PRÉCÉDENT
« Si maintenant nous nous plaçons au point do vue des intérêts de la province, comment devons-nous apprécier une alliance entre les partis? Pour cela, demandons-nous ce qui serait arrivé, si la coalition avait eu lieu lorsqu'il en a été déjà parlé. Il en a été question en 1879 entre le refus des subsides parle Conseil législatif, et la chute du gouvernement-Joly ; il en a été de nouveau question entre la session de 1881 et les élections générales.
« Que serait-il arrivé si la coalition s'était faite en 1879 ? Les libéraux y auraient eu la prépondérance ; cela est trop évident pour être discutable. Il n'aurait plus été question de mettre M. Sénécal à la tête du chemin de fer du nord. L'emprunt français était évité, et nous réussissions à rétablir l'équilibre dans le budget de la province
«Nous sommes d'autant plus à l'aise pour parler ainsi, que, personnellement, nous n'étions pas favorable à une alliance avec nos adversaires. Nous laissant dominer par nos répugnances personnelles, nous préférions voir la province souffrir un peu plutôt que de faire le sacrifice de nos antipathies.
«Les partis sont une excellente chose; ils sont une des garanties les plus efficaces de la bonne administration des affaires publiques, mais c'est à condition qu'ils ne fassent pas prédominer l'intérêt du parti sur l'intérêt public
«Si notre confrère, (\eWttness), comprenait notre parti, il verrait que la grande masse de nos amis sont dégoûtés des luttes incessantes et stériles de ces dernières années ; il trouverait que tous ceux qui, comme MM. Mercier et Langelier, ont depuis tant d'années supporté le poids du jour, qui ont pris part à toutes ces batailles, qui ont travaillé aux élections d'un bout de la province à l'autre ; tous ceux là sont, ou favorables à une alliance, ou dégoûtés de la politique, ils ne veulent pas recommencer le travail de Sisyphe qu'ils ont fait depuis si longtemps. Ceux qui
se montrent intransigeants, ceux qui parlent de faire éternellement la guerre aux conservateurs, ce sont des gens qui n'ont jamais démoli les conservateurs, qu'en petit comité, entre un verre de vin et un cigare, ce son les guerriers de chambre qui, pendant que ceux à qui on reproche défavoriser la coalition, parcouraient les comtés, bravant la pluie, la neige et le froid, ruinant leur santé et leur fortune pour le triomphe des candidats libéraux, travailaient bien tranquillement à leur atïaire, ou dormaient dans un lit sur les deux oreilles.
«Combien aurions-nous vu de libéraux en Chambre, si nous n'avions eu dans le parti que ces gens, si intransigeants de langage? Que resterait-il des idées libérales, si ces gens, si féroces aujourd'hui à les proclamer, avaient été seuls à les défendre ?"
L'honorable M. Joly. — L'honorable ministre doit se rappeler l'incident provoqué par l'honorable député de Montmorency, l'an dernier, à la suite duquel ce député a reconnu avoir été induit en erreur par de faux renseignements. Je crois que l'honorable chef de l'opposition a réglé ce point à son avantage.
L'honorable M. Flynn. — Mais, depuis, il y a eu des révélations de faites. Nous trouvons à la fin des Débals de 1883 bien des documents qui jettent une nouvelle lumière sur cette question.
Quand l'honorable député de Lolbinière a vu que son successeur à la direction du parti libéral était attaqué de toute part par la radicaille, pour me servir de l'expression du député de Saint- Hyacinthe, il a voulu venir à son secours, et bien qu'il n'ait jamais voulu partager les idées de ce dernier sur la coalition, il demanda à la Patrie de cesser ses attaques contre le nouveau chef libéral. Il écrivit la lettre que voici :
« M. A. H. Beaugrand, directeur-propriétaire de la Patrie.
« Québec, 4 janvier 1884.
«Mon cher Monsieur, «Je viens vous prier de ne pas aller plus loin dans la discussion commencée au sujet de l'honorable M. Mercier et la coalition.
«Je n'ai pas le droit de vous dicter aucune ligne de conduite, c'est une prière que je vous adresse.
« Ne suivons pas le déplorable exemple du parti conservateur, qui ne paraît pas comprendre que les coups qu'il porte à ses chefs retombent sur lui-même.
«Quel triomphe ce serait pour nos adversaires, quel baume pour leurs blessures, quel coup pour la province qui aurait alors le droit de nous envelopper tous, libéraux et conservateurs, dans la même condamnation !
«Je suis opposé à la coalition, mais je ne suis pas prêt à condamnerceux de mes amis quila considèrent comme le seul et dernier remède. Résigné à attendre le jour où le peuple ouvrira les yeux et saura reconnaître ses vérilaMes amis, je ne blâme pas ceux qui n'ont pas la même confiance dans l'avenir.
« Mais, ce jour, quand viendra-t-il ? Le verrai-je jamais? J'en doute, quelquefois, mais d'autres le verront. Je n'accuse pas ceux de mes amis qui sont fatigués de leur impuissance à empêcher le mal et à faire le bien. C'est une bien triste position pour des hommes de cœur. S'ils peuvent trouver un chemin pour en sortir, qu'ils le suivent. Mais que ce chemin soit le chemin droit, et qu'ils restent toujours dignes de leur passé.
