Discours de L'Honorable J.A. Chapleau [microforme]
Il me faudrait le concours de la poésie et de la muique pour célébrer dignement les gloires de ce jour, qui réunit autour de nos bannières nationales les innombrables enfants de la patrie canadienne. Par malheur, je suis brouillé depuis longtemps avec les Muses, si toutefois j'ai jamais eu des relations avec ces illustres sœurs. Il me faudrait aussi le langage académique des princes de la littérature et de la rhétorique, et ce don des dieux n’est pas arrivé jusqu'à moi. Quand le plateau sur lequel ces mets divins se servent, me fut présenté, je m'aperçus qu'il était vide; ceux que l’on avait servis avant moi avaient tout pris. Je ne dirai pas les noms de ces coupables, bien que j'en voie deux dans cette salle, Encore moins les accuserai-je. Mal
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PPS
m'en prendrait ; l’un pourrait aller s'asseoir sur le banc pour me condamner, l'autre pourrait me pendre.
Pourtant non, on n'avait pas tout pris : il restait quelques bribes dont je dus m’accommoder, Cela me fit un plat modeste que je viens partager avec vous. Que voulez-vous ? Si je n'ai pas sa beauté, j'ai du moins la candeur de la jolie fille qui “ne peut donner que ce qu’elle a.” Encore une fois je vais enlever l’encre et la plume des mains de ceux qui s'obstinent à vouloir écrire que je ne parle pas français; je vais en faire l’aveu moi-même en vous parlant... canadien.
Oh! de cette éloquence-là, par exemple, j'en ai; j'en ai plein la bouche, j'en ai plen. mon cœur! Et comment n’en serais-je pas pénétré aujourd’hui? Cette éloquence de l'âme tressaillant de patriotisme,
LE Re O patrie, ineffable mystère, Mot sublime et terrible! Jnconcevable amour! ”
cette éloquence, dis-je, a envahi depuis trois jours notre grande ville. Elle y parle une langue que tout le monde comprend, que tout le monde applaudit. Et quelle thèse émouvante! Ce n’est pas seulement une idée, quelque grande qu’elle soit, que ces fêtes évoquent; elles rappellent à nos souvenirs les pages les plus attrayantes de notre histoire. Sous les auspices de la Société Saint- Jean-Baptiste, qui a si grandement fait les choses, la procession nationale a été pour ainsi dire
ci: L'on
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l'histoire du Canada, en tableaux qui parlaient au cœur, à l'imagination, et nous retraçaient en traits aussi pittoresques qu'ineffaçables les phases les plus dramatiques de notre histoire.
Le cycle entier a été parcouru : c'était d’abord la période de la découverte et de l'établissement du pays; Jacques-Cartier, le hardi marin, envoyé par François If" à la conquête d’une partie de l'héritage d'Adam qu'il ne voulait pas, disait-il, laisser seul en partage à son frère le roi d’Espagne; c'est Frontenac, la personnification de la lutte triomphante contre l'Angleterre et les sauvages non chrétiens; c'est la période de la fondation définitive de la colonie.
Puis vient la phase militante, je devrais dire la phase de notre âge héroïque, où le courage, l’audace, l’activité, la valeur personnelle suppléent au nombre. Napoléon, parlant un jour des guerres de la Vendée, disait qu’elles avaient été une lutte de géants; de quels mots caractéristiques n’auraitil pas appelé la lutte héroïque des Canadiens, faiblement soutenus par la France, contre les forces combinées de l'Angleterre et de ses colonies!
Enfin arrivent les jours de deuil de la conquête. Ici commence une lutte non moins héroïque que la précédente; c'est la lutte pour l'existence d’une poignée de colons cédés par un marché diplomatique, et que le vainqueur veut traiter en peuple conquis. Tout le génie politique de l'Angleterre,
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