SUBSIDES ANTÉRIEURS A
J'ai dit que la Province en» 1875 faisait le sacrifice de deux millions six cent et quelques milles piastres, pJus- 2,327,000 acres de terp®, faisant en chiffres ronds $5,000,000 ; je ne vois pas pourquoi l'on ne ferait pas aujourd'hui le sacrifice que nous étions disposés à Paire alors. C'est là la base financière que j'ai posée dès le commencement, lorsque j'ai décidé de recevoir des offres pour notre chemin. Et encore pourrions -nous facilement estimer le sacrifice que nous faisions en 1875 à un montant plus élevé. Car ces terres valaient certes plus qu'un dollar de l'acre. L'agent des terres le plus compétent, M. Russellr estimait la valeur de ces terres à troi9 piastres de l'acre, et, dans cette Chambre même, le député d'Argenteuil d'alors, monsieur Bellingham, ne les estimait pas à moins de cinq piastres de l'acre. Nous avons fait la vente d'une partie de cesterres le 15 octobre 1880, et les enchères sur la partie vendue se sont élevées à $262,000, seulement pour le bonus de la coupe de bois. Ajoutons à cela la rente foncière payée par les marchands de bois et le revenu considérable que donnera l'exploitation de cette région forestière, efl cette honorable Chambre n'aura pas de peine à conclure avec moi que ces terres valent aujourd'hui pour la couronne plus de deux piastres de l'acre.
Le gouvernement avait fait aiors ce cadeau de plus de $5,000.000, et il ne doit pas revenir aujourd'hui sur sa libéralité. Le gouvernement n'a pas fait ce chemin de fer en vue d'une spéculation ; il a au contraire entrepris cette grande œuvre dans l'intérêt du commerce et de la prospérité générale de la Province. S'il retrouve les londs qu'il y a mis, en sus du don qu'ils voulait faire aux compagnies privées, c'est aussi loin que peuvent aller ses désirs dans l'administration de la chose publique. Or, nous retrouvons nos $8,000,000, c'est-à-dire $7,600,000 en argent, et non seulement $400,000 de travaux pour finir le chemin, mais bien une somme de $ 1 ,098,000 de travaux utiles, nécessaires mêmes, et dans tous les cas demandés par les besoins du commerce et la bonne exploitation du chemin.
On trouve le gouvernement trop généreux dans les sacrifices qu'il est prêta faire. Et, chose singulière, c'est dans les
rangs des intimes du gouvernement de 1875 que l'on jette ce cri. Mais c'est de ce gouvernement même que nous avons pris cette inspiration.
Que disait l'honorable monsieur Angers dans son discours sur la question des chemins de fer. " Nous ne voulions pas sprès •• avoir fait tant de sacrifices, renoncer aux 44 résultats que cette législation généreuse 44 réserve pjur l'avenir. Les sacritices ** nouveaux que nous demandons à la ** Province ne seront pas en pure perte et 44 l'avenir du chemin nous récompensera " pour Ja générosité que nous montrons " dans notre •• législation."
Dans ce temps-là on avait beaucoup de conliance dans les municipalités, car i'honorable ministre disait :
" J'ai déjà fait mention de l'esprit libéral " avec lequel les cités de Québec et de 44 Montréal et les municipalités des envi- " rons, surtout celles qui avoisinent Mont- 44 real, ont souscrit en faveur de ce chemin 44 de fer ; nos résolutions ont en vue de pla- 44 cer ces municipalités généreuses dans la 44 meilleure position possible. J'espère, u monsieur l'Orateur, que l'exemple de ces *4 municipalités sera suivi par d'autres mu- 44 nicipalités. Et ce fait a eu son influence " sur la décision que le gouvernement a 44 prise, car. tôt ou tard, il est probable que 44 chaque corporation, chaque municipalité 44 contribuera comme elle le doit à la réali- 4< sation d'un projet aussi patriotique, et la 44 Province saura reconnaître cette généro- 44 site de leur part.
C'est bien loin du temps où l'on disait que l'on voulait prendre les municipalités à la gorge, et où l'on brûlait en effigie celui-là même qui faisait tant de compliments à ces municipalités.
L'honorable ministre finissait son discours en disant : •• Ce n'est pas là le lan- " gage que devraient tenir des hommes de 44 cœur. Ce que nous devons dire, c'est 44 qu'as ant commencé cette œuvre, nous 44 devons la terminer le plus tôt possible. u N'allons pas attendre qu'il soit trop tard "• pour construire celte route. N'allons pas 44 pour montrer notre volonté de faire tous *• les sacritices que l'entreprise entraînera 44 nécessairement, attendre que ces sacri- 44 lices soient faits sans utilité. Ces consi- 44 dérations ont forcé le gouvernement à *4 adopter jde prime abord et sans hésita- 44 tion la marche qu'il suit et dont de 44 mûres réflexions viennent ensuite con- 44 tir mer la sagesse.
«4 Le gouvernement a dit : Si nous diflë- 44 rons la construction du chemin de fer de 41 Québec au Portage du Fort, si cette ligne 44 n'est complétée qu'après la construction «4 d'autres lignes rivales, jamais elle ne
44 sera en état de lutter avec avantage con- 44 tre le 44 Canada Central " et les autres 44 voies qui seront construites dans le but 44 de diriger le trafic d'Ontario et des Etats- 44 Unis sur d'autres points au détriment de 44 la province de Québec.
44 Je pense que le gouvernement a été 44 sage et qu'il a prouvé sa sagesse, en 44 disant que nous devons construire cette 44 route, atin d'être, pour ainsi dire, hors des 4* atteintes d'une ligne rivale ; car, quand 44 cette voie aura été complétée, aucune 44 compagnie ne s'aventurera à en cons- 44 truire une tout contre, vu qu'il ne 44 serait souscrit en Angleterre aucun capi- 44 tal pour un tel objet, et que les capita- 44 listes anglais répondraient à ceux qui en 44 feraient la proposition : Vous avez été 44 devancés par la province de Québec, qui, 44 bien pénétrée de l'importance du trafic 44 de l'Ouest, n'est pas restée en arrière, et 44 même avant que ce trafic fut créé, a tenu 44 ses locomotives prêtes, et ses chars attail chés les uns aux autres, pour transporter 44 les marchandises à Montréal, et le sur- 44 plus à Québec."
11 n'y avait pas, monsieur l'Orateur, que le leader de la chambre basse qui tenait un pareil langage, le premier-ministre disait la même chose dans la chambre haute.
Il s'exprimait ainsi à cette même séance du 23 décembre :
44 Une autre considération digne de vous être signalée, honorables messieurs, c'est qu'en échange du sacrifice pécuniaire que nous faisons momentanément, nous reprenons l'immense étendue de terrain boisé que nous avions donné au lieu de subsides aux compagnies chargées de trouver les moyens nécessaires à la construction de ces chemins. Or la possession de ces terre s deviendra après la construction de ces chemins d'une valeur plus considérable que le subside en argent que nous accordions par le projet qui vous est soumis. Ces terres reprendront une valeur qui nous remboursera et au delà des sacritices que nous faisons actuellement. "