‹ Discours de M. L.G. Desjardins... sur la résolution relative à la vente de la partie ouest du chemin de fer Québec, Montréal, Ottawa et occidental fait à l'Assemblée législative de la province de Québec à la séance de lundi, le 3 avril 1882 [microforme]Chapitre 36 sur 49 · LA VENTE DU CHEMIN DU NORD NE MBTTRA PAS LA NATIONALITÉ EN DANGER · texte numérisé non relu

LA VENTE DU CHEMIN DU NORD NE MBTTRA PAS LA NATIONALITÉ EN DANGER

Un de nos hommes publics, dont je respecte beaucoup le haut caractère, est d'opinion que l’on ne doit pas vendre le chemin du Nord, parce qu’il est une propriété et une œuvre nationales, parce que l'on portera un 08 à la nationalité canadienne ea en approuvant les contrats soumis

À tion de cette législature, "7 Date ému à la ninntiatatton de cette crainte pour l'avenir de notre nationalité. Je me suis demandé avec une profonde anxiété s’il est vrai qu'elle sera en danger si les Chambres ratifient les deux contrats de vente du chemin, Je me suis vite convaincu que rien ne justifie de semblables alarmes. Je souhaite beaucoup le ie matériel à mon pays, et j'ambitionne d’y contribuer dans l’humble mesure de mes forces, mais il ne fait pas seul la grandeur des peuples. L'avenir de Us. nationalité dépend bien plus de l’avancement religieux, intellectuel, M. et politique de nos compariotes d’origine française, que de leur prospérit Rs le chemin de fer du Nord est solidement fixé au sol. Il restera toujours comme un monument de la SAgORRe, de la prévoyance, du patriotisme, de l'esprit politique des hommes d'Etat qui ont eds. toute l'importance de cette entreprise, et qui l'ont conduite à bonne fin avec le courage le plus admirable, en dépit des difficultés de toutes sortes Li vaincre.

Re on n’est pas exposé à ce qu'un touriste excentrique mette soigneusement notre chemin provincial dans sa malle de voyage pour aller l’exhiber avec empressement aux regards des Parisions ébahis, comme une preuve de notre vitalité et de notre esprit d entreprise, et comme un échantillon du savoir-faire des descendants des enfants de la France au Fo otE pour notre nationalité si le chemin du Nord est vendu, Vaines alarmes. Ah ! lorsqu'il ÿ a un peu plus d’un siècle nos ancêtres, au petit nombre d’une soixantaine de mille, étaient abandonnés sur les rives du St. Laurent, pauvres, épuisés, ruinés, vaincus et conquis, ils n'avaient pas de chemins de fer ; ils n'avaient pas le vaste système de canalisation qui est l’orgueil de notre pays ; ils ne possédaient pas une douzaine de millions d’acres de terre; ils n'avaient pas colonisé toute la vallée du St. Laurent, de la Chaudière, du Richelieu, de l'Outaouais ; ils ne s'étaient pas, par centaines de mille, fixés au sol dans toutes les ne ties du territoire qui constitue aujourd’hui la province de Québec, et même à Ontario, dans les provinces maritimes, et au Manitoba. Lors de la conquête, nos ancêtres ne voyaient pas les ports de Québec et de Montréal fréquentés par des steamers de quatre à cinq mille tonneaux, faisunt la traversée de l’océan en une huitaine de jours; ils n'avaient pas développé un commerce intérieur et extérieur, fait par eux, comme aujourd’hui par nos compatriotes Canadiens Français, au montant de plus de deux cent millions de piastres «nnuellement; ils n'avaient pas jeté les solides bases d'une florissante industrie nationale, Il y a un peu plus d’un siècle, nos pères n'avaient pas à leur service le grand et fécond système d'éducation dont nous sommes fiers ; ils n'avaient pas dans la carrière ecclésiastique, our leur enseigner le bien et le chemin de la vertu, dans les professions ibérales, pour défendre leurs droits civils, donner à leurs a re l'authenticité des preuves écrites, soigner leurs malades, arpenter eurs terres, diriger les grands travaux d'utilité publique, dans les affaires, pour

