‹ Discours de l'Honorable M. ChapleauChapitre 2 sur 37 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

inains, nous avons cru qu'en conscience nous ne pouvions pas juger les choses autrement que nous l'avons fait.

Si la Compagnie du Nord-Ouest ne joue pas ici le rôle glorieux qu'on a déjà voulu lui attribuer, nous répondrons que le succès, quelqu'éclatant qu'il soit, ne justifie pas les moyens.

Pendant les vingt-deux années que nous avons passées à la Rivière Rouge, nous avons connu la tradition ; nous avons interrogé les anciens du pays ; nous savons par cœur tous les récits qu'on a faits de la bataille de la Grenouillère ; nous avons conversé avec des gens qui avaient été témoins de cette bataille ; d'un autre côté, nous avons lu tout ce que la Compagnie du Nord- Ouest et Lord Selkirk ont écrit sur ce sujet, ainsi que plusieurs lettres inédites, échangées entre Lord Selkirk et Mgr Plessis ; enfin, nous avons compulsé l'énorme dossier du procès entre Lord Selkirk et la Compagnie, et, après avoir comparé ces documents avec la tradition, nous en sommes venus à formuler l'opinion que nous adoptons dans cette histoire.

Nous avons pris à cœur de ressusciter la mémoire de l'illustre découvreur de la Rivière Rouge, maltraité, calomnié pendant sa vie par des jaloux et des ambitieux et méconnu de ses contemporains ; il est juste que son nom soit

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connu aujourd'hui de ses compatriotes, et loué comme une de nos gloires nationales.

La Vérendrye et Selkirk sont deux figures très intéressantes de notre histoire. Si le premier a découvert l'Ouest-Canadien, le second a servi d'instrument à la divine providence pour y conduire des missionnaires et y fonder des missions catholiques. A ce titre, les catholiques, surtout ceux de Manitoba, lui doivent un large tribut de reconnaissance.

G. DuGAS, Ptre,

A tic. Miss.

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

La baie d'Hudson depuis sa découverte par Hudson en 1610 jusqu'à la découverte du Nord-Ouest par le Sieur de la Vérendrye en 1731.

Avant de conduire le lecteur dans les déserts de l'Ouest canadien, à la suite du Sieur de la Vérendrye et des français qui vinrent après lui, il est nécessaire, croyons-nous, de donner quelques notions de l'histoire de la baie d'Hudson, qui fait maintenant partie de la Puissance du Canada. Les événements qui ont eu lieu dans ce pays sauvage, depuis sa découverte, ne sont pas sans intérêt pour nous, puisque plusieurs de nos compatriotes ont joué là un rôle distingué, dans les luttes pour la possession de ce territoire. Sur ces plages désolées, emprisonnées dans les glaces et fermées au reste du monde durant les trois quarts de l'année ; sous ce ciel bas et presque toujours voilé par des brouillards impénétrables aux rayons du soleil, les hommes, chose étrange, sont allés se bâtir des demeures presqu aussitôt que sur les rivages enchanteurs du Mexique.

L OUEST CANADIEN

Pendant que le vaste territoire des Etats-Unis, encore inhabité, offrait les richesses de son sol et les charmes de son climat, la baie d'Hudson, ce coin perdu dans le voisinage du pôle, devenait l'objet de la convoitise des compagnies marchandes, et pendant plus d'un siècle, elles se sont disputé la possession de ces neiges éternelles. Plus d'un combat y fut livré et plus d'un militaire et d'un marin s'y distinguèrent par des faits d'armes, dignes des héros les plus célèbres de l'antiquité.

Aujourd'hui, le projet, sérieusement étudié, de construire une voie ferrée de ce côté, pour établir des communications plus rapides entre l'Ouest Canadien et l'Europe, va donner un double intérêt à l'histoire de ce pays et de ses premiers établissements. Cette histoire doit d'ailleurs servir d'introduction à celle de la découverte du Nord- Ouest par le Sieur de la Vérendrye, puisque nous avons, à chaque instant, à parler de la Baie d'Hudson, en racontant les voyages du découvreur.

A peine l'existence du Nouveau-Monde eutelle été signalée à l'Europe par Christophe Colomb que l'ambition poussa immédiatement les navigateurs jusqu'à de très hautes latitudes le long des côtes de l'Amérique Septentrionale. Ils espéraient trouver, au nord de ces nouvelles

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

terres, un passage pour aborder aux riches contrées de l'Inde où les Portugais se rendaient par la route de l'Orient.

