‹ Discours de M. L.G. Desjardins... sur la résolution relative à la vente de la partie ouest du chemin de fer Québec, Montréal, Ottawa et occidental fait à l'Assemblée législative de la province de Québec à la séance de lundi, le 3 avril 1882 [microforme]Chapitre 31 sur 49 · LE PRIX DE VENTE DU CHEMIN EST-IL SATISFAISANT · texte numérisé non relu

LE PRIX DE VENTE DU CHEMIN EST-IL SATISFAISANT

Les honorables membres de cette Chambre qui ont parlé contre les contrats que le gouvernement nous demande de ratifier, ont exprimé l’opinion que le chemin de fer provincial n’est pas vendu assez cher. On a dit dans cette enceinte, ce qui à aussi été écrit dans la presse, que par les transactions faites par le ministère la province subit une perte très considérable. Je ne puis pas partager cette manière de voir.

Le chemin de fer Québec, Montréal, Ottawa et Occidental a coûté au trésor provincial la somme totale de $812,615,426.99, On a beau faire tous les calculs plus ou moins fantaisistes que l’on voudra, il est certain, indéniable, incontestable, que, par les contrats soumis à l'approbation de cette honorable Chambre, la province va réaliser par la vente du chemin et de

tout ce qui en dépend le montant de $8,100,000, y compris les 8500,000 que le syndicat de la partie est paiera pour les débentures de la cité de Québec que le gouvernement lui remettra, et pour le transport qui lui sera fuit des droits du gouvernement contre la corporation de Québec. La province recevra de plus la somme de $50,000 que la corporation de Montréal lui doit pour sa contribution aux fruis de la construction du magnifique pont de Hull. Ainsi c'est un total de 88,150,000. Pour établir le montant de la contribution de la province à l'œuvre nationale du chemin du Nord, nous n'avons qu'à faire la simple soustraction suivante : Coût de la construction du chemin de fer Québec, Montréal, Ottawa et Occidental,-statistique officielle exacte, $12,615,426 99 Montant réalisé par la province par la vente du chemin.. 8,150,000 00

DifféENC@. ns sssssnnrenessssssesens eosossssssns 8 4,465,426 99

Ces $4,465,426.99 sont la contribution provinciale aux frais de la construction du chemin.

La province, je le répète, réalise 88,150,000 par la vente, c'est-à-dire 65 pour cent du coût du chemin, moins une très légère fraction. Je le demande en toute sincérité, quelle est la compagnie de chemin de fer dans toute la confédération canadienne qui pourrait réaliser plus de 65 pour cent du coût entier de sa ligne, avec toutes les garanties de paiement qui entourent les transactions faites par le ministère? Il serait bien difficile d’en citer une seule.

Mais en vertu des contrats, les acheteurs du chemin sont obligés de faire ou de payer le coût des travaux d’une nécessité urgente au montant de $1,098,000 suivant les évaluations des ingénieurs, évaluations qui sont toujours excédées, parce qu’il y a inévitablement un imprévu immense dans ces travaux. Si le chemin n’était pas vendu, le gouvernement serait obligé de faire les travaux immédiatement nécessaires, ce qui, en calculant d'après les évaluations, porterait le coût total de la ligne, payé par la province, à $13,713,426.99, La province vend son chemin pour 88,150,000, plus l'obligation, pour les acheteurs, de faire ou de payer des travaux qui, au plus bas, vont absorber $1,098,000. Comparé au coût total du chemin de $13,713,426.99, le prix de vente est donc réellement de $9,248,000, ou 674 pour cent, à une minime fraction près, des déboursés encourus et nécessairement à encourir par le trésor provincial,

Je suis formellement d'opinion, qu’en dehors même des avantages immenses et inuppréciables que la politique ministérielle assure à notre

rovince, en faisant du chemin du Nord le prolongement des grandes Hones qui lui fourniront le trafic de Winnipeg, de St. Paul et de Chicago, les trois centres du commerce de l'Ouest, encore à ses premiers développements, le gouvernement a fait une magnifique opération financière par les contrats qu’il nous demande de ratifier dans l'intérêt public.

