Discours de l'honorable M. Mousseau
Par le discours astucieux, mensonger et habile du chef de l'opposition, vous voyez quelle importance il attache à ma défaite dans le comté de Jacques-Cartier. Vous voyez par la vigueur qu'il y a mise, les allusions blessantes qu'il y a faites,combien il tient à me vamcre, mais je vais vous démontrer dans l'instant combien de mensonges il vous a débités pour tenter d'arriver à ce résultat qu'il n'obtiendra amais.
Quand on a l'honneur d'être le premier ministre d'une province comme celle de Québec, on ne se laisse pas insulter ainsi. Quand on a l'honneur de représenter un comté comme celui de Jacques-Cartier, et .l'avoir représenté le comté de Bagot comme je l'ai représenté, on ne se laisse pas ainsi fouler aux pieds. Car si je ne me défendais pas vaillamment et énergiquement, et si je n'apposais sur le front de cet nomme menteur le stigmate de l'infamie, je ne mériterais pas votre confiance.
Messieurs, lorsque j'ai eu l'honneur d'être appelé à gouverner la province de Québec, j'ai été prié de me présenter dans un autre comté. Je suis venu ici à votre
demande, pour empêcher la division dans les rangs et maintenir l'union conservatrice. Je suis venu ; j'ai réussi. Le 19 août 1882, jour de la nomination à Sainte- Geneviève, j'avais l'honneur d'adresser la parole à une assemblée considérable. J'ai énoncé là le programme que j'entendais suivre lorsque je serais élu et que je prenirais la direction des affaires de la province. Eh bien I messieurs, je vais repasser en revue les différents articles de ce programme, et je vais vous prouver que je n'ai failli à aucune des promesses que l'ai faites, et que s'il y a eu quelqu'un de traître à son parti, de traître à son pays, ce n'a été que M. Mercier, et ceux qui i'aident à me faire la lutte.
Dans ce discours, j'expliquais Ta situa- Mon de la province de Québec et je disais que par la construction de ses chemins de fer — chemins de fer qui ont fait notre fortune — la province s'était endettée assez considérablement et qu'il s'en était suivi une augmentation à peu près 3orrespondante des dépenses.
J'ai dit qu'une des mesures que j'aurais à adopter, une des premières démarches que j'aurais à faire, ce serait d'établir un
•contrôle sévère du parlement sur les dépenses publiques, et c'est pour cela que fannonçais dans le temps la nomination d'un auditeur provincial indépendant du gouvernement absolument comme à Ottawa, et cela afin d'empêcher ces nombreux mandats spéciaux que plusieurs gouvernements qui m'avaient précédé avaient émis. Cet auditeur est responsable au parlement seul, est indépendant du gouvernement et ne paie aucun argent sans que cet argent ait été préalablement voté par la Chambre.
Cette mesure a été déposée et adoptée à la dernière session.
On a entassé mensonges sur mensonges, et j'appelle votre attention toute spéciale Jà-dessus, on vous a crié ici et on a crié partout dans toutes les campagnes du comté de Jacques-Cartier, dans les petites assemblées du soir o\x s'agite M. Beaubien ; on. a répandu sans cesse toute espèce de mensonges, et à l'heure qu'il est on dit, dans un certain coin du comté, que je reçois un salaire de 30,000 francs, que j'ai augmenté les salaires des ministres et que je ne fais pas mon ouvrage, puisque j'ai payé $5,000 à M. Lacoste. Eh bien ! je suis aussi innocent que vous, MM. de ce paiement. Le gouvernement, qui avait une transaction très importante à faire, a choisi un avocat très éminent pour surveiller cette transaction, en suivre tous les détails,et il y a travaillé pendant au moins cinq ou six semaines. Le gouvernement a promis de lui payer $5,000. Eh bien ! quoi qu'on en ait dit, MM., ce n'est pas l'habitude d'un gouvernement respectable de répudier les engagements pris par ses devanciers, et il doit respecter ces engagements pour les petites comme pour Tes grandes dettes. J'ai cru devoir payer ce montant et je ne m'en repens pas. Je ne suis pas responsable de cette dette et je ne veux pas non plus blâmer le gouvernement qui Va. créée. Mais un homme qui fait une charge ou tire une carotte de $5,000 pour une contestation d'élection ne devrait pas se plaindre d'un avocat , qui charge $5,000 pour surveiller une transaction honnête de huit millions de piastres.
Ce n'est pas la première fois que des avocats éminents sont appelés à surveiller ces grandes affai^*es. Nous avons vu la même chose se pratiquer en Angleterre et aux Etats-Unis. Ainsi, par exemple, lors de l'arbitrage de Genève sur les réclamations de l'Alabama, dépendant du traité de Washington, l'Angleterre a envoyé pour représenter le gouvernement anglais sir Rounder Palmer. Ce dernier était membre
du parlement et comme tel, il n'avait pas le droit d'être payé. Mais le Parlement lui a voté, sa tâche finie, vingt-cinq ou trente mille louis sterling, bien que le montant en litige ne fût que de quinze millions.
Vous avez entendu aussi proférer pour la deuxième fois le mensonge déjà répété ici le 20 mai dernier,à savoir que j'avais augmenté les dépenses du service civil d'audelà de $37,000. Je vous ai dit dans le temps, et je vous le répète, c'est un mensonge, li est très-facile de venir avec des chiftres essayer à jeter de la poudre aux yeux du peuple. On vous cite les estinaés de cette année, et les chiffres dê l'exercice de 1881-82, et on dit : Voyez la différence. Ce n'est pas comme cela, messieurs, qu'il faut procéder. Si vous ne prenez que les dépenses apparaissant sous le titre de " Gouvernement Civil" dans les comptes publics de l'année 1881-82, pour les comparer aux estimés des dépenses probables portées, sous le même titre, dans le budget de l'année 1883-84, cela paraît vrai à première vue, l'on pourrait croire que les estimés du service civil sont plus considérables cette année que les années précédentes. Mais il y a trois sortes de dépenses incluses dans les estimés de 1883-84, dans, le chapitre du gouvernement civil, savoir : lo les traitements et les dépenses contingentes des départements, 2o les traitements imputables aux travaux et édifices publics, et 3o les traitements et les dépenses contingentes imputable au revenu. Or, dans les années qui ont précédé mon arrivée au pouvoir, ces trois sortes de dépenses étaient disisiminées dans les comptes publics. Ainsi dans l'année 1881-82, il y avait une quarantaine de mille piastres qui n'entraient pas dans le chapitre du Gouvernement Civil, c'est-à-dire qu'il y avait des employés qui faisaient réellement partie du service civil, puisqu'ils travaillaient dans les départements, et que l'on payait soit à même les deniers des travaux et édifices publics, ou les deniers du revenu, ou le fonds des chemins de fer ; et si vous trouvez dans les estimés de 1883-84 cette augmentation apparente, c'est que nous avons réuni dans un seul et même chapitre tout ce qui a rapport au service civil.
Voici un extrait des comptées publics de 1881-b2 comparés avec le budget de 1883-84 : je vais être un peu long, mais n'oubliez pas qu'il s'agit de vos véritables intérêts et que c'est le premier ministre qui vous parle,et surtout le premier ministre le plus insulté que jamais ne l'a été un croche teur, par des gens qu'il n'a pas voulu prendre dans son cabinet.