Le premier navigateur qui s'avança dans les mers du Nord sur l'Atlantique, après la découverte de l'Amérique, fut Jean Cabot qui découvrit l'île de Terreneuve en 1497.

Son fils Sébastien Cabot entreprit un voyage sous les auspices de Henri VII roi d'Angleterre en 1498. Il partit au commencement de l'été et fit voile vers le Nord-Ouest avec l'idée d'aborder directement aux rivages de la Chine, mais, à son grand déplaisir, il rencontra, après quelques semaines de navigation, les côtes de l'Amérique en poussant vers le Nord jusqu'au 56ème degré. Là, comme le rivage s'inclinait vers l'Est, il perdit l'espoir de trouver le passage cherché et revint sur ses pas.

Deux ans après le voyage de Cabot vers l'an 1 500, un' portugais, du nom de Corteréal, suivit les côtes du Labrador, jusqu'au point où elles se courbent vers l'ouest pour former les contours méridionaux, par où l'on pénètre dans la baie d'Hudson. Sans s'avancer plus loin pour vérifier sa découverte, il crut qu'il avait devant lui le passage pour aller en Chine, et se hâta de retourner au Portugal annoncer l'heureux résultat de son voyage.

L'année suivante, il repartit pour pénétrer

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cette fois dans le détroit dont il n'avait vu que l'entrée ; mais il se perdit dans les glaces avec son équipage et l'on n'entendit plus parler de lui. Quelques années après, son frère éprouva le même sort en voulant aller à sa recherche.

Nous lisons dans les relations des Jésuites (vol. Ter' page 2) qu'en l'année 1524, un florentin, du nom de Verazzano, visita par ordre de François 1er, roi de France, les côtes de l'Amérique depuis la Floride jusqu'au cap Breton, et prit possession de ces terres au nom du roi de France ; cependant il s'avança moins que ses devanciers vers le nord.

Martin Forbisher, célèbre navigateur anglais, après avoir cherché en vain, dans trois voyages consécutifs, (1577-78-79) le passage à travers le continent, termina ses explorations sur les mers du Nord par la découverte de quelques îles voisines du Groenland.

Huit ans après,en 1 587, John Davis, navigateur anglais, s'avança au delà de la baie d'Hudson et si quelque navigateur a constaté l'existence de cette mer intérieure avant 16 10, aucun n'en a fait la description.

Ce fut au commencement du 1 7ème siècle, en l'année 16 10, que Henri Hudson fut envoyé par l'Angleterre à la recherche du fameux passage toujours soupçonné et jamais trouvé. C'était un marin d'une expérience consommée et d'une bravoure à toute épreuve.

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Durant les années précédentes, Hudson avait navigué au nord de l'Asie, sur les côtes de la Nouvelle-Zemble et longé le Spitzberg. Cet intrépide marin avait lancé son navire dans les interstices des terribles banquises, mais il n'avait pu pénétrer au delà du 82ème parallèle.

Repoussé de ce côté, il se rabattit vers le sudouest, contourna le Groenland et retrouva, en cinglant vers l'occident, le détroit immense où Corteréal avait cru voir une route vers l'Océan Pacifique. Le vaisseau sur lequel il était monté se nommait le Discoveries et était de soixante-dix tonneaux.

Il poussa jusqu'au fond de la baie, en visita avec un grand soin la côte occidentale et au mois de novembre il pénétra dans un enfoncement au sud-ouest où il fit hâler son vaisseau pour l'hivernement.

En partant d'Angleterre, Hudson ne s'était ravitaillé que pour six mois. La saison fut rude, mais Hudson était le premier à prendre sa part de misères. Les vivres à bord se firent rares, cependant tant que durèrent les neiges, les perdrix et autres oiseaux qu'on tua mirent l'équipage à l'abri des horreurs de la faim. Au dégel la chasse manqua. Hudson courut la côte dans une chaloupe pendant neuf jours pour voir s'il ne rencontrerait pas quelques sauvages dont il pourrait tirer des provisions. N'en ayant point

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trouvé, il revint au vaisseau qu'il fit mettre à la mer pour s'en retourner en Angleterre. Il distribua à ses matelots le peu de biscuits qui lui restait, régla la solde de chacun d'eux et accompagna chaque décompte d'un certificat de service afin qu'ils pussent tous être installés dans leurs appointements au cas où il viendrait à mourir.

