‹ Discours de l'Honorable M. ChapleauChapitre 3 sur 37 · John Portman, Ecr · texte numérisé non relu

John Portman, Ecr

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Telle fut l'origine de la fameuse Compagnie de la baie d'Hudson.

Aussitôt après l'octroi de sa charte, la Compagnie envoya pour gouverneur à la baie M. Charles Bayly ; il partit avec des Groseillers qui le conduisit au fort Rupert où il avait hiverné l'hiver précédent. Cependant, avant la fin de l'automne, le Gouverneur fit transporter ce fort sur la rivière Moose au fond de la baie James comme étant un lieu beaucoup plus favorable à la traite.

Des Groseillers demeura dans ce poste jusqu'à l'année 1674, c'est-à-dire un peu plus de trois ans. Pendant ce temps Radisson fit plusieurs voyages en Europe.

Du fond delà baie James, le gouverneur Bayly ne négligea rien pour étendre le commerce de la Compagnie et pour attirer vers lui les indigènes. Il visita la rivière Albany et poursuivit ses découvertes le long des côtes de la baie jusqu'au cap Henriette, situé au 55ème degré de latitude.

Les français qui exploraient les pays de l'Ouest du côté du lac Supérieur et les canadiens, coureurs des bois, du côté du lac Abittibi, firent dès lors à la Compagnie de la baie d'Hudson une très forte

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opposition. Les français avaient un fort bâti à huit jours de marche de celui de Moose, et là ils arrêtaient les sauvages qui voulaient aller à la baie. Les chasseurs canadiens qui savaient s'insinuer auprès des indiens et gagner leurs sympathies, les attiraient aux postes des français. Ainsi non-seulement les sauvages qui habitaient les alentours du lac Supérieur, mais ceux-mêmes qui étaient très rapprochés de la baie James préféraient, commercer avec les canadiens qui se rendaient à quelques heures du fort Moose.

Le gouverneur s'apercevant que le commerce de sa Compagnie diminuait tous les jours et menaçait de lui échapper de ce côté, résolut d'envoyer des traiteurs habiles dans le haut de la rivière Moose pour y rencontrer les chasseurs indiens et acheter leurs pelleteries.

Il choisit des Groseillers pour conduire cette petite expédition. Au printemps celui-ci revint au Fort avec cent cinquante peaux de castor.

Pendant que le gouverneur Bayly, aidé de des Groseillers, travaillait à assurer le commerce de la Compagnie sur les bords de la baie, des événements importants avaient lieu en Europe.

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la france revendique ses droits a la baie d'hudson.

L'organisation à Londres, d'une grande compagnie pour aller faire le commerce des pelleteries à la baie d'Hudson ne pouvait passer inaperçue. Les privilèges étendus que le roi d'Angleterre, accordait à cette Société de marchands, l'envoi d'un gouverneur pour fonder des établissements dans ces contrées, eurent pour effet d'éveiller l'attention de la France, et de lui faire comprendre qu'on avait eu tort, à la cour, de ne pas apporter plus d'attention aux récits de des Groseillers. Cette faute causait une perte énorme à toute la nation.

Durant l'été de 1671, le père Albanel jésuite, missionnaire au Canada, partit de Québec porteur d'une lettre pour le Gouverneur Bayly ; et d'une autre pour des Groseillers. Il était envoyé secrètement par le gouvernement français, pour aller remettre à des Groseillers une note qui l'invitait à retourner en France. Ce missionnaire était accompagné de M. de Saint-Simon et du sieur Couture. Il partit le 8 août de Tadoussac, remonta le Saguenay jusqu'au lac St-Jean, en suivit le contours jusqu'à la rivière Mistassini, qu'il parcourut jusqu'à la chute où se trouve maintenant l'établissement des Pères Trappistes. Comme la saison était déjà avancée,

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les trois voyageurs et leurs guides indiens passèrent l'hiver en cet endroit. Ils repartirent au printemps et arrivèrent sur les bords de la baie James le 28 juin 1672. Ils enterrèrent, au pied d'un gros arbre, une plaque de cuivre, sur laquelle étaient gravées les armes du grand roi et proclamèrent, au milieu des landes, que tout ce pays appartenait à la France.

L'Angleterre, malgré cette solennelle proclamation, resta convaincue qu'elle avait des droits sur ces rivages.

Le Père Albanel, se rendit jusqu'au fort Moose, remit au Gouverneur et à des Groseillers les lettres dont il était chargé pour eux et repartit immédiatement pour Québec.

Les lettres remises à des Groseillers parle Père missionnaire, ainsi que ses conversations avec lui, éveillèrent des soupçons dans l'esprit des anglais du fort Moose. Des Groseillers avait trahi sa nation, il pouvait aussi bien trahir des étrangers.. Les officiers de la Compagnie commencèrent à lui faire sentir qu'ils se méfiaient de lui. Humilié de ce traitement de leur part, des Groseillers songea à retourner en France, malgré la faute qu'il avait commise. Il partit de la baie sur les vaisseaux qui retournaient à Londres au mois de juillet 1 674, et au mois d'octobre de la même année, il était rendu à Paris et se présentait au ministre Colbert.

