CHAPITRE XVI
SOMMAIRE
Les colons rappelés sur leurs fermes.— Lord Selkirk passe l'été au Fort Douglas. — Distribution gratuite de terres. — Requête formulée, au nom des catholiques, par Lord Selkirk pour demander des missionnaires. — Lettre de Lord Selkirk à l'évêquede Québec. — Intrigues de la Compagnie du Nord-Ouest pour empêcher les missionnaires d'aller à la Rivière Rouge. — Dons généreux de Lord Selkirk à la mission catholique. — Instructions données par l'évêque de Québec à ses missionnaires sur la conduite qu'ils doivent tenir dans les missions.
Les colons chassés vers la baie d'Hudson s'étaient arrêtés, comme la première fois, à l'extrémité nord du lac Winnipeg, conservant toujours l'espoir de revenir sur leurs fermes, d'où ils ne s'étaient éloignés qu'à regret.
Après la reprise du fort Douglas, un courrier leur avait été envoyé pour les avertir de revenir dans la colonie, où Lord Selkirk les dédommagerait en partie de leurs pertes ; ils reprirent donc tous la route de la Rivière Rouge et, dans le cours du mois de juin 1817, la colonie renaissait de ses cendres et reprenait un air de vie.
Lord Selkirk établit son camp auprès du fort
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et commença une enquête sur les malheureux événements de l'année précédente.
Les métis, soustraits désormais à la maligne influence des Bourgeois du Nord-Ouest, devinrent les meilleurs amis des colons et l'entente la plus cordiale continua toujours, dans la suite, à régner entre eux. Lord Selkirk concéda à ses colons, des terres libres de toute redevance. Aux soldats qu'il avait amenés avec lui, il distribua des fermes sur les bords d'une rivière qu'il nomma rivière des Allemands ( i) parce que la plus grande partie de ces soldats étaient allemands.
Dans les rapports qu'il eut avec les gens du pays, canadiens, métis et sauvages réunis autour du fort Douglas, Lord Selkirk comprit que, pour assurer l'avenir de sa colonie, il fallait le souffle vivifiant de la religion et que la prudence humaine seule ne suffisait pas pour affermir une telle œuvre. D'ailleurs un grand nombre de voyageurs canadiens, sortis du service de la Compagnie, désiraient avoir des prêtres à la Rivière Rouge, et n'attendaient que le moment de leur arrivée pour se fixer définitivement dans ce pays.
Lord Selkirk profita des bonnes dispositions de tous ces gens pour leur faire adresser à l'évêque de Québec une requête en due forme, exprimant l'ardent désir de tous les catholiques
(l) Cette rivière porte maintenant le nom de riviè/'e la Seine.
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de la Rivière Rouge d'avoir des prêtres résidents parmi eux. De son côté, Lord Selkirk leur promit d'user de toute son influence pour faire agréer leur demande.
Voici cette requête avec les noms des signataires :
A Sa Grandeur, Mgr Plessis,
Evêque de Québec.
" Les soussignés, habitants de la Rivière Rouge, exposent très humblement qu'il y a une population, chrétienne établie dans ce pays et qui, se propose d'y faire leur demeure ; que cette population, composée en partie de canadiens qui, ayant été autrefois engagés au service des traiteurs et ayant achevé le terme de leur engagement, sont connus sous le nom de canadiens libres et en partie de nouveaux colons qui sont natifs des différents pays d'Europe.
" Que les canadiens, depuis leur résidence ici, ont toujours été sans aucune instruction religieuse, sans aucun pasteur pour les diriger vers le bien par ses conseils ou leur administrer les secours salutaires de l'Eglise.
" Que les enfants des chrétiens qui sont natifs de ce pays et qui sont vulgairement connus sous le nom de Métis ou Bois-Brûlé, ne montent qu'à trois ou quatre cents hommes, dans une étendue de plusieurs cents lieues.
" Que ces métis sont presque tous bien disposés et d'un caractère doux et paisible, et n'auraient pas eu part dans les malheureux événements qui ont eu lieu, s'ils n'y avaient été poussés par leurs supérieurs, mais qu'ayant été informés, par des personnes mal disposées, qu'ils étaient les maîtres du sol, que c'était leur devoir de chasser les gens qu'on nomme ordinairement les anglais, et ayant reçu des promesses d'être soutenus et récompensés, ils ont cru qu'en les chassant du pays, ils feraient un acte glorieux et méritoire.
" Que pour prouver qu'il n'existe parmi les Métis aucune inimitié contre les blancs, il suffirait de considérer qu'ils ont été presque tous engagés au service des blancs et que ceux qui sont ordinairement désignés sous le nom Sanglais, sont les seuls qui ont essuyé des mauvais traitements de leurs mains.
" Que presque toute la population chrétienne, tant canadiens libres que nouveaux colons, sont de la religion catholique romaine.
" Que tout est à présent tranquille ici et que les soussignés croient fermement qu'avec le ministère d'un prêtre catholique, rien ne leur manquerait pour rendre cette tranquillité durable et conserver à l'avenir le bonheur du pays.
