CHAPITRE VIII
SOMMAIRE
Jugement à porter sur les événements qui font la matière des chapitres suivants.— Difficultés à démêler la vérité des récits contradictoires.— Voyage de lord Selkirk en Amérique, sonséjour à Montréal. — Son retour à Londres. — Ses négociations avec la Compagnie de la baie d'Hudson. — Attitude prise par la Compagnie du Nord-Ouest.
Les événements dont nous allons parler dans les chapitres suivants ont été jusqu'ici fort diversement appréciés par les historiens. Les deux partis en guerre ont écrit, pour défendre leur cause, des plaidoyers en règle, et ceux qui les ont lus ont accepté les faits tels qu'ils étaient présentés.
N'ayant que ces documents pour former leur jugement, les uns se sont faits les avocats passionnés de la Compagnie du Nord-Ouest, qu'ils ne considéraient que comme une honnête réunion de traiteurs, ayant droit à nos sympathies, parce qu'elle se décorait du nom de société française ; les autres ont embrassé avec zèle la cause de la Compagnie de la baie d'Hudson, dans
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laquelle ils ne voyaient qu'une victime de sa rivale.
Pour arriver à dégager la vérité du milieu des récits contradictoires de ces temps malheureux, récits affirmés sous serment par les uns et niés pareillement (toujours sous serment) par les autres, il nous a fallu parcourir une quantité d'autres documents ayant trait à l'histoire de cette époque, (i) Mais ceci ne suffisait pas ; il fallait aussi visiter les endroits où se sont passés les faits relatés par les Compagnies ; examiner la topographie des lieux dont elles parlent ; faire une foule de rapprochements ; consulter la tradition, enfin accomplir un travail de plusieurs années. Ce n'est qu'après avoir bien connu les antécédents de la Compagnie du Nord- Ouest, tous ses crimes restés jusqu'ici dans l'ombre et à la veille d'être ensevelis dans l'oubli, qu'il nous a été possible de porter sur elle un jugement qui paraîtra peut-être sévère à quelques-uns, mais qui, néanmoins, est de la plus stricte impartialité.
En 1809, la Compagnie du Nord-Ouest était à l'apogée de sa puissance et de sa gloire, tandis que sa rivale était presque ruinée.
" A moitié ruinée par la lutte qu'elle avait subie, dit l'hon. Masson (histoire des Bourgeois du N.-O., p. 115) " elle avait été presque com-
(1) C'est ce que nous avons fait en écrivant la vie de Mgr Provencher, témoin contemporain de la lutte des compagnies.
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" plètement refoulée sur les bords de la baie " d'Hudson et tout faisait espérer, pour les " traiteurs canadiens, une période de prospérité " qui les indemniserait des sacrifices qu'ils s'étaient " imposés, lorsqu'éclata, d'un quartier auquel u personne ne songeait, l'orage inattendu qui " devait faire disparaître leur puissante Com- " pagnie."
Toute l'indemnité que méritait cette Compagnie, c'était le châtiment de ses crimes, et c'est la Divine Providence qui va se charger de la lui administrer en la faisant disparaître complètement et promptement d'un pays dont elle était le fléau, comme nous l'avons dit dans le chapitre précédent.
" Depuis quelques années, (continue M. Mas- " son) le descendant d'une des plus grandes " familles d'Ecosse, Thomas Douglass, comte de " Selkirk, homme à idées larges et philantropiques " en même temps que littérateur distingué, se " préoccupait de ses compatriotes, les kigklanders, " qui, au milieu de leurs montagnes, menaient " une vie de privations et de misères, sans espoir " de jours meilleurs. Il s'intéressait à leur faire " trouver une existence moins pénible dans les " colonies anglaises de l'Amérique et il avait déjà " réussi, malgré de grandes difficultés et au prix - 1 de sacrifices personnels considérables, à en diri-
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" ger plusieurs centaines vers l'Ile du Prince- " Edouard.
" Après de pénibles commencements, la colo- " nie prit de l'essor ; les colons devinrent bientôt " prospères et leurs descendants occupent aujour- " d'hui les terres sur lesquelles leurs pères, en " 1803, étaient venus se fixer, demandant au sol " d'Amérique un adoucissement à leurs misères."
