‹ Discours de l'origine des Russiens et de leur miraculeuse conversionChapitre 6 sur 16 · L' AMBASSADE DES EGLISES DE RUSSIE · texte numérisé non relu

L' AMBASSADE DES EGLISES DE RUSSIE

les hommes. Surquoy la multitude du peuple commença à dire : Si nous ne voyons pas quelque chose de semblable , et principalement telle que ce que vous nous annoncés de trois enfans en la fournaise, nous ne vous croirons point.

L'archevêque se confiant en celuy qui iamais ne ment, par la parole de celuy qui a dit : « Tout ce que vous demanderés à <( mon père en mon nom , il vous le don- « nera : et, celuy qui croit en moy fera » les œuvres que ie fay, et de plus grandes << encore. » laçoit que (dit-il) il ne soit point loisible de tenter le Seigneur Dieu; toutefois si de bon courage vous avez délibéré vous approchef de luy, demandez tout ce que vous voulez , et il le fera, sans doute à cause de vôtre foy, combien que nous soyons le plus petit de ses serviteurs , et indigne de ce nom. Les Russicns demandèrent que le livre du sainct Evangile fust ietté dans le feu qu'il avoit allumé : et s'il arrivoit qu'il fut garanty du feu , ils croiroient au Dieu qu'il annonçoit. Cela fut

AU S. SlEGK APOSTOLIC. 1 i

trouvé bon de faire. Et le prêtre ayant dit (les yeux et les mains levées au ciel) Seigneur lesus-Christ , montrez vôtre sainct nom glorieux aux yeux de cette nation : le livre de TEvangile fut ietté dans la fournaise : laquelle ayant été chauffée par quelques heures , le feu par après étant du tout éteint, le sacré livre fut trouvé entier et sans avoir été aucunement oiTensé du feu. Ce qu'ayans veu les Barbares et étonnez de la grandeur du miracle sans aucun contredit demandèrent le baptême. Atant l'auteur.

Zonare aussi rapporte la même histoire ^ :

Et ceux que Guropalates nomme Rhœens, il les appelle Rhossiens : Cedrenus, Russiens et Nicephore Rutheniens , à fin qu'aucun ne pense point que cette histoire s'entende d'autres que des Russiens. Mais qui ne s'émerveillera que ces passages si exprés ayent été laissez en arrière , par

' Zonar. Annal, tom. III, en la vie de Basile le Maced.

i â l'ambassade des EGLISES DE RUSSIE

ceax qui , en l'histoire de Pologne , ont aussi traitez de la Russie? Comme aussi ce ÏAÏî mémorable de la donation du royaume de Russie à l'Eglise romaine , de lanuelle voulut reconnoilre le tenir, Demetrius roy des ^ussiens. Dequoy il y. a une epit]*e de Grégoire VII*, pape, laquelle i'ay trouvé bon de te mettre icy toute entière devant les yeux , pour confirmation et témoignage d'une si grande chose , car elle commence ainsi :

a Grégoire , evéque serviteur des serviteurs de Dieu , A Demetrie roy des Russiens, et à la royne sa femme, salue et bénédiction apostolique.

<t Vôtre fils visitant les saincts lieux des apôtres est venu à nqus : et le royaume qu'il désire obtenir du don de S. Pierre par noz mains , il l'a requis par dévotes prières du même S. Pierre prince des apôtres , après luy avoir rendu l'humilité ne-

' Greg, liv. II , ep. 74 .

AIj s. SIEGE APOSTOLIC. 13

cessaire en tel cas : asseurant pour certain que cette sienne demande sera par vôtre consentement avouée et ratifiée, si elle étoit défendue par la grâce de l'autorité apostolique. Au désir et requête duquel (pour ce que la chose nous a semblé iuste) nous avons acquiescé, tant par votre consentement , que par la dévotion du requérant, et luy avons de la part de S. Pierre, donné le gouvernement de vôtre royaume à cette intention et charitable désir, que sainct Pien'e, |3ar ses prières et intercessions envers Dieu , garde , vous , vôtre royaume et voz biens et vous face jouir de vôtre royaume jusques à la fin de vôtre vie , avec toute paix , honneur et gloire :

et que le cours de cette vie parachevé , il vous impetre la gloire éternelle au royaume des ci eux.