" A ces causes, les soussignés vous supplient, au nom de leurs espérances d'une vie à venir, de vouloir leur accorder le secours d'un prêtre de
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leur sainte religion, secours que leur conduite aura mérité, si elle est irréprochable, et qui ne leur sera que plus nécessaire, si elle est regardée comme fautive."
(Signé) :
J.-Bte Màrsolàis. Michel Monnet dit Belle- Louis Nolln. [humeur.
Augustin Cadotte. Louis L'Epicier dit Savoie. François Eno dit Delorme. Charles Boucher. Jacques Hamelin. Justin Latimer.
Angus McDonell. Pierre Brussel.
Charles Bousquet. Jean Rocher.
Jacques Hamelin, fils. Jacques Bain.
J.-Bte Hamelin. Pierre Souci.
Louis Nolin. Louis Blondeau.
Augustin Poirier dit Des- Joseph Ducharmes.
[loges. Joseph Bellegarde.
Joseph Fraser.
Avant son départ de Montréal, Lord Selkirk avait, lui-même, au mois d'avril 1816, adressé la lettre suivante à l'évêque de Québec.
A Sa Grandeur Mgr Plessis,
Evêque de Québec,
Monseigneur,
" J'ai été informé par M. Miles Macdonell, ancien gouverneur de la Rivière Rouge, que dans une conversation qu'il a eue avec Votre Grandeur, l'automne dernier, il vous a suggéré d'envoyer
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un missionnaire dans cette contrée, pour y donner, les secours de la religion au grand nombre de canadiens qui y sont établis et qui vivent, à la manière des sauvages, avec les femmes indiennes qu'ils ont épousées. Je suis convaincu qu'un ecclésiastique zélé et intelligent ferait un bien incalculable parmi ces gens chez qui le sentiment religieux n'est pas perdu. Ce serait avec la plus grande satisfaction que je coopérerais de tout mon pouvoir au succès d'une telle œuvre, et si Votre Grandeur veut choisir un sujet convenable pour l'entreprendre, je n'hésite pas à lui assurer ma considération et à lui offrir tous les secours que Votre Grandeur j ugera nécessaires.
" J'ai entendu dire que Votre Grandeur avait formé le projet d'envoyer cet été même deux ecclésiastiques au lac Supérieur et au lac la Pluie, pour y rencontrer les voyageurs qui sont au service de la Compagnie du Nord-Ouest lorsqu'ils reviennent de l'intérieur. Comme tous ces gens sont dans un grand besoin de secours spirituels, je suis heureux d'apprendre cette nouvelle ; néanmoins, si vous me permettez d'émettre une opinion, je pense qu'un missionnaire, résidant à la Rivière Rouge, réaliserait beaucoup mieux votre pieux dessein ; car de cet endroit, il pourrait visiter, durant l'hiver, les postes de traite sur le lac la Pluie et sur le lac Supérieur, à l'époque où les gens sont assemblés en plus grand nombre.
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" Cependant si Votre Grandeur ne trouve pas pour le moment cet arrangement praticable, je crois qu'un ecclésiastique, qui serait prêt à partir de Montréal à l'ouverture de la navigation pour se rendre au lac la Pluie, pourrait encore faire beaucoup de bien. M. Macdonell doit se mettre en route avec un léger canot aussitôt après le départ des glaces, en sorte qu'il arrivera à la Rivière Rouge, vers la fin de mai ou le commencement de juin. Il serait très heureux d'avoir avec lui la compagnie d'un missionnaire qui pourrait séjourner quelques semaines avec les canadiens de la Rivière Rouge, avant le retour des voyageurs du Nord-Ouest au lac la Pluie et au lac Supérieur.
J'ai l'honneur d'être etc.,
(Signé) Selkirk.
Lord Selkirk repartit de la Rivière Rouge au commencement de novembre 1819 et arriva à Montréal vers la fin de décembre.
Le 29 janvier 18 18, M. Samuel Gale qui avait passé l'été au fort Douglas avec Lord Selkirk, adressait à Mgr Plessis une lettre dans laquelle il exposait à Sa Grandeur les besoins pressants de secours spirituels où se trouvaient tous les pauvres catholiques disséminés dans le vaste territoire du Nord- Ouest, et les désirs ardents qu'ils avaient tous de voir arriver parmi eux des
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prêtres pour les instruire, eux et leurs familles. Dans cette lettre il lui annonçait que l'honorable Chartier de Lotbinière était porteur d'une requête signée par les colons de la Rivière Rouge, et qu'il devait sous peu se rendre à Québec pour la présenter à Sa Grandeur.
Le 1 1 février 1818, Mgr Plessis recevait cette requête et répondait à M. Gale qu'il allait seconder de tous ses efforts le louable projet de Lord Selkirk. " Il se trouvera dans mon clergé, " disait- il, des prêtres qui se dévoueront à cette " bonne œuvre, sans autre motif que celui de " procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes."