favoriser leur prospérité matérielle, des milliers et des milliers de leurs enfants leur faisant honneur par leur sainteté, leur savoir, leurs talents, leur expérience, leur activité, leur courage et leur succès. Dans ces jours sombres et tristes de la défaite, nos ancêtres n'avaient pas, pour gage de leur avenir, les libertés constitutionnelles que nous devons à l'énergie de nos revendications et à la libéralité de l'empire qu'elles ont fait si puissant. Ils n'avaient pas une législature spécialement chargée de protézer leurs droits et leurs intérêts provinciaux; ils n'avaient pas pour les représenter et les défendre dans les conseils de la nation trois ministres cunadiens françai: dans le cabinet fédéral, cinquante-deux députés à la Chambre des communes, seize membres du Sénat, cinq ministres, soixante-et dix députés et conseillers législatifs à Québec, des ministrès et des députés au Nouveau Brunswick, à la Nouvelle Ecosse, à l'ile du Prince Edouard, et au Manitoba. Nos pères n'avaient pas pour plaider leur cause une presse dévouée, éclairée, patriotique, toujours sur lo qui-vive pour répondre à la moindre attaque, repousser la plus légère injustice.

Cependant notre nationalité n'est point morte, Le faible ramcuu que

l’on croyait destiné à périr a reçu du sol arrosé du sang de tant de braves la vie qui lui a permis de se redresser et de grandir, en se donnant de profondes racines dans la terre qu'il couvrait, et en étendaut au loin ses branches vigoureuses. On nous dira que ce prodigieux épanouissement national de notre peuple, qui fait l’étonnament de tous ceux qui lisent notre histoire, sera compromis si l’on vend le chemin de fer du Nord! Ah! j'ai plus de confiance que cela dans la vitalité, la fécondité, l'intelligence, le cœur, le

atriotisme, la force, l'amour du travail, l'énergie de nos compatriotes. Le chemin du Nord, devenu lu propriété de compagnies qui mettront à l’exploiter toute l’activité de l'initiative privée, fera ce pourquoi il a été construit, en favorisant la rapidité et l'expansion du mouvement commercial et industriel, l'avancement agricole, le progrès intellectuel et moral par l'échange plus facile des idées et des sentiments au moyen des relations plus fréquentes des citoyens. Notre peuple eontinuera à travailler avec ardeur, à faire des épargnes, à s'emparer du sol, à défricher la forêt, à se livrer aux affaires, à construire de grandes maisons d'éducation, des institutions de charité, des temples, splendides et empreints de toute la majesté religieuse dans les cités et les anciennes paroisses, humbles et pieux dans les cantons de colonisation. Il continuera à aimer la liberté, à exercer et à revendiquer ses droits, à respecter l'autorité, à compter sur l'appui de la Providence qui protège les faibles et donne de grandes leçons aux puissants. Il remplira sûrement ses destinées, et tous les éiéments de notre nationalité se développeront régulièrement, se consolideront de manière à pouvoir résister avec succès à tous les dangers possibles de l'avenir, aujourd'hui si souriant,

On a tort, grandement tort, de vouloir alarmer nos compatriotes ar l'expression de craintes puériles sur les conséquences de la politique u gouvernement. Pour réussir, pour vivre, pour marcher fermement

dans la voie du progrès, pour vaincre les difficultés de l'existence nationale, il faut aux peuples, comme aux personnes dans la vie privée, la confiance en eux-mêmes, la foi dans l'œuvre qu'ils ont mission d'accomplir. Atfaiblir leur énergie, porter atteinte à leur persévérance, par des paroles de découragement, c'est leur rendre un mauvais service, c'est manquer à un devoir que tout homme public doit remplir, celui de stimuler, par son langage et ses actes, les grandes aspirations nationales de ses compatriotes,

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