« J'ai l'honneur d'être,
« Votre obéissant serviteur,
« (Signé), II. G. Joly. »
Le député de Lotbinière doute quelquefois si jamais le jour arrivera où le peuple appuiera le parti libéral. Ce n'est pas la première fois que semblable aveu lui échappe. En 1881, il disait ceci : «Je neveux pas qu'on me dise, vous êtes trop honnête pour être le chef du parti. » Quand un chef de parti parle comme cela, cela prouve qu'il y a quelque chose qui va mal, car il insinue qu'il a perdu le pouvoir parce qu'il était trop honnête î Ce sont autant de déclarations officielles dont nous pouvons nous servir lorsqu'on nous atlaque de l'autre coté de la Chambre.
En 1881, le député de Lotbinière disait ceci devant une grande assemblée tenue au Mechanic's Hall, à Montréal. Il parlait à ses amis et non à ses adversaires. Je cite un extrait du compterendu du Herald du 18 novembre 1881 :
«Sothat when he was introduced as leader of the libéral party, he said he would explain thèse matlers, and after they had heard thèse explanations — after the province had heard them — they would then hâve to choose whether he should be leader or not (loud applause). If there was one reproach that he had received as a leader, il was that he had tried to govern the country too honeslly (cheers). Ile was proud of that. There was not one kind of honesty in private matters and another kind of honesty in politics ; there ought to be the same kind of honesty in one as in the other (applause). But he must frankly tell them that thèse things, that he was not going to hâve if he was going to be leader. He was not going to be buttonholed on the street and told that he was too honest ; he was not going to stand that. There was not one présent who did not approve of honesty ; and they must carry in politics the same feeling as they did in private affairs. But he might be told : « Look what your opponents are doing? » There was no use of there being two parties, if both of them governed the same way (applause). And if he was to be the leader of the party, he would request his friends to carry with them in political life the same honour and honesty that characterized their private lives.»
Si ce n'est pas là une critique sévère de la conduite de son parti ; je ne comprends plus l'anglais.
J'en ai fini avec cette question de la coalition, je ferai remarquer seulement combien est injuste, en face de ces documents, la conduite de ceux qui condamnent ceux qui ont fait en 1879 ce qu'ils auraient voulu faire en 1882. Que l'honorable chef de l'opposition règle ses affaires de Terrebonne, de Jacques-Cartier. Qu'il règle aussi son débat avec la Minerve, mais qu'il ne vienne pas poser comme un modèle de constance politique : personne ne le prendra au sérieux.
En 1882, lorsque nous discutions la venle du chemin de fer qu'il trouve mauvaise maintenant, ii a voté contre une proposition du député de Kamouraska, et lorsqu'il s'est -agi du contrat pour la partie est, il a brillé par son absence.
Je vais clore mes remarques par une dernière citation à propos de ce chef sans partisan !
L'honorable M. Latlamme, qui appartient à la fraction radicale du parti libéral, disait, au mois de mars 1884, dans une lettre adressée à la Patrie à propos du choix d'un candidat à Jacques- Cartier :
«Ainsi M. Mercier s'arroge le droit d'imposer la candidature de M. Descarries, qu'il soit acceptable ou non aux électeurs, pourvu qu'il en décide ainsi. Comme chef du parti, telle est sa prétention,
« Je ne conçois pas ainsi le rôle d'un chef de parti dans un gouvernement populaire, et encore moins le rôle de chef du parti libéral.
« Qu'il convienne à M. Mercier de faire des arrangements secrets, des alliances, s'il veut, avec des conservateurs, qu'il dit honnêtes, dans le but d'arriver au pouvoir, cela peut se comprendre facilement ; mais qu'il fasse faire profession de foi dans ses principes au parti libéral, et qu'il interdise toute expression d'opinion contraire dans l'intérêt de son protégé conservateur, cela est impossible, et je me trompe grandement s'il peut faire adopter ce système par les libéraux du comté de Jacques-Cartier et par le parti libéral.»
Je n'ai jamais rien vu de tel î Un chef de parti qui vient choisir un candidat, et les partisans de dire ; nous n'en voulons pas.
Par ses concessions, le chef de l'opposition croit se concilier les poseurs au radicalisme, mais la vieille rancune reste, et l'expérience devrait lui faire voir qu'il a tort de venir en appeler aux vieux chefs libéraux, Ses concessions comme ses peines seront perdues.
M. le président, j'ai cru devoir m'étendre assez longtiemen sur la politique du gouvernement Chapleau, afin de faire voir que c'est cotte politique qui triomphe aujourd'hui au point de vue de notre budget.
J'ai ensuite repoussé les nombreuses attaques qu'on n'a cess^ de diriger contre moi depuis cinq ans. J'espère que la Chambre a compris qu'il n'était que juste pour moi de me défendre comme je l'ai fait.
D'un autre côlé, la digression, que j'ai été obligé de faire, a prouvé à la Chambre que l'honorable chef de l'opposition, qui se targue d'être un grand libéral, a été pendant bien des années, pendant une bonne partie de sa carrière, un conservateur ardent et convaincu, disait-il ! Et même, en 1866, il faisait une profession de foi conservatrice des plus ardentes.
M. le président, je n'en dirai pas davantage. J'ai cru devoir exposer la politique du gouvernement. J'ai réfuté les accusa» sations portées contre moi, accusations qui peuvent jusqu'à un certain point rejaillir sur mes collègues. J'espère que je ne me suis pas écarté des règles parlementaires en traitant un sujet parfois aussi délicat. Libre à mes ennemis et à mes adversaires de se servir d autres moyens que ceux dont je me suis servi. On a voulu, par un système de dénigrement, détruire en moi l'homme politique, mais on ne réussira pas. Le gouvernement a une politique qui est la seule vraie, la seule sage, celle de faire réussir le bien et triompher la justice. Je terminerai en répétant des paroles que j'ai citées et qui ont été écrites par le député de Saint-Hyacinthe :
«Le triomphe du parti conservateur sera un beau et grand triomphe, parce que ce triomphe sera le triomphe du pays et de ses intérêts. Le triomphe du vrai est le droit ; le triomphe d'une sainte cause est de justice.