La Compagnie du Nord-Ouest qui avait voulu faire disparaître la colonie de Lord Selkirk afin de garder le pays de la Rivière Rouge dans la sauvagerie, voyait d'un très mauvais œil les négociations entamées entre celui-ci et l'évêque de Québec. Avec les missionnaires à la Rivière Rouge, c'était la civilisation chrétienne qui entrait, et tous les moyens criminels que les Bourgeois du Nord avaient employés jusqu'ici pour accaparer le commerce des fourrures, allaient devenir impossibles. Ils le sentaient fort bien, aussi ils ne manquèrent pas d'intriguer pour faire tomber le projet de Lord Selkirk. Ils disaient partout que c'était une témérité que de songer à envoyer des prêtres dans ces contrées sauvages ; que les dépenses pour les entretenir là-bas seraient
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énormes et que leurs succès seraient à peu près nuls. Ils réussirent à gagner même des prêtres à cette opinion. Un jour, un supérieur de communauté à Montréal disait devant M. Provencher partant pour cette mission : " A quoi bon envoyer si loin des missionnaires ? est-ce que tout le monde ne peut pas baptiser ? " " Sans doute, répondit M. Provencher, mais il y a dans l'église d'autres sacrements que tout le monde n'administre pas." (lettre de Mgr Provencher). Cependant les plus influents personnages en Canada étaient en faveur de cette mission. Outre Lord Selkirk et Lady Selkirk, les membres les plus influents de la Compagnie de la baie d'Hudson, (presque tous, protestants) demandaient des missionnaires catholiques, le Gouverneur-Général du Canada, luimême, était à la tête d'une souscription pour aider à l'établissement de cette mission permanente à la Rivière Rouge.
Il semblait difficile de ne pas voir là le doigt de Dieu, montrant ses desseins de miséricorde sur le pauvre peuple, abandonné dans ces pays sauvages.
Quand on présenta aux messieurs de la Compagnie du Nord-Ouest la liste des souscriptions, en tête de laquelle était le nom du Gouverneur- Général, ils refusèrent polimentd'ymettrelesleurs.
Dans le cours du mois de mars 1818, Mgr Plessis annonça à M. Provencher, curé de
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Kamouraska, qu'il avait jeté les yeux sur lui pour aller fonder une mission à la Rivière Rouge. Malgré la grandeur du sacrifice que lui demandait son évêque, il accepta sans manifester la moindre hésitation. Le 16 avril, il faisait ses adieux à sa paroisse et se mettait en route pour Montréal où il devait s'embarquer pour la Rivière Rouge avec un confrère, M. Sévère Dumoulin.
Lord Selkirk, craignant que la Compagnie du Nord- Ouest ne voulut créer des embarras aux missionnaires, suggéra à Mgr Plessis de les faire accompagner par un officier du département des sauvages. " J'oserais, écrit-il à Mgr Plessis, re- " commander à Votre Grandeur de demander à " Son Excellence le Gouverneur-Général que " M. le capitaine J. -Baptiste chevalier De Lori- " mier soit nommé pour accompagner les mis- " sionnaires jusqu'à la Rivière Rouge ; ce mon- " sieur est d'une grande expérience dans les " voyages et entend parfaitement la manière de " s'y prendre avec les voyageurs. Il est respecté " des sauvages aussi bien que les Canadiens du " Nord, de manière qu'il pourrait déjouer les " intrigues par lesquelles on pourrait tenter d'in- " commoder le voyage des missionnaires."
Pour assurer le sort de la mission de la Rivière Rouge, Lord Selkirk donna par acte notarié, signé par sept syndics, un terrain de vingtcinq acres en superficie pour la place de l'église
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et des maisons d'éducation et par un second contrat une étendue de terre de cinq milles de profondeur sur sept milles de largeur, en arrière du terrain de l'église. Voici les noms des syndics qui signèrent ces contrats.
Lord Selkirk. J. O. Plessis, J. N. Provencher, Prêtre. Evêque de Québec.
Roux, Prêtre. Sévère Dumoulin, Prêtre.
S. de Beaujeu. W. Henry.
Ce fut un mardi [8 mai 1818, vers midi, que les deux missionnaires firent leurs adieux au Canada. Quelques jours auparavant, Mgr Plessis leur avait envoyé les instructions suivantes :
1 . Les missionnaires doivent considérer comme le premier objet de leur mission de retirer de la barbarie et des désordres qui en sont la suite, les nations sauvages répandues dans cette vaste contrée.
2. Le second objet est de porter leurs soins vers les mauvais chrétiens qui y ont adopté les mœurs des sauvages et qui vivent dans la licence et dans l'oubli de leurs devoirs.
3. Persuadés que la prédication de l'Evangile est le moyen le plus assuré d'obtenir ces heureux effets, ils ne perdront aucune occasion d'en inculquer les principes et les maximes, soit dans leurs conversations particulières, soit dans leurs instructions publiques.
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4. Afin de se rendre plus promptement utiles aux naturels du pays où ils sont envoyés, ils s'appliqueront, dès le moment de leur arrivée, à l'étude des langues sauvages et tâcheront de les réduire à des principes réguliers, de manière à pouvoir en publier une grammaire, après quelques années de résidence.