a Voire même nous faisons sçavoir à la sérénité de vôtre noblesse, qu'en toutes affaires iustes qu'elle requeiTa l'autorité de ce siège pour sa nécessité, nous sommes pretz certainement de luy accorder incon-

i 4 l'ambassade des EGLISES DE RUSSIE

tinent Teffect de sa demande. Outre plus à fin que ces choses, et plusieurs autres, qui ne sont pas conteniies en ces lettres , demeurent mieux fichées en vos cœurs, nous vous avons envoyé ces Nonces nôtres (Pun déquels vous est connu et fidèle amy) qui vous exposeront diligemment ce qui est porté par les lettres : et ce qui ne l'est pas, ils le feront de vive voix.

a Auquels, pour la révérence de S. Pierre, duquel ils sont commis , vous vous montrerez doux et affables : et tout ce qu'ils vous diront de nôtre part que vous Pécoutiés patiemment et le croyés indubitablement : qu'aussi vous ne permettiez qu'ils soient troublez ou empêchez par la malice d'aucun , es affaires qu'ils voudront là traiter et ordonner par l'autorité du S. Siège apostolic : ains plutôt que vous les aidiés et favorisiés en sincère charité. Le Dieu tout-puissant illumine vos entendemens, et par les biens temporels vous face passer à la gloire étemelle. Donné à Rome le 1 6 mars , en l'Indiction XIII. »

AU S. SIEGE APOSTOLIC. 15

lusques icy les lettres du pape Grégoire, écrites (comme il est évident) Pan 2 de son pontificat et de Nôtre Seigneur mil septante quatre.

Or en ces entrefaites, Demetrie, qui étoit jouissant du royaume, fut incontinent chassé j>ar la tyrannie de son frère. Parquoy l'an suivant il s'en alla vers l'empereur Henry, pour avoir de luy secours à recouvrer son royaume : ainsi que témoigne Lambert (lequel a écrit les Annales des choses faictes de son tems) souz l'an 1075.

Peu de iours après l'Empereur vint à Mogunce , et là vint au devant de luy le roy des Russiens Demetrie , luy apportant des richesses inestimables en vases d'or et d'argent , et en robbes fort précieuses , et le pria de lui donner secours contre son frère , qui l'avoit chassé par force de son royaume, et s'en étoit emparé par une cruauté tyrannique. Incontinent le roy envoya Burchard prevost de l'église de Trêves pour parlementer avec luy des injures qu'il avoit faites à son frère : et l'avertir

i 6 l'ambassade des EGLISES DE RUSSIE

que de gré il laissât le royaume qu'injustement il a voit envahi ; autrement qu'en bref il sentiroit Tautorité et les armes du royaume teutonique.

Getui cy semUoit d'autant plus propre et opportun à cette ambassade , que ceiuy vers lequel il alloit avoit.sa sœur en mariage; et pour cette cause avec grand 'piieres il avoit obtenu du roy que ce pendant on ne pratiqueroit rien de mauvais contre luy. Le roy des Russiens fut commis en la garde de Dedi marquis saxon , par la conduite duquel il étoit là venu, iusqucs au retour des ambassadeurs. A tant Lambert.

Le même auteur par après écrit ce qui fut fait après ces choses : assavoir que l'ambassadeur fut renvoyé par l'occupateur du royaume avec des grands et liches présens à l'empereur pour luy fléchir le courage, à ce qu'il ne donnast point secours à son frère : Ce que l'empereur Teutl^ien fait, encore qu'il ne luy eut point envoyé de présens : Mais s'etant emeuës des guerres civiles entre les siens , il avoit assé affaire

Jt;

JtL

.^shcB

AU S. SIEGE APOSTOLIC. i 7

à garder son pais propre. Le même est recité par Sigebert , qui a aussi écrit ce qui s'est passé de son tems : de toutes lequel les choses ne font aucune mention ceux qui ont écrit les histoires de Russie et de Pologne : léquelles à tout le moins nous avons voulu être icy mises au iour, afin* que par icelles on sache que la Russie autrefois fut offerte à saint Pierre prince des ap6tres par son roy légitime : et qu'au nom d'iceîuy elle fut donnée au roy Demetrie par Grégoire septième pape.