«Le glorieux étendard, l'étendard national à l'ombre duquel les chefs du parti conservateur ont combattu et combattent encore avec tant de gloire pour eux-mêmes et de succès pour le pays, ce drapeau à l'ombre duquel nous sommes heureux de
combattre, se relève plus glorieux que jamais ; aujourd'hui, cet étendard est un guide ; à nos yeux c'est l'étendard de la patrie, le drapeau des grandes idées, protégeant de son ombre les saintes doctrines, et portant dans ses plis l'espérance du pays.
a Le pays était hier sans gouvernement; aujourd'hui des hommes de talents sont à la tôle ; ils doivent être aidés.»
L'honorable M. Flynn, député de Gaspé, commissaire des chemins de fer. — M. le président, j'ai dû, pour défendre mon honneur et le gouvernement, sortir du cadre auquel on doit s'astreindre. J'ai dû repousser les attaques venimeuses portées contre moi. J'ai déclaré que je ne voulais pas me servir des armes tirées de la vie privée. J'ai dit que vous, chef de l'oppo sition, vous aviez écrit votre vie de votre propre main. Je ne me suis pas oublié au point de me servir des injures que les journaux disent à nos hommes politiques. J'aurais pu citer les écrits des adversaires du chef de l'Opposition. Je n'ai pas voulu le faire par sentiment de respect, pour la dignité de la Chambre. J'ai dit que je ne voulais me servir que des armes que cet homme m'a donné lui-même. En terminant mes remarques, je disais que je n'étais pas sorti des bornes que je devais garder.
Loin d'attaquer l'honorable député de Lotbinière, j'en ai parlé en termes sympathiques. J'ai dit que je l'avais appuyé par sympathie personnelle. J'ai dit, de plus, qu'on est injuste à mon égard, et quand on parlait de trahison, on voulait se servir d'un moyen injuste. J'ai dit aussi que le gouvernement Joly était tombé sous le poids de ses propres fautes. Faut-il donc toujours supposer qu'un homme agit par des motifs serviles? Est-ce que je n'ai pas un honneur à défendre? Est-ce que je n'ai pas un comté dont je suis le représentant ici ?
Je nie au chef de l'Opposition le droit de me juger. Ce système est une prostitution honteuse de la constitution anglaise. Il n'y a qu'un homme en Angleterre qui a été l'objet, comme moi, d'autant d'attaques, pour avoir changé de parti, c'est lord Beaconsfield. Je pourrais parler aussi du grand Gladstone.
Les membres de la gauche parlent comme des gens qui ne savent pas un mot de la constitution anglaise.
Sommes-nous donc obligés de toujours avoir la même opinion ?
Mais alors ce sont des gouvernements en permanence que vous crez ! A quoi sert la faveur populaire avec ce système? Tous les hommes d'état anglais n'ont jamais craint d'exprimer leurs opinions.
Le grand Gladstone lui-môme, que n'a-t-on pas dit de lui, quand il débutait, qu'il était the rising star of the tory party.
Mes ennemis d'aujourd'hui me regrettent, moi je ne les regrette pas ! J'ai la preuve maintenant que j'ai eu mille fois raison de laisser les rangs de ces hommes.
Lord Chatham, Fox, et tant d'autres n'ont-ils pas changé d'opinions ? Lord Derby, dans ces derniers temps, n'est-il pas un exemple frappant pour les hommes politiques ?
Le corps électoral change lui aussi? C'est l'opinion publique qui régit dans notre pays.
J'accuse mes adversaires d'avoir inauguré un système de tvrannie politique dans lequel on ne peut jamais changer d'avis sans être taxé de trahison.
Où a-t-on pris cette expression ? Les véritables traîtres sont ceux qui trahissent le bien du pays. Je suis prêt a reconnaître la maxime : l'intérêt du pays avec, mais non pas avant celui du parti. En 1879, j'ai dit que je ne pouvais vous appuyer davantage : je ne puis me déjuger, je suis contre l'état de choses actuel. J'ai décliné une offre de portefeuille afin de garder mon opinion. Je suis descendu dans mon comté pour consulter mes amis. C'étaient mes juges naturels. Aussi, je nie aux membres de la gauche le droit de me juger. Au reste, cette question est réglée pour la troisième ou quatrième fois.
Pourquoi y revenir et soulever les préjugés contre moi ? Je vais le dire. Il y a deux mois, j'étais tranquille chez moi. C'est alors que j'ai été honoré peut-être plus qu'aucun membre de cette Chambre. J'étais tranquille chez moi, lorsque l'honorable M. Ross m'appella à former partie du gouvernement. Si j'avais écouté mes sentiments, je n'aurais pas accepté. Bien qu'il fut dangereux pour ma vie d'entreprendre une lutte dans mon comté, à cette époque de l'année, car avant même que j'eusse-
accepté, des personnes juraient, devant témoin?, que si on me prenait dans le gouvernement, je ne serais pas élu, quelque fût le moyen que l'on devrait employer. Je ne m'en suis pas occupé. Quand mes amis ne voudront plus de moi, je m'en irai chez moi sans arrière pensée.