5. Ils prépareront au baptême, avec toute l'expédition possible, les femmes infidèles qui vivent en concubinage avec les chrétiens, afin de substituer des mariages légitimes à ces unions irrégulières.
6. Ils s'attacheront avec un soin particulier à l'éducation chrétienne des enfants, établiront à cet effet des écoles et des catéchismes dans toutes les bourgades qu'ils auront occasion de visiter.
7. Dans tous les endroits remarquables par leur position, soit par le passage des voyageurs, soit par le rassemblement des sauvages, ils auront soin de faire planter de hautes croix, comme pour prendre possession de ces lieux, au nom de la religion catholique.
8. Ils répéteront souvent aux peuples vers lesquels ils sont envoyés, combien cette religion prescrit sévèrement la paix, la douceur, l'obéissance aux lois tant de l'Etat que de l'Eglise.
9. Ils leur feront connaître les avantages qu'ils ont de vivre sous le gouvernement de Sa Majesté
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Britannique, leur enseignant de parole et d'exemple le respect et la fidélité qu'ils doivent au Souverain, les accoutumant à adresser à Dieu de ferventes prières pour la prospérité de Sa Très Gracieuse Majesté, de son auguste famille et de son empire.
10. Ils maintiendront un parfait équilibre entre les prétentions réciproques des deux Compagnies du Nord-Ouest et de la baie d'Hudson, se souvenant qu'ils sont exclusivement envoyés pour le bien spirituel des peuples, de la civilisation desquels doit résulter l'avantage de l'une et de l'autre Compagnie.
11. Ils fixeront leur demeure près du fort Douglas sur la Rivière Rouge, y construiront une église, une maison, une école, tireront pour leur subsistance le meilleur parti possible des terres qui leur sont données. Quoique cette rivière, ainsi que le lac Winnipeg où elle se jette, se trouve dans le territoire réclamé par la Compagnie de la baie d'Hudson, ils n'en seront pas moins zélés pour le salut des commis, engagés et voyageurs qui sont au service de la Compagnie du Nord- Ouest, ayant soin de se porter partout où le salut des âmes les appellera.
12. Ils nous donneront des informations fréquentes et régulières de tout ce qui peut intéresser, retarder ou favoriser les progrès de la mission.
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Si, nonobstant la conduite la plus impartiale, ils se trouvaient troublés dans l'exercice de leurs fonctions, ils n'abandonneront point leur mission avant d'avoir reçu mes ordres.
Signé : f J. O., Eve que de Qiùèbec.
Le voyage des missionnaires dura deux mois ; ils arrivèrent à la Rivière Rouge le 1 6 juillet 1 8 18.
l'ouest canadien CHAPITRE XVII.
SOMMAIRE
Procès intenté à la Compagnie du Nord-Ouest par Lord Selkirk. — Arrivée des missionnaires. —Fléau des sauterelles à la Rivière Rouge. — Mission de Pembina. — Intérêt porté aux missionnaires par Lord et Lady Selkirk.— Union des deux compagnies. — Travaux des missionnaires loués par Sir George Simpson. — Paix définitive établie dans tout le Nord-Ouest.
Après le départ des missionnaires, Lord Selkirk, rassuré sur le sort de sa colonie, s'occupa tout particulièrement de la Compagniedu Nord-Ouest pour lui demander compte des dommages qu'elle lui avait causés. Il intenta à celle-ci un procès qui fit retentir les tribunaux du Haut et du Bas- Canada et qui entraîna d'énormes dépenses.
Une Compagnie puissante, comme l'était celle du Nord-Ouest, n'est jamais à bout de moyens pour se défendre. La cause fut portée en Angleterre où elle fit beaucoup de bruit jusqu'à la mort de Lord Selkirk qui arriva au mois d'avril 1820. Mais la Compagnie du Nord-Ouest eut beau se débattre, l'établissement des missions lui avait donné un coup mortel.
Sur un ordre du Ministre des colonies, les forts
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avaient été restitués à leurs propriétaires dès le printemps de 1818.
Partout à la Rivière Rouge et dans le district d'Assiniboia, la paix fut définitivement rétablie.
En 1819, il y eut bien, dans les forts de l'extrême nord, quelques escarmouches entre les serviteurs des deux Compagnies, mais, en 1821, lassées de ces guerres fratricides qui causaient leur ruine, elles se réunirent en une seule société, désignée sous le nom de Compagnie de la baie d'Hudson.
A. partir de ce moment, il ne fut plus question de la Compagnie du Nord-Ouest ; son nom disparut ; la gloire des Seigneurs du nord était passée ; et un autre règne, celui de la civilisation, commençait.
Cependant les colons eurent encore à lutter contre une foule d'épreuves d'un autre genre.
" Quand nous arrivâmes à la Rivière Rouge, dit Mgr Provencher, cette colonie, dévastée pendant les troubles des années précédentes, était l'emblème de la pauvreté, et en réalité elle réunissait toutes les privations de la vie.