Nous donnons cette citation avec complaisance, parceque, venant de la part d'un ami delà Compagnie du Nord-Ouest, elle est d'un grand poids pour faire connaître les nobles qualités du cœur de Lord Selkirk, qu'on a voulu faire passer pour un ambitieux et un égoïste.
Ce personnage a été une des figures les plus remarquables de nos annales canadiennes par le rôle qu'il a joué dans la fondation de la colonie de la Rivière Rouge.
Thomas Douglass, cinquième comte de Selkirk, était le septième fils de Dunbar, quatrième comte de Selkirk. Il vint au monde le 5 juin 1 771, au château de sa famille, situé dans l'île de Ste-Marie Kirkendbrighshire, en Ecosse. Le nom. de sa famille est illustre dans l'histoire de l'Ecosse.
Dès sa jeunesse, Thomas Douglass fit paraître des qualités remarquables qui furent perfectionnées par la haute éducation qu'il reçut. Il aimait passionnément la lecture des livres de voyages et
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des expéditions, surtout ceux qui avaient trait à l'Amérique, et déjà tout jeune homme, il songeait à des plans de colonisation.
Il succéda au titre de son père, qui mourut en t 779, ses autres frères étant tous morts avant d'atteindre l'âge viril.
Le 24 novembre 1807, lord Selkirk épousa M elle Colville, fille de James Colville, d'Ocheltne, gentilhomme possédant une grande fortune et membre proéminent de la Compagnie de la baie d'Hudson. (1) •
Après son mariage, se trouvant à la tête d'une immense fortune qu'il tenait de son père et de sa femme, il donna cours à ses projets de colonisation.
En 1809, il voulut visiter les Etats-Unis et le Canada, où sa réputation d'homme distingué, à vues larges et élevées l'avait déjà dévancé. A Montréal, il fut tout naturellement l'hôte des Bourgeois du Nord-Ouest, qui, selon l'expression d'alors, tenaient dans la ville le haut du pavé et où dominait l'élément écossais.
Lord Selkirk, qui cherchait pendant son voyage à se renseigner sur toutes les parties de l'Amérique les plus propres à la colonisation,
(1 ) L'épouse de Lord Selkirk fut, depuis 1818 jusqu'à la mort de son époux (1821), la bienfaitrice des missions catholiques de la Rivière Rouge.
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voulut s'instruire sur le pays de la Rivière Rouge ; l'occasion était favorable, il en profita.
Les Bourgeois du Nord- Ouest, défiants et ombrageux, ne livraient pas leurs secrets à tout le monde. Avec les personnes étrangères à la Compagnie, ils se tenaient tous sur une grande réserve en ce qui regardait leur commerce ; mais avec un de leurs compatriotes, ils se laissèrent aller plus loin que d'ordinaire et lui en firent connaître suffisamment pour les projets qu'il avait en vue, c'est-à-dire la colonisation.
Il apprit d'eux que la vallée de la Rivière Rouge était un pays fertile, que le climat n'y était pas plus rigoureux qu'au Canada et que la chasse et la pêche y étaient abondantes. Quelques vieux Bourgeois, plus soupçonneux que les autres, eurent peur d'avoir été trop confiants et d'avoir dépassé les bornes de la prudence ; néanmoins, pour le moment, ils ne laissèrent échapper au dehors aucune remarque malveillante contre leur illustre compatriote.
Lord Selkirk, après avoir visité une partie du Canada, retourna en Angleterre y mûrir ses plans d'émigration en Amérique.
Dans une brochure publiée à Londres en 1817, par un Bourgeois du Nord- Ouest, on accuse lord Selkirk de n'avoir eu pour but que de ruiner leur Compagnie en se renseignant si minutieusement
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sur la Rivière Rouge et d'avoir ainsi abusé de la cordiale hospitalité qu'il avait reçue.
Il n'est pas nécessaire de réfléchir longtemps pour voir tout ce qu'il y a de faux dans une telle accusation, ne reposant d'ailleurs que sur des suppositions.