J'ai accepté, et une conspiration a été formée contre moi D'un bout à l'autre du comté ça été un système de mensonges et de menées inavouables contre[moi. Malgré cela, ces gens sont arrivés à une défaite telle qu'on n'en a jamais vue dans le pays.
En partant du comté, ils en ont dit assez pour s'incriminer L'un d'eux a juré de se venger de moi, et cela devant témoins. Depuis on les a vus parler à des membres de cette Chambre pour les intéresser à leur vengeance. La haine a été poussée au point que j'ai été insulté ici par l'un de ses individus-là. Je laisse au public à juger maintenant des raisons pour lesquelles on agit comme on le fait. En voyant la conduite que l'on tient à mon égard, il m'est venu à l'esprit la pensée que la justice n'était pas faite pour moi, que mes adversaires peuvent impunément m'abreuver d'injures comme ils l'ont fait. Ils paraissent me nier le droit de me défendre. Le chef de l'Opposition n'a-t-i. pas dit que je ne méritais pas l'estime de mes amis! On voul drait même tourner contre moi mon honorable collègue le commissaire des terres de la couronne.
Les députés de Kamouraska et de Montréal-ouest ont un rôle qui leur est assigné, qu'il le remplisse. Je n'étais pas ici l'autre soir, je le regrettais, mais lorsque j'ai appris que c'étaient eux qui avaient parlé, je me suis dit que ça ne valait pas la peine d'un regret. Quand ça été le député de Lotbinière ou celui de Saint-Hyacinthe qui a parlé, j'ai été présent, non parce qu'ils ont été plus polis, mais parée qu'ils ont joué un rôle assez important pour que je pris la peine d'être présent. Ceci prouve que je ne manque pas de courage.
Ils ont professé une étrange doctrine. De leur côté, un homme peut sans le moindre inconvénient changer d'opinion ou de parti, mais s'agit-il de nous, on nous refuse l'exercice du même droit.
Celui qui se le permet, est l'objet d'un travail de démolition. Nous avons bien le droit, se disent-ils, ^de le démolir. Nous
ayons le droit de l'abreuver d'injures. Nous allons le détruir© comme ministre. Mes adversaires n'ont compté que sur ma destruction personnelle et physique pour réussir. J'ai môme lu dans un journal de cette ville que si j'avais de l'opposition dans mon comté, mes parents ne me reverraient plus. Quel est donc le crime que j'ai commis? Qu'ai-je fait pour mériter le mépris de cette Chambre ? J'ai discuté l'état des finances et j'ai repoussé les attaques qu'on a faites contre moi. Voilà tout. C'était naturel, n'est-ce pas ?
[1 parait que mon discours a jeté beaucoup de désarroi dans le camp de l'Opposition. Autrement, pourquoi ne pas l'avoir traité avec un souverain mépris, comme on affecte d'en avoir pour moi? Quand j'ai affaire à un adversaire que je méprise, je le traite du haut de ma grandeur. Se donner la peine de me répondre, moi, qui suis si criminel ! 11 paraît que je suis coupable de trahison ! Est-ce envers la Reine ? On ne l'a pas encore dit. Si je n'étais rien, qu'un misérable, je tomberais sous le poids de mon impuissance.
Non, vous ne réussirai pas à m'écraser. Le peuple qui aime la justice et le fair-play se mettra de mon côté. On sait que le peuple, qui est bon prend fait et cause pour celui sur lequel plu. sieurs hommes se joignent pour l'anéantir.
Comment ! ces messieurs m'ont offert un portefeuille dans leur gouvernement, et ils me trouvent maintenant un être indique de L'estime des gens ? Comment l'or pur s'est-il donc ainsi changé ?
Après la réplique donnée par l'honorable député de Lotbinière, il me semble que cela devait suffire. Non, cela n'a pas contenté ces ennemis haineux et implacables. On s'est servi du gros canon. Les boulets ont passé au dessus de ma tête. On s'est encore servi d'autres moyens ou machines pour me jeter de la boue à la figure. Tous ces messieurs ont rempli leur devoir. On en comptait trois. Cela ne suffirait pas encore. Il faut mettre en branle tout le régiment de l'opposition pour me détruire, pour m'écraser. Le député de Saint- Jean est venu à la rescousse ! On veut me rendre célèbre; très bien? Ce soir, on a eu recours au chef de l'opposition.
Maintenant, il a dit que je l'avais injurie; pourtant je n'ai
prononcé une seule parole qui fut une injure. Il avait émis l'idée que le gouvernement Joly était tombé par suite de l'action du Conseil législatif, j'ai dit que je niais sa proposition. Pour prouver que j'étais dans le vrai, j'ai pris les journaux de la Chambre. Et quand iï s'est agi de repousser les attaques faites contre ma conduite, j'ai pris les discours et les écrits du député de Saint-Hyacinthe pour prouver qu'il avait, lui aussi, changé de parti. Vous qui appeliez certains libéraux : « les gens de la clique, les poseurs au radicalisme, >; vous qui les combattiez, vous faites aujourd'hui leur affaire. J'ai rappelé cela, voilà tout,
Le chef de l'opposition va dans les feuilles les plus ordurières, les journaux de mes adversaires pour trouver des arguments pour me combattre. Je n'ai pas adopté ce moyen à son égard. Je n'ai pas même parlé des écrits de plusieurs de ses amis politiques pour le combattre.
Le chef de l'opposition a dit que j'avais voulu éclaboussé mes anciens amis pour faire la cour à mes anciens adversaires. Depuis 1879 les colonnes de leurs journaux sont remplies d'injures à mon adresse. J'ai soutenu ces injures sans me venger et j'ai combattu loyalement. Mais toujours du côté de mes adversaires on a combattu déloyalement.
