‹ Discours de M. L.G. Desjardins... sur la résolution relative à la vente de la partie ouest du chemin de fer Québec, Montréal, Ottawa et occidental fait à l'Assemblée législative de la province de Québec à la séance de lundi, le 3 avril 1882 [microforme]Chapitre 32 sur 49 · QUELQUES PERSONNES PROPOSENT DE TEMPORISER · texte numérisé non relu

QUELQUES PERSONNES PROPOSENT DE TEMPORISER

Des personnes sans doute bien intentionnées, hostiles, en prigcipe, à l'exploitation des voies ferrées par l’État, nous disent de bonne foi qu'il ne faut pas se hâter de vendre le chemin de fer provincial, que la bonne et sage politique est de temporiser pour attendre des acheteurs qui le

paieront plus cher que ceux avec lesquels le gouvernement a fait des contrats. L’honorable député d'Hochelaga, qui approuve la vente de la partie ouest à la compagnie du Pacifique, a surtout insisté sur la nécessité de la temporisation au sujet de la partie est.

La politique de temporisation peut bien avoir d’heureux résultats dans certains Cas où, par exemple, un gouvernement croit prudent d'attendre,

our demander l’adoption de grandes mesures d'intérêt public, que l'équiibre s’établisse dans les courants d'opinion. Mais la temporisation est toujours déplorable lorsqu'elle tourne à une vaine et dangereuse politique d’expédients plus injustifiables les uns que les autres.

Le gouvernement et cette législature ne doivent pas retarder la vente du chemin du Nord pour quatre raisons capitales, qui priment de bien haut toutes les considérations secondaires qui ont été faites dans le cours de ce débat et aussi dans la presse. Il faut vendre la partie ouest parce que nous serions réellement coupables envers la province, que nous représentons dans cette enceinte, si nous l’exposions au danger imminent de la construction d’une ligne rivale au chemin du Nord, entre Ottawa et Montréal, par la compagnie du chemin du Pacifique, rendant impossible tout raccordement avantageux de notre ligne provinciale avec les lignes de l'Ouest,

Il faut vendre tout le chemin, parce que, pour faire honneur à ses obligations, le gouvernement a besoin d’un revenu fixe, permanent, suffisant, cequ’il n'obtiendra jamais de l'exploitation du chemin à cause des difficultés insurmontables de cette partie du service public qui, de sa nature, n'est pas de son ressort,

Il faut vendre tout le chemin, parce que, si la province en garde la propriété, le gouvernement, pour répondre aux besoins du trafic, et pour parachever complètement la ligne, aura à dépenser encore au moins deux millions de piastres, somme que la gravité de notre situation financière provinciale lui fait un devoir de ne pas emprunter, pour la bonne raison qu'il ne serait point capable d'en payer l'intérêt ni le fonds d’amortissement.

Le chemin doit être vendu, parce que la province est placée dans l’alternative de choisir entre la taxe directe ou de se dessaisir d’une propriété à des conditions qui lui garantissent une recette annuelle de $8407,500, et comme le peuple ne consentira jamais à l'établissement de la taxe directe tant qu'il y aura d’autres ressources disponibles, le devoir du cubinet et de cette Chambre est tout tracé et s'explique en quatre mots: vendre le chemin provincial.

J'ai déjà longuement expliqué la raison politique de premier ordre de la vente de la partie ouest à la compagnie du Pacifique; je n’y reviendrai

as.