" Traités avec beaucoup d'égards et de politesse, mangeant à la table du gouverneur de la colonie, les missionnaires ne furent pas exempts de prendre part aux privations du pays.
" On ne voyait sur cette table ni pain, ni légumes, mais uniquement de la viande de bison
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séchée au soleil ou au feu et un peu de poisson ; il n'y avait point de lait, point de beurre, souvent même ni thé, ni sucre."
En ce temps-là, la plupart des fermiers ne cultivaient encore qu'à la pioche et semaient plutôt pour avoir de la semence, l'année suivante, que dans l'espoir de manger les produits de leur travail.
Le peu de grain que les colons semèrent, en 1 8 1 8, avait une très belle apparence et promettait une abondante récolte, quand, le 3 du mois d'août, il tomba, dans toute la colonie, une nuée de sauterelles qui dévorèrent tous les grains et détruisirent, en quelques semaines, tout ce qui pouvait servir à la nourriture.
Au bout de quelques semaines, ces insectes s'envolèrent pour aller mourir ailleurs, mais, avant leur départ, elles déposèrent leurs œufs dans la terre et, l'année suivante, ces œufs produisirent des myriades de sauterelles qui rongèrent la végétation jusqu'à la fin de juillet. Quand elles furent munies de leurs ailes, elles prirent leur vol dans les airs en telle quantité que les rayons du soleil le plus ardent en étaient obscurcis et ne faisaient pas cligner l'œil de celui qui regardait le départ de ces hôtes malfaisants. {Notes de Mgr Provencker)
Il n'y eut aucune espèce de récolte cette année là. Au printemps de 1820, chacun s'empressa de
semer une partie du grain qu'il avait en réserve, car on avait toujours soin d'en mettre un peu de côté. La saison fut favorable, tout poussait à merveille, l'espérance dans l'avenir faisait oublier les malheurs passés, lorsque le 26 juillet, il tomba de nouveau une pluie de sauterelles.
Cette fois le découragement s'empara des pauvres colons ; tout fut détruit aussi complètement que si le feu eut ravagé les campagnes. Mais ce qui contribua encore à les décourager davantage, ce furent les œufs de ces insectes déposés en terre en quantité prodigieuse. En 1-82 1, toute la verdure fut rongée et la terre dans les champs et les prairies resta noire comme la poussière des chemins.
Les sauterelles s'introduisaient partout et mangeaient tout, linge, cuir, etc., etc., il ne fallait rien laisser à leur portée. {Notes de Mgr Provencher).
Elles ne quittèrent la colonie qu'au mois d'août, quand leurs ailes leur permirent de s'élever dans les airs. Cette fois, il ne restait plus de semence dans le pays.
Le Gouverneur de la colonie fut obligé d'envoyer chercher des grains de semence à la Prairie du Chien sur le Mississipi, à trois cents lieues de la Rivière Rouge. Ces grains furent apportés trop tard au printemps pour être semés, en sorte qu'il n'y eut aucune récolte en 1821.
En 1822, les champs furent ensemencés de
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bonne heure au printemps. La saison fut très favorable à la végétation et les grains poussèrent avec une vigueur extraordinaire. Cette fois, les sauterelles ne parurent pas, mais comme s'il eut été réglé, qu'un fléau tomberait, chaque année, sur la colonie, il arriva tout à coup une multitude de souris que commirent de grands dégâts dans les champs ; elles coupaient la tige du grain par le pied et hachaient la paille par petits bouts. Néanmoins les colons purent recueillir assez de blé pour ne pas être obligés d'en aller chercher hors du pays.
Depuis 1817 jusqu'à 1821 les colons écossais allèrent chaque année passer l'hiver à Pembina avec les métis et les voyageurs canadiens. Ils se firent chasseurs comme eux et devinrent bientôt habiles à poursuivre le buffalo dans les prairies.
Au printemps, pendant que les fermiers allaient ensemencer leurs champs, les familles, pour éviter les fatigues d'un voyage de soixante-dix milles, restaient campées à Pembina. La meilleure entente régnait entre métis et écossais ; vivant dans le même camp, se rendant de mutuels services, preuve très évidente que les querelles du passé étaient l'œuvre de la Compagnie du Nord-Ouest.
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En t8i8, au mois de septembre, M. Sévère Dumoulin, missionnaire, compagnon de Mgr Provencher, alla demeurer à Pembina pour donner les secours religieux aux catholiques qui demeuraient en cet endroit. La population de ce camp selevait à trois cents âmes environ. Dès la même année l'on y bâtit une chapelle et une école, ainsi qu'une résidence pour le missionnaire. Tous ces pauvres chasseurs abandonnés à eux-mêmes, depuis longtemps, étaient si heureux de voir un prêtre résidant parmi eux qu'ils étaient prêts à faire tous les sacrifices pour le garder.
A la Rivière Rouge la mission prit le nom de : St-Boniface. Jusqu'à l'arrivée de Mgr Provencher les gens du pays désignaient cet endroit sous le nom de : la Fourche, à cause du confluent de l'Assiniboine et de la Rivière Rouge.