Profondément touché de leur misère et comme s'il eut un pressentiment qu'il n'aborderait pas en Angleterre, il pleurait à chaudes larmes en faisant ces dernières dispositions. Mais ces témoignages de sollicitude ne firent aucune impression sur des gens qui avaient juré sa perte.

Au mois de septembre précédent, à cause des mutineries continuelles qu'il excitait dans l'équipage, Robert Ivett avait été démis de la charge de contremaître. Ses complices résolurent de le venger. A leur tête se faisait remarquer un scélérat nommé Henry Green, irlandais d'origine, à qui Hudson avait sauvé la vie, à Londres, en le retirant d'abord dans sa maison, puis sur son navire à l'insu même des propriétaires. Le 1 1 juin 1611, quand le navire fut prêt de mettre à la voile, ils se saisirent du capitaine, de son fils, encore enfant, du sieur Woodhouse, mathématicien, qui faisait ce voyage en qualité de volontaire, du charpentier et de cinq autres, et ils les mirent dans une chaloupe, les abandonnant à leur triste sort, sans provisions et sans armes.

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La chaloupe aborda dans une île où tous moururent de faim ; leurs cadavres furent retrouvés par Thomas Button, l'année suivante.

Le ciel ne laissa pas impuni un semblable forfait. Green et deux de ses complices furent tués dans une rencontre que les gens du vaisseau eurent avec les sauvages ; Robert Ivett mourut misérablement pendant la traversée ; et ce ne fut qu'après avoir essuyé toutes sortes de calamités que les débris de cet équipage abordèrent en Angleterre. Celui qui fit le récit de cette triste aventure, Nabacus Prickett, avait probablement trempé autant que les autres dans cette noire action, mais ayant su se rendre nécessaire auprès des armateurs, il échappa à la punition qu'il avait méritée.

Au commencement de mai 1612, Thomas Button, habile marin, partit pour la baie d'Hudson avec deux vaisseaux, le Discoveries et le Resolution.

En traversant la baie, il aborda dans une île où il retrouva le cadavre du malheureux Hudson et de ses compagnons. Le 1 5 août, il entrait dans une crique, au nord d'une rivière qu'il appela Nelson; plus tard, les français lui donnèrent le nom de Bourbon. (1)

(i) Nelson était le maître de l'un des navires de Button. Il mourut à la baie et fut enterré sur les bords de la rivière qui a gardé son nom.

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Ayant résolu d'y passer l'hiver, il plaça ses deux vaisseaux l'un à côté de l'autre, et les fortifia par une barricade de pilotis en sapin renforcis de terre pour se garantir contre les neiges, les glaces et les flots. Button avait avec lui toute une société d'hommes d'expérience et de capacité ; Nelson, son lieutenant à bord du Resolution; Ingram, commandant du Discoveries ; Gibbon, marin habile; Hawbridge, qui a écrit une relation de ce voyage ; Hubart, esprit observateur et perspicace ; Prickett, un des compagnons de l'infortuné Hudson. * Trois grands feux mettaient l'équipage à l'abri du froid ; l'abondance régnait à la table, on tua, dans le courant de l'hiver, vingt mille perdrix. Enfin, le contentement aurait régné dans cette espèce de petite ville bien réglée, si l'hiver n'eut été aussi rude et si la maladie n'eut enlevé plusieurs hommes de l'équipage.

Pour prévenir l'ennui et les murmures, Button eut la sagesse d'occuper ses gens ; employant les uns à tracer des chemins dans les bois et à mesurer les distances, les autres à étudier certaines questions d'utilité pratique pour poursuivre les découvertes,

Button reprit la mer au mois de juin 1613, poussa au nord jusqu'au 65ème degré et revint en Angleterre, persuadé de l'existence du passage qu'il cherchait. Il donna son nom aux îles que

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l'on rencontre groupées à l'entrée du détroit par lequel on pénètre dans la baie.

Par corruption de Button, les français appelèrent ces îles : les îles Bottions.

En 1614, le capitaine Gibbons, parent de Button, à qui celui-ci avait communiqué ses instructions, fut envoyé en découverte à la baie d'Hudson ; mais son voyage fut malheureux. Il manqua l'entrée du détroit par lequel on pénètre dans la baie, et fut entraîné par les glaces au 5 7ème degré de latitude au nord-est du continent. Il pénétra dans une baie où il demeura trois semaines en grand danger de périr. Son vaisseau fut tellement endommagé qu'il eut de la peine à revenir en Angleterre.