è Le gouvernement doit rencontrer les obligations de la province. C'est une question d’honneur national, et du plus haut intérêt public. L'exploitation du chemin du Nord par l'Etat ne rapportera jamais un revenu net fixe, régulier, permanent, au trésor. On connait toutes les causes de fluetuation dans le montant des recettes nettes d’un chemin de fer. L’honorable premier ministre les a très habilement énumérées dans l’éloquent et brillant discours qu’il a fait la semaine dernière. Elles sont si nombreuses qu'il n’est pas surprenant que, dans la rapidité de sa puissante argumentation, il ait omis d'en mentionner une couple d’une importance considérable. L’honoruble chef du gouvernement nous a parlé des difficultés constantes de l'exercice du patronage officiel sur un chemin de fer,

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difficultés dont il a pu mesuïer toute l'étendue par une expérience de plus de deux années d'administration. Il nous a fait voir les détails du Chapitre des accidents, malheureusement si fréquents, sur les voies ferrées, qui causent des pertes énormes en un instant, Il y a les incendies, qu'il n’a pas mentionnés, par oubli sans aucun doute, De grandes constructions, de vastes ateliers, sont bâtis pour les exigences des affaires du chemin de fer. Une gare coûte 8200,000. Elle n’est assurée que pour les deux tiers de sa valeur. Elle brule, et le gouvernement perd du coup 866,666 ; une artie considérable du revenu sur lequel comptait le trésorier pour payer intérêt annuel de la dette provinciale.

Comment veut-on que l'honorable trésorier calcule un revenu régulier du chemin de fer exploité par le gouvernement? Le trafic d’une ligne n’est pas fixe; il subit des variations diverses. Ainsi le gérant général du chemin du Nord fera rapport à l'honorable commissaire que, pendant le prochain exercice, il compte sur un montant de recettes brutes d’un million. De son côté, l'honorable trésorier se dit qu'il touchera en revenu net tant pour cent, 70, 72 ou 75, de ces recettes brutes. Quelques mois après, voilà que le pays est affligé d’une mauvaise récolte, d’une crise commerciale, Les affaires se contractent, les transactions diminuent, les voyageurs sont moins nombreux, les excursionnistes se font rares ; il y a moins de produits des champs et des manufactures à transporter. Conséquence rigoureuse, il y a un écart de deux, de trois cent mille piastres entre les évaluations du gérant du chemin et les recettes brutes réalisées. Comme il n’est pas possible de réduire les dépenses d'exploitation d’une voie ferrée en proportion de la diminution soudaine du trafic par des causes générales, les recettes nettes restent bien au-dessous des espérances du trésorier, qui constate qu’une source de revenu va lui faire défaut en grande partie.

Veut-on une information importante au sujet de la fluctuation du revenu net d'un chemin de fer à cause des accidents ? Je puis en donner une toute récente à cette honorable Chambre. Il y a peu de jours, à mon siège dans cette salle, j'avais le plaisir de causer avec l’un des plus habiles et des plus énergiques officiers de l’Intercolonial. Lu conversation tomba naturellement sur les chemins de fer. Comme je m'intéresse vivement à leur prospérité, qui est toujours une preuve certaine de celle du pays, je lui demandai si, comme le faisaient espérer les résultats de l’exploitation de la ligne pendant l’année 1880-81, le tratic de l’Intercolonial augmentait toujours.

Oui, me répondit-il, et beaucoup. Bien que le matériel roulant du chemin ait éié considérablement augmenté, il n’est pas encore suffisant pour répondre aux exigences croissantes du trafic.

Alors, lui dis-je, enchanté de cette information, l’honorable ministre des chemins de fer, Sir Charles Tupper, pourra, à la prochaine session, annoncer au parlement et au pays la bonne nouvelle qu'il a obtenu un revenu net assez élevé de l'exploitation du chemin. Quelle superbe affaire, dis-je, si, pendant l’exercice en cours, le gouvernement tédéral obtenait seulement un excédent de $100,000 de recettes sur les dépenses de l’intercolonial, lorsque ces années dernières, il y a eu des déficits variant d’un demi-million à sept cent mille piastres.

Sans doute, répliqua tout de suite cet officier, mais nous avons eu, sur les parties du chemin dans les provinces maritimes, quelques accidents sérieux qui ont causé des pertos considérables qui absorberont en tout, ou au moins en très grande partie, le revenu net que l’on pouvait espérer des opérations du chemin cette année.