La mission de St-Boniface était loin de posséder les ressources de Pembina pour les besoins delà vie. N éanmoins, trois mois après son arrivée, le missionnaire aidé de quelques colons canadiens avait déjà construit une chapelle en bois, dans laquelle il se ménagea un logement pour luimême.
Pour presser les travaux de sa maison et la rendre logeable pour l'hiver, le missionnaire se fit bûcheron, charpentier et maçon.
La charpente de cette maison fut dressée au commencement de septembre. Pour la couvrir,
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il alla couper des joncs et du foin plat dans un marais voisin et s'en servit en guise de bardeau. Sur de mauvaises planches de tremble qu'il employa comme première couverture, il étendit une couche de glaise sur laquelle il fixa le mieux qu'il put les roseaux qu'il avait coupés. On comprend qu'une telle construction ne payait pas de mine pour la résidence d'un prêtre.
L'historien Ross, parlant de l'arrivée des missionnaires catholiques à la Rivière Rouge, dit que cette arrivée fit doublement sentir aux pauvres écossais l'abandon dans lequel ils étaient sous le rapport spirituel.
" Pendant, dit-il, que les colonistes portaient le lourd fardeau des épreuves sans aucune consolation, quelques familles canadiennes françaises, à la tête desquelles étaient deux prêtres arrivèrent du Canada et se fixèrent dans la colonie. La vue de ces prêtres apportant les joies de la religion aux catholiques pendant que les écossais étaient privés de tous secours spirituels, leur fut très sensible."
Mais ce qui dut être plus sensible pour eux, ce fut le fait de voir Lord Selkirk, un de leurs co-religionnaires, se montrer si empressé et déployer tant de zèle pour l'établissement d'une mission catholique à St-Boniface, dans le voisinage immédiat de la colonie écossaise. Ils n'ignoraient pas les dons généreux que venait de faire à la mis-
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sion catholique Lord Selkirk, et ses démarches auprès de l'évêque de Québec pour assurer l'avenir de cette mission. Tout cela était certainement de nature à froisser le sentiment religieux des colons écossais. Cependant ils ne murmurèrent pas hautement.
Lorsque Lord Selkirk apprit en Canada le bon accueil qu'on avait fait aux deux missionnaires, il en témoigna sa joie comme l'eut fait le catholique le plus zélé. Il entrevoyait là, l'assurance d'une paix durable dans ce pays et par conséquent un appui solide pour sa colonie, qui en bénéficierait autant que les catholiques sous ce rapport.
A cette occasion, il écrivit à Mgr Plessis, évêque de Québec, la lettre suivante :
" Monseigneur,
" Pendant le voyage que je viens de faire dans le Haut Canada, j'ai eu le plaisir de recevoir de la Rivière Rouge, des nouvelles qui m'ont annoncé l'heureuse arrivée de MM. Provencher et Dumoulin. Ces lettres, ainsi que le rapport verbal que j'ai reçu de M. de Lorimier, en arrivant ici, me marquaient que les habitants, et surtout les canadiens, anciens voyageurs avec leurs familles métisses, avaient témoigné la meilleure disposition à profiter des instructions des missionnaires et que les sauvages aussi leur avaient témoigné
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ce respect qui donne lieu de croire qu'ils montreront la même docilité. J'espère que cet heureux présage sera confirmé par le rapport que ces
messieurs n'auront pas manqué de faire à Votre Seigneurie.
" En réfléchissant sur les circonstances qui m'ont été communiquées, il me paraît que si elles étaient connues en Angleterre, on pourrait y obtenir des secours qui donneraient un appui solide à l'établissement de cette mission.
" Il y a parmi les catholiques, des familles distinguées d'Angleterre (et je ne doute pas qu'on trouverait aussi des protestants) qui se feraient une gloire de contribuer au maintien d'une mission de cette nature, dès qu'ils seraient instruits du bien qui peut en résulter.
" Si j'étais autorisé de la part de Votre Seigneurie à communiquer cette assurance, j'ai pleine confiance qu'en Angleterre on trouverait le moyen d'en retirer un résultat favorable.
" J'ai ouï dire dernièrement qu'il y a probabilité que le Haut-Canada soit érigé en diocèse séparé : Si ce démembrement a lieu, j'espère que la Rivière Rouge restera dans le diocèse de Québec. J'aurais beaucoup de peine si cet établissement naissant ne restait pas sous la juridiction de Votre Seigneurie, sous laquelle elle a été si heureusement commencée.
" Je me souviens qu'à Québec, le printemps
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dernier, Votre Seigneurie a suggéré, qu'à la longue, ces pays éloignés devraient avoir un établissement indépendant ; mais en attendant que la population ait pris cet accroissement qui serait nécessaire pour supporter, sans secours, un établissement séparé, il me paraît que tous ces pays sauvages devraient relever de Québec plutôt que d'aucun autre diocèse ; vu que les catholiques qui y sont répandus, ne parlent que la langue française, et que pour cette raison le Haut-Canada ne pourrait pas former des sujets propres à y remplir le ministère.
