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ne saurions y consentir aujourd’hui plus que nous n’y avons consenti autrefois.
M. le ministre du Revenu de l'Intérieur nous a reproché notre servilité moutonnière envers sir George Cartier.
L'honorable ministre aurait dû se rappeler que, sur cette même question, ainsi que sur quelques autres, une section considérable du parti conservateur s'est séparée de ce chef, que les conservateurs ont le plus estimé depuis Lafontaine.
Nous ne voulons pas d’une protection partielle, mais nous sommes prêts à accepter une mesure générale de protection, car notre province est, à des degrés différents peut-être, un pays agricole, minier et industriel.
Nous ne sommes peut-être pas, comme pays agricole, aussi avancés que la province d’Ontario, et nous ne bénéficierions peut-être pas au même degré que cette province d’une protection agricole; nos ressources minières ne sont peut-être pas aussi considérables pour le moment que celles de la Nouvelle-Ecosse, mais personne ne niera qu'au point de vue industriel, nos intérêts sont immenses.
Quoique moins avancés qu'Ontario en agriculture, vous admettrez cependant que la province de Québec a un bel avenir devant elle.
Avec un système de culture amélioré, la grande vallée du St. Laurent peut suffire à une population double de celle qu’elle possède aujourd’hui, et les vastes territoires du Saguenay, lorsqu'ils seront sillonnés de routes et convenablement exploités, nous produiront en abondance sun blé d’une valeur qui ne peut être surpasséo.
En fait de minérai, nous avons les mines de cuivre du comté de mon honorable ami, le député de Bagot, les mines inépuisables de fer de Moisie et de St. Urbain, et le fer des Trois-Rivières, les carrières d’ardoise des comtés de Richmond et Wolfe, ete. Il y a à peine quelques jours, messicurs les députés do St. Jean et d’Ibervillo montraient à cette Chambre un bel échantillon de charbon trouvé dans la paroisse de St, Valentin.
Je vois M. le premier miristre sourire d'un air d’incrédulité, je ne puis évidemmont savoir s’il a raison ou non, mais je serais très étonné d'apprendre
que ses deux amis se seraient entendus pour en imposer à cette Chambre en déposant sur la table cet échantillon assez remarquable de charbon ; la question peut facilement se régler entre eux.
Ce que demande avant tout la province de Québec, c'est la protoction pour ses manufactures, car elle peut, vu ses nombreux pouvoirs d’eau, devonir un pays industriel de premier ordre.
Les Franco-Canadiens ont des aptitudes spéciales pour le travail des manufactures, et une des causes principales de la déplorable expatriation de nos compatriotes aux Etats-Unis, alors que les salaires étaient plus élevés, était le désir d'aller travailler dans les fabriques de la Nouvelle-Angleterre.
Nous sommes, ainsi que je l'ai dit, prêts à envisager toute cette question dans son ensemble, et nous répudions l'attitude prise par M. lo ministre du Revenu de l'Intérieur lors de sa défaite dans le comté de Drummond et Arthabaska, lorsqu'il a dit aux électeurs de son comté que je voulais les taxes, taxer le pain du pauvre pour faire les yeux doux à la province d'Ontario, qui demande la protection agricole. Nous préférons de beaucoup dire,avec M.
Joly : “ L'agriculture ot la manufacture “ peuvent, ensemble, arriver à de grands “ résultats ; mais que ccs deux industries “jisolent leurs intérêts, et leurs forces « divisées seront loin de pouvoir accom- “plir autant.”
Mon honorable ami le député d’Tberville, au commencement de cette session, demanda à M. le premier ministre si le gouvernement avait fait des démarches en vue du renouvellement du traité de réciprocité, ou s’il désirait en faire, et illui fut répondu que telle n'était pas l'intention du gouvernement et que les premiers démarches devaient vonir du gouvernement des Etats-Unis.
