Dïfiro^Ç PRONONCÉS
neutralité politique, pourquoi donc reculerait-elle plutôt devant le suffrage universel que devant le suffrage restreint? X'a-t-elle pas, au contraire, d'autant plu? de facilités pour parler aux hommes que la sphère de son action grandit? N'a-t-elle pas mille moyens légitimes d'arriver au cœur, à l'esprit, à l'oreille des masses ? Et, dut-elle échouer une fois, deux fois, dix fois même, ne peut-elle pas espérer, à meilleur droit que personne, des retours salutaires, des revanches éclatantes? Dût-elle même n'y rencontrer qu'un perpétuel niéouiiipte, s'y opposer avec bonne foi et avec coniiance dans son droit serait mille fois moins humiliant que de tout attendre soit de la faveur d'un prince, ce qui est le plus grossier des pièges, soit delà reconstruction d'une aristocratie, ce qui est la plus chimérique ues utopies. (Très bien/ très bien!)
Q,ue dirons-nous du grand principe démocratique de l'égalité devant la loi, de l'égale répartition des charges et des obligations civiles et sociales ? En quoi peut-il nuue à l'Église, ou gêner son action, ou blesser ses principes? En vérité, cela n'a plus besoin d'être discuté. Ah ! nous le savons bien, il y a encore, de par le monde, des privilèges, et on lesinvque encore et on en créerait très volontiers de nouveaux, mais uniquement contre l'Église, contre nous, à notre détriment, et jamais ni nulle part à notre profit. (Adhésion.) Dans l'ordre temporel, l'avènement de tout le monde à tout ; toutes les carrières envahies par un nombre illimité de . ^retendants pour un nombre limité de places; les plus hautes fortunes exposées en prime aux ambitions les plus obscures ; des convoitises ardentes et innombrables allumées par l'éducation dans tous les cœurs, puis
éteintes psr d'inévitables mécomptes chez les naufragés de la concurrence universelle, toujours disposés à attendre d'une révolution ce que la chance ordinaire leur a refusé : voilà ce qu'entraîne la démocratie moderne. Certes, il y a là un péril sérieux pour l'organisation politique, pour le repos social, et il neut être permis aux hommes politiques de s'en effrayer. La société en mourra peut-être. Mais l'Église! elle en a vécu, et depuis dix-huit siècles. (Mouvement prolongé.) Oui, que fait-elle autre chose, depuis quelle existe, si ce n'est de vivre de ce principe et de ce pe>îl, elle qui n'a jamais admis dans sa puissante hiérarchie aucune condition de naissance ou de fortune, oui a toujours appelé aux plus éminentes dignités de cette hiérarchie les plus obscurs d'entre ses enfants, qui a eu pour premier pape un pêcheur du lac de Tfbériade, et qui, en pleine aristocratie féodale, n'a pas connu de pontife plus illustre et plus puissant que saint Greroire VII, le fils d'un charpentier toscan? (Nouveaux bravos'/)
Mais serrons la question de plus près. Prenons la Constitution belge, la plus libérale en m£™e temps que la plus démocratique de l'Europe. En venant ici, jeme suis arrêté, comme toujours, avec une émotion profonde, devant ce monument du Congrès et de la Constitution, élevé à votre indépendance nationale par les mains de la liberté satisfaite (adhésion), et couronné par la statue d'un roi honnête homme (nouvelle adhésion), d'un roi fidèle à tous ses serments, et dont le règne aura été, non seulement le plus long, mais aussi le plus heureux, le plus populaire et le plus honoré d© tous les règnes de ce siècle. (Applaudissements universels. — Interruption prolongée. L'assemblée tom en-
Hère se lèVx pour adhérer de la voix vt du geste auœ paroles de l'orateur.) Au-dessous de la statue de ce ron exceptionnel, j'ai vu quatre autres statues qui représentent les quatre grandes libertés que votre Constitution a données à la Belgique pour patrimoine et au monde pour exemple : la liberté de l'enseignement, la liberté d'association, la liberté delà presse et la liberté des cultes. Ce sont des catholiques, j'en appelle à tous les souvenirs, ce sont des catholiques qui ont le plus contribué à ce que ces quatre libertés fussent données pour bases fondamentales à votre édifice constitutionnel. (Nouveaux applaudissements.) Ils ont eu mille fois raison, quoi qu'en aient pu dire quelques fanatiques d'absolutisme et d'intolérance. Je les en remercie avec le plus tendre respect ; l'expérience les a mille fois justifiés, car il n'est pas une seule de ces libertés qui, aujourd'hui comme en 1830, ne nous soit indispensable à nous, à vous, à tous les catholiques des deux mondes. (Très bien! très bien!)
La liberté de l'enseignement! Inutile d'insister sur ce point. C'est nous qui l'avons surtout et partout proclamée ; c'est à nous que surtout et partout elle profite ; c'est contre nous, exclusivement contre nous, qu'elle est sans cesse méconnue ou violée par la force ou par la ruse; c'est à nous surtout qu'on la refuse là où elle n'existe pas encore.
