loi, depuis un siècle, que l'alliance avec les Sauvages était non-soulement une chose imprudente, mais qu'elle était inhumaine et contraire au droit des gens.

Le gouvernement des Etats-Unis, que l'on nous a cité comme un modèle à suivre, a décidé la question très-promptement, à cause des soulèvements dans leur Nord-Ouest et près du Mexique ot à cause des soulèvements pendant la construction de leurs chemins de fer, Pour les fautours des révoltes des Sauvages, pour les Sauvages hostiles eux-mê mes, il ne s’est embarrassé d'aucune forme de procès, si ce n’est de les traduire devant les autorités militaires, et de les fusiller ou pendre par douzaine ou par quatre douzaines, comme après le massacre de Custer. Le gouvernement

des Etats-Unis, ce gouvernement modèle, n'y met aucun cp mais lorsqu'une guerre indienne est déclarée, l'exécution de la loi est laissée aux autorités militaires.

- Il est inutile à mes houorables amis de la gauche de chercher à faire de ce solèvement une insurrection qui pourrait être justifiée et excusée, comme mon honorable ami, lo député de Québec-Est (M, Laurier) a tenté de le faire, Il leur est inutile de chercher à faire un martyr de Riel, comme l'a fait mon honorable ami, le député de Maskinongé (M. Desaulniers), ou un héros, comme mes honorables amis de la gauche ont tenté de le prouver, ou même un fou, comme quelques-uns de mes amis de la droite sont prêts à le croire, donnant le bénéfice du doute qui peut exister, non à la loi, mais à cette papes humaine que l'on éprouve pour un homme condamné à l’échafaud.

Non, M. l'Orateur, l’histoire, dan: son impartialité, n'en fera pas un héros. Le bonum commune, \'istérêt de la nation n’a pas été le mobile de ses actes, Il avait rêvé de devenir un Napoléon, mais il se serait contenté d'être à la tête d’une guérilla, gouvernant par la violence et la terreur le domaine qu'il aurait conquis, vivant de‘ pillage et attendant un engagement heureux pour s'assurer une forte rançon avec la garantie qu'il aurait la vie sauve.

oici mon opinion -et je parle sincèrement, de cœur et de conscience—yoici mon opinion sur la campagne, la reddition et la mort de Louis Kiel.

Riel n'était pas un criminel ordinaire qui, sous l'empire de fortes passions et pour le lucre, par convoitise et par vengeance, a commis le meurtre et promené l'incendie et le pillage, avec ‘malice et préméditation.” Riel était un agitateur sans serupule, organisant une rébellion contre sa souveraine, par ambition personnelle et pour son bénéfice propre, sous le prétexte de redresser des gras publics. Riel était un conspirateur-né, un affamé

e pouvoir et de richesses; frustré dans ses desreins mais non vainou par se première défaite, qui avait ébranlé son cerveau, sans en extirper le germe d’une ambition morbide, il avait attendu patiemment l'occasion de revenir à la surface, jusqu'à ce que cette occasion lui fût donnée. Il connaissait parfaitement la nature de l’insurrection qu'il projetait et qu'il prêchait. Il connaissait parfaitement les graves responsabilités de ce mouvement, et il était disposé à aocepter, comme conséquence de l'insuccès, la pes de sa prôpre vie, Il considérait les prétendus griefs

es Métis plutôt au point de vue des occasions que cela lui donnerait de reprendre le pouvoir au Nord-Ouest, qu’au point de vue de leur redressement, Il avait toujours soutenu

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