M. le premier ministre ne pouvait évidemment savoir ce qui se dit dans la province de Québec, lorsqu'il donna cette décourageante réponse, sinon il aurait eu plus d'égards pour l'opinion de ses amis |
Depuis deux ans, ils s'efforcent d’ex-
liquer, défendro,et justifier leurs fai- Élaisen, leur pusillanimité sur cette question et sur bien d’autres, et de cacher la dégringolade de leur parti.
Ne pouvant réussir à changer l'opinion
de leurs amis politiques aussi vite qu'ils font changé la leur, ils disent partout : ‘“ Ce n’est pas la protection “qu'il nous faut; nous voulons la réci- “ procité avec les Etats-Unis, et le “gouvernement fait tous ses efforts ‘“ pour l'obtenir.”
Je désire demander aux mossicurs à votre droite s'ils sont maintenant satisfaits de la réponse qu’ils ont obtenue, s'ils sont: prêts à justifier auprès de leurs commettants cette détermination du Cabinet qui retarde indéfiniment l'obtention de ce traité de réciprocité qu'ils disent indispensable au Bas- Canada, et qu'ils ont jusqu'alors considéré comme devant avantageusement remplacer la protection.
M. le premier ministre dit qu'il incombe aux Américains do faire les premières démarches, ot pourquoi les feraient-ils ? Ils ont la protection qu'ils demandent, ct nous leur accordons le libre échange. Ils n’ont pas besoin de réciprocité : nous leur donnons tout, et ne leur demandons rien ; ils peuvent expédier leurs produits francs de droits au Canada, et nous leur permettons impunément de taxer nos produits lorsqu'ils traversent la frontière ! Nous ne pouvons avoir de réciprocité avec les Etats-Unis que lorsque nous les traiterons comme ils nous traitent, et ils n’ouvriront les yeux sur les bienfaits de la réciprocité que lorsque nous leur aurons fait voir les inconvénients du système actuel'en taxant leurs produits comme ils taxent les nôtres.
Eu face de la déclaration faite par M. le premier ministre, n'avons-nous pas le droit de reprocher au gonvernement la position humiliante qu'il fit au pass lorsqu'il envoyait l'honorable M.
rown à Washington, non pour néwocier un traité de réciprocité, mais bien pour compromettre nos intérêts en of frant d'avance aux Américains les concessions que le gouvernement canadien serait prêt à faire pour obtenir les bienfaits de ce traité, et s’'exposer à se faire dire, en autant de mots, par le président des Etats-Unis, que nous avions montré notre jeu, fait nos offres, mais que ces otfres n'étaient pas satisfaisantes,.
La réciprocité était devenue un nouvel engin de guerre entre les mains des libéraux, mais M. le premier ministre l’a brisé et il ne pourra plus
Le]
servir à excuser leur propre inconséquence ct leur faiblesse.
Les conservateurs, de leur côté, ont, en tout temps, été favorables À la réciprocité; ils ont fait tous leurs efforts pour la maintenir, et si le traité a été dénoncé par les Américains, il n’y a pas de leur faute. Ils ont fait leur possible, non-seulement pour obtenir une extension de la durée du traité, mais aussi pou: obtenir son renouvollement, et la sortie de l'honorable (x.
Brown dun gouvernement de coalition était en conséquence de ces efforts.
M. MACKENZIE—En conséquence de quoi ? :
M. MASSON—En conséquence de leurs efforts pour renouveler le traité et on obtenir la prolongation.
M. MACKEN7ZIE—Telle ne fut pas la raison.
M. MASSON—Je ne crois pas me tromper. M. Brown s'objectait à la mission de M. Galt ou autre personne à Washington pour renouveler le traité.
La difficulté était celle-ci: Le gouvernement pensait n'avoir pus le temps de négocier un nouveau traité, vu los objections des Etats-Unis, et il désirait négocier en attendant une prolongation, et M. Brown s'objectait à toute négociation, parce que les démarches devaient venir des Etats-Unis.
M. MACKENZIE—Non, non, c'était à cause d’un offort fait pas les Etats- Unis pour soumettre notre commerce à une espèce de reciprocité législativo, au lieu de réglor la question au moyen d'un traité.
