Discours de l'Honorable M. Chapleau [microforme] :
M. CHAPLEAU : M. l'Orateur, je n’entreprendrai pas de répondre à toutes les questions qui ont été soulevées dans ce débat par l'honorable chef de l'opposition: Suivant son habitude, il a embrassé dans la discussion du sujet que nous étudions toutes les questions qui pouvaient s’y rattacher, et il les a traitées d’une manière aussi lucide que variée, Je laisserai à ceux de mes collègues à qui cette tâche incombe de répondre à l'accusation au sujet de la pression indue que l'honorable député de Durham (M. Blake) dit avoir été exercée par le | ll pese sur les représentants de la province de Québec. Je veux cependant dire à mon honorable collègue qui n’a montré. qu'un des aspects de cette. époque si remplie d’anxiété, et je vais lui faire voir l'autre.
A:en croire l'honorable député ‘‘ le gouvernement attendait ‘avec apxiété, lorsque la grande question du Pacifique s’est ‘ présentée devant ls Chambre, l'attitude qu'allait prendre “ cd apres la députation sur cette question. le s« le se demandait ce qui allait arriver; Dre ne “ sjégeait pas avec son nombre de députéc. ordinaire, et on
ra
Ce)
“attendait le dénouemont avec anxiété. Après des entrevues ‘entre les ministres du gouvernement de Québec et les dépu- ‘tés de cette province ; après des entrevues entre le chef du “gouvernement du Canada et les représentants de la province “ de Québec, le résultat fut annoncé. Les figures s'épanouirent, “la paix régna dans le camp et la loi roncernant le Pacifique “fut votée.” Mon honorable ami aurait dû dire plutôt que c'était du côté de l'opposition que les figures étaient en plus anxieusés ; on y épiait jusqu'aux plus petits bruits que l'on pouvait saisir à travers les serrures pour savoir ce qui se passait à l’intérieur; et le peu de secrets que l'on pouvait surprendre était immédiatement transmis par le télégraphe, corrigé et augmenté au grand organe du parti libéral de la province d’Ontario, si bien qu’à un certain moment ce journal annonçait que les députés de la province de Québec allaient enfin se dans los bras tout ouverts du chef de l'opposition qui leur promettait une ère de por inouie pour leur province. Le dénouement dissipa bientôt cette espérance ; la loi fut votée, et ce jour-là les figures s’assombrirent. Peu s’en est fallu que le Globe, le lendemain, ne parât en deuil comme si un des siens était tombé. C'est qu'il avait vu s'évanouir le rêve qu'il avait le plus chéri, Car de fait, ces conjectures étaient fausses et le parti conservateur était resté fidèle et uni comme le passé, Que l'honorable député se le tienne pour dit: les conservateurs de Québec ont été unanimes * suivre le gouvernemont sur cette grande question. Seulement, un certain nombre de membres ont demandé s’il n'était pas possible que toutes les questions du Pacifique fussent réglées en même temps ; c'était une chose parfaitement légitime de leur part que de chercher à savoir si le gouvernement avait l'intention, non pas d’achoter leurs votes mais de faire droit à une réclamation qui avait été faite constitutionnellement par le cabinet de la province de Québec, et qui était, depuis plusieurs jours déjà, devant le Conseil Privé, omment! M. l'Orateur, est-ce que l'honorable chef de l'opposition va nier À la députation de Québec le droit de s’enquérir si la province qu’elle représente devra être bien et justement traitée ? Est-ce que ce droit ne sera donné qu'aux aatres provinces? La Colombie anglaise peut bien soumettre au gouvernement du Canada des questions qui l’intéressent, et ne lui reconnaît-on pas le droit de demander si ces questions ont été étudiées et si le gouvernement en est venu à une détermination ? Est-ce qu'on n’a pas vu le GHlobe s'indigner parce que les griefs du Manitoba n'avaient pas été réglés d’une manière définitive lorsque l'honorable premier ministre de cette province quittait Ottawa nour s’en retourner à Winnipeg ? En; doit-il être autrement pour
Québec ?
