Discours de l'Hon. M. Beaubien à l'inauguration de l'école d'industrie laitière de St-Hyacinthe, le 11 mars 1893 [microforme]
} réunion d'agriculteurs. Je félicite cor-dialement la Société d'industrie laitière; cette immense assemblée dans cette vaste salle est un beau témoignage à son dévouement, et au succès qu'elle a obtenu.
L'inauguration de l’école d’industrie laitière est réellement le com mencement d’une ère nouvelle pour la province. Enfin, nous avons réussi ; nous avons une école où les élèves abondent; ce qui me fait espérer qu'il en sera ainsi un jour des autres, je veux parler de nos écoles d'agriculture.
Je remercie le gouvernement fédéral de l’aide qu’il nous a donné dans l'établissement de cette école de St- Hyacinthe. Avec l’intelligente direction du professeur Robertson,le dévouement des directeurs de la société d’industrie laitière, nous avons un établissement dort nous pouvons être fiers.
Parfaitement aménagé, sous la conduite de professeurs expérimentés, d'hommes pratiques et habiles, elle est
appelée à rendre des services considérubles à notre province
En industrie laitière, St-Hyacinthe a été une des premières localités à donner l'exemple et à tracer la route à suivre, aussi, quand il s’est agi de localiser una école de beurrerieet de fromagerie le nom de votre ville s’est naturellement présenté.
Je vois avec bonheur que de ce centre va maintenir rayonner la prospérité par tout le pays. De cette école partiront les fabriquants et les inspecteurs pour les différentes paroisses. Nous eu avons un pressant besoin car il faut à l’agriculture un remède immédiat.
Quand une fromagerie ou une beurrerie s'établit dans une localité c’est de l'argent comptant pour nos cultivateurs. La fabrique se construit au
rintemps et dès lors, de mois en mois, e cultivateur va toucher le fruit de ses travaux; il euffit qu'il ait du bétail. Dès iors plus de dettes: de l'argent sous le pouce; moinsde grains à porter au loin sur les marchés avec
perte de temps et souvent perte d’argent; plus d'engrais amassé pour la fertilité de la ferme; plus d'ouvrage rémunérateur à la maison, le cultivateur n'a plus le temps de se décourager ; plus de regards d'envie jetés au-delà de la ligne 45ième; plus de séparation cruelle d'avec les amis et les parents. Le cultivateur amasse de l'argent, devient souvent prêteur au lieu de débiteur découragé; le bienêtre se répand autour de lui à mesure que coule le lait: Ses enfants s’établissent sur les terres voisines: doux cercle d'affection, soutien pour lui, joie de tous les jours, consolation pour ses cheveux blancs.
C'est l'honorable député pour Bagot, M. Dupont, qui nous disait l’autre jour que lorsqu'il a commencé à exercer sa profession dans sa localité il avait surtout des obligations à rédiger ; le cultivateur grevait sa terre d'année en année et beaucoup n’en pouvant plus étaient obligés de la quitter. Maintenant les choses sont bien changées ; notre honorable ami rédige des quittances ou des obligations où le cultivateur est le prêteur. Et c’est l’œuvre de la fromagerie et de la beurrerie, Le cultivateur a doub,5 son troupeau, il a par là doublé son revenu ; puis voyant que sa terre lui rapportait de beaux écus sonnants, il a pris goût à la culture, ses enfants aussi; le courage est revenu avec le suceès. Voilà ce qui arrivera par tout le pays quand les mêmes moyens de succès seront répandus partout. Et ce sera l'œuvre de votre école. Les fabricants de beurre et de fromage viendront s'y former, s’y perfectionner. Nos missionnaires agricoles, nos cercles et nos sociétés d'agricuiture répéteront ses bons enseignements et ainsi, par elle, avant longtemps, dans notre pays, là où il semble ÿ avoir maintenant trop de population puisqu'on y émigre, la maind'œuvre sera recherchée,
Permettez-moi de vous rappeler les paroles du président de la banque de
janvier et de février.
St-Hyacinthe, M. le maire Dessaulles que nous sommes heureux de voir au milieu de nous en ce moment. Dans son rapport, ce monsieur nous dit que l'année dernière sa banque a payé aux cultivateurs la somme de $233,000.00 pour du beurre et du fromage, cette année sa banque seule, sans parler de ce que les autres institutions du même genre ont du payer, a donné aux cultivateurs pour les mêmes articles, la somme de au-delà de $400.000 00. Voilà des chiffres plus éloquents que tout ce que nous pourrions vous dire, plus convaincants pour nos campagnes que tout ce que nous pourrions publier. Je dis que l'amélioration importante qu’apporte avec elle l’industrie laitière peut se faire sentir dans une paroisse dès la première année. Dans le comté que j'ai l'honneur de représenter, le curé de Ste Eulalie, qui s'est fait, dans son dévouement, secrétaire trésorier d’une fromagerie, me disait qu’il y a quatre ans. lors de son établissement. elle rapportait $1400 et que l’année dernière, elle a rapporté la somme de $9,556.00. Permettez-moi aussi de vous citer ce qu'a rapporté, dans une seule paroisse, cette industrie, durant la dernière saison. Les cultivateurs de la Baie du Febvre ont reçu ia jolie somme de $62,000 cette année.