L'année suivante, 161 5, le même vaisseau réparé fut renvoyé de nouveau sous la conduite du capitaine Robert Bylot, très habile marin qui avait pris part aux trois expéditions précédentes. Il emmena avec lui le fameux Guillaume Baffin, déjà très expérimenté sur les mers du nord. On espérait un grand succès de ce voyage.

Bylot mit à la voile le 18 avril, il poussa au nord jusqu'au 65ème degré, mais il ne fut pas plus heureux que ses devanciers dans la découverte du passage de la mer de l'ouest. Il revint en Angleterre persuadé que ce passage n'existait pas. Après Bylot, les voyages du côté de la baie d'Hudson furent abandonnés pendant une quin-

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zaine d'années. Ce fut le capitaine Lucas Fox, qui tenta de nouveau une expédition de ce côté, en l'année 163 1. Celui-ci était un homme né pour la mer. Vingt ans avant d'entreprendre le voyage dont il s'agit ici, il avait commencé à faire des recherches sur le projet de découvrir le passage de la mer de l'Ouest. Des négociants de Bristol et de Londres s'associèrent ensemble, pour fournir les frais de cette expédition. Le vaisseau qu'on donna à Fox, se nommait Charles. Il disposa tout pour son départ au commencement de mai 1631.

Le vaisseau était de vingt tonneaux, ravitaillé pour dix- huit mois et parfaitement équipé à tous égards

Fox était si certain de pénétrer dans l'Océan Pacifique qu'il emportait avec lui une lettre du roi d'Angleterre pour l'empereur du Japon.

Son voyage fut heureux ; il pénétra assez avant dans un des nombreux bras de mer qui descendent de l'Océan Glacial et bien mieux que ses devanciers, il expliqua les courants ainsi que les lois qui régissent les marées ; il donna son nom à un détroit : le détroit de Fox.

En Tannée 163 1 un autre marin, le capitaine James, partit d'Angleterre, en même temps que Fox et s'aventura jusqu'au fond de la baie d'Hudson : ce fut lui qui pénétra le premier dans la baie James à laquelle il a donné son nom.

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Fox revint en Angleterre, guéri de toute illusion sur le passage cherché ; et le capitaine James fit un rapport si effrayant des misères qu'il avait endurées, qu'il répandit l'épouvante dans le public anglais. Pendant trente ans, les explorateurs intimidés n'osèrent plus diriger leurs courses de ce côté.

Des historiens racontent que vers 1634 un vaisseau danois entra dans la baie d'Hudson et s'avança le long des côtes de la baie jusqu'à environ soixante lieues au nord de la rivière Nelson. Là, il pénétra dans l'embouchure d'une rivière qu'il appela rivière Danoise et que les indiens désignèrent sous le nom de Manitew-sipi (rivière des étrangers.)

Le vaisseau s'étant trouvé pris dans les glaces, l'équipage passa l'hiver sur les côtes de la baie Les souffrances que ces hommes eurent à supporter les firent presque tous périr à l'exception de cinq ou six qui purent reprendre la mer, au printemps, et atteindre, après mille dangers, le port de Copenhague.

En 1646, Latour dont le nom fut célèbre en Acadie, entreprit d'aller faire la traite des pelleteries à la baie d'Hudson, mais il ne répéta pas son voyage. En 1656, Jean Bourdon, de Québec s'avança jusqu'au détroit par lequel on pénètre dans la baie d'Hudson, et revint sur ses pas.

Jusqu'ici, comme on le voit, ces nombreux

voyages dans les mers du nord sont entrepris au nom de la science et personne ne songe à fonder des établissements sur ces plages inhospitalières, pour y exploiter les richesses qu'elles renferment.

La gloire de découvrir ces terres était l'unique passion de ces marins et des puissantes sociétés qui les aidaient de leurs deniers. Vers 1662, l'Angleterre avait presque perdu de vue le fruit de ses découvertes quand un canadien vint révéler les immenses avantages que pouvait offrir au commerce un pays jugé " inhabitable." (1 )

(I) Les terres qui s'étendent le long des côtes de la baie d'Hudson sont -elles habitables ?