A diverses reprises, le ministre Colbert avait

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invité des Groseillers et Radisson à rentrer au service de la France. On savait bieri à la cour que ces deux hommes étaient nécessaires pour reprendre pied à la baie d'Hudson. Dans toute autre circonstance ces deux traîtres eussent été châtiés; mais, ici, Colbert se borna à leur reprocher leur conduite déloyale et leur promit des lettres de pardon. Il leur offrit même un emploi lucratif qu'ils acceptèrent ; pour le moment, cependant, il ne leur parla d'aucune expédition à la baie, voulant auparavant s'assurer de la sincérité de leur retour à la cause de la France. Des Groseillers revint au Canada et se fixa aux Trois- Rivières ; Radisson prit du service dans la marine. Nous les retrouverons à la baie d'Hudson en

Durant les années qui s'écoulèrent de 1676 à 1682, nous ne voyons nulle part que l'Angleterre ait été troublée dans ses établissements à la baie. La Compagnie en profita pout étendre le champ de son commerce et bâtir d'autres forts. Les seuls rivaux que nous leur connaissons sont les coureurs des bois, du côté des grands lacs. La Compagnie durant ces six années de paix réalisa de gros profits, car les fourrures les plus riches lui venaient du nord et de l'ouest.

En Canada, les marchands de Québec, qui savaient quels profits donnait la traite des pelleteries, ne voyaient pas sans dépit des éta-

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blissements anglais plantés pour ainsi dire à leurs portes.

L'intendant de la colonie, M. de la Chesnaie, offrit à des Groseilers de le mettre à la tête d'une expédition à la baie d'Hudson en lui disant que ce serait une occasion favorable de racheter sa trahison. Il se chargeait de lui fournir deux vaisseaux pour le printemps de 1682. Des Groseillers accepta. Il partit avec son beau-frère Radisson au mois de juillet, sur le Saint Pierre et la Charente.

Le vaisseau que montait des Groseillers était excellent ; l'autre était vieux et peu sûr pour un tel voyage. Ils firent escale à l'île Percé et repartirent le 1 1 juillet. Ils furent de nouveau obligés de relâcher dans une rade sur les côtes du Labrador ; ils en profitèrent pour faire la traite avec les Esquimaux. Le 28 août, les deux vaisseaux entrèrent dans la rivière Hayes sur le côté ouest de la baie. Ils remontèrent cette rivière jusqu'à une distance de quinze milles de son embouchure pour établir leurs quartiers d'hiver.

La traite qu'ils firent durant cet hivernement fut très abondante. Dès son arrivée à la baie, des Groseillers qui était déjà connu des indiens et qui parlait facilement leur langue, fit alliance avec toutes les tribus et il obtint d'elles la promesse de ne pas aller à la baie James porter des pelleteries aux anglais. Ils tinrent parole.

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Deux vaisseaux anglais arrivèrent peu de temps après lui et se mirent en hivernement près de l'embouchure de la rivière Hayes. Radisson, avec une quinzaine d'hommes, alla les prévenir que les français étaient là les premiers occupants ; que leur fort, à quelques milles plus haut, était bien pourvu d'hommes et de munitions et qu'ils sauraient faire respecter leurs droits. Les anglais le crurent sur parole et se tinrent renfermés dans leur campement, sans chercher à se mettre en rapport avec les indiens. Au printemps, des Groseillers et Radisson repartirent pour la France, avec une riche cargaison de pelleteries, laissant le fort français sous la garde du fils de des Groseillers. Ils emmenèrent avec eux les équipages des vaisseaux anglais dont le nombre avait été fort diminué par la misère et la maladie.

En France, des Groseillers et Radisson furent très bien reçus. Le ministre de la marine donna ordre de leur préparer deux autres vaisseaux pour le printemps suivant, et il les récompensa généreusement pour le service qu'ils venaient de rendre.

Les choses paraissaient aller favorablement pour la France, quand Radisson fut de nouveau gagné à la cause de l'Angleterre et entraîna avec lui des Groseillers. (i)

(i) Nous avons trouvé tous ces détails dans le journal de Radisson lui-même.

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Le 17 mai 1684, Radisson partit pour la baie d'Hudson à bord du Happy Return, tandis que des Groseillers, fatigué de ses courses, resta en Angleterre. En Canada et en France, on le croyait retourné à la baie d'Hudson, et l'on fit des démarches pour le ramener au service de son pays qu'il trahissait une seconde fois. Au mois d'août 1684, M. de la Barre envoya porter à M. Duluth qui faisait la traite près du lac Nepigon, une lettre pour des Groseillers. Duluth chargea un nommé Péré, métis très intelligent, d'aller remettre cette lettre à des Groseillers à la rivière Nelson.