Le député de Saint Hyacinthe m'a accusé d'avoir dévoilé des secrets. Je donne le démenti le plus formel à cette proposition. J'ai en mains une arme dont je pourrais me servir si j'étais un homme comme on me représente faussement. Un ami me disait un jour : « Si j'avais une arme comme, celle-là, je m'en servirait » J'ai refusé. Non, M le président, je ne ferai la lutte qu'avec les armes de la justice.
Quant à l'estime que je puis posséder, je laisse à mes amis de répondre. Tout ce que je sais, c'est que les conservateurs de la province ont eu assez de confiance en moi pour m'offrir un portefeuille dans ce gouvernement. L'honorable M. Ross qui a été mon collègue dans le cabidet Chapleau, a eu assez de confiance en moi pour m'appeler de nouveau aux honneurs et à la responsabilité du pouvoir, et pour me demander d'entrer dans son administration. N'est-ce pas !à une réponse victorieuse aux paroles injurieuses de l'opposition. Le dépit le plus vif perce dans leurs
attaques. Le chef de L'opposition n'a pas démoli un seul avancé que jai "fait. Il n'a pas réussi à détruire un seul fait de sa conduite.
J'ai voulu lire les articles qui l'incriminaient aux sources authentiques.
L'honorable M. Mercier.— Je vous en défie bien.
L'honorable M. Flygn. — J'accepte le défi. Le dernier article est du 23 mai 1866. Ce sont les adieux du député de SainUHyacinthe au journalisme. Je lis les extraits suivants :
Aux lecteurs du Courrier de Saint-Hyacinthe
« En abandonnant la rédaction du Courrier, nous prendrons la liberté de déclarer que nous restons sincèrement et fidèlement attachés aux idées que nous avons toujours professés et défendues, dans la presse et ailleurs ; et que si nous avons cru devoir choisir cette retraite inespérée, c'est plutôt par manque de confiance aux chef du parti conservateur, qu'au parti lui-même que nous continuons à croire assez prudent pour ne pas laisser s'accomplir, sous sa responsabilité, des événements importants, d'où dépendent nos destinées, sans que lui-même et le pays soient consultés ; et assez national pour ne pas laisser des chefs exposer impunément, et sans protestation, des intérêts aussi sacrés que ce^x qui sout aujourd'hui en danger.
« Les chefs du parti conservateur ont trop compté, dans ces derniers temps, sur leur propre force, et pas assez sur leurs devoirs, comme chefs et comme membres d'une nationalité qu'il importe de ne pas laisser périr ; pour faire triompher un projet qui est devenu leur rêve habituel, ils paraissent disposés à tout sacrifier. L'ambition plutôt que le patriotisme nous semble devenu le guide au moyen duquel ils voudraient traverser les difficultés du moment. "
(Signé) Honoré Mercier.
Paul De Cazes.
Saint-Hyacinthe, 23 mai 1866.
Voici la réponse des membres de la collaboration : « Et à quoi servent toutes leurs belles protestations, leurs sentiments de dévouement, si on ne peut s'y fier !
« Ceci prouve une chose, c'est que quand on n'a pas d'opinions
arrêtées, que, sous prétexte de ne pas compromettre son avenir, on nage entre d'eux eaux, il vaut mieux ne rien dire, plutôt que de courir le risque de tomber dans des contradictions évidentes à tous, et qui nuisent toujours à la réputation politique d'un homme."
(Signé) Les autres collaborateurs.
En 1872, il était élu sous les auspices des conservateurs de Rouville. Eu 1874, il fut éconduil du même comté.
Le chef de l'opposition m'a demandé si j'acceptais la responsabilité de tous les actes du parti conservateur. Je n'ai jamais, que je sage, répudié mes actes. En 1879, je n'ai pas fait d'autre chose que de déclarer que le gouvernement au pouvoir n'était pas assez fort pour gouverner. Depuis on ne peut rien trouver qui soit incompatible avec ma conduite d'alors. Je ne suis responsable de la politique que depuis que je suis mini-tre. J'approuve les principes conservateurs, et, àGaspé.je n'ai jamaisété d'autre chose qu'un conservateur. J'ai toujours dit cela dans ma circonscription.
En 1878, j'ai aussi déclaré que j'étais prêt à donner franc jeu au gouvernement libéral. Le cabinet Joly n'avait-il pas l'appui d'anci ms conservateurs comme M. Watts, Cameron, Turcotte» Rinfret, Price et Mercier ? Je pouvais bien en faire autant.
Maintenant je citerai un fait qui établit la vérité de cette assertion. Celait en 1877. Mon adversaire et moi, nous parlions à Percé devant une grande assemblée. J'étais candidat, et j'avais écrit mon programme, dans lequel je disais que je ne ferais pas une opposition factieuse au gouvernement de Boucherville. A ce propos, on m'a même dit : " Mais vous êtes un conservateur. u Eh bien, si cela est conservateur, je le suis. Je suis de l'école des libéraux qui ont été les alliés des libéraux du Haut-Canada sous la conduite de Baldvvin, et pour le Bas-Canada» des Lafontaine et Morin, mais jamais de l'école dite avancée des Dorion, des Dessaulles et autres.