Or combien le royaume donné à l'E* glise romaine et d'elle accepté , ait été envahi et occupé par un tyran : toutefois il est demeuré au cœur de ce peuple ie ne sçay quelle secrète flamme d'amour et inclination envers T Eglise romaine , qui sas»

cita une envie>aux Grecs : si bien que de tout leur pouvoir ils se sont toujour efforcé de les détourner de son obéissance , principalement lorsqu'ils se furent renduz schismatiques. Mais iaçoit que pour un tems , s'étans détournez , ils aient été tirés en er-

1 8 t'iMBASSADE DES EGLISES DE RUSSIE

reur, ils n'ont pas laissé d'avoir toujour Tœil dressé sur leur mère , pour accourir encore une fois au sein d'icelle, et recevoir ses bénédictions maternelles. Or que les Russiens ayent toujour été tres-afTectionnés à TEglise romaine et fort amateurs de la communion catholique il se connoit clairement et par un exemple non vulgaire, en ce que leur Archevêque Isidore, au vray théâtre de toute la religion chrétienne, au concile ecumenique de Florence, avec Bessanon de Trapezonce archevêque de Nicée , fut auteur de l'accord qui fut fait généralement entre les Grecs et les Latins. A raison de quoy luy et son^ collègue susdit, mérita d'être coopté en l'ordre des cardinaux de la S. Eglise romaine.

Mais l'Eglise grecque étant de rechef misérablement tonjbée en schisme , elle tira aussy quant et soy en la même ruyne l'Eglise de Russie. Toutefois celle là dormant encore , en sa division , l'autre en fin après cent cinquante ans, s'étant reveillée, et ayant honte de sa honte , ne s'est pas mise à cou-

AU S. SIEGE ÂPOSTOLIC. 19

dre des feuilles de figuier , en forgeant ^es excuses à ses péchez , mais par la confession et detestation d'iceux , elle est incontinent courue à Rome , pour rejoindre la tunique sans couture , qui avoit été rompue par le schisme ancien , déléguant une am^ bassade au S. Siège apostolic, laquelle ordonnèrent les evéques de la province ( les sacrés états de l'Eglise assemblez) il y a quatre ans passez, assavoir l'an m.d.xgiiii, tous à ce consentans d'une commune voix et d'un commun désir , en la façon que s'ensuit* :

V arrêt de la délibération et conclusion des tres^reverends seigneurs archevêque et evéques de Russie sur la question entr^eux meuë ^ scavoir s'ils dévoient recevoir et admettre la communion de la saincte Eglise romaine : Fait le 2 décembre Pan

M.D.XGIIII.

« Au nom de la saincte, vivifiante et in-

' D'icy on peut iuger que de cette année seulement est ce discours, combien que quatre ans soient passez

20 l'ambassade des églises de RUSSIE

dividue Trinité, du Père, du Tils et du Sainct Esprit.

« Nous sous-nommez, qui avons signé ce présent écrit , sçavoir faisons que conside* rans de prés et soigneusement nôtre voca* tion et ofâce, qui est tel, que nous devons nous efforcer de r'amener à bonne concorde et union nous mêmes premièrement, puis les chrétiens fidèles du troupeau de lesus Christ commis à notre garde, comme notre sauveur lesus-Christ nous a enseigné, ayant signé cette doctrine de son propre sang : Et principalement en ce tems malheureux , auquel grand nombre d'heresies se glissent parmy les hommes, à cause déquelles plusieurs se retirans de la vraye et orthodoxe foy chrétienne , délaissent notre loy et se séparent de TEglise de Dieu et de la vraye adoration de la Trinité qui est en icelle : ce qui ne vient point d'ailleurs que de la dissension de nous avec Messieurs les Romains ,

depuis que les Eglises d'Alexandrie et de Kussie ont reconneu l'Eglise romaine.