" Comme je sortais du lac Nepigon, écrit u Duluth à M. de la Barre, j'ai rencontré le sieur " de la Croix avec ses deux camarades, qui me " rendirent vos dépêches où vous m'ordonniez " de ne rien omettre pour faire tenir vos lettres " au sieur Chouart des Groseillers à la rivière " Nelson. Il a fallu pour exécuter vos ordres 44 que M. Péré y alla lui-même." (1)

On voit par ces dépêches qu'envoyait M. de la Barre, combien on tenait à ramener des Groseillers en Canada. Mais pendant qu'il se reposait en Angleterre, son beau-frère Radisson arrivait à la baie et livrait le fort français aux anglais, qui trouvèrent là pour quatre cent mille francs de fourrures.

(1) M. Péré fut fait prisonnier au fort Albany et envoyé en Angleterre.

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A l'automne de 1684, la Compagnie du Nord à Québec ( 1) équipa à ses frais un vaisseau pour aller reprendre, par surprise, le fort français ; mais cette tentative échoua complètement et la Compagnie subit une perte de cent mille francs.

L'année suivante (1685), la cour de France se plaignit au cabinet de Londres et demanda la restitution des forts français de la baie d'Hudson. Les négociations traînèrent en longueur et en 1686 l'Angleterre n'avait pas encore répondu aux plaintes de la France. La Compagnie du Nord, pour se dédommager des pertes qu'elle avait subies deux ans auparavant, entreprit de se faire justice elle-même. Elle obtint du marquis de Denonville un détachement de quatre-vingts hommes, presque tous canadiens, commandés par le chevalier de Troyes, pour aller, par terre, reprendre tous les forts anglais dans la baie d'Hudson. MM. de Sainte Hélène, d'Iberville et de Méricourt firent partie de cette expédition.

Il fallait, pour un pareil voyage, des hommes brisés aux marches à travers les bois, habitués à conduire des canots, capables de supporter les froids piquants et habiles à faire la petite guerre.

Cette poignée de braves se mit en marche dans le cours du mois de mars. En partant de Montréalais remontèrent la rivière d'Ottawa jusqu'à Matawan. Ils allaient à la raquette et

(i) Compagnie de marchands organisée à Québec.

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traînaient leur bagage sur des toboganes. (i) A Matawan ils se firent des canots d'écorce en attendant la débâcle des lacs et des rivières. Aussitôt que la navigation fut ouverte, ils s'enfoncèrent dans des terres jusque là inexplorées. " Il fallait être canadien, dit à ce sujet M. de la Potherie, pour supporter de si longues traverses."

Voici en quels termes un officier français, M. de Catalogne, qui faisait partie de l'expédition, nous fait le récit de cette course aventureuse depuis le lac Témiscamingue jusqu'à la baie James.

" En partant de ce lac, nous prîmes à droite, " montant la rivière où les portages sont fré- M quents. De ces petits lacs, nous gagnâmes la " hauteur des terres où se trouve un lac qui se " décharge dans le lac Abbitibi, à l'entrée du- " quel nous fîmes un fort de pierre, et y laissâmes 11 trois canadiens et ensuite traversâmes ce lac " qui se décharge, par une rivière extrêmement " rapide, dans la baie d'Hudson où nous arri- " vâmes le 18 juin."

Le fort Moose était construit sur une petite éminence dans une île séparée de la terre ferme par un espace d'environ un arpent. Il était, de forme carrée, avec bastions aux quatre angles et muni de quatorze pièces d'artillerie. Au milieu de ce carré, il y avait une tour de vingt pieds de

(l) Toboganes, traînes sauvages, étroites et longues.

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hauteur, au sommet de laquelle se trouvaient quatre petits canons de deux livres.

En arrivant à la baie, M. d'iberville, qui avait avec lui quelques sauvages familiers avec le pays, s'informa de l'endroit où était situé le fort ; il voulait l'attaquer immédiatement dans la crainte que l'arrivée de sa petite troupe fut annoncée aux anglais, par d'autres indiens, et qu'on prépara la défense, ce qui eut été facile, (i)

Le 18 au soir, ils essayèrent de s'approcher de l'île, mais comme les nuits sont très claires à cette époque de l'année, sous ces latitudes et que le crépuscule y touche presque à l'aurore, ils eurent peur d'être découverts et remirent l'attaque an lendemain, afin d'avoir le temps défaire des observations et de mieux prendre leurs mesures. Pendant tout le jour suivant, ils demeurèrent cachés dans une coulée sur la terre ferme.

Le 1 9 juin au soir, ils allèrent à la découverte ; ils s'approchèrent si près du fort qu'ils sondèrent les canons et constatèrent qu'ils n'étaient pas chargés. Voyant qu'ils n'avaient rien à redouter de cette artillerie, ils résolurent de donner immédiatement l'attaque de trois côtés à la fois.