J'ai l'honneur d'être, etc., etc.
(Signé) Selkirk.
Lady Selkirk ne se montra pas moins zélée que son noble époux pour aider la mission catholique. Elle écrit aux missionnaires pour leur dire qu'elle prépare une caisse dans laquelle elle met des linges et des objets pour le culte sacré, et, comme Lord Selkirk, elle se réjouit d'apprendre les bonnes dispositions des gens de la Rivière Rouge envers les prêtres.
Qui ne voit ici que Lord Selkirk a été l'instrument dont a voulu se servir la divine Providence pour conduire les apôtres de l'évangile au Nord- Ouest.
A l'automne de 1819, Lord Selkirk, fatigué de ses voyages et miné par les ennuis que lui eau-
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saient ses luttes avec la Compagnie du Nord- Ouest, passa dans le sud de la France avec son épouse dans l'espoir d'y rétablir sa santé. Mais ni le climat plus doux de la France ni les secours de l'art ne purent lui rendre ses forces ; il mourut dans la ville de Pau près des Pyrénées le 8 avril
Sa mort devait amener une organisation nouvelle dans la Compagnie de la baie d'Hudson et donner une autre marche aux affaires du Nord- Ouest. A cette date les deux Compagnies n'étaient pas encore réunies. On parlait seulement d'un traité de paix entre elles. Ce fut un moment d'inquiétude pour la colonie aussi bien que pour la mission qui perdait un puissant protecteur.
Mgr Plessis écrivant à Mgr Provencher, à ce sujet, lui disait :
" On parle d'un traité de paix entre les deux sociétés d'Hudson et du Nord-Ouest. Je ne sais si la religion y trouvera son compte, ni si la colonie subsistera, supposé que le lot tombe dans le partage dtù Nord- Ouest. La suite fera voir ce qu'il faut en penser. Si comme je n'en doute pas, Dieu a des desseins de miséricorde sur cette partie du nouveau monde, il trouvera bien moyen d'y soutenir et d'y propager son royaume."
La Providence, en effet, qui se rit des machinations des hommes pour s'opposer à l'accom-
plissement de ses plans, fit disparaître complètement la Compagnie du Nord-Ouest, un an après la mort de Lord Selkirk, quand elle paraissait encore à l'apogée de sa gloire et de sa puissance.
Les catholiques de la Rivière Rouge peuvent regarder Lord Selkirk comme le premier et le plus grand bienfaiteur de cette mission. Il est juste que l'histoire paye un tribut de reconnaissance et rende hommage à la mémoire de cet illustre personnage qui, malgré les calomnies dont l'ont couvert ses ennemis, restera toujours dans les annales de notre pays une belle et grande figure.
Après l'union des deux Compagnies ce fut M. Walkett beau-frère de Lord Selkirk et son exécuteur testamentaire qui fut chargé de veiller aux besoins de la colonie écossaise.
Avant son arrivée, il y avait, au fort Douglas, un gouverneur dont la tâche était fort embarrassante. Malgré la meilleure volonté du monde et l'administration la plus fidèle, il est facile de comprendre qu'il ne pouvait pas faire régner l'abondance dans un pays ruiné par tant de fléaux consécutifs et où les travaux des cultivateurs n'avaient pas encore rapporté de quoi à nourrir un dixième de la population.
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Le gouverneur de la colonie, en 1818, à l'arrivée des missionnaires, était M. A. McDonelL L'historien Ross fait de lui un portrait peu flatteur. Il nous le montre comme un fléau aussi dévastateur que celui des sauterelles, et il ajoute que les colons le nommaient le Gouverneur Sauterelle, parce qu'il détruisait au-dedans du fort, autant que les sauterelles détruisaient au dehors. (Pendant, dit-il, que les colons souffraient de toutes sortes de privations, lui, dans son fort, faisait bombance avec ses amis.) Cette accusation nous paraît une exagération qui frise la calomnie.
Quand les missionnaires débarquèrent à la Rivière Rouge ils furent reçus au fort Douglas et y demeurèrent pendant deux mois, mangeant, durant tout ce temps, nous l'avons déjà dit, à la table du gouverneur; ils y furent témoins du genre de vie qu'on menait dans ce fort ; cependant Mgr Provencher affirme " qu'à la table du gouverneur il n'y avait que de la viande de buffalo et qu'il n'y avait ni pain, ni légumes, ni beurre, ni thé, ni sucre." Si on appelle cela faire bombance, il faut avouer que le menu à la table du gouverneur, n'était pas varié,
Est-ce parce que M. A. McDonnell était un catholique, que l'historien Ross a fait peser sur lui de si graves accusations ? on pourrait le soupçonner, car dans plus d'un endroit de son histoire,
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il laisse percer son fanatisme en jetant à la face des catholiques l'épithète de Papistes. En prenant la défense des Ecossais dans le cours de cette histoire, nous avons montré plus de générosité et de justice que M. Ross, qui évite de prononcer, même une seule fois, le nom de l'évêque Provencher dans tous le cours de son ouvrage. Pourtant Mgr Provencher est une des figures les plus marquantes dans l'histoire de la Rivière Rouge ; il faut fermer les yeux bien justes pour ne pas l'apercevoir.