Cependant, le chomin de fer Intercolonial est administré avec la plus grande habileté et la plus vigoureuse énergie. On sait ce que Sir Charles Tupper et le gouvernement fédéral ont accompli depuis deux ans a réussir à équilibrer les recettes et les dépenses du chemin en 1880 81,

Jne perte d'une centaine de mille piustres, c'est peu de chose pour le gouvernement fédéral, qui a les deux plus fécondes sources de revenu, les douanes et l'accise, mais elle serait énorme pour le gouvernement de cette province, dont les revenus sont bien limités et très peu élastiques.

-Voilà donc une preuve, de la plus frappante actualité, de l’imprévu qui existe auski bien dans l'exploitation, que dans la construction d'un chemin de fer. Est-ce que la même chose ne se rencontre pas dans toutes les opérations commerciales et industrielles, dans les exploitations agricoles. L'honorable premier ministre l’a dit l’autre jour avec la plus grande raison, un gouvernement ne pout pas se faire commerçant, industriel, agriculteur, manufacturier, armateur. Et pourquoi ? Evidemment parceque, administrateur de la fortune publique, des ressources financières de l'Etat, des affaires du pays, il ne doit pas courir les risques et les dangers du négoce, des opérations industrielles, de l’exploitation agricole, de la navigation. Si le gouvernement ne doit pas, dans l'intérêt public, se livrer aux industries commerciale, manufacturière et agricole, pourquoi serait-il plus dans ses attributions de se livrer à l'industrie des transports, soumise, comme les trois autres, à tous les hasards des accidents, de la concurrence, et de la dépression, surtout quand elle est contrainte dans son expansion par la lenteur officielle. Pourquoi le gouvernement ne OUTRE pas aussi bien fabriquer du coton, des lainages, des soieries, des instruments aratoires, des chaussures, rafiner du sucre, moudre du blé, récolter des .céréales, que de les transporter du lieu de la production aux marchés où ils s’échangent, et où les eonsommateurs les achètent? Si un gouvernement peut exposer la fortune publique, dont il est le gardien et le protecteur, aux risques multiples de l’industrie des transports, pourquoi n’aurait-il pas également le droit de se livrer aux dangereuses opérations de la bourse? Qu'on examine la question à tous les points de vue, et on ne pourra faire autrement que de conclure qu’il n’entre pas dans les attributions vraies d’un gouvernement de construire et d'exploiter les chemins de fer.

On me dira peut-être : le gouvernement fédéral administre bien les canaux, qui sont la propriété de l'Etat. C'est vrai, mais il y a toute la difiérence du monde entre les deux cas. La responsabilité du gouvernement se limite à tenir les canaux en bon ordre. Il perçoit des taux de péage pour rencontrer les frais d'administration, et, si les revenus les dépassent, ce qui n’a pas lieu, pour payer l'intérêt d’une partie du capital engagé dans ces améliorations publiques. Mais les transports dans les canaux se font par l'initiative privée; l'Etat n'a rien à y voir, n’y participe en rien, ne prend aucun risque,

Ii faut vendre le chemin du Nord, parce qe le gouvernement est dans l'impossibilité de payer l'intérêt et le fonds d'amortissement des deux millions de piastres au moins qu’il lui faudrait emprunter, pour parachever la ligne et faire les travaux d'accommodation que nécessiteront les besoins croissants du trafic. Une dette additionnelle de deux millions, c’est un surcroît d'intérêt annuel de $100,000 et 820,000 de plus de versement au fonds d'amortissement. Les ressources du trésor ne permettent pas à la province d’encourir cette obligation.

Que l’on ne me dise pas que j'exagère en évaluant à deux millions de

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piastres le coût des travaux nécessaires pour le parachèvement complet du chemin du Nord. Je crois que nous devons suivre le sage et prudent conseil que M. Potter, ancien président du Grand Tronc, donnait un jour, dans ce pays, à des citoyens avec lesquels il parlait d’un embranchement à la ligne principale de cette compagnie: c’est qu'il faut s'habituer à calculer le coût d’un chemin de fer après qu’il est construit et non avant, C'est plus sûr, los mécomptes sont moins dangereux.