Monsieur de Catalogne fut chargé avec quelques soldats d'ouvrir à coups de hache une brèche dans la palissade de pieux, pendant que le chevalier de Troyes et M. de Méricourt avec quel-

(i) Nous empruntons tous les détails qui vont suivre à M. J. B. Proulx dans son ouvrage A la Baie d1 Hudson.

d'iberville

ques canadiens battraient du bélier dans la porte principale. MM. d'iberville et de Sainte- Hélène devaient monter à l'assaut et escalader la palissade avec le reste de la troupe sur un autre point. De cette façon, la garnison, réveillée en sursaut, ne saurait plus de quel côté donner de la tête.

En deux coups de bélier la porte fut enfoncée ; le chevalier de Troyes s'élança dans la place et fit ouvrir le feu dans toutes les embrasures de la tour située au milieu du fort.

Un canonnier placé à l'entrée de cette tour se préparait à charger son canon ; M. de Sainte- Hélène lui cassa la tête d'un coup de fusil.

Quelques coups de bélier firent céder la porte de la tour qui s'ouvrit à demi.

<£ Soudain, dit Léon Guérin dans son Histoire maritime de la France, d'iberville, l'épée d'une main et son fusil de l'autre, se jette dans la redoute, mais comme la porte tenait encore à une penture, un anglais qui se trouvait derrière la referma et d'iberville séparé ainsi des siens, ne voyant plus ni ciel ni terre, put se croire un moment perdu. Cependant son courage et sa présence d'esprit ne l'abandonnèrent point, il soutint une lutte corps à corps, dans l'obscurité, avec les anglais qui étaient là. Il en entendit qui descendaient d'un escalier ; il tira à tout hasard. Enfin la porte finit par tomber sous les coups redoublés

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du bélier et les canadiens se précipitèrent au secours d'Iberville.

" Les anglais, à demi-vêtus, implorèrent quartier, et on leur fit grâce. Le fort fut remis aux français. L'action avait duré environ deux heures."

Après ce premier exploit, qui leur avait si bien réussi, les Canadiens prirent un peu de repos dans le fort, où une meilleure nourriture les remit des fatigues de leur longue et pénible marche.

Le fort le plus rapproché de celui de Moose était celui de Rupert, sur la rivière du même nom, à l'angle sud-est de la baie James. La distance de Moose à Rupert était d'environ quarante lieues. Quelques soldats montèrent sur un petit vaisseau trouvé dans la rade et firent voile vers le fort Rupert ; le reste de la troupe traversa la baie en canot à travers des glaçons flottants, qui venaient du nord poussés par une bise glaciale. Pendant la traversée, ils aperçurent un vaisseau anglais qui se dirigeait vers l'est. Quand d'Iberville arriva devant le fort Rupert, à la nuit tombante, le vaisseau anglais venait de mouiller dans la rade à une portée de fusil.

Sur les onze heures du soir, quand on supposa que l'équipage dormait profondément, des éclaireurs furent envoyés à la découverte ; sur leur

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rapport favorable, d'iberville résolut d'aller s'emparer de ce navire et de faire prisonniers tous ceux qui s'y trouvaient. Il partit avec deux canots montés seulement par sept braves chasseurs et put arriver auprès du vaisseau sans éveiller l'attention des sentinelles.

M. d'iberville se hissa sur le tillac sans opposition. Les canadiens, comme des enragés, se précipitèrent dans les cabines. Le capitaine, réveillé en sursaut, voulut saisir d'iberville au collet ; mais celui-ci qui était d'une force peu commune, lui asséna un coup de sabre sur la tête et l'étendit raide mort à ses pieds. Un matelot fut aussi tué dans le premier moment de résistance ; tous les autres se rendirent à discrétion. Le gouverneur général de la baie d'Hudson se trouva parmi les prisonnniers.

" Aussitôt après, dit M. de Catalogne, le signal " de l'attaque fut donné contre le fort. La porte " principale fut vite enfoncée à coups de bélier. " Mais à l'intérieur des palissades, il y avait un " bâtiment où l'ennemi eut pu faire une belle " résistance, s'il n'eut pas perdu la tête."

S'il y avait eu là dix hommes solides, ils auraient battu les canadiens.

Le bâtiment à l'intérieur du fort était en pierre et très solidement bâti ; il avait quatre guérites et un degré en rampe pour monter de plein pied, par conséquent le bélier était inutile.

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La mousqueterie canadienne ne cessait de tirer aux embrasures et aux fenêtres ; les deux canons étaient braqués contre la porte.