En 1878, ma manière de voir était constamment en conflit avec les opinions de ceux avec qui je marchais. C'est ainsi que j'ai traité le renvoi d'office à un autre point de vue que celui des membres du parli ministériel. Dans le parti libéral, il y a à l'heure qu'il est deux nuances, celle de l'honorable chef de
l'opposition et celle des rouges. Elles sont distinctes bien qu'elles se confondent sur un terrain commun, la guerre à ceux qui sont au pouvoir.
Je viens de mentionner l'affaire Letellier, je veux en dire un mot afin de répondre à un reproche qui m'a été fait à propos des empiétements du pouvoir fédéral sur les droits des provinces. Je n'avais pas dans l'occasion de sacrifice à faire. Il y a suivant moi une différence énorme entre un acte administratif et un acte politique. C'est ce que l'on a oublie- Le député de Lotbinière est le type du tory anglais. Quand il a été au pouvoir il s'appuyait sur les précédents que lui offrait la carrière de Sir Robert Peel. Ce n'est pas un reproche que je lui fais, non, je constate un fait. Ses idées ne sont pas celles de ceux avec qui ils marchent.
En 1878, il m'a fallu accomplir l'un des actes les plus solennels de ma vie : j'ai dû choisir un parti. Je me suis dit : jamais je ne pourrai sympathiser avec le député de Lotbinière et ses amis. Sur les principes généraux, il faut s'entendre. En jetant les yeux sur l'histoire du pays, peut-on dire que le parti rouge a fait du bien ? Le peuple a bien souvent répondu, non, à cette question. Et si ceux qui l'ont abandonné sont des traîtres, je puis dire qu'en 1879, il y a eu des milliers de traîtres dans Gaspé, dans Lévis et ailleurs.
En 1774, les libéraux sont arrivés au pouvoir grâce au concours des conservateurs qui ont laissé leur parti pour les aidera renverser un gouvernement conservateur.
Les a-t on insultés, vilipendés, ces députés ? Quoi, mon crime serait donc pire que le leur ! Après m'avoir lancé l'injure, n'at on pas vu l'Electeur dans son numéro du 14 décembre 1882, dire qu'il n'y a pas de différence entre le député de Saint- Hyacinthe et M. Ghapieau ? De plus, le farouche député de Lotbinière n'a-t-il pas offert un portefeuille dans son cabinet à M. Mathieu, un conservateur, à M. Turcotte, un autre conservateur ? M. MeKenzie lui môme, n'a-t-il pas pris trois conservateurs dans son gouvernement : MM. Burpee, Smith et Gartwright. L'acte du corrupteur est aussi mauvais que celui qui est acheté, s'il y a eu corruption et achat. J'ai contribué à renverser le gouvernement Joly ; par cela môme j'étais tenu en^honneur de
ne pas refuser de prendre la responsabilité de l'administration" dans le cabinet qui succédait à celui qui s'en allait. Ce n'est pas moi qui ai fait cette doctrine constitutionnelle. Je la trouve en toutes lettres exposée clairement dans un auteur de droit constitutionele. Heani.'Gouvernment of England, volume II, page 219, dit ceci :
« Those persons who overthrovv any administration may expect to be required by the king to assist him in the room of those ofïicers whom in conséquence of their proceedings he had displaced. Nor is a statesman who is so summoned at liberty to refuse ? Ile has laken upon himself the responsibiiity of obstructing the Government of the country. If he desires to save himself of the imputation of mère faction, he must endeavour to set up in its place a better Government. The king may fairly address the Gommons in the language of the philosophie poet to his friend « si quid novisti rectius. »
Le chef de l'opposition a dit que j'étais en pourparlers avec M. Chapleau pendant que j'avais encore l'offre d'un portefeuille dans le gouvernement Joly. Je le nie formellement. Mon honorable collègue, le commissaire des terres, sait quand j'ai fait la connaissance de M. Chapleau, et ce n'était pas au temps où on •voudrait le faire croire.
Le chef de l'opposition a fouillé dans ma vie privée pour trouver des armes contre moi. Moi, je ne l'ai pas fait à son égard. C'est un manque de courtoisie et de délicatesse, dont je ne me suis pas rendu coupable. J'ai dit ici que je ne voulais pas parler de l'affaire de Terrebonne, ni de celle de Jacque-Cartier.
Néanmoins cela ne l'a pas empêché d'écarter le voile qui protège ma vie privée. Il a parlé de l'élection de 1874. Alors je me suis présenté comme canpidat indépendant. Le même jour où j'étais mis en nomination, j'étais nommé professeur à l'Université Laval. A ce moment, il y avait un autre candidat à part du candidat oppositionniste, c'était M. LeBouthilliir. Je discontinuai la lutte, parce que l'exercice de mon professorat n'était pas compatible avec l'accomplissement des devoirs de membre de la Chambre des communes, si j'étais élu.
J'ai toujours été ami avec M. Harper, qui était tcandidat en même temps que président de l'élection.
Du côté de M. Harper, on avait dépensé des milliers de'fpiastres. Dans la contestation devant les tribunaux, M. Le Bouthillier n'a pas allégué la corruption comme cause suffisante à l'invalidation, mais seulement le fait que M. Harper était tout à la fois candidat et président de l'élection. J'ai ici à côté de l'article injurieui la réponse à cet article. Le chef de l'opposition savait, quand il a cité le Canadien, que ce journal était alors mon ennemi. Pourquoi ne l'a-t-il pas dit ?
Dans le cours de Pintruction du procès, on vit qu'on ne pouvait procéder à l'enquête parce qu'on n'avait pas produit de document qu'on nomme le bill of particulars. Q'on lise la preuve et l'on verra la vérité de ce que je dis. Au reste, il n'y a rien dans tout cela qui m'incrimine. Le juge a reconnu plus tard qu'il s'était trompé et qu'il ne pouvait faire de rapport suivant la loi.