AU S. SIEGE APOSTOLIC. 21

déquels nous sommes divisez , étans toutefois créatures d'un même Dieu et comme enfans d'une même mère, qui est la saincte Eglise caiiiolique : d'où vient que nous ne pouvons nous servir les uns des autres, ny donner confort et secours. £t combien que nous prions Dieu sans cesse en nos oraisons, pour V union des chrétiens en la foy : neantmoins iamais nous n'avons eu soing d'aviser à bon escient sur les moyens de parvenir à cette union, *»l la rendre asseuréc, nous en reraettans toujour à nos supérieurs , et attendans qu'ils commençassent de mettre la main à lœuvre; mais notre espérance sur ce fait , venant tous les jours h s'affoiblir non pour autre cause , qu'iceux étans oppressez souz la domination des payens% bien qu'ils en eussent la volonté , ils ne pourroient l'exécuter.

M Pour ces causes , considerans ( par l'inspiration du S. Esprit, de qui vient cet

' Il veut entendre le patriarche de Coiistantinopie réduit au servage des Turcs.

2â l'ambassade des EGUSES de BUSSIE

œuvre, et non des hommes) avec une extrême douleur et regret en nôtre cœur, combien il est difficile de faire son salut sans cette union des Eglises de Dieu, en laquelle (commençant à lesus- Christ nôtre sauveur et ses apôtres) nos prédécesseurs ont toujour vécu, reconnoissant un souverain Pasteur et premier Prélat en l'Eglise de Dieu ça bas en terre ( comme de cecy nous avons beaucoup de conciles et canons exprès), et non iceluy autre que le tres-sainct Pape de Rome, auquel ils rendoient obéissance en toutes choses : et tant que cecy a demeuré en sa force , sans varier, toujour il y a eu un bel ordre en l'Eglise de Dieu, et le service divin s'est toujour accreu : de là s*est ensuivy que les hérétiques n'ont peu (ou c'a été avec grand'difficulté) semer leur dépravée doctrine.

Au contraire , depuis que chacun a voulu commander, et s'attribuer la supériorité de l'Eglise , nous connoissons maintenant clai* rement à combien de grandes discordes et schismes l'Eglise de Dieu est tombée : d'où ^

AU S. SIEGE APOSTOLXC. 23

est arrivé que les hérétiques se sont accreuz, et fortifiez à l'encontre de la vraye Eglise.

« A cette cause ne pouvans souffrir que noz consciences soient un plus long tems aggravées d'un si pesant fardeau , si pour telles discordes en la religion le salut de tant drames étoit abandonné au hazard :

combien que noz prédécesseurs ayent eu cette délibération en volonté y et se soient essayé de Texecuter : voyans toutefois la chose encommencée avoir été intermise ^ nous avons proposé , avec l'ayde de Dieu, de nous exciter Tun Pautre par ce lien d'union, à poursuivre cet affaire : à fin que, comme auparavant , nous puissions d'une même bouche et d'un même cœur, louer et glorifier le venerabTe et tres-sainct nom du Père, du Fils et du S. Esprit, avec noz trèschers frères Messieurs les Romains, demeurans toujour sous un même Pasteur de l'Eglise visible de Dieu , à laquelle de tout temps étoit deuë cette prééminence. .

<c Parquoy d'une promesse mutuelle nous promettons devant Dieu en gênerai, et cha-

24 l'AMBASSADK dis EGLISES DE RUSSIE

cun pour soy , que d'un cœur pur,* sincère et net , et d'une diligence telle qu'est neces* saire, et deuë en cet affaire , nous nous employerons de tout nôti*e pouvoir à rechercher et apporter les moyens convenables à ramener nos frères ecclésiastiques et le commun peuple à cette union et couoorde :

ce que nous accomplirons, moyennant la grâce de Dieu.

(c Or à fin que nous soyons plus incitez à ce faire, et que nous y apportions plus grand soin et sollicitude : nous avons dressé cet écrit, par lequel nous témoignons le sincère désir et bonne volonté que nous avons à embrasser cette union et consentement avec TEglise romaine.