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La pravines de Québec a exposé au gnuvernement du Canada sa réclamation. Le gouvernement fédéral était décidé non-seulement à prendre cette demande en considération, mais, À la prendre en sa favorable considération, ot c’est là ce qui occupait la députation de Québec. Non, M. l'Orateur, l'honorable député de Durbam n'a aucun reproche à faire aux représentants de notre province, pas plus qu'il n’er a à faire au gouvernement dans cette circonstance,
L'honorable membre, comme je viens de le dire, a traité la question qui nous occupe sous toutes ses faces, Je ne lui répondrai que sur un point qu’on a soulevé dans le débat, mais c’est le plus essentiel, c'est le plus important pour moi : c'est celui qui est incorporé dans la motion que l'honorable député vient de placer dans vos mains. Motion captieuse, dirigée évidemment contre la province de Québec, et d’autant plus dangereuse qu'elle demande aux députés des autres provinces de refuser à la nêtre ce qui lui est légitimeement dû, en laissant entendre aux représentants des autres parues de la Confédération qu'ils devraient partager ce que
‘honorable député appelle une grande faveur du gouvernement fédéral. tte motion est très insidieuse, en tant qu'elle paraît se baser sur un principe d'équité et de justice égales pour toutes les provinces, tandis qu'elle est dirigée contre la province de Québec dont la réclamation est qualifiée d’extravagante et de conséquonce nécessaire d'une mauvaise administration. (Cette motion, M. l'Orateur, n'aura lus de succès que celles que l’honorable député a déjà présentées et dont ia Chambre a fait justice. Le chef de la gauche a dit que, dans toutes les provinces, il y avait eu un zèle trop ardent dans la construction des voies ferrées et que divers gouvernements provinciaux avaient outrepassé, dans ce désir du progrès, la limite de leurs ressources financières. M. l’Orateur, je n'aurais pas, on cette occasion, rompu le silence que j'ai pratiqué depuis que je suis député x cette Chambre, depuis bientôt deux ans que je suis un des conseillers de Sa Majesté dans le Conseil Privé du Canada. En gardant un silence auquel je suis peu accoutumé, j'ai dû tromper l'attente de
mes amis, j'ai bien sûr désappointé la curiosité de mes
advereaires. Plus d’ua a dû se dire: qu'est donc devenue
cette vivacité d'autrefois, cette âpreté à la latte qui provo-
quait plutôt que de :rester inactive ; d’autres ont pu croire que c'était caleul. Personne, que je sache, n'a dit que c'était la peur ; cela me suffit.
Je suis le plus jeune meinbre du Conseil et j'ai cru
. devoir pratiquer ici ce que j'ai prêché ailleurs : la subordi-
nation. J'ai pratiqué le silence
c'ést une besogne très utile mais
| je dois le dire, bien fatiguante. Aujourd’hui, 1 £ $ Le à ; :
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si je crois devoir intervenir dans la discussion, c’est que la question qui nous occupe intéresse la province À la tête de l'administration de laquelle j'ai été pendant plus de deux ans. Cette question non-seulement intéi'esse la province d'où je viens et que je représente plus particulièrement dans le Conseil Privé, mais elle a trait beaucoup à l'administration à la tête de laquelle je me suis trouvé. Je voudrais
ue ma personnalité, dans les observations que j'ai à faire,
t mise de côté ; mais, je ne le puis; mon nom et mon administration se rencontrent à chaque pas dans la discussion de cette question.
, L’honorable député de Durham s’est demandé, et a demandé à la Chambre quelle était la cause, quelle était la raison de la réclamation de la province de Québec. Il a dit en avoir trouvé la eonrce dans l’extravagance des gouvernements qui ont dirigé cette province et s'il n’a pas fait toutes les objections qui sont suscitées en ce moment dans la presse, peut: être que d’autres de ses amis les feront. Quoiqu'ilen soit l'opinion publique en a été saisie, et il est bon, et je crois qu’il est de mon devoir, et dans tous les cas, je me ferai un devoir de répondre aux attaques qui ont été faites dans ce sens et qui ont, jusqu'à un certain point, non-seulement ému, mais peut-être égaré l'opinion, car, depuis bientôt dix-huit mois, il nya d’accusation qui n’ait été portée contre l’administration dont j'étais le chef, surtout à propos de cette question de chemins de fer qui nous occupe aujourd’hui. 1l n’y a pas de mauvais traitement que je aie reçu dans la presse, non-seulement de mes ennemis naturels qui logiquement doivent faire la guerre à ceux qui dans un parti différent dirigent l'opinion ; mais, je dis qu'il n’y a pas d’accusations dont je n’aie été l'objet, même dans des cercles où j'aurais cru, où j'aurais voulu ne. voir que des amis.
La province de Québec a droit au subside que le gouvernement lui donne, parce qu'elle a construit à grands frais un chemin qui tôt ou tard devait être la continuation du Pacifique vers l'océan ; mais les dépenses qui ont été encourues par elle pour la construction de ce chemin n'ont pas été les seules causes du déficit qui existe dans son budget ; d'autres causes que j'énumérer ai à l'instant y ont contribué. Je vais même plus loin et je dis que la province de Québec a des droits à la considération, à l'esprit de justice des députés des autres provinces plus que toute autre partie de l'Union.