Los $84,465,426.99 d'écart entre le prix de vente et celui du coût du chemin seront la subvention provinciale aux compagnies qui se charxent d'exploiter la ligne, Répétera-t-on que la subvention est trop élevée ? Alors je rappellerai à ceux qui soutiendront cette prétention, qu'avant d'autoriser la construction du chemin du Nord comme entre-

rise du gouvernement, la législature de Québec avait subventionné le compagnies des chemins du Nord et de colonisation du nord de Montréal au montant de $2,000,000, et leur avait fait une concession de 3,000,000 d’acres des plus belles terres de notre Gomaine public. Les terres valaient au moins une piastre de l’acre, de sorte que le gouvernement étuit engugé, par la volonté de la législature, à contribuer aux frais de construction du chemin du Nord au montant réel de $5,000,000. Le pèuple donna son entière approbation à cette politique sage, prévoyante et énergique, lors des élections générales qui eurent lieu en juin 1875. Personne ne songeu à reprocher sérieusement au ministère et à la députation dont le corps électoral était appelé à juger la conduite, d'avoir trop liléralement subventionné les compagnies qui avaient entrepris avec courage de relier Québec, Montréal et Ottawa par une voie ferrée de première classe. Ce que l’on demandait, ce que l’on voulait, c'était le chemin, et l’on ne regrettait pas les cinq millions en argent et en terres donnés uvec l’espoir d’en assurer la construction.

Nous connaissons les causes qui ont obligé le gouvernement à se charger, duns l’automne de 1875, de terminer les travaux du chemin du Nord comme entreprise publique de la province, ÆEh bien, je n'hésite

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pas à dire, et même à affirmer, que si, en 1875, l'on eut eu la certitude qu'en reprenant la propriété des 3,000,000 d’acres de terre concédés aux compagnies, et en élevant à $4,465,000, ou même à $5,000,000, la subvention qui leur avait été accordée, le chemin eut été construit, la législature et l'opinion publique, dont elle aurait été la fidèle expression, eussent, préféré laisser les compagnies compléter leur tâche, plutôt que d'en charger le gouvernement avec l’imprévu immense qu'elle comportait, et que l’on n’a que trop constaté par l'expérience, puisque, comme l’a prouvé l'honorable premier ministre dans son brillant discours, la semaine dernière, il se chiffre par quatre à cinq millions. Pour un, j'eus certainement été favorable à cette politique qui aurait eu le grand avantage de limiter la responsabilité de la province dans l'exécution des travaux, et de ne pas embarrasser le gouvernement des difficultés incessantes de l'exploitation de la ligne. Un décida, en 1875, de terminer le chemin aux frais du trésor provincial, parce que, lors même que l’on eut élevé la subvention à cinq millions de piastres, l’on n'avait pas confiance que les compagnies pussent conduire l’entreprise à bonne fin. Le gouvernement, en ne se chargeant pas lui-même des travaux, se fut exposé à de nouvellés demandes de la part des compagnies, demandes qu'il n'aurait point pu refuser, pour ne pas laisser inachevée une œuvre nationale de la plus haute importance. Duns ces circonstances, il valait mieux trancher énergiquement la question et décider sans délai la construction du chemin du Nord par le gouvernement. Aujourd’hui la province doit s'estimer heureuse de ce qu’elle peut revenir à la politique qu’elle aurait tant désiré pouvoir adopter en 1875.

La subvention provinciale en faveur du chemin de fer du Nord sera, après la ratification des contrats, de #4,465,426.99. La longueur de la ligne principale et des embranchements est de 356 milles. La subvention est donc de $12,543.33 le mille. Ceux qui prétendent qu’elle est exorbitante feraient bien, pour se rassurer, d'étudier les chiffres suivants que je trouve dans le pamphlet contenant la statistique des chemins de fer de la confédération pour l’année 1880-81, tout récemment déposé sur le bureau de la Chambre des communes.