Le but de lord Selkirk, dans ses conversations avec les Bourgeois du Nord-Ouest, était tout naturellement de se renseigner, non sur le commerce des pelleteries, mais sur les moyens de réaliser le plan qu'il méditait depuis longtemps, de fonder des colonies écossaises dans l'Amérique. S'il eut voulu doubler et tripler son immense fortune en faisant le commerce des pelleteries, il n'avait qu'à entrer dans la Compagnie du Nord-Ouest, où ses compatriotes eussent été heureux de le recevoir pour accroître leur puissance ; c'eût été bien plus court et bien plus sûr que d'envoyer des colons à la Rivière Rouge pour l'aider à faire la guerre à une Compagnie dont la puissance était redoutable. Lord Selkirk voulait tenter à la Rivière Rouge ce qu'il avait tenté, non sans succès, à l'Ile du Prince-Edouard, en 1805.
Mais on comprend, aussi, qu'il voulut dès lors s'assurer les moyens les plus propres à faire réussir l'œuvre dans laquelle il risquait, non seulement le repos de sa vie, mais encore toute son immense fortune. Or, avec son intelligence
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d'élite, lord Selkirk vit que le seul moyen d'assurer la vie d'une colonie sur les bords de la Rivière Rouge était d'y acquérir une étendue de terrain aussi vaste que possible, dans la partie la plus avantageuse, afin d'y favoriser l'établissement de ses malheureux compatriotes écossais.
Pour arriver à posséder ce terrain, il voulut devenir puissant actionnaire de la Compagnie de la baie d'Hudson. Son beau-père, James Colville, qui jouissait d'une grande influence dans cette Compagnie, l'appuya fortement dans son dessein. Sans doute, la Compagnie de la baie d'Hudson pouvait entrevoir dans ce plan un moyen de relever son commerce ruiné ; mais ce n'était pas là le but que se proposait d'atteindre lord Selkirk. Ce qu'il voulait, c'était une colonie pour ses compatriotes. Or, songer à jeter une colonie dans ces pays sauvages, sans avoir auparavant pris toutes les mesures nécessaires et examiné tous les côtés de la question, eut été une imprudence impardonnable dont la Compagnie du Nord-Ouest aurait eu droit de le blâmer, comme d'un crime de lèse humanité.
C'est probablement parce que la Compagnie du Nord-Ouest vit une grande sagesse dans l'acte de lord Selkirk, lorsqu'il acheta la vallée de la Rivière Rouge, qu'elle prit la détermination d'empêcher cette négociation et plus tard de ruiner la colonie, afin de n'avoir jamais dans le Nord-Ouest de témoins de ses crimes.
Aussitôt qu'il fut de retour en Angleterre, Lord Selkirk communiqua aux agents de la Compagnie de la baie d'Hudson le dessein qu'il avait formé d'entrer dans leur société. Les actions n'ayant plus qu'une valeur de cinquante pour cent, le moment était favorable pour cette négociation. Le capital de la Société était divisé en cent parts ; Lord Selkirk en acheta quarante et devint par cette acquisition le membre le plus influent de la Compagnie. Ce premier pas étant fait, il exposa son projet d'acquérir sur les bords de la Rivière Rouge, dans le territoire du Nord- Ouest, de vastes terrains pour y fonder une colonie de ses compatriotes. Une assemblée des actionnaires de la Compagnie fut convoquée ; elle eut lieu au mois de mai' 181 1. Mais pour donner aux propriétaires le temps d'examiner à fond la mesure proposée, la première assemblée fut ajournée à quelques semaines. Pendant ce temps, avis fut donné aux intéressés d'aller au bureau du secrétaire de la Compagnie prendre connaissance des conditions de la concession proposée. La seconde assemblée discuta le projet de nouveau et la mesure fut adoptée.
Un peu avant de conclure cette transaction, Lord Selkirk avait été pendant quelque temps en pourparlers avec un personnage très important de la Compagnie du Nord-Ouest, Sir Alexandre Mackenzie, et il avait été sur le point de se
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l'associer pour acheter les actions de la Compagnie de la baie d'Hudson ; mais n'ayant pu s'entendre avec lui, il en acheta pour son propre compte jusqu'au montant de 40,000 louis sterling.