Les travaux des chemins de fer ne sons pour ainsi dire jamais finis, La ligne du Grand Tronc est en opération depuis plus de trente uns dans toute su longueur, et cependant la compagnie a constamment à faire des travaux d’agrandissement ici, de constructions nouvelles là. Il «e passe bien des années avant que le compte des frais de construction d'un grand chemin de fer, imputubles au capital, puisse être convenablement clos. N'en AvOns-nous pas un exemple convaincant duns ce qui se fait sur l’Intercolonial? Uette ligne a été ouverte au trafic duns toute sa longueur vers le milieu de l’été de 1876. La construction durait depuis le commencement de 1869. Les travaux avaient été exécutés avec tout le soin possible, le gouvernement tenant à avoir un chemin de première classe sous tous les rapports. Cependant, après la mise en opération de la ligne, il n’y a pus eu moyen de clore le compte des frais de construction imputables au cupital. Tous les ans, il y a de nouveaux travaux à faire. Depuis 1876, on a dépensé sur l’Intercolonial, pour travaux de construction, les sommes suivantes pendant les divers exercices jusqu'au 30 juin 1881.

Année 1876-77... sos, sovecoos 81,318,352,19

1877-78... RS OCTO EN NERNEEE ‘ 408,816.74 6 AOF BeTisssssssmerosnorseotse ee 226,639.19 16 TB THB. sssrosoossose 00100 it 158,539.17 66 1880-81... soc oos conor vo 300,926.34 Crédit au budget des dépenses de 1881-82 pour travaux de construction sur l’Inter- COÏONIAÏ .sssssssoes sosvos sons ve esnnostonttiees 153,000.00

Crédit au budget de 1882-83 pour travaux de construction, matériel roulant, etc., y compris l’'embranchement de St. Charles et bateaux-passeurs entre Québec et Lévis. 1,145,086.00

HI Hu, 1 AEPPRNENPRENNENS AE srsoseossossss 83,711,359.62

Ainsi les travaux de construction de l’Intercolonial imputables au capital, du premier juillet 1876 au trente juin 1883, les sept premières années de l'exploitation du chemin, auront coûté $3,711,359.62. Ce ne sera pas tout. Plusieurs centaines de mille piastres, peut-être un ou deux millions, seront encore dépensées avant que le compte du capital de ce chemin-puisse être clos. Il est bien certain, par exemple, que les travaux de l’embranchement de St. Charles et des bateaux-passeurs entraîneront une dépense bien plus considérable que les $8536,000 qui seront ‘7otées à cette fin par le parlement fédéral, pendant la présente session. On s’illusionne d’une étrange manière si l’on croit que les mêmes faits ne continueraient pas à se répéter sur le chemin du Nord, et que le gouvernement n'aurait pas, pendant plusieurs années encore, à encourir les frais de dispendieux travaux imputables au capital, en outre de ceux dont les ingénieurs recommandont fortement l'exécution immédiate.

Le gouvernement doit vendre le chemin, parce que la province est

placée dans l'alternative de choisir entre la taxe directe, ou de se départir d’une propriété en s’assurant un revenu annuel de 8407,500,—5 pour cent sur un capital de $8,150,000, Je félicite l'honorable are ministre, je félicite le cabinet d’avoir le courage et la loyauté de dire franchement au peuple quelle est lu situation financière de la province, Les gouverne. ments doivent la vérité tout entière à ceux dont ils administrent les affuires, Ils auraient tort, grandement tort, de dissimuler, de bercer les populations de vaines espérances, et de ne pas les renseigner, en toute sincérité, sur leurs obligations, sur leurs responsabilités, Les hésitations, les attermoiements, les y vga en matières de finances publiques, sont toujours désastreux, et les gouvernants qui n'ont pas lu fermeté de s’assurer les ressources nécessaires au fonctionnement régulier et harmonieux des institutions nationales, ne méritent pus d'être chargés des destinées d’un pays.