BEURRE d’HIVER
Pour encourager la confection du beurre l'hiver le gouvernement accorde une prime de 5 cents par cent livres de lait livré à la fabrique dans le mois de novembre, 10 cents pour le mois de décembre et 15 cents pour les mois de Le bourre se vend 15 cents la livre, l'été, vous avez jusqu’à 30 cents, l'hiver. Vous comprendrez par ce seul énoncé pourquoi nous insistons à pousser nos cultivateurs à fabriquer l’article.
Que l’on ne dise pas que le beurre d'hiver coûtera le double. Avec du maïs récolté en vert pour remplir le
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silo, le coût de l’hivernement est de beaucoup réduit. Tous peuvent cultiver ainsi le maïs et assurer à leurs troupeaux la nourriture succulente dont il a besoin et avec laquelle, sans aucun doute, il se trouvera beaucoup mieux que dans maints pâturages l'été. Nous avons un exemple de ce système au Danemark où il a révolutionné toute l'industrie agricole. Les vaches y ont leur veau l'automne; nous pouvons parvenir au mème résultat ici, On y envoit durant l'hiver le fin beurre frais sur les marchés de Londres et de Paris. Pour vous, cultivateurs, qui demeurez autour des villes, voilà une source de prospérité que vous négligez.
A l'heure qu'il est à St Hyacinthe, à Trois-Rivières et à Montréal, le beurre frais se vend 30 cents la livre et même plus. Si toutes vos vaches étaient dans le fort de leur lait, quel argent vous feriez !
Le beurre d'hiver signifie aussi le bétail mieux hiverné, mieux nourri, plus de paille sous lui, meilleure ventilation, plus de lumière dans les étables. Songez donc comment ces pauvres bêtes sont hivernées sur beaucoup de nos fermes: non seulement les vaches, mais aussi les chevaux. Quel lieu de supplice que ces étables basses, sans le plus petit carreau pour y laisser entrer la lumière du Ciel, sans la moindre ventilation : les bêtes sont sur le pavé où tout gèle. Pour faire du beurre l’hiver, ce système affreux doit
disparaître. les ‘bêtes seront propre-|
ment tenues, les étables ventilées, éclairées. L'homme ayant à y séjourner davantage sera obligé pour son propre confort d'en donner quelque peu à son troupeau, Ses étables seront construites de manière à être plus chaudes, car plus l'animal a froid et plus il consomme de nourriture, Avec ce bon système d’hivernement la quantité d'engrais sera plus que doublée, les champs s’en ressentiront et la fortune du cultivateur aussi,
MISSIONNAIRES A{RICOLES.
Dans leur sollicitude pour les fidèles confiés à leurs soins, Nos Seigneurs les Evêques de la Province ont décidé de confier à un missionnaire agricole le soin d'aller par les campagnes répandre les bonnes notions agricoles. En apprenant ce fait il m'a semblé que dans un ordre inférieur d'idées nous entendions cette grande parole qui changea la face du monde: ‘allez, enseignez les nations,” car le missionnaire agricole est instruit et dévoué la population a confiance en lui, et exécutera ce qu'il demandera pour le bien général. Nous voyons là, « l’œuvre le bon prêtre, le curé dévoué, celui-là même qui a doté le pays de nos grands collèges et qui y a amené l'élève.
C’est lui qui a formé nos hommes de haute éducation ; nul doute qu’il réussira également pour l’agriculteur: qui peut plus peut moins. Quels glorieux et fertiles sillons nous allons tracer s’il nous enseigne à traiter le sol comme il a enseigné à tant de com-
atriotes distingués à manier la belle angue française. Nos fromages mériteront alors de passer à l'académie, soyez en surs, et tous les gourmets anglais même ceux de, Bristol se pâmeront devant le french cheese.
Dans nos collèges on nous enseigne à tout apprendre, de là le succès d’un si grand nombre de compatriotes dont s'énorgueillit notre histoire. Si nous sommes forts aux champs comme l’ont été à la tribune, au journal, au
forum tant d'élèves de notre clergé
comme les Chauveau, les Papineau, les Taché, les Routhier, les Ferland, les Casgrain et . ‘ d’autres, quels Cincinnatus nous aurons! Alors le dépeuplement n'aura plus de prise sur nos campagnes. Tous nos champs seront fertiles, la prospérité de notre peuple sera complète, nous aurons le succès matériel comme nous avons déjà le succès intellectuel. Avec la
science présidant à la bonne prati-
Cu
que, l'aisance renaîtra partout. La science a déjà chez nous, au moyen du silo, considérablement raccourci nos longs hivers et refait leur ‘’éputation que voulut endommager Voitaire. Le silo! Providence pour nos rudes climats!
serre d’un nouveau genre qui va nous donner l'été sur la neige. Nos missionnaires agricoles en répandront la pratique par tout le pays Bienvenue à cette vaillante co-opération.