Si Sir Alexandre Mackenzie eut été assez riche pour acheter ces actions, il n'eut pas hésité un instant à conclure ce marché ; car voici quel était son dessein ; il voulait acquérir une prépondérance telle dans la Compagnie de la baie d'Hudson qu'il eut pu l'amener à se fondre dans celle du Nord-Ouest et rendre celle-ci maîtresse de tout le commerce depuis les bords de la baie d'Hudson jusqu'à l'Océan Pacifique. C'était certainement une grande idée, mais elle ne concordait pas du tout avec celle de lord Selkirk, qui avait des vues bien différentes.
kt II est certain (dit l'hon. Masson dans son " livre sur les Bourgeois du N.-O.) que cet " homme distingué, (Alex. Mackenzie) ami de " la Compagnie du Nord- Ouest dans laquelle il " avait encore de forts intérêts, avait entrevu la " réalisation du projet qu'il avait rêvé, plusieurs " années auparavant, et dont il parle dans la " relation de ses voyages : celui de créer, au " moyen des deux Compagnies combinées, une " association assez puissante pour assurer l'éta- " blissement d'une grande route commerciale à " travers le continent.
" N'ayant pas assez de fortune pour acquérir
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" seul un nombre d'actions suffisant pour con- " trôler la Compagnie de la baie d'Hudson, il " était entré en pourparlers avec Lord Selkirk " dans l'espoir d'amener cette Compagnie à terme " avec ses anciens associés. Une partie consi- " dérable de l'argent devait, espérait-il, être fournie " par la Compagnie du Nord-Ouest pour le " compte de qui il devait faire la transaction.
" Cette interprétation de la conduite de Sir " Alexandre Mackenzie est appuyée par une " de ses lettres à M. Rodrigue McKenzie, datée " de Londres, 13 avril 18 12."
Personne ne cherchera à donner une autre interprétation aux pourparlers de Sir Alexandre Mackenzie avec Lord Selkirk. Celle-ci est satisfaisante, d'autant plus qu'il n'y a rien d'injuste dans la réalisation du plan qu'il méditait ; au contraire, nous reconnaissons là les idées toujours grandes et utiles de cet homme distingué. Le plan de Sir Alexandre Mackenzie était celui que réalisa soixante-et-douze ans plus tard le gouvernement canadien, sous l'inspiration de ses hommes d'état et avec le concours de la puissante Compagnie du Pacifique. C'était donc le plan d'un homme de génie, et quoique Sir Alexandre Mackenzie eut en vue, en même temps la grandeur et la richesse de la Compagnie du Nord- Ouest, l'histoire ne peut que le louer d'avoir cherché à faire réussir un tel dessein ; mais nous
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avons ici une preuve de plus que Lord Selkirk, dans ses négociations avec la Compagnie de la baie d'Hudson, n'était pas mû par l'ambition d'agrandir sa fortune au moyen de la traite des pelleteries, puisque jamais plus belle chance d'y réussir ne pouvait se présenter, et s'il la refusa, ce fut parceque sa détermination était bien arrêtée de fonder une colonie pour ses compatriotes à la Rivière Rouge et non de se livrer au commerce des fourrures dans l'Ouest, comme on l'en a accusé. Son plan de colonisation, il le poursuivra avec énergie, malgré tous les obstacles que lui suscitera la Compagnie du Nord-Ouest sous prétexte de défendre ses droits lésés.
Par un arrangement verbal avec M. McGillivray, les actions acquises par Sir Alexandre Mackenzie devaient appartenir à la Compagnie du Nord-Ouest, et, si M. McGillivray eut été présent, il aurait très certainement acheté toutes les actions qui devinrent plus tard la propriété de Lord Selkirk.
Ce premier coup étant manqué, six propriétaires de la Compagnie de la baie d'Hudson, dont deux étaient des agents reconnus de la Compagnie du Nord-Ouest à Londres, signèrent un protêt qui fut présenté à l'assemblée pour s'opposer à la cession des terrains à Lord Selkirk. En lisant ce document, il était facile de comprendre que c'était la Compagnie du Nord-Ouest qui
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tirait les ficelles. Les opposants s'y montraient peu habiles à cacher leur jeu. Ils trouvaient d'abord que Lord Selkirk n'était pas suffisamment engagé par les conditions de la cession *à fonder une colonie — puis, quelques lignes plus loin, ils donnent pour raison de leur opposition que l'établissement des colonies a été de tout temps préjudiciable au commerce des pelleteries. Au fonds, cette seconde raison est bien la seule qui occupait la Compagnie du Nord- Ouest. Ce quelle voulait, c'était du castor, et pour en avoir, elle était prête à sacrifier tous les bienfaits de la civilisation.
