SÉANCES DES 27 ET 28 MARS
(Rapport sténographique de J. T. 2'hompxon.')
MONSJELB l'OkATEUR,
Je dois demander pardon à cette Chambre d'avoir retarde ses travaux pendant qutlqu.es jours. Je ^ais qu'on est indulgent ici, et que l'indisposition grave dont j'ai souffert pourra me servir d'excuse. Je sais, d'un autre côté, qu'un chef de parti est en Chambre ce qu'est le général d'armée en campagne; il ne lui est permis d'être malade qu'api es la bataille, après la victoire.
Pourtant, je n'ai pas lieu d'être humilié de ma faiblesse : je puis même m'en enorgueillir. C'est dans la campagne glorieuse qui s'est terminée par la victoire du 2 décembre, que j'ai pris le germe de la maladie qui me mine aujourd'hui ; c'est dans le travail incessant, les voyages, les veilles, les soucis occasionnés par les mesures que le gouvernement soumet en ce moment à cette Ch unbre, que j'ai brisé une santé que je croyais à l'abri de toute atteinte.
Je viens de citer le 2 décembre. C'est vers cède date mémorable que je porte avec coniiance mes regards comme vers le point glorieux d'où doit partir et rayonner le mouvement du parti libéral-conservateur. — ce mouvement régulier, sûr, certain, qui doit préparer les destinées de notre province.
Oui, monsieur l'Orateur, j'ai coniiance en cette Chambre, j'ai confiance dans cette session que le gouvernement a convoquée pour le 8 de mars, quatrième anniversaire du jour où la représentation nationale se voyait violemment chassée, par un acte ar-
bitraire que la nation a depuis sévèrement condamné et puni.
J'ai confiance en cette Chambre, parce qu'elle est l'expression spontanée du sentiment populaire, — parce qu'elle est le produit de la sympathie du corps électoral pour une politique modérée, mais franche et sincèrement patriotique.
J'ai confiance en cette Chambre, parce qu'elle n'est pas issue de la colère, de la rancune, de la haine, de la vengeance, ni même de l'ambition ; mais parce qu'elle est le fruit d'une éclosion généreuse, attirant vers elle toutes les énergies, toutes les volontés, toutes les forces que l'amour du pays développe et met en jeu.
J'ai confiance en cette Chambre, parce que cette Chambre, plus que toute autre, a été à portée de mesurer la profondeur de la blessure qu'un bouleversement politique peut infliger au corps de la nation ; parce qu'elle sait tout ce que peut faire pour l'avenir d un pays, un parti fort, loyal et dévoué,— parce qu'elle sait aussi qu'il est impossible de ptévoir les conséquences funestes qui peuvent résulter, pour ce parti et pour le pays, d'un malheureux mouvement de présumption, d'impatience ou d'insubordination.
J'ai confiance en cette Chambre, parce que, moi et mes collègues, nous connaissons la droiture des vues, la largeur des idées et le profond sentiment d'amour national qui ont présidé à la politique que le gouvernement dirige depuis bientôt troi3 ans.
Si je parle ainsi, M. l'Orateur, c'est d'abord par conviction; ensuite, c'tst que,
chef «l'un parti, chef du gouvernement que ce parti supporte, parti tout puissant dans le pays, leader de cette Chambre, je sens vivement que, pour le bon fonctionnement du système représentatif, il faut qu'il existe une communauté de vues et de sentiments entre nous. Je sens le besoin de me mettre à l'aise avec toys les députés qui siègent à mes côtés dans cette enceinte.