J'ai fourni à M. LeBoutillier un compte des argents qu'il m'avait confiés et au sujet duquel il s'est déclaré satisfait. Je n'ai pas été payé comme on l'a insinué. On en est rendu à m'accuser d'avoir pris $200 ! M. Horace LeBouthillier qui m'a suivi depuis, m'a rendu le témoignage suivant. Ce que je vais lire est un extrait d'un magnifique discours prononcé le 17 mars dernier, à Douglastown, et qui aurait mérité d'être publié. Voici ce qu'il disait :
« Mr. cbairman and gentlemen. When Mr. Flynn wasfirst spoken of as a candidate for parliament, though of acknowledged ability but still a mère boy, I may say as regards âge, I should certainly not hâve selected him ; and, the reason why ? because he was without expérience. This is not a matter acquired by birth, and therefore no fault of his. Well, in déférence to my neighbours, I waved this objection and joined his colors. He was returned, served his country well, and was recompensedin conséquence, by being appointed commissionerof crown lands, th«-most important billet, I believe, in the ministry.
« He was laid aside, for a while, not through incapaoity ; but, as a proof that his services were indispensable, in the affairs of stàte, he lately becomes commissioner of railways : this is the position the now occupies
« You must lay aside ail personal and local affairs, in order
to judge the man by his public character. This I do, and hence my candid opinion is that he is an honest man, and, as you are aware, an honest man is the noblest work of God. That he lias benefitted by undue acquisitions, I don't believe ; In fact, circumstancesseem to justify my statement ; for, as I happen to be acquainted with M. Senecal, I am aware that he is no friend of Mr. Flynn. Therefore, gentleman, you can draw your conclusions.
« Some people hâve laid great stress on what they term deserting his party. Now, gentlemen, is not the man to be cornmended who, recognizing his error, changes the ténor of his ways ? And more particularly, in acting so, he has his country's interest at heart ; for, gentlemen, it is to my knovvledge, and I defy any one to prove the contrary, that it is to the conservative government that Gaspe owes ail that is has obtained from the public treasury. And, to give you the proof thereof, allowed me to quote the words of late Honorable Letellier, the head of the libéral party at the time : « We cannot expect to win over the county of Gaspe. »
«As far as I can remeinber, the county has received nothing from the libérais, but opposition; and, now, gentlemen, 1 shall relate a marged more of theirs against such a disadvantageously situate county like Gaspé, commercially shut ont from access to the markets of the world for seven months of the year, our export produce meanwhile deteriorating in the stores for so long, loosing interest, paying insurance, and, above ail, deprired of the advantage of the foreign markets during the lenten season. That great boon, the fret port was the act of the conservative government as an encouragement to the fisheries, and which the libérais opposed
«Now, gentlemen, for the main subject, the government honored the county in the person of M. Flynn's appointment as commissioner, an honour sought for by many counties as well as members, and often in vain. Three of the five ministers appointed by the Crown had to hâve their commissions ratifled by the electors of their respective constitueucies; two of them were returned by acclamation as a necessary sequel to their approval by the Crown. Gentlemen, one has been left out in
the cold, as il were, and this is the junior member, one of ourselves ; true lie was boni in a fisherman's but, as a scurrilous Québec street vvould bave it, if would indeed seem to be a crime to hâve sprung from the best fishing grounds of the coast, the one above ail. T say, that should bave been returned by acclamation at the court hall of Percé, on the llth March instant.
«Well, gentlemen, L leave him in your hands, I commend bim to your care. Treat him, ah! treat him as you did me! Remember that you then voted ail, ail as one man ! and what could I bave done as a deputy? comparatively nothing. I could not be nor did I aspire to the position Mr. Fiynn holds so honorably, not only in the eyes of the province, but of the whole Dominion ; and, of this position of commissioner Flynn we must ail rejoice, because he is one of ourselves.
«As for those Québec city élection runners who hâve been sent down hère by their employers, with any amount of ammunition let them fire it away to the four wind ; for, otherwise, they would be doing an injustice to their employers. As regards them, I must do them the justice to say that, had they believed that they would bave hal to address enlightened communities, they would bave stayed al home, as they did in the case of the commissioner's colleagues, and were there was no distance to travel. But I suppose they considered that «distance lends enchantaient to the view. »
«Ah! gentlemen, were it not for private considération, I «ould tell youn not only where this more than factious opposition sprung from, but also hâve used a powerful lever, but I forbear being convinced that, as matters are in the end, a glorious triuraph awaits the honorable commissioner^and that the opposition will be ignominously defeated.
• Well, gentlemen, I shall not detain you any longer, but Jet me indulge the hope that an intelligent and indépendant parish such as I hâve the honor to address and with whom I hâve always maintained the best of relations, shall, at the poils, prove to the world that oui' junior rninister should hâve been returned by acclamation »
Voilà un témoignage qui réduit ces accusations à néant.
Le chef de l'opposition aurait dû donner, à part l'accusation,
la réponse que j'ai faite et qui a clos le débat J'ai publié une 1 'tire qui donne toutes les explications nécessaires. Si je n'ai pas relevé les injures de la presse, c'est que je me suis fait une règle de ne jamais poursuivre les journaux à propos de mes actes politiques. Je repousse ces accusations et je les réjette avec tout le mépris dont je suis capable à la face de celui qui s'en sert.
