‹ Discours de l'Honorable M. ChapleauChapitre 21 sur 37 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

SOMMAIRE

Nouvelle organisation de la Compagnie du Nord-Ouest — Moyens employés pour stimuler le zèle des subalternes — Timidité des serviteurs de la Compagnie de la baie d'Hudson. — Inégalité de la lutte entre les deux Compagnies.

La guerre que se faisaient les deux Compagnies du Nord-Ouest ne pouvait, en se prolongeant, que les conduire à la ruine. Les Bourgeois de de l'ancienne Compagnie le comprenaient fort bien et la plupart d'entr'eux désiraient depuis quelque temps en venir à une entente ; mais Simon McTavish, leur principal agent, blessé dans son orgueil, au moment de la scission, avait juré de refuser tout arrangement avec la nouvelle Compagnie qu'il feignait de mépriser comme une rivale sans valeur. Pour l'écraser, il avait déployé une énergie surhumaine. Ses entreprises pour étendre de tous les côtés les opérations de la Compagnie n'eurent pas toujours le succès qu'il espérait. Les Bourgeois, ses collègues, en murmuraient souvent, sans cependant oser le blâmer ouvertement dans les grandes assemblées officielles. Ils attendaient donc une occasion

favorable pour en venir à une entente quand la mort vint enlever Simon McTavish au mois de juillet 1804.

Désormais l'union des deux Compagnies, désirée des deux côtés, devenait relativement facile, car on était de part et d'autre fatigué de cette lutte acharnée.

Le personnage le plus en vue et le plus important parmi tous les Bourgeois était sans contredit Sir Alexandre Mackenzie. Des propositions pour l'union lui furent communiquées, et dès le 5 novembre 1804, toutes les difficultés étaient aplanies, la paix signée et la Grande Compagnie du Nord-Ouest rétablie sur de nouvelles bases.

Instruits par les lamentables scènes des dernières années, les Bourgeois du Nord-Ouest, en réorganisant leur société, eurent soin de prévenir, par des clauses spéciales, toute nouvelle division.

On régla d'abord que tout associé, qui, sous la nouvelle constitution, voudrait se retirer de la Compagnie, recevrait pendant sept ans la moitié des revenus de sa mise dans la Société, sans être obligé de faire aucune espèce de service et sans encourir aucune responsabilité ; mais, en même temps, il lui était défendu, sous peine d'une amende de cinq mille louis sterling, de prendre aucun intérêt, soit direct, soit indirect, dans d'autres sociétés, faisant la traite sur le même

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territoire que la Compagnie du Nord-Ouest. Par ce moyen, le démissionnaire n'était nullement tenté d'entrer dans une entreprise nuisible aux intérêts de la Compagnie.

Dans le cas de décès d'un Bourgeois, ses héritiers ne pouvaient lui succéder qu'en acceptant les mêmes charges et obligations.

Dans cette nouvelle organisation, la masse des capitaux était divisée en cent parts; une partie assez considérable de ces parts appartenait à des maisons de commerce de Londres et de Montréal, par suite des avances faites aux deux Compagnies ; les autres parts appartenaient à des particuliers.

Sur soixante-quinze parts assignées à l'ancienne Compagnie, trente étaient dans une seule maison de commerce de Montréal ; et sur les vingt-cinq parts assignées à la nouvelle, dix-neuf appartenaient à des maisons de Montréal ou de Londres ; le reste était distribué parmi les associés hivernants.

Les associés, c'est-à-dire tous ceux qui avaient une ou plusieurs partsdans la Compagnie, devaient se réunir chaque année, vers le mois de juillet, au Fort William, sur les bords du lac Supérieur.

C'était là que se traitaient les affaires de la Compagnie. Les questions se réglaient à la pluralité des voix. Chaque action donnait droit à un vote ; les absents pouvaient se faire repré-

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senter par un procureur. On y arrêtait tous les plans pour l'année suivante, et les comptes de l'année précédente étaient fermés.

Les associés hivernants étaient tenus de faire devant les Bourgeois assemblés un rapport détaillé de tout ce qui s'était passé dans leur département depuis la dernière réunion générale.

