‹ Discours de M. L.G. Desjardins... sur la résolution relative à la vente de la partie ouest du chemin de fer Québec, Montréal, Ottawa et occidental fait à l'Assemblée législative de la province de Québec à la séance de lundi, le 3 avril 1882 [microforme]Chapitre 10 sur 49 · LA QUESTION POLITIQUE DE LA VENTE DU CHEMIN DE FER DU NORD · texte numérisé non relu

LA QUESTION POLITIQUE DE LA VENTE DU CHEMIN DE FER DU NORD

La position constitutionnelle du gouvernement au sujet de l’importante affaire sur laquelle nous délibérons étant ÿien définie, il me faut maintenant juger au mérite la question même de la vente de notre chemin de fer provincial et les contrats qui sont soumis à notre approbation.

Je dois déclurer tout de suite que je suis: fortement en faveur de la vente du chemin, comme mesure politique provinciale. Toutes les études que j'ai faites de ces questions de chemins de fer m'ont profondément convaincu qu'il n'entre pas dans les attributions des gouvernements de construire et d'exploiter les voies ferrées. En principe, je suis opposé à l'exploitation des chemins de fer par l'Etat. Il est incontestable que les

ouvernements ne peuvent pas administrer les chemins de fer avec autant ‘économie ct de succès que les compagnies.

La politique générale du Canada et des Etats-Unis a été de laissor à l'initiative et à l'esprit d'entreprise des capitalistes le soin de construire les réseaux de chemins de fer. Les gouvernements de ces deux pays ont limité leur contribution à çes travaux à des subventions en argent et des concessions de terres. Telle aussi a été la politique des législatures ” provinciales pour l’encouragement des entreprises de voies ferrées. Dans toute la confédération, il ny a que deux exceptions principales à cette règle générale : la première, celle de la construction du chemin de fer Intercolonial par le gouvernement du Canada, la seconde, celle de la construction du chemin de fer de Québec, Montréal, Uttawa et Occidental per le gouvernement de cette province. :

Le chemin do fer Intercolonial a été construit par l'Etat, en premier

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lieu, pour des raisons militaires, secondement, parce qu'il n'offrait pas alors assez d'avantages commerciaux aux capitalistes pour les engager à se charger de l'exécution des travaux, et parce qu'il était nécessaire pour relier les provinces maritimes aux provinces de Québec et d’Ontario, pour donner un port de mer en hiver au commerce canadien, et aussi pour cimenter l’union politique fédérale fondée en 1867.

Quant au chemin de fer du Nord, on n’a certainement pas oublié dans quelles circonstances il est devenu entreprise provinciale. Les deux premiers parlements de cette province, après l'union, avaient appliqué à ce chemin la politique canadienne générale pour l’encouragement des voies ferrées, ot avaient accordé aux compagnies qui voulaient le construire une forte subvention en argent et une grande concession de terres. Ces compagnies, pour des causes qu'il serait inutile de rappeler aujourd’hui, durent se déclarer incapables d'accomplir l’œuvre qu'elles avaient entreprise. C’est alors que le gouvernement de la province eût à changer sa politique relative au chemin, et à se charger de continuer l'exécution des travaux,

Bien que les subventions accordées aux compagnies fussent déjà considérables, pour un j'aurais préféré les voir augmenter d’une somme assez élevée plutôt que d’obliger le gouvernement à entreprendre la construction et l'exploitation du chemin, si une raison principale n’eut pus, dans le temps, primé toutes celles que l’on pouvait sérieusement opposer à la nouvelle politique du cabinet provincial. A cette époque, le gouvernement fédéral construisait le chemin de fer du Pacifique comme entreprise de l'Etat, et le chemin du Nord n'étant qu’un chaînon de notie grande ligne intercontinentale, il y avait beaucoup moins d'objection à ce que ia province le construisît à ses frais. Ce n’est un secret pour personne que l'objectif de la politique provinciale était d'arriver, avec le temps, à vendre le chamin du Nord au gouvernement fédéral, qui serait ainsi devenu le prop.étaire d’une ligne traversant tout le continent de l'Atlantique au Pacifique. Tel a été pour moi, comme pour bien d'autres, j'en suis convaincu, le motif déterminant de mon approbation de la politique du ministère de l'honorable M. Do Boucherville au sujet de la construction du chemin de fer duNord par la province.

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