Qc Soit donc le Dieu tout-puissant large en tous biens, auteur et conducteur de cette concorde^^t protecteur d'un si sainct affaire^ auquel nous avons souz-signé de nôtre pro-> pre main, rendans par cet écrit témoignage évident de notre cœur et volonté : sauf tou* lefois à nous, de garder les cérémonies^

' Us se réservent les cérémonies de TEglise orientale.

jt^

AU S. SIEGE APOSTOLIC. Î5

d*administrer les siacrements , et faire le service divin à la façon et selon la coutume de l'Eglise orientale : consenlans seulement de corriger les articles qui pourroient empêcher cette union : à fin que toutes choses se facent à la manière ancienne, comme iadis elles se faisoient, au temps de la première union. Donné Pan de Notre Seigneur, mil cinq cens nouante quatre, le â iour de décembre, »

Cy est le lieu des seaux ,

Puis après suivent les subscriptions , assavoir :

« Michel, métropolitain de Kijow et Ha* lick et de toute la Russie : signé de ma main propre.

ft Ipation , par la grâce de Dieu , primat , * evéque de Uvlodimir et Brestki : de ma main propre.

« Cyrille Terleczki , exarche du métropolitain de Kijow, evéque de Luceorija et Ostroiesera : de ma main propre.

M Grégoire Uladika , nommé archevêque

26 l'ambassade des églises de EUSSIE

de Poulogue et de Uvitebsko : de ma main propre.

tt Denys Zbirvîski , evéque de Chelmeluy et de Bielski : de ma main propre.

« Léonce Peleziczki , evéque de Pinsan et de Turovia : de ma main propre.

« lonas Hohol , abbé de Teglise S. Sauveur à Kobrinn.

M le le même lonas , nommé evéque de Pinsan et de Turovia, ay soubsigné'de ma main propre cette concorde et union de mes frères. »

Gela conclu et résolu , ils délèguent une honorable ambassade vers le Pontife romain , pour Tan suivant, si tôt que la commodité du tems le permettra, choisissans à cet effet deux evéques ambassadeurs , ^ auquels ils baillèrent lettres addressantes au susdict Pontife, de telle substance :

AU S. SIEGE APOSTOLIG. 27

Lettres des seigneurs archevêque de Kijow et des autres evéques de Russie à N, tres^ sainct Père Clément pape FUI, sur leur union avec la saincte Eglise romaine :

données le xii juin de fan de Notre Seigneur M.D.XGV.

« Tressâinct Père , Seigneur, et Pasteur suprême de l'Eglise de Christ, Seigneur tres-clement.

« R'appellans en nôtre mémoire le consentement en toutes choses et union de l'Eglise orientale et occidentale , gardée par nos ancestres souz l'obéissance et gouvernement du S. Siège apostolic romain :

et d'autre part considerans en nous mêmes les dissentions et schismes , qui ont aujourd'huy pris pié en l'Eglise : nous n'avons peu qu'à l'occasion de ce nous n'ayons été saisis d'une extrême douleur : et faisions assiduellement prières à Notre Seigneur, que quelque iour il nous assemblast en l'unité d'une même foy; attendans toujours

28 l'ambassade des églises de RUSSIE

si par aventure noz supérieurs et pasteurs de TEglise orientale (sous l'obéissance dequels nous avons été iusques à présent) vouloient penser à bon escient de revenir à celte unité et concorde , que tous les iours en leurs liturgies ils demandent à Dieu, et s'employer diligemment et d'affection à cet affaire. Mais voyans qu'envain nous espérions telle chose d'eux : non tant, à l'aventure, par mal-vueillance et témérité , que pour ce que gemissans souz le dur joug de la servitude d'un tyran trescruel et ennemy de la religion chrétienne , ils ne peuvent faire , ny essayer de faire ce qu'ils voudroient bien : neantraoins nous qui en ces quartiers sommes souz la domination du serenissime roy de Pologne, et de Suece, et du grand duc de Lituanie, et à qui pour cete cause il est loisible de demeurer en liberté : considerans nôtre devoir, et ne voulans être contraires à nous mêmes et aux ouailles du troupeau de lesus Christ, déquelles à nous appartient la charge : ne voulans aussi en cette partie

AU s. SIEGE APOSTOLIC.

charger nos consciences de la perte de tant d'ames , qui provient de ces dissensions :

nous avons délibéré, avec Tayde de Dieu, d'entrer en l'union , qui autrefois a été si étroite entre les Eglises orientale et occidentale, et confirmée par noz prédécesseurs au concile de Florence; à fin que joints ensemble par le lien de cette union , tous d'une bouche et d'un cœur, puissions louer et glorifier sous Tobeissance et gouvernement de V. S. le tres-divin et tressainct nom du Père, du Fils et du S. £spiit.