Le gouvernement du Canada a contribué aux frais de construction du chemin de la compagnie du Grand Tronc …au montant de $15,142,633.33. La ligne principale du Grand Tronc et ses embranchements ont une longueur totale de 1156. Divisons les $15,142,633.33 par 1156, et nous constatons que la compagnie du Grand Tronc a reçu du gouvernement canadien $13,099.18 pour chaque mille de son chemin. C’est 8555.85 de plus par mille que ce que la province aura donné en subvention pour le chemin du Nord. Que l’on ne dise pas que c’est un prêt que le pays a fait au Grand Tronc, parce que tout le monde sait parfaitement bien que jamais le gouvernement ne retirera un sou de la somme qu'il a accordée à cette compagnie.

A-t-on oublié quelle sera la contribution totale du gouvernement fédéral aux frais de construction du chemin de fer canadien du Pacifique? Le parlement canadien a autorisé le gouvernement d'Ottawa à donner à la compagnie du Pacifique, pour la ligne principale, l’'embranchement de Pembina et le prolongement du Canada central en argent et en travaux faits, une subvention de $58,748,258—chiffres que l’on peut lire à la page 41 du pamphlet de la statistique des chemins de fer—et à lui faire une concession de 25,000,000 d’acres des fertiles terres du Nord-Ouest. La valeur réalisable de ces wrres en argent par la compagnie est d'au moins

uno piastre l’acre. Aïnsi donc, la compagnie du Pacifique est subventionnée au montant de $83,748,258. La longueur de la ligne-mère, de la station Callander, près du lac Nipissingue, à Port-Moody, sur la côte du Pacifique, est de 2,629 milles, auxquels il faut ajouter les 86 milles de l’'embranchement de Pembina, sur la rive orientale de la Rivière-Rouge, C'est une longueur totale de 2,715 milles, Le montant de la subvention du gouvernement fédéral en faveur de la compagnie du Pacifique, divisé par les chiffres de la longueur totale de la ligne, donne 830,846 pour chaque mille de chemin, près de deux fois et demie autant que la subvention provineiale de $12,543.33 pour le chemin de fer du Nord.

Les 84,465,426.99 que la province aura eontribué aux frais de construction de la ligne entre Québec, Montréal et Ottawa, ne représenteront que 324 pour cent du coût des travaux, tels qu'évalués par les ingénieurs. Mais il est certain que ces évaluations resteront bien au-dessous de la réalité. Il y a toujours l'imprévu que l’on ne connait pas, que l’on ne saurait calculer ; il y a les exigences croissantes du trafic qui se développera. Je suis convaincu, qu'en outre des $1,0:8,000 de travaux à faire immédiatement, la compagnie du Pacifique et le syndicat de la partie est, avant que le chemin et ses embranchements ne soient complètement parachevés, avant que toutes les grandes constructions que le trafic nécessitera à Montréal et à Québec ne soient terminées, auront à dépenser, y compris l'imprévu dans les évaluations des ingénieurs, au moins un autre million de piastres. De sorte que l'on peut sans hésitation évaluer le coût total du chemin du Nord, lorsque les travaux de construction seront entièrement finis, à $14.- 750,000. Pour se donner les avantages incalculables d'un chemin de fer qui aura coûté cette somme, la province n'aura donné que $4,465,426.99, ou 324 pour cent des frais de construction de la ligne. Personne ne peut sérieusement dire que ce soit trop, lorsqüe tout le monde sait que la subvention de $883,748,258 du gouvernement fédéral, en argent, en travaux et en terres, en faveur de la compagnie du Pacifique, s’élèvera certainement à plus de 50 pour cent du cuût total de ces gigantesques travaux. , Et certes, le gouvernement fédéral et le parlement canadien n'ont pastrop donné pour assurer la construction et l'exploitation, par une compagnie, d’une immense voie ferrée qui ouvrira à la civilisation de vastes et fertiles régions où, dans l'avenir, une population d'au moins cent millions d'âmes trouvera le travail fécond, le pain de chaque jour, la prospérité, la richesse, la liberté, le bonheur du foyer où règnent l’aisance, l'amour du bien, les saintes vertus domestiques. Quatre-vingt trois millions de piastres sont peu de chose après tout, lorsqu'ils ont le rôle d’être une des bases sur lesquelles on appuie l'édifice politique du grand empire que nous sommes à fonder dans l'Amérique du Nort, sous l'égide protectrice du glorieux drapeau auquel nous avons juré fidélité, et que nous désirons voir toujours planer sur l’imposante citadelle de Québec, le boulevard de la puissance anglaise sur ce continent,

Les honorables membres de la loyale opposition de Sa Majesté dans cette Chambre, suivant l’exemple de leurs amis à Ottawa, me diront-ils que la contribution du pays aux frais de construction du chemin du Pacitique, telle que le gouvernement conservateur de Sir John A. MacDonald et le por qui l’honore de sa confiance l'ont donnée, est trop considérable ?

