‹ Discours de l'Honorable M. ChapleauChapitre 7 sur 37 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

SOMMAIRE

Départ de M. de la Vérendrye pour le fort Maurepas. — Découverte de la rivière Rouge et de l'Assiniboine.. — Construction du fort la Reine. — Voyage chez les mandanes. Retour au fort la Reine.

Après son retour de Montréal, M. de la Vérendrye songea à profiter des beaux jours de l'automne pour s'avancer plus loin dans l'intérieur du pays.

A la demande des sauvages, il laissa ses deux fils au fort Saint-Charles, et après y avoir mis tout en bon ordre, il partit avec six canots bien équipés pour le fort Maurepas où il arriva le 23 septembre. Toute cette partie du pays avait déjà été explorée, en 1734, par le fils de M. de la Vérendrye. En 1735, M. de la Jemmeraie y avait été envoyé pour y passer l'hiver ; ce fut là qu'il mourut et qu'il fut enterré.

Aujourd'hui, l'endroit où fut bâti le fort Maurepas est connu ; c'est sur le côté nord de la rivière Winnipeg, près de son embouchure. Ne serait-il pas convenable d'élever, au moins, une modeste croix à la mémoire de cet illustre canadien, qui

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partagea les travaux du découvreur de la rivière Rouge et qui mourut à la peine ? Son nom, trop oublié jusqu'à présent, mérite bien detre conservé dans l'histoire et d'être gravé sur un monument.

M. de la Vérendrye ne s'arrêta qu'un jour au fort Maurepas ; dès le lendemain de son arrivée, il continua sa route vers l'embouchure de la rivière Rouge.

Cette rivière portait alors le nom de rivière des Assiniboines. La rivière Assiniboine actuelle était regardée comme la rivière principale dont la rivière Rouge n'était qu'un affluent. M. de la Vérendrye était guidé par des sauvages. Ses canots remontèrent les nombreux détours de cette rivière qui semble revenir à chaque instant sur ses pas.

Ce fut vers les derniers jours de septembre que le découvreur de la rivière Rouge passa en face du lieu où s'élève aujourd'hui la jolie ville de Winnipeg, et la petite ville de St-Boniface, là même où un. siècle plus tard un parent de ce noble canadien, Mgr Alexandre Taché, devait illustrer son nom par une vie toute de sacrifices, pour répandre le bienfait de la civilisation chrétienne chez les peuplades sauvages de ces immenses contrées.

M. de la Vérendrye remonta le cours de l' Assiniboine jusqu'à l'endroit où est bâtie aujourd'hui

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la ville du Portage de la Prairie. Le 3 octobre, il descendit à terre avec son monde et commença immédiatement à construire un fort pour y passer l'hiver. Il donna à ce fort le nom de fort de la Reine,

Pendant longtemps les historiens de la rivière Rouge ont discuté pour savoir où avait été construit ce fort, (1) mais aujourd'hui il n'y a plus de doute que ce fort était au Portage de la Prairie, puisque M. de la Vérendrye le dit luimême dans son journal.

" Mon quatrième fort, dit-il, est le fort de la Reine " sur le côté nord de la rivière des Assiniboëls.

" Du fort de la Reine il y a un portage de trois " lieues au nord-est pour tomber dans le lac des " Prairies."

Le lac des Prairies dont parle M. de la Vérendrye, est le lac Manitoba.

Ce nom de Manitoba lui fut donné par les sauvages assiniboines qui en habitaient les bords au temps de la découverte du pays. Les découvreurs se faisaient donner par les sauvages les noms des lacs et rivières qu'ils rencontraient sur leur route ; ils les écrivaient dans leur journal tels qu'ils les avaient entendu nommer ou bien en donnaient la traduction française.

De nos jours, on a prétendu et soutenu que Manitoba dérivait de deux motssauteux, Manito,

(i) Plusieurs ont cru qu'il était à l'embouchure de la rivière Souris.

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Wapan. Ceci n'est pas probable du tout, et personne ne le prouvera d'une manière satisfaisante. Je demande par quelles transitions il a fallu faire passer Manito Wapan pour en arriver à Manitoba. Ce ne sont pas les Sauteux euxmêmes qui auraient changé ce nom qui est dans leur propre langue ; assurément ils eussent continué à prononcer Manito Wapan. Seraient-ce les français qui auraient fait le changement ? Ce n'est pas probable non plus, puisqu'ils ont conservé une foule de noms sauvages beaucoup plus difficiles à prononcer que Manito Wapan. Dans le journal de M. de la Vérendrye on trouve les noms de Missi/imaJcmaw, de Kaministigoya, Winipigon, Takamamiwen parfaitement conservés.