Des blâmes très sévères étaient adressés, séance tenante, à ceux qui s'étaient montrés peu zélés pour les intérêts de la Compagnie ; tandis que ceux qui avaient eu de bons succès recevaient del'avancement,sans qu'on s'inquiétât des moyens employés pour réussir. Ce système était bien calculé pour entretenir l'émulation ; mais le respect de la justice était loin d'être sauvegardé. Le désir de mériter des éloges de la part des supérieurs et d'arriver bientôt à un poste honorable dans la Compagnie entretenait chez les subalternes une émulation qui n'avait d'égale que l'ambition des chefs eux-mêmes.

Nous l'avons déjà dit dans un chapitre précédent, les Bourgeois qui vivaient en Canada tenaient à conserver une bonne réputation dans l'opinion publique, et ils veillaient, avec le plus grand soin à ce qu'aucune plainte ne transpirât contre la Compagnie à Montréal ou à Québec. Mais il n'en était pas ainsi des associés hivernants, qui vivaient dans le Nord à mille lieues de toute société civilisée. La grande distance et la diffi-

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culte des communications les rassuraient contre la censure publique, surtout lorsqu'ils songeaient qu'ils ne recevraient aucun reproche de leurs supérieurs du moment qu'ils rapporteraient beaucoup de pelleteries.

On comprend aisément combien peu on redoutait l'effet des lois dans ces pays éloignés et comme il devenait facile d'y commettre des délits sans avoir à en répondre devant les tribunaux.

Après leur réunion, les deux Compagnies du Nord- Ouest eurent grand soin de jeter le voile sur les scènes d'horreurs commises pendant leurs luttes violentes ; mais sir Alexandre Mackenzie en a dit quelque chose dans ses ouvrages et la tradition nous a conservé le reste.

Depuis sa formation, en 1784, jusqu'à sa réorganisation sur des bases nouvelles, en 1 804, la Compagnie du Nord-Ouest n'avait eu en réalité à souffrir que de ses luttes intestines. Aucun traiteur isolé n'avait été en état de se mesurer avec elle. Toute compétition de ce genre ne l'avait pas plus entamée que la vague ne mine le rocher sur leqnel elle vient se briser. La Com pagnie de la baie d'Hudson ne l'avait pas encore inquiétée sérieusement, mais, à partir de ce moment, c'est avec elle que nous allons la voir aux prises dans une guerre à mort. Forma-t-elle dès lors le dessein de la réduire à abandonner son

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commerce et à se désister des droits de sa charte, les faits semblent le prouver.

La Compagnie du Nord-Ouest a répété partout qu'elle n'avait fait qu'user de représailles contre la Compagnie de la baie d'Hudson. Une telle affirmation ressemble à l'histoire de cet homme qui, cité devant un tribunal parce que son chien avait mangé un lapin, répondit pour se défendre que c'était le lapin qui avait attaqué le chien, (i)

Tous ceux qui connaissent tant soit peu l'histoire delà Compagnie de la baie d'Hudson, savent fort bien que la bravoure ne fut jamais la vertu dominante de ses serviteurs et que ses traiteurs étaient d'une timidité pitoyable. Il est reconnu que, malgré les fortes primes offertes à ceux qui oseraient s'éloigner des bords de la mer pour s'avancer dans l'intérieur du pays, jamais elle ne put trouver un seul homme pour répondre à ses sollicitations alléchantes. Si pendant un siècle, elle demeura casernée sur les bords de la baie d'Hudson, ce fut parce que ses serviteurs refusèrent obstinément d'aller, comme les français, trouver les sauvages dans leur pays.

On s'est demandé souvent pourquoi les anglais de la baie d'Hudson n'avaient pas imité les canadiens et les français. La raison, c'est qu'ils

(I) Le nombre des serviteurs de la Compagnie de la baie d'Hudson se montait à peine au tiers de ceux de la Compagnie du Nord-Ouest.

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n'étaient pas assez hardis pour le faire. Il est très certain que le désir des officiers supérieurs de la Compagnie, en Angleterre, était de faire explorer les pays sauvages et que de fortes sommes furent offertes pour cela.

Le 15 mai 1682, le comité d'administration écrivait à John Bridgar, gouverneur au fort Nelson : " Faites un établissement sur la rivière " pour votre sûreté ; mais en même temps, faites " diligence pour pénétrer dans le pays ; faites-y " des découvertes et établissez des relations com- ' ' merciales avec les sauvages."

