‹ Discours de l'Honorable E.-James Flynn, prononcé à l'Assemblée législative aux séances des 8, 13 et 16 mai 1884, en réponse aux reproches de l'opposition d'avoir voté en 1879, contre le gouvernement Joly [microforme]Chapitre 1 sur 10 · L'HON. E.-J. FLYNN · texte numérisé non relu

L'HON. E.-J. FLYNN

Devant l'Assemblée Législative

Séance du mardi le 13 mar 1884.

(SUITE DE LA DISCUSSION DE LA PROPOSITION DE L'HONORABLE M. MERCIER, SUR LE BUDGET GÉNÉRAL POUR 1885).

L'ordre du jour appelle la suite de la discussion de la proposition de l’honorable M. Mercier, sur le budget général, pour l'exercice 1885.

L’honorable M. FLynn, député de Gaspé, commissaire des chemins de fer, dit :— Je regrette d’être obligé de réfuter certaines parties du discours de l'honorable chef de l'Opposition (M. Mercier. Je ne dirai rien de personnel, bien qu’il se soit montré agressif, cela depuis le commencement de l& session.

L'honorable député ne s'est pas borné à critiquer les adminis-

naar.

trations depuis 1867, et à conclure par dire que le parti censet

vateur a ruiné le pays, mais il a voulu m'attaquer personnelle-

ment. Je dois dire que j'ai été surpris, car s’il y a un homme dans cette enceinte qui n'a pas le droit de parler comme il le fait, c’est bien l'honorable chef de l'opposition.

Puisqu’il a remonté si loin dans le passé, pourquoi, en parlant des administrations depuis 1867, n’a-t-il parlé des années qui se sont écoulées de 1862 à 1867? Pourquoi ne nous a:t-il pas parlé de lui-même, de 1862-à 1867, en nous donnant une page de son histoire? On ne doit pas entendre parler de trahison par des hommes qui n’ont cessé d’être traités de traîtres! Je reviendrai tout à l’heure sur celte partie de mon sujet.

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On dit que l'honorable premier ministre a renversé le gouvernement-Joly, en ayant recours au Conseil législatif, Je nie la vérité de cette assertion.

Quels sont les faits, M. le président? Si l'honorable député de Québec-est était ici, il nous les raconterait tels que je vais le faire.

Le cabinet-Joly est tombé victime d'un concours de circonstances incontrôlables. En revenant si souvent sur le passé, on m'oblige à y revenir moi-même. On parle de trahison! Il n’y en à paseue, #r ce cabinet est tombé sous le poids immense de son impuissance à dominer les évènements qui ont amené sa ruine, C’est la seule conclusion logique à laquelle on est forcé d'arriver après avoir examiné les faits sous leur vrai jour. Que l'on voie quelle était la position de ce gouvernement par les jou”naux de cette Chambre, et on arrivera vite à la vérité. Le gouvernement de l'honorable député de Lotbinière était-il né parfaitement viable? Bien que je l'aie aidé à surmonter les obstacles qui se dressaient dans son chemin, je dois à la vérité et à ma conviction de dire qu'il n'était pas né viable. La

preuve réside dans les humiliations qu'il a dû subir sur l'adresse

en réponse au discours du trône, à la session ne 1878. Cependant, nous avons voulu l'appuyer afin de Île voir à l'œuvre et pour nous assurer si le sentiment public lui reviendrait favorable. Nous avons été les tristes témoins d'un spectacle inorŸ, celui de voir le gouvernement, comme certain ministre être censurés par la majorité. On a vu le premier ministre aller présenter une adresse dans laquelle on lisait ce qui suit :

« Cette Chambre, tout en expriman: sa ferme détermination d'insister sur la plus stricte économie dans loutes les branches du sérvice public, et la surveillance la plus sévère sur toutes les dépénses administratives, regrette que les aviseurs actuels de Son Excellence le liéutenant-gouverneur aient persisté à rester au pouvoir sans avoir élé appuyés par la majorité de la Chambre d'Assemblée, lors de leur entrée en office, et sans être encore

