‹ Discours de L'Honorable E.-James Flynn, prononces a l'Assemblee Legislative, aux seances des 8, 13 et 16 mai 1884, en reponse aux reproches de l'opposition d'avoir vote en 1879, contre le gouvernement JolyChapitre 3 sur 4 · IS · texte numérisé non relu

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parti discuter la question, mais d'une manière plutôt théorique q;ie pratique. Dans les deux partis une fraction favorisait une alliance entre les éléments modérés des deux côtés de la Chambre, et une fraction s'y montrait défavorable.

« Ajoutons que, jusqn7à il n'y a pas longtemps, la coalition avait élé mentionnée dans la presse en général, seulement à titre de rumeurs, de racontars politiques. On ne l'avait pas considérée comme mise assez positivement devant le public pour en faire le sujet d'articles de fond dans les journaux sérieux.

« Mais il n'en est plus ainsi aujourd'hui ; plusieurs journaux s'en sont occupés, Font discutée depuis quelque temps. La question est devenue d'une telle actualité, qu'un journal grave comme le WilnesSy a cru devoir lui consacrer un grand article. Il est donc temps que nous en entretenions nos lecteurs. Nous serons d'autant plus à Taise, pour le faire, qu'il n'est' plus question de coalition en ce moment : on admet que M. Mousseau va se pré* senter devant la Chambre avec son gouvernement tel qu'il est.

« Avant d'aller plus loin, constatons d'abord un fait i c'est que ni dans les conversations, ni dans les journaux, il n'a été question d'une coalition dans le vrai sens du mot.

«Qu'est-ce qu'une vraie coalition? — C'est une alliance en vue d'arriver au pouvoir au moyen du sacrifice de leurs principes, entre des hommes de convictions politiques opposées. Une telle alliance n'est pas à discuter: elle est toujours immorale, elle est toujours préjudiciable aux intérêts du pays.

«Mais ce n'est pas d'une alliance de ce genre qu'on voulait parler chez nous lorsqu'on s'est servi du mot de coalition. En faisant allusion à une union entre deux groupes d'hommes politiques représentés, disons par M. Mercier du côté libéral, et par M. Chapleau du côté conservateur. Or, pour s'allier, ces hommesn'avaient à faire aucun sacrifice de principes. Il sont complètement d'accord sur toutes les questions fondamentales, M. Chapleau et son groupe sont aussi libéraux que M. Mercier en ce qui concerne les réformes à opérer, dans le sens démocratique, dans nos lois électorales, dans nos lois d'éducation, dans nos lois-

civiles, dans l'organisation du service public. M. Mercier est aussi conservateur que M. Cliapleau en ce qui touche aux grands principes sociaux et religieux, aux rapports entre l'Eglise et l'Etat.

«Et les idées de M. Mercier et de M. Chapleau, cela est incontestable, sont celles de la grande masse de leurs partis, de tous les gens raisonnables et modérés.

«Il y a dans chaque parti une petite fraction de radicaux, repsentés chez nous par le Witness et chez les conservateurs par le Journal des Trois Rivières, qui ne marche pas avec la masse. Aux yeux de notre respectable confrère du Witness, pour être un vrai libéral, il faudrait êlre protestant et déclarer la guerre à l'Eglise catholique. Pour le Journal des Trois-Rivières on n'est conservateur qu'à condition d'être plus catholique que le Pape.

«Nous ne voulons pas, en ce moment, mettre en doute la bonne foi de ces deux journaux, et des petits groupes qui partagent leurs idées, mais nous pouvons dire, sans crainte d'être contredit par ceux qui connaissent notre pays, que leurs idées ne sont pas celles de la grande masse de notre population.

«S'ils ne sont pas divisés par des questions de principe, qu'est-ce donc qui sépare la masse des libéraux de la plus grande partie des conservateurs ? Quand ce ne sont pas des appellations vides de sens, des mots qui n'ont plus de signification, ce sont des questions de personnes, des antipathies individuelles, des habitudes de discipline, tout au pins des procédés d'administration. On s'appelle conservateur parce qu'on a combattu avec M. Chapleau, élève de Sir G. E' Cartier, qui s'était rallié aux tories canadiens. On s'appelle libéral parce qu'on a lutté avec M. Laurier, qui a été à l'école de Sir A. A. Dorion, lequel ne s'est jamais séparé de M. L. J. Papineau. Les hommes, les questions, les idées, tout a changé depuis, rien n'y fait.