Si l'on entend par le mot habitable la possibilité pour des êtres humains de vivre dans ces contrées, à la rigueur, on répond oui Car là, depuis plus de deux siècles, il y a des établissements sur les bords de la baie où des européens demeurent pour faire le commerce des fourrures ; mais si l'on entend par habitable la culture de la terre, on répond non, ce pays n'est pas habitable. C'est un pays où l'indien, seul, peut pourvoir à sa subsistance par la chasse (qui heureusement est passablement abondante).

La terre n'y dégèle jamais à plus d''un pied de profondeur, et il y fait de fortes gelées dans tous les mois de l'été. La débâcle au printemps n'arrive ordinairement qu'au milieu de juin et les rivières se couvrent de glace à la fin de septembre. La mer n'est complètement libre que durant les mois de juillet, août et septembre, et encore, durant ces mois, les vaisseaux sont toujours exposés à rencontrer d'énormes banquises lorsque le vent vient du nord. Il n'est pas rare de voir des vaisseaux arrêtés par la glace à l'entrée de la baie, au mois d'août.

Aujourd'hui, avec les vaisseaux à vapeur dont la marche ne dépend plus des caprices du vent, on peut arriver plus facilement au fond de la baie qu'avec des voiliers comme autrefois, et pendant trois mois on pourrait établir entre le port Nelson et l'Angleterre une ligne régulière de vaisseaux pour transporter les produits de l'Ouest Canadien.

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Chouart des Groseillers. — Ses voyages à la baie d'Hudson.

Le nom de Chouart des Groseillers va désormais devenir célèbre dans l'histoire des établissements sur les côtes de la baie d'Hudson, car c'est lui qui eut l'honneur de bâtir le premier fort dans ce coin reculé de l'Amérique du Nord.

Des Groseillers, français d'origine, était arrivé tout jeune enfant au Canada. Pendant plusieurs années, il demeura chez les Ursulines à Québec. La Mère Marie de l'Incarnation parle de lui comme d'un jeune homme fort intelligent, doué d'un caractère énergique et entreprenant. Il se familiarisa bientôt avec les langues sauvages et les parla avec une grande facilité. De bonne heure, il s'aventura dans de longues courses chez les indiens pour faire des découvertes et essayer avec eux la traite des fourrures.

Il s'associa, dans ses voyages, Pierre Esprit

Si ce projet réussissait, ce serait un avantage immense pour tous les établissements sur la grande Saskatchewan. Une voie ferrée, construite depuis le bas de cette rivière jusqu'à la mer, serait relativement très courte pour l'exportation des grains qui pourraient être envoyés en Europe à des prix moitié moins élevés que par la ligne du Pacifique

Mais, si ce vaste plan se réalise, le pays des bords de la baie d'Hudson n'en restera pas moins un pays où les blancs ne pourront jamais introduire la culture d'aucune céréale et on pourra dire que ces contrées ne sont habitables que pour les indiens nés sous ces latitudes.

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Radisson, né à Paris et venu au Canada pour donner libre cours à ses goûts aventuriers.

Le 24 août 1653, des Groseillers épousa Marguerite Hayet sœur maternelle de Radisson.

On a souvent répété que des Groseillers était huguenot. Ceci ne souffre pas de doute pour Radisson. Peut-être même, l'épouse de des Groseillers appartenait-elle à la même religion que son frère ; mais quant à des Groseillers luimême, il est très certain qu'il était catholique ; son nom figure dans les registres aux Trois- Rivières comme ayant été parrain de plusieurs enfants.

•Avant de s'associer à des Groseillers pour ses voyages, Radisson avait déjà fait des courses chez les indiens de l'Ouest. Tous deux hardis jusqu'à la témérité, possédés de l'ambition de faire fortune et surtout de faire parler d'eux, ils étaient taillés pour marcher de paire.

En l'année 1658, ils se rendirent jusqu'au lac Supérieur et firent connaissance avec les diverses tribus qui habitaient de ce côté. Ils passèrent les années 1658 et 1659 à parcourir les alentours de ce grand lac pour y faire le commerce des fourrures. Pendant ce temps, ils eurent maintes occasions de se renseigner sur les pays plus au nord et à l'ouest. Une bande de Cris des bords de la baie James vint passer l'hiver de 1659 dans leur camp et les invita à aller faire des échanges

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avec eux sur les bords de la mer. Des Groseillers leur promit de s'y rendre dans un autre voyage et il se renseigna auprès d'eux sur les distances à parcourir pour arriver jusque dans leurs terres.