Les assiégés attérés et affolés ne firent aucun mouvement. Une échelle conduisait sur le haut de la maison ; deux soldats y montèrent et par une ouverture pratiquée dans le toit ils se mirent à lancer des grenades dans une salle qui donnait sur toutes les chambres. Le vacarme était épouvantable : les assiégés crurent un moment que l'enfer, avec tous ses diables, venait de tomber sur le fort.

U ne femme, plus brave que les hommes, ouvrit la porte de sa chambre pour se rendre compte de la cause de cette tempête inattendue et imprévue.

A la lueur d'une grenade qui éclatait, le commandant l'aperçut et lui cria : Madame, retirezvous dans votre chambre. Il courut à la porte principale et l'ouvrit. D'Iberville se précipita dans la redoute avec M. de Catalogne et plusieurs soldats. D'un bond ils furent rendus dans la grande salle. A travers le bruit que font de tous côtés les assaillants, ils entendent des plaintes qui viennent d'une chambre voisine. Les canadiens, dans leur costume de voyage, pénètrent dans cette pièce ; à la lueur d'une simple chandelle, ils avaient l'air de vrais bandits.

Un cri déchirant les salue : la dame qui avait ouvert sa porte quelques instants auparavant,

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avait été blessée par les éclats de la grenade et gisait ensanglantée sur le plancher.

Elle appelle le docteur à son secours. M. de Catalogne répète par toute la maison : le docteur, le docteur ; celui-ci se présente et demande quartier. M. de Catalogne le rassure, le conduit à la chambre de la blessée et met deux sentinelles à la porte pour empêcher qui que se soit d'y pénétrer.

Le fort et toute sa garnison se rendirent au chevalier de Troyes. A l'aube du jour, la scène était finie, et les soldats prenaient tranquillement leur déjeuner.

La petite troupe se reposa quatre jours au fort Rupert, qu'on eut soin de démanteler complètement.

Il restait encore deux forts aux anglais : le fort Bourbon et le fort Sainte-Anne, (aujourd'hui fort Albany). Ce fut contre ce dernier que le commandant dirigea ses soldats. Il ne savait où prendre ce fort, situé sur le côté occidental de la baie. M. d'iberville, après avoir appareillé le vaisseau qu'il avait capturé, mit à la voile pour traverser la baie, ayant avec lui quelques soldats pour équipage. Le reste de la troupe le suivit avec les canots, car le vaisseau ne pouvait guère approcher des côtes à cause des battures qui s'étendent très loin au large.

Après quatre jours de navigation, ils décou-

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vrirent enfin le fort Sainte- Anne, en amont d'une petite rivière sur laquelle on ne pouvait naviguer qu'avec des vaisseaux plats. Ce fort était le mieux fortifié de tous sur la baie. Il était flanqué de quatre bastions et muni de quarante-trois canons montés en batteries. La garnison était au complet et il y avait des munitions pour résister longtemps.

En face du fort se trouvait une île ; les canadiens s'en emparèrent et y établirent leur camp, en attendant que le vaisseau, sur lequel étaient les canons, fut arrivé.

Les anglais qui voyaient exécuter tous ces préparatifs de siège, ne faisaient aucun mouvement pour s'y opposer.

Les vents retenaient toujours le vaisseau au large, et pendant ce temps, les vivres commençaient à diminuer ; on ne pouvait guère attendre longtemps en cet endroit sans s'exposer à y souffrir de la faim. On tint conseil et il fut résolu de prendre le fort d'assaut. On commençait à construire des échelles quand par bonheur le vaisseau, poussé par une bonne brise, entra dans la rade.

On s'empressa de décharger les canons et d'établir des batteries et dès le lendemain le bombardement commença.

Les assiégés répondirent comme des gens bien décidés à se défendre. Le 26 juillet, jour de la

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fête de Sainte-Anne, les canadiens réussirent à démonter plusieurs pièces du fort ; mais pour continuer la canonnade, ils furent obligés de se faire des boulets avec du plomb.

Vers le midi, les assiégés envoyèrent un canot, portant à son bord un ministre protestant, pour demander au chevalier de Troyes quelles étaient ses intentions : "Je veux absolument," répondit-il " que la place me soit rendue." " Dans ce cas," répondit le ministre " veuillez en conférer avec notre gouverneur." Le commandant alla dans un canot rencontrer le gouverneur au milieu de la rivière et le sort du fort fut décidé le jour même de la fête de Sainte- Anne le 26 juillet.

Les articles de la capitulation signés, M. d'iberville alla prendre possession du fort et les anglais sortirent avec les honneurs de la guerre. Le gouverneur, avec sa suite, fut transporté à Charleston, et les prisonniers faits dans les autres forts furent transportés en Angleterre.

Dans la prise du fort Sainte-Anne, les canadiens furent dédommagés de leurs travaux par un butin considérable. Les anglais y avaient entassé pour cinquante mille écus de pelleteries. Il ne restait plus à l'Angleterre dans la baie que le fort Bourbon, devenu plus tard le fort Nelson.