« Les héritiers politiques de M. Cartier ont accepté la plus grande parlie du programme de l'ancien parti libéral, le scrutin secret, les élections en un seul jour, l'extension du droit de suffrage, la contestation des élections devant les tribunaux, l'aboli-

tion des droits seigneuriaux, la sécularisation des réserves du clergé, etc., n'importe, ils continuent à s'appeler conservateurs. Les élèves de M, Doiion ont renoncé â une grande partie de l'ancien programme libéral : ils ne parlent plus d'annexion, ils ne veulent plus de l'élection des juges, ni du suffrage universel, ils sont contre l'abolition de la dîme, ils désirent le maintien de tous les droits du clergé: cela ne fait rien, ils continuent à s'appeler libéraux, et, en certains quartiers, on les prend pour des Clemenceau et des Bradlaughs. On se dit conservateur, bien qu'on ne veuille rien conserver de ce qui s'oppose à un progrès raisonnable, et l'on s'appelle libéral, alors qu'on ne veut rien détruire de ce qui peut être raisonnablement conservé.

«Ne nous laissons donc pas égorer par la piperiesdes mots, et admettons qu'aucune question de principe, aucune de ces idées fondamentales, sur lesquelles il ri y a pas de transaction possible, en sépare la grande masse des libéraux et des conservateurs.

«Doivent-ils continuer a se tourner le dos, parce que jusqu'ici ils n'ont pas porté le même nom? Doivent-ils rester éternellement divisés parce qu'ils n'ont pas été toujours ensemble? Doivenl-ils à jamais se combaltre parce qu'ils ont marché sont des bannières de couleurs différentes?

Non, certainement non ; ce ne serait ni raisonnable, ni moral, ni avantageux au pays. Ce serait contraire â tous les précédents historiques. Partout on a vu les partis s'effacer et se fondre, lorsque leur existence distincte ne se justifiait pas par des divisions de principes. Nous assistons à un spectacle de ce genre aux Etats-Unis : les hommes honnêtes et modérés des deux partis, d'accord sur les grandes données de la politique, s'entendent pour envoyer au pouvoir, sans s'occuper du nom qu'ils portent, des gens qui partagent leurs vues communes.

«L'alliance d'hommes ayant au fond les mêmes principes doit-elle être impossible parce qu'ils n'ont pas toujours marché ensemble et se sont mêmes combattus? Mais ce serait absurde. A quoi servirait la disusssion si Von ri espérait pas ramener à soi

ses adversaires? Et comment pourrait-on espérer les ramener à soi s'ils devaient nécessairement être repousses ensuite ?

« Aussi n'a-t-on jamais vu les vrais hommes politiques, ceux qui ont les idées assez larges pour mériter de commander dans leur parti, agir d'une manière si absurde. Sans sortir de notre pays, n'a-t-on pas vu M. Mackenzie faire entrer dans son cabinet M. Carhvright, un ancien tory de l'école de Sir Allan McNab, ef MM. Smith, Burpee, conservateurs, partisans de Sir J. A. McDonald ?

« Dans cette province même, on a vu M. Irvine, un ancien tory, se joindre aux libéraux pour combattre ceux qui s'appelaient conservateurs. Si nous avons le bénéfice de son grand talent et de son habileté incomparable, on admettra que ce n'est pas parce qu'il a sacrifié ses principes. Ses idées étaient devenues celles de M. Joly, bien qu'ils eussent été jusque là dans des rangs opposés ; à la première occasion où M. Irvine a pu honorablement se dégager, il est venu avec nous, non pas en changeant de principe, mais en prenant de nouveaux alliés politiques.

« M. Joly, lorsqu'il a été appelé par M. Letellier à former un cabinet, a offert des portefeuilles à MM. Turcotte et Mathieu. Croit-on qu'il en eut agi ainsi s'il eut cru faire un acte malhonnête?

«Il suffit de poser la question pour exciter les protestations de tous ceux qui le connaissent, adversaires comme ami politique. Jamais on le sait bien, il ne lui serait venu à l'idée de prendre pour collègues des hommes qui n'auraient pu le devenir qu'en faisant un acterepréhensible sinon déshonorant.

« Il a demandé M. Turcotte, parce qu'il savait que, conservateur et adversaire de nom, le député des Trois-Rivières partageait ses vues politiques. C'est pour cela aussi que, plus tard, il n'a eu aucune objection à lui offrir la place de président de l'Assemblée législative

(Extrait de T Electeur du 15 décembre 1882. — Sitte de l'article

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