L'année suivante (1683), le comité de Londres, renouvelle ses instances et écrit à l'un des gouverneurs, Henry Sergeant : " Nous vous donnons " instruction de choisir parmi nos serviteurs les " plus robustes et les mieux versés dans la " connaissance des langues sauvages ; vous les " ferez pénétrer dans l'intérieur des terres, afin " d'attirer les sauvages par de bons traitements " et des manières conciliantes et, par là, les enga- " ger à commercer avec nous." Pour toute réponse le gouverneur écrivit à Londres, que les serviteurs refusaient d'entreprendre ce voyage.

Deux ans après l'ordre donné à Sergeant, le 22 mars 1685, les choses n'avaient pas changé, car le comité écrivait de nouveau. " Nous avons " appris que nos serviteurs refusent de pénétrer a dans l'intérieur du pays à cause des dangers

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" qu'ils redoutent, mais peut-être aussi à cause " du peu d'encouragement qui leur est donné. " Faites savoir que le salaire de ceux qui voudront " faire ce voyage, sera de £30 (louis) sterling."

L'espoir des récompenses n'eut pas un meilleur effet, car, le 24 août 1685, le gouverneur de la baie d'Hudson répondit au comité de Londres, que ses hommes refusaient les primes et qu'ils préféraient retourner en Angleterre plutôt que de s'aventurer chez les indiens. " Aucun d'eux, " dit-il, ne veut consentir à faire ce voyage en " dépit de tous les moyens que j'ai employés."

Voilà les braves qu'avait à son service la Compagnie de la baie d'Hudson en 1 700.

Les choses étaient-elles bien changées un siècle plus tard, en 1800 ? Non ; à cette époque le personnel de la Compagnie de la baie d'Hudson ne s'était pas aguerri davantage, car les serviteurs de cette Compagnie, pendant un siècle, n'avaient fait autre chose que de traiter avec les sauvages autour des murailles de leurs forts.

En 1733, un employé de la Compagnie de la baie d'Hudson, nommé Joseph Robson, rapporte qu'à cette époque, quand les sauvages venaient " approvisionner les forts du produit de leur " chasse, la prudence soupçonneuse du gouver- " neur du fort York était telle qu'il ne permettait " pas à plus de deux ou trois sauvages de " pénétrer ensemble dans le fort, et ne consentait

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" que très rarement à laisser des chefs sauvages " passer la nuit dans son enceinte." Cependant ce fort était protégé par 1 9 canons.

Robson ajoute que, pendant qu'il était dans le fort York, il se risqua une fois à faire une expédition jusqu'à quarante milles dans l'intérieur.

Ce ne fut qu'en 1774, après le voyage de Frobisher à la rivière Churchill, que la Compagnie de la baie d'Hudson fit son apparition sur les bords de la Saskatchewan et quelle osa briser le cercle qui la retenait captive dans ces régions glacées. Dix-neuf ans plus tard, elle s'avança jusqu'à la Rivière Rouge, mais toujours avec le même personnel, d'une gaucherie proverbiale, incapable de diriger un canot et redoutant sans cesse une rencontre avec les traiteurs canadiens, hommes hardis, d'une habileté sans pareille et exerçant sur les indiens un ascendant merveilleux.

Peu belliqueuse par instinct et comprenant le danger de se mesurer avec une Compagnie beaucoup plus forte qu'elle par le nombre et la valeur guerrière de ses hommes, la Compagnie de la baie d'Hudson se garda naturellement de toute agression et se borna à prendre les moyens de protéger son commerce.

Dès que les traiteurs de la Compagnie du Nord-Ouest se trouvèrent en contact avec les serviteurs de la Compagnie de la baie d'Hudson

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dans l'intérieur du pays, ils témoignèrent à leur égard la plus grande animosité.

Outre l'avantage que leur donnait une supériorité numérique, les hommes de la Compagnie du Nord-Ouest étaient tellement dévoués et soumis à leurs maîtres qu'ils se croyaient obligés d'exécuter scrupuleusement leurs ordres quelque illégaux qu'ils fussent.

Tous les employés de la Compagnie de la baie d'Hudson devinrent dès ce moment en butte à une suite d'agressions auxquelles ils ne donnaient aucun sujet.

Les faits suivants vont donner une idée de la manière dont la Compagnie du Nord- Ouest entendait la concurrence avec sa rivale.