: M. l'Orateur, avant d’éntrer dans ce nujet, qu'il me soit permis de faire une protestation contre une des insinuations, accusations qui ont été faites par l'honorable
Am, accusation qui, depuis quelque temps, paraît être le mot d'ordre des attaques qui se font contre le
gouvernement du Canada—;’accusation de ceatralisation non seulement de toutes les forces, mais même de tous les pouvoirsdes membres de la Coniélération ; d'absorbtion des droits
ui pourraient, qui devraient êtro exercés par les provinces. J e crois de mon devoir de faire cette protestation. On a dit que le chof du gouvernement, le chef du parti conservateur, notre chef à tous, avait des idées de centralisation, ou plutôt tendait à l'union législative ds toutes les provinces, Cependant, il a protesté lui-mème éloquemment, il n’y a pas encore bien longtemps, contre ces tendances : |
Comment pourraije, disait-il, presqu’à la fin de ma carrière politique, après avoir'eréé la Confédération qui a 6t6 la solution 1’agitations politiques si vives et si à mn même pour l'existence de toute la nation, comment pourraide détruire de mes propres mains l’œuvre de si longues années de travail
Comment pourrait il, en effet, ce. vieux chef vénéré de tous, vouloir détruire l’œuvre glorieuse qu'il a édifiée dans ce pays ? Comment pourrait-il sacrifier sa réputation, et perdre tous les droits qu’ila gagnés aux bénédictions des générations futures qui verront en lui le fondateur d’une grande nation sur le continent d'Amérique? Comment pourrait:il, dis-je, manquer à la mission qu’il s’est donnée et qu'il a si bien remplie, en démolissant l’œuvre qu'il a édifiée en ce pays ? Non! M. l'Orateur, et la meilleure réponse à l’accusation de centralisation portée contre l'honorable premier ministre se trouve dans la mesure généreuse, dans la mesure libérale, dans la mesure paternelle qui est en ce moment soumise à la Chambre et qui, par cela même qu'elle aide les provinces dans leur développement matériel, fournit de nouvelles garanties à l’autonomie de leur existence, Car, s'il eût été die. pu à forcer les provinces de renoncer à une partie de leurs
roits politiques en échange d'avantages matériels, le moment eût été on ne peut mieux choisi. Al n'aurait eu qu'à leur refuser ce qu'elles demandaient et ce qu'il leur accorde aujourd'hui si généreusement,
L'honorable député de Durham a dit qu'il était peut-être temps de penser à reviser la constitution pour voir si l’on ne pourrait pas demander aux différentes provinces une espère de compromis politique en leur créant une condition d'existence plus avantageuse. Je crois, M. l’Orateur, qu'au lieu d'accepter cette propositicn il est du devoir de chacun de nous de la répudier, comme une innovation dangereuse et menaçante pour les droits des provinces. Dans toutes les occasions qui se sont
ntées, je crois que l'on a vu les ministres répudier toutes tendances centralisatrices, Dans tous les cas, ceux dans cette Chambre qui sont les représentants dela province de Québec savent que sur ce joint, leurs. chefs: n'ont jemais un seul instent changé ‘leur opinion, J'ai été moi-
même, M. l'Orateur, accusé d'êtro peurètre trop fédéraliste, ou anti-centralisateur, Je ne l'ai pas,été trop, je l'ai été assez, Je suis de ceux qui croiont que l'autonomie de chacune des provinces est une des plus solides assises de la Confédé. ration, Lorsque j'étais premier ministre à Québec, chose assez étonnante, j'ai été accusé d’avoir des tendances à concéder au ministère fédéral certains privilèges qui devaient appartenir aux provinces, et depuis que je torme partie du gouvernement du Canada, je me suis fait, dans certains quartiers, je ne sais trop pourquoi, la réputation d’être trop dévoué aux institutions provinciales, de ne pas être en harmonie avec mes collègues sur les’ questions des poavoirs fédéraux.
Eb bien! M, l'Orateur, lorsque je dirigeais le gouvernement de Québec, je me suis opporé à toutes les doctrines qui auraient pu mettre en danger la paix, cette tranquillité
ans l’ordre des groupes divers qui forment la Confédération; maintenant que je suis appelé à donner à Sa Majesté les avis d'un Conseiller Privé, je respecto et je me fais un devoir de défendre les intérêts des provicces dont l'accord commun constitue la plus ferme garantie de vitalité et de fécondité du pouvoir central. C'est que, si je pensais à mes devoirs de citoyén du Canada quand j'étais À Québec, je n'ai pas oublié, en venant à Ottawa, que le pacte fédéral était l’arche sainte d’où l’on ne pouvait, sans sacrilège, arracher les tables sacrées sur lesquelles sont inscrits les droits et les libertés des provinces dont l'intelligent patriotisme créa l'union.
Voi'à mon programme politique; je n'en ai jamais eu d'autre, et je ne me considérerai pas malheureux si on m’accuse de le mettre en pratique, sentiment de l’autonomie des provinces en est un dont il faut se défier par cela même qu'étaut très naturel et très légitime, il peut nous entraîner facilement dans l’exagération, et cela pourrait avoir des conséquences que l’on regretterait plus tard. Il ne faut por:tant pas le répudier, bien loin de là. Pour éviter de tomber dans l’exagération il faut que chaque député, de quelque partie du pays qu'il ha lefonctionnement de la Coniédération, étudie les différents besoins de chacune des provinces de l'Union et qu'il n'oublie pas M les autres provinces ont autant de droit que la rienne à la protection du pouvoir central,
M. l'Orateur le gouvernement du Canada a raison de donner aux di rentes provinces toute la latitude possible dans l'exercice de leurs droits; car chaque fois qu'il à été goes de demander à la d.putation réunie une action
vergique pour favoriser les intérôts généraux du pays, le concours de toutes les provinces n'a jamais manqué, Le