’ouvre le volume des Statuts du Canada de la session de 1874, et je leur prouve par la troisième sous-section du huitième article de la loi “ pour ourvoir à la construction du chemin de fer canadien du Pacifique,” que e gouvernement de l'honorable M. Mackenzie, l’ex-chef des honorables

le est subvenne-mère, de la sur la côte du 8 86 milles de tivière-Rouge, la subvention cifique, divisé 830,846 pour it que la sub- Nord, 3 de construc- “enteront que énieurs, Mais la réalité. Il rait calculer ; Je suis condiatement, la ue le chemin és, avant que lontréal et à mprévu dans de piastres.

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membres de l'opposition, s'était fait autoriser par le parlement à donner aux entrepreneurs une subvention de 810,000 par mille, une concession de 20,000 acres de terre par mille, et de plus à payer un intérêt de quatre pour cent, pendant vingt cinq ans, sur une somme à être stipulée au contract, En vertu de cette loi, le gouvernement de l'honorable M. Mackenzie a fait un contrat pour l'embranchement de la Baie Georgianne par lequel il s'engageait à payer cet intérêt do quatre pour cent, pendant vingt cinq ans, sur la somme de $7,509 par mille. On peut donc prendre ce chiffre pour la moyenne du montant sur lequel le gouvernement du Canada, conformément à la loi de l'honorable M. Mackenzie, aurait eu à payer cet intérêt de quatre pour cent, pendant un quart de siècle, s’il se fut trouvé des capitalistes pour entreprendre la construction du chemin, Par la politique du ministère libéral qui a gouverné le pays de 1873 à 1878, l'Etat aurait contribué aux frais de construction du chemin du Pacifique comme suit :

Subvention de $10,000 par mille pour les 2797 milles de la ligne-mère et des deux embranchements de Pembina et de la Baie Georgianne .............…. $27,970,000 Capital de l'intérêt à 4 pour cent, pendant 25 ans, sur 87,500 par mille, pour 2797 milles ............. 20,977,500 Concession de 55,940,100 acres de terre à #1.00 l’acre. 55,949,100

Subvention totale... $104,887,600

Assurément, après avoir approuvé, avec toute l'énergie que l’on sait, une loi par laquelle le gouvernement de l'honorable M. Mackenzie était autorisé à donner une subvention de $8104,887,600 pour la construction du chemin du Pacifique, au moins 60 pour cent du coût total des travaux, l'honorable chef de l'opposition, le député de Québee- Est et leurs amis politiques dans cette Chambre, ne voudront pas «érieusement soutenir que la subvention provinciale de $4,465,426.99 en faveur du chemin de fer du Nord est trop élevée. Non, elle ne l’est pas. En la donnant, le gouvernement, la législature et le peuple de cette province ont rempli un grand devoir pour l‘accomplissement duquel les générations futures leur seront reconnaissantes. On paiera l'intérêt sur le capital de cette subvention en retour des immenses avantages commerciaux que le chemin assurera à notre population, surtout dans les heureuses conditions d'exploitation qui lui seront faites par la ratification des contrats déposés sur le bureau de cette Chambre. La somme qui sera annuellement versée au fonds d'amortissement éteindra graduellement cette dette de quelques millions, réduite de plus de la moitié par la vente du chemin. La deuxième génération qui suivra la présente, qui aura le droit de réclamer le mérite d'avoir accompli l’œuvre nationale du chemin du Nord, libérée d’une obligation que nous aurons eu le courage d’encourir, et que nos enfants auront comme nous l'énergie de payer, pourra, tout en profitant de l'impulsion que nous aurons donnée au progrès de la province, et des moyens que nous lui aurons fournis, développer avec de nouveaux succès les inépuisables ressources de notre pays.

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