En l'année 1806, au mois de mai, un traiteur au service de la Compagnie de la baie d'Hudson se trouvait avec quelques hommes dans un endroit appelé le Mauvais Lac, dans les limites du fort Albany. Assurément, c'était bien dans une partie du pays appartenant à la baie d'Hudson. Le nom de ce traiteur était Corrigal. La Compagnie du Nord-Ouest avait bâti une maison dans le voisinage du poste de Corrigal et elle y avait placé un commis du nom de Haldane avec plusieurs serviteurs. Une nuit pendant que Corrigal dormait dans sa maison avec ses hommes, ceux de Haldane vinrent se saisir de lui et de ses serviteurs, pillèrent son magasin dans lequel il y

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avait 480 peaux de castor et emportèrent toutes ces pelleteries dans leur maison. Au printemps, ils les transportèrent au Grand Portage où la Compagnie du Nord-Ouest les reçut comme toutes les autres pelleteries.

Haldane, pour justifier ce vol disait à Corrigal : " Je suis venu chercher des pelleteries ... eh " bien, je les prends où je les trouve."

Un vol semblable eut lieu, peu de temps après, dans un poste auprès du Lac Rouge. Ce poste fut forcé par huit hommes qui, armés de pistolets et de couteaux, menacèrent de massacrer tous les serviteurs de la Compagnie de la baie d'Hudson, si on ne leur permettait pas de prendre les pelleteries qui étaient dans le magasin. Quelques jours plus tard, ils enfoncèrent le même magasin et enlevèrent une quantité considérable de drap, d'eau-de-vie, de tabac et de munitions, etc., etc.

Dans l'automne de 1 806, un traiteur nommé John Crear, au service de la baie d'Hudson, gardait avec cinq hommes un endroit appelé la Grosse Chûte, près du lac Winnipeg. Un soir, deux canots montés par des serviteurs de la Compagnie du Nord-Ouest et commandés par Alexandre McDonell, vinrent camper auprès du poste de Crear. Le lendemain matin, quatre des engagés de Crear, sortirent pour aller faire la pêche à un mille du camp. Aussitôt qu'ils furent partis, McDonell vint avec ses hommes accuser

Crear d'avoir acheté des pelleteries d'un sauvage endetté à la Compagnie du Nord-Ouest ; c'était là un grand crime. Tous les Bourgeois et commis delà Compagnie du Nord-Ouest empêchaient bien les sauvages de payer leurs dettes à la Compagnie de la baied'Hudson, et dans pareil cas, ce n'était pas une malhonnêteté, mais quand un sauvage devait à la Compagnie du Nord-Ouest, malheur à celui qui achetait ses pelleteries, même de bonne foi.

M. McDonell ordonna à Crear de lui livrer les pelleteries vendues par le sauvage, sinon qu'il allait les prendre de force. Sur le refus de Crear, il enfonça les portes du magasin. William Plowman, le seul serviteur de Crear resté au poste voulut les empêcher d'entrer ; mais il fut renversé par un homme de McDonell pendant qu'un autre couchait Crear en joue avec son fusil. McDonell ayant empêché son serviteur de faire feu, celui-ci frappa Crear avec la crosse de son fusil et le jeta par terre tout baigné de sang, puis McDonell donna un coup de poignard à Plowman et le blessa dangereusement. Pendant cette scène, les engagés du Nord-Ouest pillaient le magasin, s'emparaient de toutes les pelleteries, d'une quantité de bœuf et de lard salé, de viande sèche et d'un canot tout neuf,

Dans le cours du mois de février 1 807, le même McDonell envoya un de ses commis, avec un

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certain nombre d'hommes, attaquer de nouveau Crear ; ils le battirent ainsi que ses serviteurs de la manière la plus cruelle et lui prirent une grande quantité de pelleteries ; de plus, ils le forcèrent sous peine de mort à signer immédiatement un billet affirmant qu'il avait cédé ces pelleteries de bonne volonté à la Compagnie du Nord- Ou est.

En 1808, John Spencer, officier de la baie d'Hudson, commandait un poste à Caribou, dans le voisinage d'un autre poste appartenant à la Compagnie du Nord-Ouest. Au printemps, William Linklater employé par la Compagnie de la baie d'Hudson, fut envoyé au devant de quelques sauvages et en obtint des pelleteries. En retournant à son poste, il fut rencontré par Duncan Campbell, associé hivernant de la Compagnie du Nord-Ouest. Les paquets de pelleteries étaient attachés sur un traîneau. Campbell somma Spencer de les lui livrer et sur son refus, il tira son poignard, coupa les traits du traîneau et ordonna aux hommes qui l'accompagnaient de porter les pelleteries au fort du Nord- Ouest. Un des hommes de Campbell saisit Spencer par ses raquettes et le renversa sur la glace, pendant que les autres traînaient les pelleteries à leur fort. Ces pelleteries furent emportées au lac Supérieur comme retour de traite et jamais la Compagnie de la baie d'Hudson ne reçut de compensation.