Le 10 août, le chevalier de Troyes repartait pour Montréal après avoir laissé les forts sous le commandement de M. d'iberville, avec de bonnes

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garnisons. Les soldats furent de retour dans le cours du mois de novembre ; la campagne avait duré huit mois. La conduite du chevalier de Troyes, dans cette expédition, lui mérita de grands éloges de la cour, en France.

En 1870, on fit grand bruit en Angleterre, au sujet de l'expédition du colonel Wolsely à Manitoba. Les journaux en parlèrent comme d'un fait militaire sans pareil ; c'était décerner de la gloire à un homme à peu de frais. Wolsely et ses soldats n'eurent à supporter que les fatigues d'une longue marche, sans courir le moindre danger. Le chemin qu'ils suivaient était bien tracé depuis longtemps ; on le nommait : la roitte Dawson. Les gens y passaient en voiture.

Pour traverser les lacs, les soldats de Wolsely avaient de bonnes chaloupes conduites par des indiens ; ils s'avançaient en pays parfaitement connu. Arrivés à Manitoba, les mille soldats n'eurent qu'à prendre un fort ouvert, dans lequel ils trouvèrent deux hommes très-inoffensifs.

La campagne de Wolsely, à Manitoba, devient ridicule si on veut la comparer à l'expédition du chevalier de Troyes avec ses quatre-vingts canadiens.

" Quand la nouvelle du désastre causé à la baie " arriva en Angleterre, dit Garneau (Histoire du " Canada), on poussa les hauts cris ; on alla " jusqu'à en accuser le roi d'en être la cause. Le

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4< monarque qui a perdu la confiance de ses sujets " est bien à plaindre."

Jacques II, déjà si impopulaire, le devint encore bien davantage par cet événement, que personne assurément n'aurait pu prévoir. Ainsi l'expédition d'une poignée de canadiens, contre quelques postes de traite à l'extrémité du monde, ébranla, sur son trône, un monarque de la Grande- Bretagne.

Jusqu'à 1692, les français gardèrent les forts dont ils s'étaient emparés. En 1693 l'Angleterre réussit à reprendre le fort Sainte-Anne qui n'était gardé que par cinq canadiens.

Un historien anglais, le Révérend Bryce de Winnipeg, prétend qu'en l'année 1688, deux ans après l'expédition du chevalier de Troyes, un jeune anglais (1) partit de la baie d'Hudson pour faire une excursion dans l'intérieur du pays, et qu'il eut la gloire de découvrir la Rivière Rouge, cinquante ans avant le sieur de la Vérendrye. Si le Révd. Bryce eut connu son histoire de la baie d'Hudson, et s'il eut pris la peine de se renseigner sur la géographie de cette partie du pays, il eut évité de revendiquer, pour un des siens, un honneur qui ne lui appartient pas.

Pendant onze ans, les anglais n'ont eu qu'un seul fort sur le littoral de la baie d'Hudson ; tout le

(1) Henry Kelsey.

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reste du pays était au pouvoir des français, dont les anglais avaient une peur folle, à tel point, que jamais ils n'avaient osé s'aventurer dans une exploration vers l'ouest par crainte des sauvages et des français. Est-il probable, que la Compagnie va entreprendre de faire des découvertes dans un moment où les français sont à sa porte et où elle a besoin de toute sa prudence pour conserver un pied à terre dans ce pays.

Mais en admettant que Henry Kelsey eut fait, comme il le dit, un voyage de cinquante-cinq jours, aller et retour, jusqu'où se serait-il rendu dans le sud-ouest en suivant les sauvages à travers des déserts comme ceux du Nord ? Il se serait rendu à deux cent cinquante milles tout au plus, même en supposant qu'il eut fait, en moyenne, dix milles tous les jours sans perdre une seule journée. Tous ceux qui ont voyagé avec les sauvages à travers les bois, savent qu'ils ne font ordinairement que dix à douze milles par jour, car ils sont obligés de vivre de chasse et de courir après le gibier. Or la distance entre la baie d'Hudson et le Dakota, où le Révd. Bryce prétend que Kelsey a assisté à une chasse au buffalo, est de huit cents milles. Il serait donc resté cinq cent cinquante milles à faire à M. Kelsey pour arriver dans les prairies de l'Ouest, soit à la Rivière Rouge, ou dans le Dakota.

l/lBERVILLE

Cette simple donnée géographique prouve que Henry Kelsey a fait un rapport fantaisiste, s'il a prétendu avoir découvert les plaines de la Rivière Rouge.

En 1694, M. d'Iberville voulut tenter de reprendre le fort Bourbon qui était le plus important.

Il partit de Québec au mois d'août, avec deux vaisseaux, Le Poli qu'il commandait lui-même et La Salamandre confié à M. de Sévigny son frère. Il arriva à la baie le 24 septembre.

