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Discours de M. le comte de Salvandy sur le génie normand

J'ai l'iionneur de vous proposer un toast dont le succès serait assuré auprès de vous, si, pour mieux répondre aux exigences d'un auditoire devenu tout à coup plus imposant et plus redoutable , je pouvais reproduire exactement les paroles si précises et si vraies que faisait entendre ce matin, sur les travaux et les services archéologiques de la Société française , M. le président de Y Association normande pour la section de l'Eure'. C'est, en effrt , à la Société française, messieurs, que je vous demande de consacrer votre dernier tribut d'estime et de reconnaissance. Ce sera payer une dette envers les traditions et les souvenirs de la patrie normande, dont elle garde le dépôt avec tant de dévouement et de lumières; ce sera marquer la place qu'a tenue dans nos réu-

1. M. Lefèvre-Duruflé, secrétaire général du conseil général du déparpartemeut de l'Eure , membre du Séuat.

nions ce grand intérêt de l'histoire, dont le nora ne figure pas à cùté de ceux de l'agricuitiu'e et du commerce sur le panonceau di'essé au-dessus de nos tètes, mais qui n'a pas été pour cela omis par les habiles ordonnateurs d'une fête, de tous points si instructive et si belle. Car il brille , grâce à eux, de toutes parts, dans ces armoiries qui font revi\Te le passé tout entier à nos yeux ; il brille mieux encore dans la mémoire que nous gardons tous des savantes discussions de tant d'esprits éclairés , de tant de doctes amants des traditions nationales, qui sont venus, à la voix de l'infatigable et patriotique fondatem* de ï Association \ jeter sur noti'e session trop courte un si vif et si utile éclat.

Pouvait-il • n'en être pas ainsi? C'est dans la puissance des souvenirs que Y Associationnormande puise sa force. EDe rend le service de maintenir, à travers toutes les transformations des temps , en présence des circonscriptions nouvelles qui ont passé dans les intérêts, dans les esprits, dans les mœurs , qui sont la nécessité du présent et la loi de l'avenir, cette forte unité provinciale de nos contrées, qui, lom d'aftaiblir, comme on l'a dit, le lien national, le consolide et le resserre par une chaîne de plus. Où convenait-il mieux de maintenir cette unité native, par des institutions purement scientitîques et hbres , telles que la Société française et V Association normande s'ajoutant l'une à l'autre, si ce n'est dans le vieux duché de RoUon, dans ces cinq grands départements, qu'unit d'une façon profonde, plus peut-être que nulle part ailleurs, la communauté, si distincte et si brillante, d'origine, d'entreprises, de lois, de mœurs, de nom enfin, d'un nom qui briUe parmi les plus grands de l'histoire? Cette communauté s'est perpétuée dans les esprits, parmi tous nos changements d'insfitutions et de régime, ei un jour devait se rencontrer, où elle éclaterait d'une façon glorieuse aux regards de la France; le joiu" où, dans les premiers transports d'une révolution qm menaçait de tout engloutir, les cinq départements de la Normandie se sont levés connue un seul homme pour protester contre la cUssolution sociale , pour anêter les destinées pubUques sur le penchant des abîmes. On les a \-us, à ce moment, retourner avec une intrépide sagesse les instruments de la démocratie triomphante contre elle-même, contre son principe, contre

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