DES DIVERSES OFFRES
Je n'ai pas besoin, M. l'Orateur, de faire la momenciature des propositions qui ont été faites au gouvernement pour l'achat de son chemin, car ces propositions étaient inacceptables, à part celles de Hall, d'Allan- Rivard, et les deux offres du Pacifique et du syndicat pour la division-Est. Mais je demanderai aux honorables membres de lire la clause 8 de la proposition Alian- Ridley.
les $75,000.
Il y a eu tantôt, dans cette enceinte, un débat animé sur un petit incident qui a mis en ebullition la bile de nos honorables amis de l'opposition, je veux parler de l'incident des $75,000. J'ai dit que j'ignorais toute cette affaire, dont on fait tant de bruit. Voyons donc un peu ce qu'est cette offre de $75,000. Est-ce qu'on demandait au gouvernement de payer cette somme ? Pas que je sache.
Alors à qui donc était faite cette proposition ? Gomment les choses se passent-elles lorsqu'il s'agit de former un syndicat, par exemple. L'affaire est lancée et il va sans dire que l'on est obligé à des frais préliminaires. Sir Hugh Allan demandait $80,000 de commission sur le prix d'achat de $8,000,000, laquelle commission devait être payée lors de la signature du contratTmal " par le gouvernement " à MM. Panmure, Gordon et Cie, de Londres, courtiers de change, " pour la négociation de la présente vente." Dira-t-on que cette commission de $S0,0C0 tombait dans la poche de Sir Hugh Allan?
Où serait le mal? Ceux qui s'étaient mis à la tête d'une pareille entreprise avaient droit de demander une telle commission. Gela ne forçait pas le gouverne-
ment à la payer Or, quelle différence y a-t-il entre la commission demandée par l'honorable baronet et celle qu^ l'on dit' avoir été demandée par M. Sénecal ? C était leur affaire et ils avaient parfaitement droit le faire. Ce qui reste acquis, c'est que M. Sénécal n'a rien demandé au gouvernement. On me dira peut-être qu'étant employé du gouvernement, il n'avait pas le droit de tremper dans de telles transactions. Je repondrai à ceux qui parlent ainsi, que du moment que M. L. A. Sénécal a apposé sa signature au contrat intervenu entre le gouvernement et le syndicat, il a immédiatement envoyé au gouvernement sa résignation comme surintendant du chemin de fer provincial. Personne ne niei a qu'après avoir ainsi donné sa résignation, il ne fût libre de faire les propositions qu'il jugerait à propos soit à ce syndicat ou à n'impOFte quel autre.
On décerne, il me semble, un pauvre brevet d'intelligence aux membres du syndicat Allan eu disant qu'on aurait pu leur extorquer pour rien une somme de $75,000.
Si au contraire, il y avait des dépenses d'organisation qu'entre associés l'on devait partager, la chambre et le gouvernement n'ont pas plus à y voir que dans le cas d'Allan-Ridley, et encore moins.
J'aimerais à savoir, M. l'Orateur, s'il s'est jamais formé une compagnie quelconque qui n'ait entraîné certains frais priliminaires. Il y a toujours une charge pour frais d'organisation, pour frais préliminaires, etc. En supposant que M. Sénécal aurait demandé cette somme, ce n'est pas comme employé du gouvernement et pour ce dernier qu'il l'aurait demandée, n'est-ce pas ? Pourtant, la chose a été ainsi dite publiquement, sur le marché Berthelot, ici, à Québec, par un journaliste: " J'ar- " rive, disait-il, de Montréal, et j'ai une " drêle de nouvelle à vous annoncer.
" Des citoyens de Montréal dignes de " foi (il parlait de gens qu'il ne con- " naissait pas du tout) m'ont dit que " M. Adélard Sénécal, le surintendant du " chemin Q. M. O. et O., leur avait fait la " proposition de leur faire obtenir la pro- " priété ou le bail de ce chemin, s'ils vou- " laient lui payer une commission de $75,- " 000." Eh ! bien, ces mêmes personnes de qui il disait tenir ces informations ont depuis déclaré qu'ils ne lui avaient jamais dit telle chose, et M. Drolet, l'une des personnes indiquées par M. Tarte comme lui ayant donné cette information, a déclaré solennellement qu'il ne l'avait jamais vu et qu'il ne désirait ni le voir, ni le connaître.
J'entends mon honorable ami, le député de Mégantic, me dire que ce n'est pas là
ce qui a été dit par M. Tarte. Comment peut-il affirmer cela, puisqu'il n'était pas lui-même au marché Berthelot et qu'il n'a pas entendu plus que moi ce que ce M. Tarte a dit ? Il est vrai qu'après avoir fait cette assertion, l'on vient le lendemain ou le surlendemain expliquer avoir déclaré que ces informations n'avaient pas été données à M. Tarte lui-même par les membres du syndicat que je viens de mentionner, mais que ces personnes prouveraient la vérité de cette accusation ; mais comment se fait-il que deux rapports de l'assemblée publiés dans deux journaux différents, Y Electeur de Québec, et le Herald de Montréal, se soient trouvés si conformes à la relation qui nous en avait été faite par divers auditeurs ?