La liberté d'association! Mais c'est encore à nous surtout qu'elle profite ; c'est à nous surtout qu'elle est nécessaire, absolument nécessaire pour toutes nos œuvres de charité, d'enseignement, de dévouement, de vie spirituelle et pénitente, pour que l'Église, notre mère, puisse vivre de la plénitude de sa vie, sans être
eucnirnêp. mutilée, comprimée dans l'essor miraculeux de son immortelle jeunesse, de sa prodigieuse fécondité. C'est à notre détriment que sont maintenues ces lois vexatoires, surannées, inhumaines, misérables débris de tous les régimes despotiques, qui refusent aux chrétiens associés pour le service de Dieu et du prochain l'égalité, la liberté et la fraternité civique. (Adhésion.)
La liberté de la presse ! C'est-à-dire la publicité, c'està-dire la vie intellectuelle, morale, littéraire et scientifique, politique et sociale. Mais où en seraient les prêtres, où en seraient les évêques, où en serait le Pape lui-même, dans l'état actuel du monde, si la presse était partout, comme elle l'est dans certains pays, sous la main du pouvoir, censurée, mutilée, étouffée, au gré de quelques laïques? Comment s'y prendraient-ils pour faire connaître à leur troupeau la vérité, le devoir, la véritable et suprême autorité ? A Dieu ne plaise que je méconnaisse les abus de la presse, ou que je veuille réclamer, comme quelques-uns, son impunité absolue, sa liberté illimitée ! Je ne suis même pas de ceux qui croient que les bons livres ou les bons journaux puissent réparer tout le mal que font les mauvais journaux et les mauvais livres. Mais j'affirme que, dans les pays que nous représentons ici, France, Angleterre, Allemagne, Italie, toute restriction arbitraire infligée à la presse ne tournera qu'au profit des ennemis de la religion, ne servira qu'a accroître le monopole oppressif des vieux journaux, ne gênera et ne supprimera que les publications catholiques, ne laissera passer librement que le poison et ne confisquera que l'antidote. Nulle part elle ne profitera à l'Église ; il n'en
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résultera on'nn état de choses comme celui que nous voyons en France, où sept évêques n'ont plus le droit de se concerter pour donner, par la voie des journaux, un avis aux fidèles sur leur devoir électoral, tandis que cent journalistes, officieux ou autres, tenus à la plus stricte réserve envers le dernier des sous-préfets, peuvent, chaque jour, discuter et décrier les droits, les intérêts et les vérités de la religion, tandis que les professeurs salariés par l'Etat pour instruire la jeunesse peuvent impunément blasphémer contre la divinité de Jésus-Christ. J'appelle et j'approuve de tous mes vœux des mesures non préventives qui réprimeraient équitablement les abus de la presse là où il en existe; j'approuve et j'appelle bien plus ardemment encore toutes celles qui, en la dégageant des entraves fiscales ou policières qu'elle rencontre ailleurs qu'ici, lui permettront rfer»réer une publicité loyale, sérieuse, complète. <^ar la publicité, c'est l'arme des faibles, c'est le refuge des vaincus, c'est le frein des forts, des méchants, des menteurs (vive adhésion); c'est, dans une société démocratique, la garantie suprême, celle que nulle autre ne peut "^^r>lacer, et qui peut seule tenir lieu de toutes celles que trouvait l'ancienne société dans la hiérarchie des rangs, dans l'indépendance des situations, dans l'empire des traditions. Pour nous, catholiques, qui sommes en minorité dans tant d'Etats B&odernes, et qui, là même où nous sommes en majorité, n'en avons ni les droits ni la force, c'est le premier de nos besoins. La liberté de la presse, c'est la liberté de la plainte, et la plainte, quand elle a pour auxiliaire la publicité, c'est le levier qui renverse les murailles des citadelles et des cachots. (Très bien!) Oui,
si oppressive que soit la légalité, si violents que soient les préjugés populaires, la plainte armée du droit d'écrire et de parler saura en venir à bout. (Nouveaux bravos.)
C'est la liberté de la presse, aidée et dirigée par ia liberté de la tribune, qui a arraché, après trente ans d'efforts, l'émancipation des catholiques au bigotisme de la protestante Angleterre. Ce sont elles qui, après | dix-huit ans de lutte, on: conquis la liberté d'enseignement sous la République française. J'entends dire quelquefois que les catholiques sont opprimés en Belgique; j'ai même lu très récemment dans une feuille française « que la Belgique était un théâtre d'expérimentation destiné à montrer lout ce que la religion avait à redouter sous une Constitution libérale1». Mais, je vous le demande, à vous, Belges, qui m' écoutez, lequel vaut le mieux d'être opprimé comme on l'est en Belgique, avec la faculté de parler et d'écrire librement, et de fane les élections que vous faisiez il y a deux mois, ou d'être protégé comme on l'est ailleurs, avec un bâillon dans la bouche. (Explosion dy applaudissements.)
Reste la liberté des cultes, que je ne sépare à aucun titre de ses sœurs : mais cette matière veut être traitée avec quelque détail. C'est une thèse immense et à quelques égards nouvelle dans une assemblée comme la vôtre. Vous êtes fatigués, moi aussi; permettez-moi de ne la développer que demain.
1 Le Monde du 6 mars IttGo. — C'est d'ailleurs le mot d'ordre h 1 permanent de toute cette école. L Univers du 16 mars 1.858 di- '1 sait : « La Belgique est donnée en exemple aux nations eatfioli- l\ \ qups pour leur montrer ce qu'un peuple chrétien peut attendre du règne des libertés modernes. » l
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