T. II, p. 342, Ed. Feugère, in-12, 1849, Didot
se donnerait la bataille, voulant dire qu’il était résolu d’y vaincre ou d’y mourir. »
Pasquier était placé pour être bien renseigné, mais nous n’avons jamais cru que les paroles du roi fussent l’expression de sa pensée.
Cet apophthegme à la lacédémonienne dénonce une préoccupation littéraire qui ne s’accorde pas avec la gravité de la décision. La résolution à la mort, moulée sur une phrase antique, nous inspirait une certaine défiance ‘ . Il nous semblait que ce prince était trop brave pour n’être pas prudent, et trop habile pour risquer en un jour une position conquise par plusieurs années de guerres et de négociations.
I . Henri IV emploie souvent, quand il a le temps de la composition, les tournures classiques qui meublaient sa mémoire. C’est le bénéfice de sa première éducation. La Gaucherie lui avait enseigné le grec comme une langue vivante, lui faisant apprendre, sans les lire ni les écrire^des sentences choisies. Voyez, p. i 65, Palma Cayet, qui était son répétiteur pour ce exercice. Catherine de Médicis, lui voyant écrire en grec, dans un jeu de cour, la devise « vaincre ou mourir )>, défendit qu’on lui apprît des maximes qui le rendraient opiniâtre. Mais son goût persista ; on sait qu’il prenait plaisir à lire Plutarque et qu’il désirait que la reine le lût. Voyez lettre à la reine du 3 septembre i6oi, B. de Xivrey, t. V, p. 462.
Un contemporain justifie nos soupçons ^ « Le
roi, après la bataille, dit aux seigneurs qu’il avait les moyens de présenter tost après une autre bataille à l’ennemi, quand ceste-ci lui eut mal succédé; mais en apparence il ne voulait laisser aux siens autre espérance de salut, sinon sur la force de leurs armes, craignant, s’il eut ouvert les moyens qu’il avait de combattre encore plusieurs fois, qu’ils alentissent cette ardeur qu’il voyait en eux. »
En cas de déroute, il aurait rallié à la réserve du maréchal de Biron ce qui serait resté de troupes, y joignant les corps qu’il avait laisses à Dieppe et dans plusieurs villes de Normandie, et ceux que lui amenaient de Picardie Humières et Mouy. Il aurait appelé du Dauphiné Lesdiguières, chef d’une armée bien munie de toutes choses, composée de soldats disciplinés et d officiers éprouvés. « Toutes lesquelles troupes il assemblerait en trois semaines, cependant que la Ligue pesante s’endormirait en sa victoire, et par le butin diminuerait de moitié, les soldats