De bonne heure, au printemps de 1660, Radisson et des Groseillers descendirent à Québec. Leur cargaison de pelleteries était prodigieuse. Cinq cents indiens les accompagnaient dans leurs canots. Quant cette petite flotte arriva à Québec, les autorités, pour émerveiller tous ces sauvages, firent tonner le canon de la citadelle, et hissèrent les drapeaux.

Un pareil retour de riches fourrures ne pouvait manquer d'exciter la convoitise d'une foule de personnages, tant à Québec qu'aux Trois- Rivières. Le gouverneur de ce dernier poste aurait bien désiré avoir une part dans l'exploitation de cette branche de commerce. On sait que certains gouverneurs du Canada ne furent pas étrangers à cette ambition. Celui des Trois- Rivières offrit à des Groseillers et à Radisson de leur associer deux de ses serviteurs à la condition qu'il serait de moitié dans les profits. Ces deux trappeurs, sachant qu'ils pouvaient avoir les profits nets pour eux-mêmes, refusèrent l'offre du gouverneur qui s'en vengea, en leur défendant d'aller à l'avenir chez les tribus sauvages pour y faire la

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traite, et même de sortir de la colonie sous peine d'emprisonnement.

Pour le moment, ils renoncèrent à un second voyage vers l'Ouest, et les choses en étaient là au mois d'août 1661, quand sept canots conduits par des sauvages arrivèrent aux Trois-Rivières.

Le plan de des Groseillers fut bien vite arrêté. Il donna avis aux sauvages de l'attendre, lui et son beau-frère Radisson, à l'entrée du lac St- Pierre, et ils épièrent le moment favorable pour sortir du fort. La chose était très facile, puisque des Groseillers lui-même était capitaine aux Trois- Rivières et à ce titre chargé des clefs du fort. Sur le minuit, il en ouvrit la porte et, accompagné de Radisson, il alla rejoindre ses sauvages. Une fois parti, il était sans inquiétude, sachant bien qu'on ne tenterait pas de le poursuivre.

Ils se rendirent au lac Supérieur, probablement au même endroit où leur commerce avait si bien réussi les années précédentes. Il est presque certain qu'ils poussèrent cette fois leurs découvertes vers le nord jusqu'à la baie James. Radisson dit positivement dans ses notes qu'en 1663, ils arrivèrent aux rives de la mer où ils trouvèrent une vieille maison toute démolie. Mais ses notes sont si peu précises, qu'on hésite toujours à fixer les lieux qu'il veut désigner.

Après trois ans de voyages dans différentes directions, espérant que le gouverneur avait

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oublié leur escapade, ils songèrent à revenir à Québec. Ils se firent accompagner par sept cents sauvages et arrivèrent à Trois-Rivières t dans le cours de l'été de 1664.

La réception que leur fit le gouverneur, fut toute autre que celle qu'ils attendaient. Leur grand succès contribua même à l'aigrir et à lui faire exercer une vengeance personnelle. La vue des riches fourrures que contenaient les canots de des Groseillers ranima sa rancune ; il fit payer à celui-ci une amende de deux mille piastres.

Des Groseillers comptait sur tout le profit de sa traite pour se procurer le moyen d'aller à la baie d'Hudson par mer. La somme exigée de lui par le gouverneur faisait une énorme brèche à sa petite fortune ; néanmoins, il ne se découragea pas et n'abandonna pas son projet. Il s'adressa à des marchands de Québec pour leur proposer de former, avec lui, une société dont il serait un des principaux actionnaires ; mais, les négociations n'allant pas au gré de ses désirs, il prit le parti de s'adresser à la cour de France pour faire adopter ses plans et, en même temps, pour obtenir la restitution des $2,000 que lui avait extorqué le gouverneur des Trois-Rivières.

Son séjour à Paris fut très court. Quoique reçu avec politesse, il comprit bientôt, qu'il n'obtiendrait que de belles paroles. Il revint à Québec,

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où, à force de démarches, il se procura un petit vaisseau sur lequel il s'embarqua, pour la baie d'Hudson, avec son beau-frère et sept matelots seulement.