, appuyés par celle majorité. » Ha

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Il a fallu voter un nouveau paragraphe, avec le concours du vote du président, pour donner un semblant de force au cabinet ainsi censuré. Et que disait-on dant et amendement? Le voici :

«Néanmoins, dans les circonstances actuelles, cette Chambre croit de son devoir de donner un «support général et indépendant!» qn'on remarque bien ces mots, un «support » général et indépendant au gouvernement, de manière à ce que les mesures qu’il propose soient soumises au jugement de cette Chambre.»

Voilà l'engagement que j'ai pris conjointement avec mes collègues en 1878.

Nous l'avons tenu et même nous avons dépassé la mesure, afin de donner à cette administration toutes les chances possibles de surmonter les obstacles. Et, pendant toute cette session de 187P, le géuvernement ne s’est maintenu au pouvoir que par le vote du président.

À la session suivante, en 1879, le gouvernement-Joly avait deux ou trois voix de plus qu'en 1878! Mais retournons aux jéurnaux de Ja Chambre, et voyons ce qui s'est passé.

: Du moment que M. Letellier a été démis, je 4is que le cabinet était mor! de fait, sinon coustitutionnellement. Il n'avait qu'une

existence éphémère. Le coup de l'automne de 1879 n’a fait

simplement que mettre fin à la crise.

Un gouvernement viable, à mon sens, c’est un gouvernement qui commande une majorité. Or, qu'on prenne les Journaux de la Chambre, et l'on verra si j'ai raison de parler comme je le fais.

M. Letellier a été démis le 25 juillet 1879. Immédiatement après ce renvoi d'office, il se produisit un incident qui indique la

situation du gouvernement vis-à-vis de la députation. L’hono<

rable M. Chapleau avait dit, à propos d'une asserlion faite par M.

Langelier, que ce n'était pas la première fois qu'il était convaincu d'avoir fait des assertions fausses, ét que deux fois déjà il avait été convaincu de mensonge devant la Chambre. Ces paroles

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donnèrent lieu à un incident qui se termina par une proposition de l’honorable député de Lotbinière, alors premier ministre, laquelle se lit comme suit : k

« Attendu que l'honorable M. Chapleau, représentant la division électorale de Terrebonne, a fait usage d’une expression qu'il refuse de retirer entièrement et à la satisfaction de la Chambre, quoique requis de ce faire par M. le président, M. Chapleau soit réprimandé, à sa place, par le président.»

Le vole fut pris et trois muinbres ministériels se détachèrent du gouvernement et donnèrent la majorité à l'opposition ! Au nombre de ces trois députés, je vois l'honorable député de Québec-Est.

L'honorable député de Lotbinière comprit tellement bien la signification de ce vote qu’il demanda sur le champ l’ajournement de la séance.

Le lendemain, l'honorable M. Irvine, alors comme aujourd'hui député de Mégantic, proposa un vote de confiance dans les termes suivants : « que cette Chambre approuve la politique d'économie suivie par le gouvernement et a piaine confiance qu'il continuera à mettre sa politique en pratique, et qu’il réussira par là à exempter l'imposition de nouvelles taxes sur la province. »

Voilà à quel moyen on avait recours pour tenir debout un cabinet chancelant. Je relate ces faits afin de prouver que le gouvernement était mort constitutionnellement lorsque nous avons voté contre lui, te 29 octobre 1879.

A propos des résolutions concernant le chemin de fer du lac Saint-Jean, ce gouvernement déclara qu'il'les retirerait si l’opposition ne voulait pas s'engager à les appuyer, parce ne ses amis refusaient de les approuver.

L'honorable M. Jouy, député de Lotbinière.—Oui, parce que: ceux qui avaient promis du côté de l’opposilion de les voter ne vou; aient plus les appuyer.

L'honorable, M. Fiynn.—Dans tous les cas, l'honorable député

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