‹ Discours de M. L.G. Desjardins... sur la résolution relative à la vente de la partie ouest du chemin de fer Québec, Montréal, Ottawa et occidental fait à l'Assemblée législative de la province de Québec à la séance de lundi, le 3 avril 1882 [microforme]Chapitre 21 sur 49 · IL NOUS FAUT LE COMMERCE DE L'OUEST · texte numérisé non relu

IL NOUS FAUT LE COMMERCE DE L'OUEST

Ce que nous devons vouloir avant tout, par-dessus tout, pour le plus grand bien de la province, c’est que notre chemin de fer du Nord soit, en premier lieu, de fait, et pour toujours, la continuation du chemin de fercanadien du Pacifique, et aussi d’autantd’autreslignes que possible qui, avec celle du Pacifique, lui assureront, ainsi qu’à Montréal et à Québec, le commerce de l’Ouest. Voilà quel doit être l'objectif, le principe dominant de notre politique provinciale. Ceux qui ne le voient point, se font uneétrange idée des plus graves obligations du gouvernement de la province.

On a beaucoup parlé du commerce de l'Ouest depuis le commencement de ce débat. Je me permettrai de dire, moi aussi, ce que j’en pense. Quelles. sont donc ces fertiles contrées de l’Ouest dont nous voulons attirer les produits vers nous pour les transmettre ensuite aux consommateurs européens. C’est cette immense ct riche région s'étendant jusqu’à l'océan Pacifique, — de l’Ohio, au sud, jusqu’à l’extrémité habitable de nos territoires de l’ouest au nord. Cette vaste région est déjà habitée par plusieurs millions d'âmes. Dans un siècle, elle contiendra une population de cent cinquante millions. Les grands courants commerciaux de cette immense et prodigieux pays. sont à se créer. Comme ceux des fleuves, leurs lits se forment. La. direction que les capitaux, le travail, la juste appréciation de l'avenir, vont donner à ces courants commerciaux ira se perpétuant par l'impulsion nouvelle qu’ils recevront tous les jours des progrès de ces régions.

Si je juge l'Ouest au point de vue du trafic que nous pouvons en tirer pour notre chemin de fer provincial, je le divise en trois régions principales. Il y a d'abord celle qui a son centre d’affaires à Chicago. C'est actuellement la plus riche et la plus populeuse. L'immense commerce. qui se concentre d’abord à Chicago, s'écoule ensuite pour la plus grande: partie à New-York et à Boston par les voies ferrées qui aboutissent à ces cités, ot par le canal Érié. La voie du St. Laurent et le chemin de fer du Grand Tronc en obtiennent une fraction considérable,

Pouvons-nous espérer pour notre chemin provincial une partie du trafic: de l'Ouest qui, de Chicago, se dirige vers la mer en destination de l’Europe ? Oui, sans doute, mais seulement une bien petite partie. Comment mettre notre chemin provincial en position de lutter‘pour le commerce deChicago? En le raccordant avec une ligne à être construite entre Ottawa et Toronto, qui se raccorderait à d’autres lignes à l’ouest de la capitale d’Ontario. La compagnie canadienne du Pacifique a acheté la charte du chemin d'Ontario: et Québec, et se propose de construire la ligne avec toute la diligence

ossible. Il est donc important de vendre la partie ouest du chemin du

ord à la compagnie du Pacifique, parce qu'elle deviendra la continuation d’une grande voie ferrée ayant des ramifications jusqu’à la métropole commerciale de l'Ouest américain.

Cependant, je ne me fais pas d'illusions sur la quantité de trafic que nous pouvons tirer de Chicago, de Détroit et de Toronto pour notre chemin provincial. Avec les raccordements dont j'ai parlé, il fera concurrence, mais une concurrence difficile à soutenir. Il aura à lutter contre les grandes lignes américaines, le New-York central, l’Erié, etc., le Grand Tronc, et, avant longtemps, avec une immense voie reliant Lévis, en longeant la rive: sud du St. Laurent et du lac Ontario, à Buffalo, ville qui, de son côté, est reliée à Chicago par de nombreux chemins de fer.

De toutes les lignes canadiennes luttant pour le trafic de l'Ouest américain, le Grand Tronc aura longtemps l'avantage sur ses concurrents,

es

parce que, par une énergie vraiment admirable, cette compagnie a réussi à prolonger son chemin jusqu’au cœur même de Chicago, par une voie indépendante de tout raccordement avec les lignes américaines,

Page 1