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Dans une autre occasion, à l'Ile à la Crosse, le même Campbell attaqua deux serviteurs de la Compagnie de la baie d'Hudson et leur enleva leurs pelleteries de la même manière.

Quelques-uns de leurs camarades ayant voulu leur porter secours furent attaqués par un plus grand nombre de serviteurs du Nord-Ouest et repoussés avec violence et effusion de sang.

En 1809, Fidler, commis de la baie d'Hudson, fut envoyé de Churchill avec dix-huit hommes pour établir un poste de commerce à l'Ile à la Crosse. Durant le premier hiver, il eut quelque succès, mais, par la suite, on lui suscita des difficultés sans nombre. Plusieurs fois déjà les officiers de la baie d'Hudson avaient essayé de faire la traite en cet endroit, qui est abondante en castor, et toujours ils avaient été obligés de renoncer à leur entreprise. Les moyens employés à l'égard de Fidler vont expliquer les raisons de ce défaut de succès.

Fidler, durant le premier hiver qu'il passa à file à la Crosse, avait eu pour compétiteur un nommé John McDonell qui fut remplacé l'année suivante par Robert Henry, parce qu'il n'était pas assez disposé à violer les règles de la probité et de la justice.

Henry fut lui-même remplacé par Duncan Campbell, parce qu'il se montrait encore trop conciliant.

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La Compagnie du Nord-Ouest s'était acquis, à File à la Crosse, ce qu'elle appelait rattachement des sauvages ; c'est-à-dire qu'elle les tenait sous l'empire de la crainte et que la seule vue d'un engagé de cette Compagnie suffisait pour les effrayer.

Pour les maintenir dans cet esclavage, Campbell augmenta le nombre de ses hommes à l'Ile à la Crosse; il voulait par ce moyen empêcher les sauvages d'avoir aucun rapport avec les traiteurs de la Compagnie de la baie d'Hudson et intimider Fidler par la vue d'une force prête à l'écraser, s'il essayait de se défendre. On fit bâtir une petite maison près de son fort, de sorte qu'aucun sauvage n'y pouvait entrer sans être aperçu. On y logea un parti de batailleurs de profession — non seulement pour surveiller les naturels du pays, mais encore pour harceler, jour et nuit, les serviteurs de la Compagnie. On volait leur bois de chauffage, on les gênait dans leur chasse, — leurs jardinages étaient détruits ; leurs lignes tendues pour la pêche étaient enlevées pendant la nuit et leurs filets, leur principal moyen de subsistance, étaient coupés en morceaux. Les scélérats ainsi postés pour surveiller Fidler passaient d'un acte de violence à un autre, et, de plus en plus confiants par le peu de résistance qu'ils rencontraient, ils donnèrent aux gens de la Compagnie de la baie d'Hudson l'ordre formel de ne plus

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sortir de leur fort. Ils accompagnèrent cet ordre de tels actes de cruautés que les hommes de Fidler abandonnèrent ce poste et leur établissement fut brûlé immédiatement, (i)

Cinq années de ces actes de violence suffirent pour ruiner le commerce de la Compagnie de la baie d'Hudson. En 1809, ses actions en Angleterre, après avoir été cotées à 250 pour cent, tombèrent à 50. Pendant ce temps là, la Compagnie du Nord-Ouest n'avait fait que grandir ; elle était à l'apogée de sa prospérité, ses Bourgeois en Canada tenaient partout le haut du pavé, quand un événement imprévu vint changer la face des choses et faire évanouir en un moment tout le faste des Seigneurs du Nord.

(1) Tous ces faits, empruntés aux écrits de Lord Selkirk, ont été corroborés par le témoignage des vieux traiteurs que nous avons connus, et par la tradition, encore très vive à la Rivière Rouge, lorsque nous y arrivâmes en 1866 : on peut donc les accepter comme très authentiques et dignes de foi. — Note de l'auteur.

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