En passant à Saint- Pierre du Cap Breton, il s'arrêta quelques jours pour y faire la traite. De là, il se dirigea vers Port Royal, (i)

Le temps pressait, car la saison était avancée et la mer devenait dangereuse pour naviguer vers le nord. Il proposa à son équipage de se rendre à la Nouvelle-Angleterre pour voir s'il n'y trouverait pas un meilleur vaisseau pour son expédition. Il y avait, par hasard, en ce moment à Port Royal des armateurs de Boston ; des Groseillers leur fit des propositions que ceux-ci acceptèrent et il fut résolu qu'on lui donnerait un vaisseau pour aller immédiatement reconnaître les côtes de la baie d'Hudson. Vu la saison avancée, ce voyage ne devait être qu'un voyage d'essai.

A la baie, le vaisseau ne fit qu'aborder à la côte ; des Groseillers n'eut que le temps d'échanger quelques paroles avec les indigènes, puis il revint à Boston pour l'hiver.

Au printemps de 1665, les fréteurs anglais qui avaient promis à des Groseillers de lui fournir deux vaisseaux, l'envoyèrent à l'île de Sable avec Radisson pour y faire la pêche, en attendant que

(1) Port Royal, fort de l'ancienne Acadie, aujourd'hui dans la Nouvelle-Ecosse

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les glaces du nord permissent de pénétrer dans la baie. A partir de ce moment une suite d'aventures et de contretemps va retarder de trois ans .l'exécution de son dessein.

Il mit à la voile vers la fin de juillet. A peine fut-il en mer qu'une furieuse tempête rejeta son navire sur la côte où il fut brisé. Il retourna à Boston ; là, il rencontra le colonel George Cartright qui faisait partie de la commission royale chargée de régler les questions les plus importantes de la colonie. Il offrit à des Groseillers de l'emmener avec lui à Londres et de le présenter au roi d'Angleterre qui ne manquerait pas de favoriser son entreprise. Des Groseillers, n'espérant plus aucun secours d'ailleurs et n'ayant rencontré jusqu'ici qu'indifférence en Canada, accepta l'offre du colonel et s'embarqua avec son beau-frère pour aller exposer ses plans à la cour de Londres.

Ils partirent de Boston le Ier août 1665 ; malheureusement le vaisseau sur lequel ils étaient fut attaqué par un vaisseau hollandais ; ils furent faits prisonniers et conduits en Espagne. De là ils se rendirent en Angleterre où ils arrivèrent le 25 octobre de la même année. (1665)

Dès son arrivée, des Groseillers obtint une audience du roi. Le récit qu'il lui fit de ses découvertes et des espérances qu'il concevait pour l'avenir, intéressa tellement Charles II

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qu'il promit de lui fournir un vaisseau pour le printemps suivant (1666). En attendant le roi fit servir aux deux voyageurs une pension de 40 schellings par semaine.

La guerre entre la Hollande et l'Angleterre fit remettre le voyage à l'année 1668. Ennuyé d'un tel retard, des Groseillers demanda à être présenté au prince Rupert, cousin du roi pour chercher à l'intéresser à son entreprise. Celui-ci le reçut avec empressement et lui équipa deux navires pour le printemps de 1668. Les noms de ces navires étaient V Aigle et V Incomparable.

Ces deux vaisseaux partirent de Gravesend le 3 juin 1668. Des Groseillers était swrX Incomparable conduit par le capitaine Zachari Gillam.

Une forte tempête les surprit sur les côtes d'Irlande. Le vaisseau sur lequel était Radisson fut tellement avarié qu'il dût retourner en Angleterre ; des Groseillers continua seul le voyage.

Le capitaine Gillam aborda dans la baie d'Hudson à l'embouchure d'une rivière à laquelle il donna le nom de Rupert ; il y bâtit un fort pour y passer l'hiver et pour se mettre à l'abri des incursions des sauvages. La traite des pelleteries fut abondante, le navire en fut chargé et de bonne heure au printemps l'expédition revint à Londres.

Le succès obtenu dans ce voyage fut toute une révélation pour les marchands d'Angleterre.

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Il n'y avait plus de doute, la baie d'Hudson était une riche mine à exploiter ; seulement il fallait, pour cela, former une société bien organisée.

Plusieurs personnages importants de la cour firent au roi Charles II la demande d'une charte leur concédant le privilège exclusif de la traite des pelleteries sur toutes les terres dont les eaux coulent vers la baie d'Hudson. Cette charte fut octroyée au prince de Rupert le 2 mai 1670. Voici les noms des premiers actionnaires de la Compagnie de la baie d'Hudson :

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