‹ Discours de L'Honorable J.A. Chapleau [microforme]Chapitre 2 sur 9 · ARR · texte numérisé non relu

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toute l’astuce et la persévérance de ses hommes d'Etat acharnés à la réalisation d’un projet d'assimilation violente des races, viennent se briser contre la résistance pendant trois quarts de siècle, des Canadiens-français soutenus par leur foi, par leur attachement à leurs traditions, par tout ce qui les constitue une race distincte en Amérique.

Puis vient 1834, avec Duvernay et la fondation de la Saint-Jean-Baptiste qui se lie si intimement avec le jour que nous célébrons et en est en quelque sorte l'aurore. C’est la réalisation d’une idée qui doit être féconde en grands résultats. Les créateurs d'institutions de ce genre ont-ils toujours conscience de la grandeur de l’œuvre qu'ils fondent ? On en peut douter. Ces créations sont presque toujours un fait providentiel, la résultante d'idées que la force des choses a fait naître et dont les événements déterminent forcément la grandeur. Jusqu'en 1834, les Canadiens avaient lutté sans entente, Les personnalités brillantes n'avaient pas manqué; ces chevaliers aguerris et indomptables s'étaient fait une large place dans le parlementarisme, comme les chevaliers du moyenâge s'étaient taillé des marquisats et des duchés dans la féodalité. Mais l’union manquait entre le peuple et ses chefs naturels, trop isolés dans leur lutte. La fondation de la société Saint-Jean- Baptiste, sa constitution, son programme, appelaient le peuple à la rescousse et sanctionnaient l'union des chefs avec la masse du peuple, comme

la Grande Charte de Jean-Sans-Terre avait jadis scellé le pacte d'alliance entre les barons normands et le peuple anglais.

La fondation de la Saint-Jean-Baptiste ne réveillait pas lidée nationale, puisqu'elle était restée vivace dans les cœurs, mais elle l’appelait à l'action, activait sa flamme ; elle prètait au mouvement national toute la force de l'association, cette grande arme du XIXe siècle, le point d'appui que cherchait Archimède pour soulever le monde,

À partir de cette époque la lutte prend un nouveau caractère ; elle se poursuit avec des vicissitudes diverses, où se trouvent de faux mouvements dont les institutions humaines ne sont jamais exemptes : mais l'idée féconde, l’idée de la Saint-Jean-Baptiste, est toujours là, dominant les événements, plus forte que les hommes et les choses, et elle finit par triompher, sous l’union du Canada, avec la conquête de tous nos droits politiques civils et religieux.

Quel contraste! Quelle comparaison naît spontanément dans l'esprit, à la pensée de ces deux époques! D'un côté un pays agité, réclamant ses droits, n'ayant que des perspectives sombres devant lui. Cette Saint-Jean-Baptiste de 1834 a plus l'apparence de préparatifs de guerre que l'air d’une fête. La foi seule, et une foi à soulever des montagnes d'obstacles, dut empêcher les Canadiens réunis dans les jardins de MacDonald de douter de l'avenir. D’autres, moins confiants,

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auraient pu croire alors que c’en était fait de l’avenir des Canadiens comme peuple et désespérer d'avoir à jouer un rôle important dans le monde. Mais l'esprit aperçoit un autre tableau : la race opprimée de 1834, arrivée en 1884 au plein développement de ses droits, parfaitement assise dans la province de Québec, songeant à étendre ses rameaux au loin et à rapprocher de l'arbre principal ceux que les circonstances et le va-et-vient des événements ont semés un peu partout chez nos voisins. Lorsqu'on lit les journaux de l’époque et ceux du temps actuel, on mesure bien vite, dans l’ordre politique, l'étendue du chemin parcouru. En 1834, MM. Viger et Morin étaient à Londres, plaidant notre cause contre l’absolutisme oligarchique; aujourd'hui, sir Charles Tupper occupe un poste d'ambassadeur à Londres, traite avec les puissances du continent de nos intérêts commerciaux, et l’hon. M. Fabre représente nos nationaux en France avec la sanction du Parlement du Canada, et fonde un journal canadien à Paris. Elles seraient bien étranges aujourd’hui les tirades à la liberté, les cris de mort aux tyrans, que l’on poussait à cette époque troublée. Aujourd'hui nous jouissons incontestablement de plus de liberté qu'aucun peuple de l'univers. C’est à ce point que nous n’y songeons même plus. C’est presqu’un malheur, car nous sommes exposés, à défaut d'ennemis à combattre, à diriger contre nousmêmes les coups que l’on portait alors contre une oligarchie méprisée, C’est là le plus grand danger,

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