Aussitôt que les vaisseaux furent entrés dans la rade, il fit descendre tout son monde avec ses canons et commença à établir ses batteries. Dans le fort Bourbon, il y avait trente-deux canons, quatorze pierriers et cinquante hommes pour le défendre.

" Depuis le 25 septembre jusqu'au 14 octobre, " dit Jérémie (1) dans son journal, nous ne ces- " sâmespas un instant de harceler la garnison qui " demanda enfin à capituler et se rendit à condition " d'avoir la vie sauve, ce que nous lui accordâmes (( facilement. M. d'Iberville fit son entrée le 15 " octobre ; et la rivière sur laquelle est situé le " fort prit le nom de rivière Sainte-Thérèse, parce " que le fort passa aux mains des français le jour

(1) Fiançais qui faisait partie de l'expédition de M. d'Iberville.

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<( de la fête Sainte-Thérèse, le i 5 octobre (1 694.) " Nous perdîmes en cette occasion le frère de M. " d'Iberville. Le fort était assez bien fourni de " toutes sortes de marchandises et de munitions, " tant de guerre que de bouche. Nos navires " hivernèrent là parce que la saison était trop " avancée pour retourner en Europe."

Durant l'hiver, la garnison eut beaucoup à souffrir du scorbut et une vingtaine d'hommes moururent. M. d'Iberville ne put repartir avec ses vaisseaux qu'à la fin de juillet (1695) pour retourner en France. Il laissa au fort Bourbon 67 hommes sous le commandement de M. de Laforest. M. de Martigny était lieutenant et Jérémie enseigne. Un missionnaire, le père Marest, jésuite, qui avait accompagné cette expédition, demeura à la baie d'Hudson pour donner ses soins à la garnison, et essayer d'instruire les naturels du pays.

Les français ne restèrent pas longtemps, les paisibles possesseurs du fort Bourbon. Le 2 septembre 1696, les anglais arrivèrent à la baie avec quatre vaisseaux de guerre et une galiote à bombe. M. de Sévigny qui était parti de La Rochelle avec deux petits navires, Le Martyr et Le Dragon arriva deux heures après les anglais, mais comme ceux-ci occupaient déjà la rade, il ne put donner aucun secours aux français

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et fut obligé de retourner en France pour ne pas s'exposer à périr dans les glaces.

Les anglais commencèrent l'attaque le 5 septembre, et dès le lendemain, quatre cents hommes firent une descente vers le fort. Le commandant français, M. de Laforest, ordonna à quatorze de ses hommes de sortir des retranchements, d'aller s'embusquer dans les buissons pour s'opposer aux anglais et les empêcher d'approcher trop près du fort. M. Jérémie les commandait. Ces quatorze hommes savaient si bien cacher leur nombre et tiraient si à propos que les anglais n'osaient pas s'avancer de peur de tomber dans quelqu'embuscade ; ils se bornèrent à lancer des bombes sans cependant causer de grands dommages. A la fin, les français, voyant leurs vivres et leurs munitions s'épuiser et n'attendant aucun secours d'Europe, songèrent à capituler.

Croyant avoir affaire à une nombreuse garnison, qui pouvait les tenir longtemps en échec et les exposer à souffrir beaucoup des rigueurs de la saison, les anglais se montrèrent extrêmement faciles et généreux sur les conditions de la capitulation. Ils promirent aux français de les faire transporter sur des terres françaises et leur donnèrent la permission d'emporter avec eux tous leurs effets. Mais quand les anglais virent la poignée d'hommes à qui ils avaient affaire, ils eurent honte d'avoir capitulé à si bon marché et

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à cette honte ils ajoutèrent celle de violer leur promesse. Au lieu de faire conduire les soldats honorablement jusqu'en France avec leurs effets, comme ils s'y étaient engagés, ils pillèrent tout, marchandises et pelleteries et transportèrent leurs prisonniers en Angleterre, où ils languirent en prison pendant quatre mois. Enfin, après ce laps de temps, ils furent remis en liberté et purent repasser en France où l'on faisait déjà les armements de quatre vaisseaux de guerre pour aller reprendre à la baie d'Hudson le poste perdu l'année précédente.

Le commandement de cette petite flotte fut confié à M. d'Iberville ; ces vaisseaux étaient le Pélican de cinquante canons, le Palmier de quarante canons, le Profond et la Violente. M. d'Iberville avait avec lui son frère, M. de Sévigny.

Lorsque les vaisseaux pénétrèrent dans la baie, ils la trouvèrent encore toute remplie de glaces flottantes ; ils furent obligés de se séparer pour éviter de se briser les uns contre les autres. M. d'Iberville prit les devants. M. Duguay qui commandait le Profond fut poussé vers le nord par les courants. Dans sa route, il rencontra trois vaisseaux anglais contre lesquels il se battit pour éviter d'être capturé. Les trois vaisseaux anglais étaient le Hampshire, le Deering et le Httdson, tous trois se rendant à l'intérieur de la baie pour fortifier le poste Bourbon.

d'iberville

Dans* ces régions polaires, la navigation présente à chaque instant des dangers qui demandent, de la part des marins, une habileté et une hardiesse peu communes.