Voilà pourquoi cette affaire monté? (tes $75,000 tombe forcément dans le domaine du ridicule, car on ne peut supposer que M. de Bellefeuille et les autres membres du syndicat auraient été assez naïfs pour se laisser exploiter de cette façon. Non, l'on ne peut être sérieux en parlant ainsi. Mais pour revenir aux offres que nous avons reçues, je dirai que l'une de ces soumissions était de M. Ridley seul et l'autre de M. Ridley et Allan. Le gouvernement avait porté la condescendenee si loin que je leur avais écrit que leur première offre était inacceptable et que si elle n'était pas modifiée dans un sens que j'indiquais, elle n'avait aucune ebanoe d'être reçue. J'ai fait cela par considération pour "Sir Mugh Allan, et une seconde soumission me fut en conséquence transmise.
Quelques jours après, je retjus de M. Hall de Sherbrooke une autre soumission de laquelle je vais disposer de suite.'
Elle était faite d'une manière intelligente, mais ne portait aucun nom, si ce n'est celui de l'avocat qui l'envoyait, et comme le gouvernement avait décidé de ne recevoir aucune proposition sans connaître ceux avec qui il aurait à transiger, celle-là fut mise de côté. En cela je ne faisais que suivre l'exemple des gouvernements DeBoucherville et Joly, et aussi l'opinion d'hommes experts en ces matières. L'hon. M. McKenzie, lorsqu'il était à la tête du gouvernement d'Ottawa, avait demandé par voie d'annonces des soumissions pour la construction du Pacifique ; il attendit en vain durant un an. En effet, les hommes sérieux ne voulaient pas, dans une entreprise aussi importante, se trouver en compétition avec des gens sans position, sans moyens, sans responsabilité.
J'ai demandé là-dessus l'opinion de M.
Shanly, l'homme de confiance consulté par M. de Boucherville, alors chef du gouvernement, et ensuite par mon honorable
ami, maintenant îe chef de la gaucBe. Ls rapport qu'il m'adressa, prouve que le gouvernement ne devait pas agir autre=ment qu'il n'a fait.
Gomme depuis un an nous parlions de vendre notre ligne provinciale et que depuis deux mois passés le public savait, par nos déclarations officielles, que nous devions vendre le chemin, tous ceux qui pouvaient songer à se charger d'une aussi grande affaire ont plus ou moins correspondu avec le gouvernement. Nous avons reçu, enr outre, des offres con-nues, cinq ou six soumissions de personnes haut placéesdans les finances, et des compagnies des plus puissantes, mais comme ces propositions étaient d'une nature confidentielle, elles n'ont pas été déposées devant cette honorable Chambre.
Nous avons donc laissé savoir que le gouvernement ne recevrait aucune proposition d'achat de sa ligne sans que l'on y mentionnât les noms de ceux qui entendaient acheter, et comme M. Bail a toujours? refusé de donner les noms de ses associés ou des membres de son syndicat, nous avoirs, après consultation entre mes collé» gués et moi, décidé que le gouvernement ne transigerait pas avec M. Hall, à moins que ce monsieur ne nous fît connaître les noms des membres de son syndicat.
J'ai déjà mis la Chambre au courant des négociations entre le gouvernement et la compagnie du Pacifique et quand nous fumes convaincus de l'excellence de nos> arrangements, nous passâmes un ordre en conseM. C'est à la suite de cet ordre en conseil que j'eus 1« regret de perdre l'un de mes épilogues dans le* cabinet. J>e ne parlerai pas de ceux, qpii ont profité de cette divergence d'opinion entre l'hon. M.'Boss et moi, pour faire, tout 1» mouvement malheureux qui s'est produit depuis. L'hon. M. Ross, a cru de?oir se séparer du gouvernement sur cette question, malgré qu'il ne fû6 pas opposé à la vente de toute la ligne. Il aurait été disposé à consentir cette? vente, et Tannée dernière, lorsque nous sommes ailés ensemble, durant la session, à Ottawa, nous avons travaillé à obtenir de la Compagnie du Pacifique et du Canada Central les meilleures conditions possibles, et après deux semaines d'efforls nous avons vu avec regret que nous ne pouvions rallier à notre opinion ceux avec qui nous essayions de transiger.
Bien que j'aie perdu comme collègue mon honorable ami, cela n'a aucunement changé la politique du gouvernement sur celte question. La lettre de résignation que j» raçus était dans les- termes suivante :
" Montréal, 25 février 1882.
" L'honorable J. A. Chapleau,
" Premier Ministre, " Mon cher Monsieur le Premier Ministre.
" J'ai combattu sans résultat au sein du " Conseil Exécutif, la politique nouvelle " que la majorité du Cabinet vient d'adop- " ter au sujet du chemin de fer provincial.
" La vente de la partie ouest de ce che- 11 min à une compagnie désintéressée dans u Je succès futur de la partie qui relie " Québec à Montréal, avec le projet de " louer ou de vendre cette dernière partie " à une autre compagnie, serait dans mon " opinion, contraire aux intérêts généraux '" de la Province, et très préjudiciable à " ceux d'une importante section du pays.
u Dans les circonstances, il ne me reste " que le moyen constitutionnel de résigner " la Présidence du Conseil Législatif, et de " vous remettre le portefeuille de Commis- " saire de l'Agriculture et des Travaux " Publics, vous priant de vouloir bien faire u agréer ma résignation par Son Excellence " le Lieutenant-Gouverneur.
" J'ai l'honneur d'être, cher Monsieur le " Premier Ministre, " Votre très-humble serviteur,
44 John J. Ross."