‹ Discours de l'Honorable E.J. Flynn, deputé de Gaspé, sur les résolutions de la Conférence interprovinciale, prononcé devant l'Assemblée législative à sa séance du lundi le 21 mai 1888 [microforme]Chapitre 1 sur 4 · M. L'ORATEUR · texte numérisé non relu

M. L'ORATEUR

Tout d’abord je dois exprimer le regret que j'éprouve d’être obligé de prendre la parole le premier de ce côté-ci de la Chambre, dans ce débat. Si je le fais, ce n’est que pour obéir à la voix de l'honorable chef de l’opposition qui, pour des raisons particulières, doit remettre son discours à plus tard.

L’honorable premier ministre m’a donné un exemple que je suivrai, en exposant la question avec calme et modération. Une telle discussion, en effet, pour être profitable, doit être conduite avec une profonde conviction d’un devoir à remplir, avec fermeté dans la défense des principes, et aussi avec une respectueuse déférence pour les personnes dont nous combattons les opinions.

L’honorable premier ministre a dit que nous sommes appelés à étudier l’une de ces questions qui planent audessus des considérations de parti, J'avoue que celle-ci en

est une qui doit être placée dans cette catégorie. Elle est la plus importante que hous ayons eu à discuter depuis vingt et une années, époque de la mise en opération du régime fédéral. Il y a vingt et un ans que les Pères de la confédération, guidés par l’expérience#du passé, jetaient les assises de l’édifice politique que nous avons maintenant. Aujourd’hui nous sommes appelés à refaire ce travail, à réviser leurs décisions sur plus d’un point important. C’est dire que cette question a une importance vitale.

Quelle règle de conduite doit nous guider ?

Je trouve dans un discours prononcé par l'honorable premier ministre l’énoncé d’une pensée que je crois bon de signaler à l'attention de cette Chambre. L’honorable premier ministre exprimait comme suit son opinion sur l'opportunité de modifier la constitution. La Chambre me permettra de lire l’extrait suivant de ce discours. (Desjardins—Débats, 1880, p. 323).

‘ Je n’ignore pas qu'il est extrêmement délicat et dange- “ reux de toucher à la constitution. Je sais qu’il faut avoir ‘“ pour elle le plus grand respect, et qu’il ne faut la modifier “ qu'après mûre réflexion, et que dans les circonstances les ‘ plus urgentes.”

Je trouve ce principe juste et je crois que nous devons l'appliquer dans les circonstances actuelles. Pour mieux accentuer l'horreur qu’il avait dés amendements à la constitution, il ajoutait : ‘ Lorsque l’acte fédéral a été discuté et ‘‘ adopté, je ne partageais pas les vues de nos amis d'alors, “et je m'en suis séparé. Je n’ai pas combattu le projet de ‘ confédération qui paraissait accepté généralement, et lors- “ que le corps électoral se fût prononcé favorablement sur ‘ cette question, j'ai cru y voir l’expression des sentiments “ de la majorité de mes compatriotes. J'ai préféré rentrer ‘“ dans la vie privée et m'éloigner jusqu’à un certain point “ des affaires politiques. (C’est assez, je crois, pour faire

comprendre tout le respect que j'ai pour la constitution

“ qui nous régit. Aussi, suis-je bien convaincu de la néces- “ sité de la modification que je demande.”

Ces paroles ont été prononcées par l'honorable député de Saint-Hyacinthe le 2 juin 1880, lorsqu'il demandait l’abolition du Conseil législatif.

Je constate en passant qu’il demandait cette abolition pour trois raisons : ‘10 parce que le Conseil est inutile ; ‘20 parce que l’état de nos finances ne nous permettait pas ‘le luxe d'une seconde Chambre, et 30 parce que cette “ abolition est demandée par la voix populaire.”

Plus loin je reviendrai sur cette question, Je me sers de la citation ci-dessus comme point de départ dans mon argumentation pour démontrer toute l'importance de la question qui nous est soumise, et contraster cette expression d'opinion de l'honorable député de Saint-Hyacinthe, en 1880, avec la

manière d'agir en 1888 du même député, devenu premier ministie.

Ce dernier a aussi fait appel à la bonne volonté de cette Chambre, et j'espère que cet appel sera entendu de tous. J'espère que personne d’entre nous ne consentira à descendre dans de mesquines considérations personnelles ou de parti, et que nous pourrons nous dire plus tard que nous n’avons été divisés que sur les meilleurs moyens de faire le bien de la province, et que ce bien public n’a jamais cessé d’être le plus puissant mobile de notre conduite comme membres de cette Chambre. Je suis l’un de ceux qui cherchent à ne pas attribuer à leurs adversaires de mauvais motifs, et qui préfèrent ‘1e la discussion se fasse sur le terrain des principes et non sur celui des personnes.

D ua autre côté, il ne suffit pas pour qu’un acte soit bon qu’il ait été fait avec de bonnes intentions. Je crois pouvoir démontrer, dans le cours de mes remarques, que quelles qu’aient pu être les intentions des membres de la confé-

rence, leur œuvre manque des qualités essentielles pour être bonne et utile.

La Chambre, j'aime à le croire, M. le président, me permettra de faire ici, sous forme d'introduction à ce que je me propose de dire sur les résolutions mêmes de la conférence, quelques observations générales.

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