Le gouvernement ne veut pas de la taxe directe parce qu'il trouve dans la vente du chemin aux conditions avantageuses qu’il a pn obtenir après de longues et laborieuses négociations, des ressources suffisantes ponréquilibrer, avec quelques petits revenus additionnels, ses recettes et ses dépenses annuelles. Cest la politique de son programme électoral de l'automne dernierqu’il mettra en pratique, avec l'approbation de cette honorable Chambre, et à la profonde satisfaction du peuple, qui veut bien payer les frais de l'administration de la chose publique, mais qui s'oppose avec énergie à co

ue l’on taxe inutilement la terre qu’il arrose de ses sueurs et qu’il féconde de son travail, puisque ses hommes d'Etat ont d’autres voies et moyens de percevoir la somme requise pour faire face aux dépenses du gouvernement.

C’est quand les nécessités financières sont si impérieuses, la situation si tendue, les besoins publics si pressants, que l’on viendra suggérer au gouvernement d'attendre, de ne pas se hâter, de temporiser, pour me servir du mot favori de l'honorable député d'Hochelaga. Je me demande avec inquiétude si l'on est réellement sérieux. A:-t-on vraiment pensé à ce que l’on propose? Je ne le crois pas. S'il ne s'agissait que de la seule question de la vente du chemin, en entier ou en partie, je concevrais bien que difficilement, que l’on pût différer d'opinion. Je concevrais la sug-

gestion d'attendre, Mais ce que l’on propose, ce n’est pas la temporisatior “our la vente du chemin du Nord, mais c’est la temporisation avec Ve > du service administratif, avec le crédit public, avec l'honneur vvince, Le gouvernement ne peut pas temporiser de la sorte, et «onorable Chambre ne doit pas lui demander de le faire. Si le peuple

«it consulté de nouveau, il répondrait une seconde fois, avec même plus a'énergie que le deux décembre dernier, qu’il veut que le gouvernement temporise avec la taxe directe et qu'il vende le chemin de fer provincial,

Silegwouvernement acceptait la suggestion de l'honorable député d’Hochelaga, refusant par là même l’occasion qui lui est otferte d’équilibrer ses finances, dans quelle position se mettrait-il? Dans quelques semuines, les créanciers de la province pourraient se présenter au bureuu du trésorier pour lui demander le paiement de l'intérêt de l'argent qu'ils nous ont prêté. Il me semble entendre l'honorable trésorier leur répondre : vous, d'Angleterre, de France, des Etats-Unis, vous en êtes encore aux anciennes notions de gouvernement ; nous, nous avons décidé de conduire nos affaires à l’avenir, conformément à un nouveau principe qu’un ami obligeant a eu la bienveillance de mettre à notre service. D'après ce principe, inconnu jusqu'à ce jour, je ne paie pas l'intérêt de la dette

publique de la province, je temporise.

le se départir —ÿ5 pour cent ministre, je nchement au CN gouverne inistrent les de bercer les en toute sinitations, les bliques, sont eté de s’assuharmonieux les destinées

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Mais, Apres ces créanciers aux abois, si vous voulez vous libérer de votre dette, il vous faut faire vos versements au fonds d'amortissement, sans cola le poids du fardeau que vous portes ne diminuera jamais. —Non, non, réplique le trésorier, rien pour le fonds d'amortissement, Cv serait violer notre principe de gouvernement; nous no le forons pas, nous temporisons,

Cependant, si le ministère, appréciant l'importanco majeuro de faire honneur aux obligations de la province pour conserver son crédit à l'oxtérieur, au risque même de ditlicultés intérieures qui, au moins, seraient plus affaires de famille, payait l'intérêt et le versement au fonds d'amortissement, on verruit alors un autre défilé au bureuu du trésor. Los personnes qui s'intéressent d’une manière active à ia colonisation, iraiont solliciter les sommes d'argent qui sont nécessaires au progrès du défri. chement de la forêt, si utiles aux vigoureux pionniers