Pourquoi Manito Wapan aurait-il été torturé pour devenir Manitoba.

Les sauvages qui habitaient les bords du lac Manitoba et les bords de l'Assiniboine au temps de la découverte étaient des assiniboines dont la langue ressemble à celle des sioux. Il y avait les tribus des : Mata toba,àes Hic toâa, des Titoba. Cette terminaison toba dans leur langue signifie prairie et mine veut dire eau. Mi ne sota veut dire : eau jaune: Mine apolis, ville des eaux.

Mine toba veut dire eau des prairies ou lac des prairies. Les anglais venus dans le pays après les français ont prononcé mine comme my ni, et de là Manitoba. Monsieur de la Vérendrye

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en appelant dans son journal Manitoba le lac des Prairies donne tout simplement la traduction du nom sauvage.

D'ailleurs ce lac devait naturellement s'appeler lac des Prairies et non pas le détroit de V esprit qui parle.

Longtemps on a donné au mot Canada une origine qui n'était pas du tout la sienne. On a dit qu'il venait des mots cris : pïko anata, ce qui veut dire {sans dessein). Or, il est prouvé aujourd'hui que le mot Canada est un mot iroquois qui signifie amas, ou groupe de cabanes. La chose est toute naturelle puisque le pays était habité par les iroquois. Pareillement, Manitoba est d'origine assiniboine, puisque le pays où il est situé, était habité par les assiniboines à l'époque de sa découverte. Inutile donc de le faire dériver de Manito Wap an.

Le 8 octobre, deux canots restés en arrière et montés par douze hommes, arrivèrent au fort de la Reine ; le Sieur de la Marque et son frère étaient sur l'un de ces canots. Ils venaient dans l'intention de suivre M. de la Vérendrye chez les tribus sauvages de l'Ouest.

Quoique la saison fut déjà très avancée (car, dans ces pays du nord, l'hiver commence assez souvent au mois de novembre), M. de la Vérendrye résolut de se rendre chez les Mandanes, tribu nombreuse et importante qui habitait non

M. DE LA VÉRENDRYE

loin des bords du Missouri, au sud-ouest du fort de la Reine.

Il partit accompagné de vingt français au nombre desquels se trouvaient le Sieur de la Marque et son frère. Il prit en outre quatre sauvages pour les guider.

M. de la Vérendrye déclare que lui et sa troupe eurent beaucoup de misères à essuyer pour se rendre chez les Mandanes. Ceux qui connaissent le Nord-Ouest savent combien il est imprudent d'y entreprendre de longs voyages à cette saison. Les habitants de la Rivière Rouge redoutaient les longues routes à travers les prairies vers la fin de novembre. Les chasseurs, accoutumés au rude climat de ces contrées, ont plus d'une fois failli périr dans des tempêtes de neige qui se déchaînent à l'entrée de l'hiver.

La troupe de M. de la Vérendrye s'était grossie le long de la route. Un gros village d'assiniboines s'était joint à eux. La curiosité de ces sauvages, était vivement excitée par la présence de ces blancs qu'ils voyaient pour la première fois ; mais surtout l'espoir de les piller, ou de recevoir d'eux des présents était le principal motif qui les attirait à leur suite.

M. de la Vérendrye avait apporté avec lui une cassette et un sac qui renfermaient des objets pour faire des présents aux Mandanes afin de se les rendre favorables. Or le jour de son arrivée

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au camp des Mandanes, un assiniboine, qui avait découvert ce trésor s'en empara et prit la fuite dans la prairie. Dans les circonstances où se trouvait M. de la Vérendrye, ce vol lui causa un dommage considérable. Les assiniboines qui l'avaient suivi, se sauvèrent pour aller rejoindre le voleur et partager le magot enlevé. (i) Avec eux s'enfuit aussi l'interprète qui avait été d'avance grassement payé. Toutes ces épreuves jetèrent le découragement parmi les voyageurs, et les déterminèrent à retourner au fort de la Reine, malgré la rigueur de la saison.

Monsieur de la Vérendrye laissa chez les Mandanes deux français pour y apprendre la langue et obtenir des renseignements sur le pays et les nations qui l'habitaient.

Quoique très souffrant, M. de la Vérendrye se mit en marche avec son monde pour retourner à son fort. Il espérait éprouver du mieux en route, ce fut tout le contraire qui arriva.

Il voyageait au mois de janvier, durant la saison la plus rude. Il ne fut de retour au fort de la Reine que le n février (1739) après avoir enduré toutes les misères qu'un homme peut endurer sans mourir.

(1) On voit ici que les sauvages ont leur politique comme les blancs et qu; ils savent faire du boodlage.

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