Le chef de l'opposition a aussi parlé d'une lettre dans laquelle on disait que c'était pécher de voter pour moi. Cette lettre était confidentielle. Elle a été publiée je ne sais comment. Dans tous les cas, j'ai écrit une lettre qui a été si péremptoire que le débat a été clos dès ce moment.
On a aussi cité le Canadien de 1882. Ce journal n'aimait pas à me voir dans le gouvernement, de là les articles qu'il a publiés contre moi.
I /honorable premier ministre n'aurait pas dû, paraît-il, me demander d'entrer dans son cabinet, à cause de la divergence d'opinion qui s'est manifestée entre nous& propos de la vente du chemin de fer. Mais la môme objection s'applique aux honorables députés de Beauce et de Brome. Le député de Saint- Hyacinthe a dit que j'ai dû renoncer à mes principes. L'honorable premier ministre sait apprécier les hommes et les choses. Je n'ai pas sacrifié de principe en entrant dans ce cabinet. Pendant l'existence du gouvernement Chapleau, je n'ai pas eu de meilleur ami que l'honorable premier ministre actuel.
J'ai toujours gardé pour lui toute l'estime qu'on doit avoir pour un collègue. L'honorable premier ministre connaissait mes principes et ma manière de voir lorsqu'il m'a demandé de devenir de nouveau son collègue.
Le chef de l'opposition a voulu exhumer l'affaire de Molon Le gouvernement, dont l'honorable commissaire des terres faisait partie, ayant jugé à propos de rembourser cette somme d'argent payée à compte du prix des terres vendues à M. de Molon, nous n'avons plus à nous en occuper que comme fait du passé. Dans le temps où la première discussion a eu lieu, j'ai déclaré que la Chambre avait assez de confiance dans mon honorable collègue, le commissaire des terres, pour accepter ses explications.
Mais comme question de fuit, j'ai refusé de faire ce remboursement.
Quant à cette transaction de Molon en elle-même, il n'y a rien de repréhensible ; tout est parfaitement légal et honnête. Cet industriel voulait travailler dans l'intérêt du pays.
On m'a accusé d'avoir voulu attaquer mes anciens amis. Je nie cm te assertion. Je n'ai fait simplement que réfuter les attaques faites contre moi.
L'honorable chef de l'opposition m'a attaqué d'une manière telle que mes amis étaient surpris de voir que je ne répondais pas. Il a dit que je dois à l'estime de mon ancien chef, si je suis ^arrivé dans la politique. Je le nie, M. le président. Il n'a jamais aidé à aucune de mes élections dans Gaspé, et, la preuve, c'est que ce sont les mêmes amis qui m'ont aidé quand je suis retourné après être devenu ministre.
Après avoir aidé pendant dix-huit mois, cet ancien chef, quelle récompense ai-je eue? Après avoir rendu service à ces anciens amis, quelle récompense m'ont-ils donnée? Depuis ce temps-là on m'a insulté tous les jours. Peut-on s'expliquer cette attitude étrange depuis le commencement de la session ? Pourquoi discuter mes actes et non pas les grandes questions d'intérêt public. Delenda carlhago Il faut détruire Flynn. On n'a
pas encore réussi, bien que l'on ait eu recours à des moyens que réprouvent les convenances et l'honnêteté. Ces attaques inspirées par la haine ne réussiront pas.
Le chef de l'opposition n'a rien démenti de ce que j'ai avancé, mais au moins a-t-il été loyal à mon égard ? Non. Je n'ai jamais non plus trahi les secrets de personne. En défendant ma cause, j'ai eu les sympathies de mes amis de la droite.
Pour me détruire, il a fallu que cinq de mes adversaires se missent de la partie pour exécuter cette tâche. Un seul homme de la gauche ne peut-il donc pas lutter contre un seul homme de la droite ? Non, il faut qu'ils se mettent quatre ou cinq sur le même. Ce n'est pas un honneur pour eux et pour leur parti.
L'honorable M. Joly «député de Lotbinière». — M. le président, je comprends que l'honorable commissaire des chemins de fer fasse des efforts pour se réhabiliter.
Quand mes honorables amis les députés de Kamouraska et de
Montréal-ouest ont parlé, on l'a vu prudemment disparaître. Ce n'était pas là une marque de courage !
Jamais je n'ai entendu un discours aussi important!! aussi bien fait ! Evidemment le peuple de Gaspé ne comprend pas son talent! C'est malheureux.
Ceux qui espéraient que le gouvernement que je présidais pouvait faire le bien du pays, en ont voulu au député de Gaspé d'avoir étouffé la lumière au moment ou elle jetait ses rayons.
M. le président, jai pris la parole pour relever une déclaration faite par le commissaire des chemins de fer. La voici. Il nous a dit qu'il avait une arme terrible pour nous détruire, et qu'il l'avait montré à ses amis, mais que, comme c'est une lettre confidentielle, il ne voulait pas s'en servir.
L'honorable M. Flynn.— Je n'ai pas dit que j'avais montré cette lettre.
L'honorable M. Joly. — 11 est impossible que nous restions sous le coup de cette menace. Qu'il la montre cette lettre.
L'honorable M. Flynn. — Je n'ai pas parlé de l'opposition. Je faisais allusion à mes ennemis acharnés en dehors de cette Chambre.
L'houorable M. Joly.— Si le député de Gaspé a une telle lettre, qu'il l'a produise.
L'honorable M. Flynn.— Cette lettre est marqué privée et ne se rapporte à aucun membre de la gauche. Je ne pourrai, malgré les demandes les plus vives, rendre publique une lettre privée.