Anéantie deux fois par la Compagnie du Nord- Ouest, la colonie de Lord Selkirk était destinée à disparaître sans l'action vivifiante de la religion apportée par les missionnaires, et si Mgr Provencher ne fut pas le fondateur de cette colonie, il en fut le restaurateur et un des principaux soutiens, par la paix, que pins que tout autre, il contribua à maintenir dans la Rivière Rouge.
Ce fut la présence de l'évêque catholique, qui après chaque nouvelle épreuve, ramena le courage et la confiance au cœur de la population. Après le fléau des sauterelles et surtout après le désastre de l'inondation en 1826, tous les colons voulaient s'en aller du pays, le regardant comme inhabitable. En réalité il y avait de quoi décourager et plusieurs habitants quittèrent la Rivière Rouge pour toujours.
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L'évêque catholique, en fondant, au milieu des plus rudes épreuves, des institutions stables à St-Boniface, donnait foi dans l'avenir de ce pays et affermissait ainsi les volontés chancelantes.
Jusqu'à ce jour, les historiens anglais qui ont écrit sur les premiers temps de la colonie de Lord Selkirk n'ont jamais dit un mot de Mgr Provencher et ont exalté les efforts des anglais et des écossais pour répandre la civilisation dans le pays. Nous ne voulons pas diminuer le moins du monde le mérite de ceux qui ont contribué en quelque manière au bien du pays et de ses habitants, mais, dans l'histoire, il faut être juste et donner à chacun ce qui lui appartient. Or, garder le silence sur les œuvres d'un homme, comme Mgr Provencher, quand on se mêle, d'écrire l'histoire d'un pays qu'il a évangélisé ; c'est manquer de justice et se montrer fanatique. Ce reproche nous pouvons l'adresser sans crainte à MM. Gunn et Ross, les deux historiens de la Rivière Rouge.
Sir George Simpson, gouverneur de la Compagnie de la baie d'Hudson, quoique protestant avait des idées beaucoup plus larges sur le mérite de l'évêque de St-Boniface et il ne craignait pas de les exprimer. En toutes circonstances il faisait les plus grands éloges de Mgr Provencher et il voulut se montrer reconnaissant
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pour le bien, même temporel auquel son action avait contribué dans tout le Nord-Ouest.
Voici l'extrait d'une résolution passée au conseil de York Factory à la suggestion de Sir George Simpson lui-même. Nous la prenons dans le texte original.
Extract from thb Minute of Council
Held at York Factory. 2 July, 1825.
" Great benefit being experienced from the benevolent and indefatigable exertion of the catholic mission at Red River in welfare and moral religious instruction of its numerous followers ; and it being observed, with much satisfaction, that the influence of the mission under the direction of the Right Révérend Bishop of Juliopolis, has been informly directed to the best interest of the settlement and of the country at large, it is Resolved : That, in order to mark our approbation of suchlaudable and disinterested conduct on the part of said mission, it be recommended to the Honorable Committee that a sum of £$o per annum be given towards its support &c &c."
Voilà comment des hommes à larges vues savaient apprécier le bien opéré par Mgr Provencher dans la colonie de la Rivière Rouge, non seulement dans l'ordre élevé du salut des âmes, mais aussi dans l'ordre des choses temporelles.
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Le pays qui jusqu'à l'arrivée des missionnaires n'avait jamais vu que divisions, haines, jalousies et vengeances vit tout à coup régner entre les habitants sans distinction de race, l'union la plus parfaite.
Cette bonne entente, entre les premiers habitants de la Rivière Rouge est un fait qui mérite d'être signalé, quand on sait, qu'en Amérique, presque toutes les colonies, formées du mélange de différentes races, ont commencé par la manifestation du plus déplorable fanatisme ; témoins les premiers établissements dans Test des Etats- Unis où, pendant longtemps, les catholiques furent persécutés à outrance. A la Rivière Rouge, au contraire, après 1818, Anglais, Ecossais, Irlandais, Canadiens, Métis, tous vécurent en parfaite harmonie et semblaient heureux de se rendre de mutuels services.
En l'année 1820 M. Provencher qui n'était encore que simple prêtre s'absenta du pays pour descendre à Québec. Mgr Plessis avait demandé et obtenu des bulles pour un évêque à la Rivière Rouge et c'était à M. Provencher qu'elles étaient adressées. Son séjour en Canada fut de deux ans. Avant de retourner dans ses missions, il fut sacré à Trois Rivières le 12 mai 1822, avec
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le titre d'évêque de Juliopolis. Il partit de Montréal le 19 mai et fut de retour dans son diocèse le 7 août. A partir de ce moment la hiérarchie catholique était établie dans le Nord-Ouest. Après 1822 l'histoire politique et sociale de ce pays marchera de pair avec l'histoire des missions. Ce sera la matière d'un autre volume.
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