‹ Discours de la bataille de Garennes (Ivry) en mars 1590Chapitre 1 sur 25 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

ous savonsque le Président de Thou, résolu d’écrire l’histoire de son temps, cacha quinze ans son dessein, amassant de tous côtés, par les liens d amitié qu’il entretenait dès sa jeunesse avec ce qu il y avait de gens illustres dans la France et dans l’Europe, les mémoires et les renseignements nécessaires, et qu’il parvint ainsi à la connaissance des faits et de leurs causes, par le moyen et par les avis de ceux qui avaient eu part euxmêmes aux affaires les plus importantes.

En lisant le récit de la bataille d’Ivry , on

s’aperçoit qu’il l’a rédigé d’après les documents empruntés aux deux partis, car les mouvements des deux armées sont indiqués avec une égale vérité ; et, d’après la ressemblance des détails, nous supposons que ce grand historien a dû connaître et utiliser la relation d’un ligueur que nous avons trouvée en double dans les manuscrits de Dupuy, t. 3 17, fol. 2o5 et 67. Les curieux liront peut-être avec quelque intérêt ce document écrit peu de jours après la bataille, et que le nonce a jugé digne d’être envoyé au pape' avec la circulaire officielle du roi sur sa victoire. Les vaincus ne sont pas désireux de léguer à 1 histoire les preuves de leurs malheurs, et nous ne connaissons pas d’autre .relation ligueuse de cette, affaire. L’auteur, engagé dans la bataille, n’a pas rempli un rôle qui permette de le reconnaître ; c était probablement un obscur gentilhomme

I. On l’a retrouvé, avec la circulaire, à Rome, dans les papiers de la légation du cardinal Gaétan. Voyez R^vue du Monde catholique, t. XIX, 8® année, 1867, p. 498, article Sixte et la Ligue, par Caringi. Cette pièce est donnée comme traduite de Titalien; nous ne savons s’il faut attribuer les erreurs au texte ou à la traduction.

qui, ne jugeant pas l’ensemble, raconte ce qu’il a vu, et témoigne sans le vouloir des fautes de son armée. Son récit, rédigé à la hâte, est un peu confus; nous avons cru utile de le faire précéder d’un court exposé qui aidera, nous l’espérons, à le mieux comprendre.

Henri IV, maître d’Orléans, assuré de la Normandie, d’où il tirait ses subsistances, faisait le siège de Dreux, ville fortifiée qui par sa position interceptait ses convois. Il savait que le duc de Mayenne, comprenant l’importance de cette place, viendrait la secourir quand il aurait réuni les moyens nécessaires', et il poussait le siège aussi vivement que la pénurie de ses munitions le permettait. Convaincu que les ligueurs passeraient la Seine, il avait pris ses dispositions afin

I. Mémoires de la Ligue, IV, p. 287. Lettres missives de Henri IV, publiées par Berger de Xivrey, t. III, p. j63. « Ils voulurent différer jusqu’à ce qu’ils eurent joint quinze cents lances que leur envoyait le prince de Parme, et dès lors publièrent qu’ils me forceraient au combat en quelque lieu que je fusse, et en pensaient avoii trouvé une occasion fort avantageuse de me venir rencontrer au siège que je faisais devant la ville de Dieux.»

d’être averti de leur marche assez à l’avance pour réunir ses troupes, et, soit en allant à leur rencontre, soit en les attendant, choisir le terrain. Le comte d’Auvergne fut détaché à Houdan, sur les bords de la Vêgre, avec six compagnies de chevau-légers; Givry, maître de camp de cavalerie, occupa Berchères avec six compagnies de la même arme; La Curée était à Rouvres avec sa compagnie ; une compagnie de chevaulégers de la garde du roi, les compagnies de La Fresnaye et Ruvins, gentilhomme écossais, et une compagnie d’arquebusiers, se trouvaient sous ses ordres. Ces trois détachements étaient chargés d’observer tout le cours de la Vêgre, parce qu’on supposait que Mayenne, débouchant par Mantes, se porterait sur cette rivière. Le maréchal d’Aumont occupait Ivry et le château d’Anet; Rosny avait pris position sur l’Eure, en face de Pacy; sa compagnie, les compagnies d’arquebusiers de Badet et de James, formaient le corps dont il avait le commandement'.

I. Voyez Saint-Yon, p. 121. — Fragment de ["histoire militaire des guerres de religion en France, de i58 5

Le 3 mars, Henri IV donne l’assaut à Dreux sans succès; les assiégés réparent leur brèche la nuit et se préparent pour le lendemain ; mais le défaut de munitions que Givry était allé chercher à Meulan force les assiégeants à l’inaction Mayenne, pendant ce temps, avait obtenu des secours du duc de Parme; il passera Seine à Mantes, le 9 mars. Les chefs des postes d’observation avertissent le roi, il fait retirer son artillerie, décampe après treize jours de siège, et marche à l’ennemi 2.

Plusieurs motifs le décidèrent à combattre^ S’il se dirigeait vers la Normandie, il en faisait le théâtre de la guerre et ruinait par son armée et par l’armée ennemie un pays d’où il tirait ses principales ressources ; de plus, il rompait ses communications, par Dieppe, avec l’Angleterre, qui lui fournissait en hommes et en argent des

à 090. In-8«, 1834. Extrait du Spectateur militaire de 1834.

1, (( Les munitions nous faillirent à Dreux,..» (Lettre de Biron à du Haillan, Arch. car., XIII, p. 188.)

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