Le trésorier reprendrait le cliché de sa réponse, et dirait aux solliciteurs dévoués à l’avancement do la province : ce que vous me demandez ne se peut pas, nous temporisons,

Aux sociétés d'agriculture, qui demanderaient lessubventionsordinaires, aux pères de families qui attendraient que le gouvernement favorise l’éducation de leurs enfants, aux directrices et directeurs, si dignes do respect ot d’admiration, des institutions de charité, priunt qu'on leur donne les secours dont ils ont besoin pour soulager les soutfrances des malades et des vieillurds dont ils se sont chargés, et pour leur permettre de sécher quelques-unes de leurs larmes, le trésorier répondruit toujours : il nous faut mettre en pratique notre principe fondamental de gouvernement, et nous temporisons,

Je dis à ceux qui sont en faveur de cette dangereuse politique de temporisation, sans s'occuper des difficultés et des dangers de l'exploitation d’un chemin de fer, qu'un pont qui s'écroule, le feu qui dévore une gare construite à grands truis, deux trains lancés sur lu voie courunt à lu rencontre l’un de l'autre, n’ont jamais brillé par la vertu de temporisation. Pendunt que le ministère temporiserait en attendant que la compagnie du Pacitique veuille bien acheter le chemin entre Québec et Montréal, bien des accidents pourraient détruire les espérances de l'honorable trésorier, réduire de beaucoup le montant des recettes nettes de lu ligne, et mettre le gouvernement duns la nécessité d'imposx de nouveaux furdeaux au peuple pour se donner les moyens de rencontrer ses obligations.

L'honoruble député d'Hochelaga x oublié que 1e gouvernement ne pourrait pas avoir le monopole de la temporisation. Il n’est certainement pas dans les attributions de cette législature de voter un statut pour le lui garantir, L’honoruble député d'Hochelugu dit au cabinet: attendez, ne vendez pas la partie est du chemin, temporisez; très prochainement, dans un un peut-être, vous aurez uu acheteur certain dans là compagnie du Pacitique elle-même, qui vous paierx un ou deux millions de plus que le montant que vous donuera le sy/ndicut qui veut acheter le chemin entre Québec eu Montréal, si le contrut fuir avec lui est ratitié,

1i est bou de juger tout de suite cette probabilité de l'obtention d’un ou de deux muhions de plus pour la purtie est. J'ai déjà abonduminent prouvé, je crois, que la compagnie du Pacitique, qui juge la question au point de vue de ses intérêts, nu aucune raison d'acheter cetie partie, les w'avaux de sa ligne principale au nord du lac Supérieur ne pouvant pas être terminés avant cinq, six, sept, et peut-être hr" ans. Les capitalistes qui composent lu compagnie du Pacitique sont de. «aimes d’atfuires d’une

grande habileté, d’une vaste expérience, de beaucoup de perspicacité. C’est en vain que j'y ai longement réfléchi, je n’ai pas pu concevoir comment l’on peut supposer un seul instant que la compagnie du Pacifique paiera, dans un an, à des particuliers, pour la partie est, un ou deux millions de plus qu'elle n'aurait eu à donner aujourd'hui au gouvernemen:, si elle avait voulu acheter tout le chemin. Il y a de ces craintes ‘ellement puériles que l’on ne peut s'empêcher de regarder avec étonrsment ceux qui les expriment, de ces suppositions si invraisemblables ue vous êtes tenté de demander à ceux qui les font s’ils sont bien «érieux, ou s'ils ne veulent pas plutôt s'amuser aux dépens de la crédulité de leurs interlocuteurs.