Les flots de la mer sont lourds comme le ciel qui les couvre. La plus grande partie de l'année, des montagnes de glaces flottantes y obstruent la navigation. Pour peu que la mer soit agitée, ces énormes banquises menacent constamment de broyer les vaisseaux qui s'aventurent dans ces dangereux passages. M. d'iberville eut bientôt perdu de vue les trois autres navires, et le 4 septembre, il entra seul dans la rade du port Bourbon. Le 5, il envoya la chaloupe à terre avec 25 hommes de l'élite de son équipage ; il n'avait pas eu connaissance des vaisseaux anglais à l'entrée de la baie et, par conséquent, il ne se tenait nullement sur ses gardes.

Le 6, pendant que ses vingt-cinq hommes étaient encore à terre, M. d'iberville aperçut, à quelques lieues au large, trois voiliers qui semblaient louvoyer pour se diriger vers lui ; il crut que c'étaient ses vaisseaux qui arrivaient. Il donna les signaux de reconnaissance, mais ne recevant pas de réponse, il comprit qu'il allait avoir affaire à trois vaisseaux ennemis qui venaient le bloquer dans la rade. La position était des plus critiques pour M. d'iberville ; une partie de son équipage était absente ; ses vaisseaux n'ap-

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paraissaient pas pour lui apporter secours ; il ne lui restait donc qu'à choisir entre le combat ou la reddition.

" Le Hampshire était un gros vaisseau de guerre portant cinquante-six canons, le Deering en portait trente-six et XHudson trente-deux. Le vaisseau de M. d'Iberville portait cinquante pièces de canons, mais son équipage n'était pas au complet ; vingt-cinq de ses meilleurs hommes étaient à terre, la partie était donc inégale. M. d'Iberville préféra payer d'audace et courir les chances du combat plutôt que de se livrer aux anglais ; il leva l'ancre et sortit hardiment de la rade.

" Quand les anglais le virent ainsi s'approcher seul, ils crurent qu'ils allaient en avoir bon marché ; trois contre un, le combat ne pouvait pas être long, ni le résultat douteux pour eux. Les trois vaisseaux s'avançaient rangés en ligne, le Hampshire en tête. Ils s'attendaient si peu à une résistance que l'intrépidité de M. d'Iberville leur en imposa un moment.

" A neuf heures et demie le combat s'engagea. Le Pélican voulut aborder tout de suite le Hampshire. M. de la Potherie, à la tête d'un détachement canadien, se tenait prêt à sauter sur son pont, mais celui-ci l'évita. Alors M. d'Iberville rangea le Deering et XHudson en leur lâchant ses bordées. Le Hampshire, revirant de bord, s'attacha au Pélican, le couvrit de mous-

d'iberville

queterie et de mitraille et hacha ses manœuvres. Le feu était extrêmement vif sur les quatre vaisseaux. Pendant plus de deux heures, M. d'iberville manœuvra pour éviter la mitraille des ennemis qui cherchaient à le couler à fond. Jamais marin depuis Jean Bart ne déploya tant d'adresse. Enfin, après trois heures de combat, le Hampshire, courant pour gagner le vent, recueille toutes ses forces et pointe ses pièces pour couler bas son adversaire. M. d'iberville qui a prévu son dessein le prolonge vergue à vergue. Ses boulets et la mitraille font un terrible ravage. Le Pélican redouble son feu, pointe ses canons si juste et lâche une bordée si à propos que son fier, ennemi fit tout au plus sa longueur de chemin et sombra sous voile. Pas un seul homme de l'équipage ne fut sauvé.

" Aussitôt après, M. d'iberville court droit à XHudson, qui était au moment d'entrer dans la rivière Sainte-Thérèse ; mais celui-ci se voyant sur le point d'être abordé, amena son pavillon. Le Deering\. auquel on donna la chasse, réussit à s'échapper." (i)

Cette victoire donna toute la baie d'Hudson aux français. Le fort Bourbon, attaqué quelques jours après, se rendit à la condition que les assiégés seraient transportés en Angleterre. Cette con-

(I) Garneau, Histoire du Canada.

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dition fut remplie à la lettre, les français se montrant ici plus fidèles à leur parole que ne l'avaient été les anglais deux ans auparavant lors de la prise du même fort.

Le dernier poste que les anglais avaient à la baie d'Hudson leur échappait ; ils n'avaient plus là un seul pouce de terrain. La France demeura maîtresse de tout ce pays jusqu'à l'année 1713, où, par le honteux traité d'Utrecht, la baie d'Hudson retourna à l'Angleterre, qui l'a possédée jusqu'à ce jour.

SON EXPLOITATION

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