<c Et pour ce du consentement et vouloir de nôtre seigneur Sigismond III, par la grâce de Dieu roy de Pologne et de Suece , et grand duc de Lituanie (duquel aussi en cet acte a été clairement conneuë l'afTection singulière et accompagnée de sagesse), nous envoyons à V. S. noz tres-chers frères les révérends en lesus-Christ Hypatie Pociei primat et evéque de Uvlodimir et Brestki :

et Cyrille Terleczki, exarche, et eveque de Luceorija et d'Ostroiesera , auquels nous

30 l'ambassade des églises DK RUSSIE

avons donné charge d'aller vers votre saineteté : et (si V. S. daigne nous maintenir et confirmer pour elle et ses successeurs , entièrement, et inviolablement , sans iamais rien innover en cet endroit , nos façons d'administrer les sacremens, et les coutumes et cérémonies de TEglise orientale , à la manière que nous en usions au tems de notre première union) tant en leur nom, que de nous tous archevêque , evéques, et tout notre état ecclesiastîc , ensemble des ouailles divinement à nous commises , rendre l'obéissance deuë au Siège de S.

Pierre, et à V. S. comme au souverain pasteur de l'Eglise de Christ.

« Toutes léquelles choses par nous requises si nous obtenons , nous et noz successeurs voulons toujours être obeissans à Y. S. et à tous ses successeurs , et demeurer sous le gouvernement d'icelle.

« Pour plus grande asseurance de quoy nous avons soubsignés ces lettres de noz mains , et seellées de noz seaux. Données du royaume de Pologne et grand duché de

AU S. SIEGE APOSTOLIC. 31

Lituanie le xii. luin Pan du Seigneur M. D. xcv. suivant l'ancien calendrier.

«< De votre Saincteté

« Les tres-humbles orateurs et serviteurs en Dieu. »

(Les subscriptions avec les sceaux.)

« Michel par la grâce de Dieu archevêque métropolitain de Kijow et Halikz et de toute la Russie , de ma main propre.

» Ipation par la grâce de Dien primat , evéque de Uvlodimir et de Brestki : de ma main propre.

H Cyrille Terleczki, par ia grâce de Dieu exarche , evéque de Luceorija et d'Ostroiesera : de ma main propre.

« Grégoire Uladika , nommé archevêque de Poulogue et de Vitebsko : de ma main propre.

«Michel Kopistenski , evéque de Premissia , et de Sambor : de ma main propre.

«Gedeon Boloban, evéque de Leopolis:

de ma main propre.

32 l'ambassade des EGLISES DE EUSSIE

« Denys Zbirviski, evéque de Chelmeliiy : de ina main propre.

« Léonce Peleziczki, evéque de Pinsan ei de Turovia : de ma main propre.

» lonas Hohol , abbé de T église S. Sauveur à Cobrinn : ay soubsigné de ma main propre.

« le le même lonas Hohol, nommé evéque de Pinsan et de Turovia : de ma main propre. »

Donc les evcques députez ambassadeurs, arrivèrent à Rome la même année, au mois de novembre , et furent receuz fort honorablement du S. Père , qui leur donna logis pour demeurer, et ce qui leur étoit nécessaire tant pour vivre, que pour autre entretenement , et ce fort largement, autant de tems qu'il leur convint demeurer en la ville. Or le jour ordonné , assavoir le 23 décembre , du même an 1595, le samedy des quatre tems , ils furent admis en l'auditoire public de la salle du palais du Vatican, dite la salle de Constantin, devant le souverain Pontife, et les cardinaux de la

Page 1