Mais enf les directeurs de la compagnio du Pacifique, M. Stephens, le millionnaire, M. Melntyre, M. Angus, et leurs collègues, n'ont jumais rien fait qui puisse justifier qui que ce soit de dire qu’ils sont sur la voie de la démence. Car, après tout, il faut les croire insensés pour supposer qu'ils vont ainsi perdre un ou deux millions de piastres pour: le seul plaisir de retarder pendant un an l'achat d’une ligne de chemin de fer. Non, des capitalistes brisés aux affaires, comme ceux dont il est question, ne font point de ces inimaginables extravagances par lesquelles ils perdent des millions de gaiété de cœur. Les personnes qui ont éprouvé une certaine anxiété en entendant la supposition de l'honorable député d'Hochelagu, peuvent se rassurer entièrement. Les directeurs de la compagnie du Pacifique n’ont point perdu la tête, et il n’y a pas le moindre danger qu’ils commettent la faute dont on parle.

L'honorable député d'Hochelaga recommande au gouvernement de temporiser, d'attendre un peu cet acheteur empressé qui va bientôt accourir en toute hâte, les mains pleines de millions pour les offrir pour la partie est du chemin, Mais si le ministère se rendait à la suggestion de l’honorable député d'Hochelaga, qui pourrait empêcher la compagnie du Pacifique de temporiser de son côté? Si elle s’avisait de le fuire, comme tout lui en suggèrerait l'opportunité, il y aurait une lutte de temporisation entre le wouvernement, d’un côté, et la compagnie du Pacifique, de l’autre. Alors, je demande si, daus ce eonflit de temporisation entre une puissante corporation, fortement organisée pour la conduite de très grandes affaires, qui possèdera, dans dix ans, au moins cinq mille milles de chemin de fer, tant de la ligne principale que des embranchements, représentant en travaux faits un capital de plus de deux cent millions de piastres, et le gouvernement, obéré dans ses finances, privé d’une ressource sur laquelle il comptait pour faire honneur aux obligations de la province, gèné par la responsabilité de l’administration du chemin de fer, il n’y a pas tout à craindre que le ministère serait le premier pousré au pied du mur? Est-ce qu'il n’est pas évident que le gouvernement serait oblivé de cesser une lutte qui ne ferait qu'augmenter ses difficultés sans lui offrir la moindre chance d’un succès définitif? Viendrait le jour où le gouvernement serait forcé de vendre la partie est du chemin, que la compagnie du Pacifique ne consentirait probablement pas à payer aussi cher que ne le fait aujourd’hui le syndicat composé de capitalistes et d'hommes d’affaires de Québec, de Montréal et de ‘l'rois-Rivières.

Ce système de temporisation, si chaudement préconisé par l'honorable député d'Hochelaga, peut tort bien convenir, dans un moment d'erreur, à un partisan politique en rupture de discipline, mais pas à des créanciers attendant l'intérêt de leurs capi:aux pour vivre, pas à de courageux

perspicacité.

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M. Stephens, n'ont Jamais t sur la voie ur supposer e seul plaisir e fer. Non, question, ne s ils perdent une certaine l'Hochelaga, mpagnie du ndre danger

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colons sollicitant de l’argent pour leurs chemins à travers la forêt qu'ils défrichent, pas aux cultivateurs demandant qu'une partie du revenu provincial soit appliquée à favoriser les progrès de l’asriculture, pas aux ères de fanilles comptant sur Ia libéralité gouvernementale en faveur de D Luuatiot de leurs enfants, pas aux malades implorant, de leur lit de douleur dans les hôpitaux, la charité officielle, aussi sainte que la charité privée, pas à l'honorable trésorier qui, pour l'équilibre de son budget et LR balance de sa caisse, a besoin de recevoir au moins autant d'argent qu'il est obligé d'en payer, pas au peuple qui ne veut point qu'on lui impose la taxe directe, pas au ministère qui ne peut et ne doit point s’'exposer à ce que le crédit public soit ruiné, et l'honneur de la province compromis,

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