Ce protêt n'empêcha pas la transaction d'avoir lieu. Plus tard, la Compagnie du Nord- Ouest invoqua souvent la valeur de ce document pour essayer de prouver que Lord Selkirk avait sacrifié les intérêts de la Compagnie de la baie d'Hudson. On sait comment la Compagnie du Nord-Ouest avait protégé elle-même ceux de la Compagnie de la baie d'Hudson en la forçant à abandonner tout les pays de chasse et en la refoulant sur les bords de la mer.
Jusque là l'opposition dirigée contre Lord Selkirk ne paraissait venir que de la Compagnie de la baie d'Hudson ; mais quand les Bourgeois du Nord-Ouest s'aperçurent que le milord écossais persistait dans l'exécution de ses plans, ils levèrent le masque et se déclarèrent hautement
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contre lui, avant même le départ d'aucun colon pour la Rivière Rouge. Dans une brochure publiée à Londres en 1817, par la Compagnie du Nord-Ouest, pour expliquer sa conduite, nous lisons ce qui suit :
" La Compagnie du Nord-Ouest exposa fran- " chement à celle de la baie d'Hudson et au " gouvernement les motifs de son opposition à la " tentative de Lord Selkirk et la ferme résolu- " tion où elle était de défendre ses droits et ses "possessions ; elle ajouta que malgré le déplaisir " qu'elle ressentait des mesures adoptées par la " Compagnie de la baie d'Hudson, elle serait "toujours disposée à adoucir le malheur de ses " infortunés compatriotes destinés comme colons à " devenir les victimes des projets chimériqties de " Lord Selkirk. Elle réitéra sa déclaration " expresse de ne jamais reconnaître les droits de " commerce exclusif que s'arrogeait la Compagnie " de la baie d'Hudson." (1)
On sait qu'en l'année 1670, la Compagnie de la baie d'Hudson, lors de son organisation, avait obtenu de Charles II, roi d'Angleterre, une charte lui conférant le droit de commerce exclusif
(1) M. Miles MacDonell, dans une lettre qu'il écrit à Lord Selkirk, dit
ce qui suit :
"M. Alex. Mackenzie, à Londres, s'est engagé de la manière la plus formelle et la plus décisive à s'opposer à l'établissement de la colonie par des moyens en son propre pouvoir." {Rapport sur les Archives Canadiennes, volume pour V année 1886, Ottawa.
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des fourrures sur toute letendue du territoire dont les eaux se jettent dans la Baie d'Hudson. Personne pendant un siècle et demi ne lui avait contesté la validité de cette charte.
La Compagnie du Nord-Ouest ne jouissait d'aucun privilège de la part du gouvernement, mais, comme depuis vingt-six ans, (de 1 784 à 18 10), elle s'était d'elle-même posée comme reine et maîtresse de tout le commerce de l'ouest, elle prétendait avoir tout autant de droit que la Compagnie de la baie d'Hudson appuyée sur sa charte. Avant de conclure sa transaction, Lord Selkirk avait soumis la charte de la Compagnie à l'examen des plus savants jurisconsultes de Londres et cinq d'entre eux lui avaient répondu que la concession du sol exprimée dans la charte était valide et que cette concession renfermait tout le pays dont le's eaux coulent vers la baie d'Hudson.
C'était appuyé sur l'opinion de ces hommes de loi que Lord Selkirk avait conclu son marché. De son côté, la Compagnie du Nord-Ouest consulta plusieurs avocats qui lui donnèrent des réponses assez favorables à sa cause. Elle s'autorisa de ces opinions pour déclarer à sa rivale qu'elle se moquait de sa vieille charte poudreuse et qu'elle n'en tiendrait aucun compte à l'avenir. ( 1 )
(i) Cette légalité de la charte accordée à la Compagnie de la baie d'Hudson a été de fait reconnue par le gouvernement canadien dans l'acquisition des territoires du Nord-Ouest en 1870.
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