M. MASSON—Je prie l'honorable ministre de vouloir me pardonner, les faits sur ce point sont les suivants.
Notre gouvernement rencontra, de la part des Etats-Unis, l’objection dont il parle, et cette objection ne vint pas de nous,
Les conservateurs ont toujours été en faveur de la réciprocité par traité, mais les Américains leur objectèrent que leurs institutions politiques étaient telles qu’elles les empêchaient de se lier par traité, mais qu'ils seraient prêts tout au plus pour une réciprocité réglée par législation réciproque, qu'ils pourraient abroger à volonté.
M. MACK ENZIE—Ecoutez!
M. MASSON—Les conservateurs ont fait l'impossible pour renouveler le traité; ne pouvant ÿy parvenir, ils ont décidé, en 1868, de proposer un bill qui devint loi, rencontrant les Américains sur leur propre terrain et statuant que certains articles y mentionnés seruient entrés en franchise aussitôt que Îles Américains auraient, par leur législature, admis en franchise des articles semblables venant du Canada.
* M. le ministre des Finances, parlant de nos compatriotes canadiens-français aux Etats-Unis, a entrepris de jeter sur ses prédécesseurs tout le blâme de leur expatriation pendant les années qui ont précédé la confédération et l’ont suivi, jusqu'à l’avenement du gouvernement actuel, et a réclamé tout le mérite de leur rapatriement depuis ces quelques années dernières,
Je me permettrai de différer avec l'honorable ministre à ce sujet et de lui dire que la conduite des gouvernements qui ont précédé le sien sont moins responsables de cette expatriation qu'il ne l’est lui-même de ]4 dépression actuelle et du triste état de nos manufactures, et ce n’est pas pen dire, à son point de vue.
Les causes de cette expatriation sont parfaitement connues au Bas-Canada.
Nous savons et l'honorable ministre devrait le savoir, que nos compatriotes ont des idées, des habitudes et des aptitudes qui leur sont propres. Il doit savoir que le Canadien-Français possède au degré supérieur l'esprit d'aventure, qui était le caractère distinctif de ses pères; il aime encore aujourd’hui les voyages, des horizons nouveaux, des scènes nouvelles, ct les trois quarts de ce continent auraient été encore inconnus au commencement de ce siècle si ce n'eût été de cette passion de nos pères.
On trouve des Canadiens-Françuis sur tout les points de ce vaste continent; on les trouve au pied des Montagnes-Rocheuses ; dans les prairies de l'ouest américain, et à l'embouchure de la rivière MeKenzie.
Cet amour du changement et des voyages est une des premières causes de la dépopulation du Bas-Canada; j'en vois une autre dans la terrible guerre
qui a sévi chez nos voisins, avant la | proportion nous était beaucoup
Confédération . Des milliers d'hommes y perdirent la vie ; l’industrie, qui avait
nécessairement été” presque détruite prît un nouvel ossort; les salaires augmentèrent d’une manière tout-à-fait étonnante, et un grand nomhre de nos compatriotes, attirés par l1 perspective de pouvoir faire de l'argent plus facilement qu'au pays, se hâtôrent d'aller remplir les manufactures américaines et se livrer à un genre d'ouvrage qui leur convenait parfaitement.
Une autre cause de la dépopulation du Bas-Canada fut les rapports exagérés répandus dans le pays sur les ressources des tats-Unis, que l’on représentait non-sculement comme un Eldorado de liberté, mais comme étant le pays le plus riche de la création, un pays où les fortunes se créaient presque sans travail.
Les libéraux de la province de Québec n'ont-ils pas été quelque peu coupables de la propagation de ces idées exagérées ? N'ont-ils pas, jusqu'à la Confédération, et mème quelque peu depuis, ainsi que je l’ai prouvé par les extraits que j'ai lus, essayé de faire comprendre au peuple que nous vivions dans un triste pays, et que si l’on voulait jouir des douceurs de la liberté, il fallait aller vivre aux Etats-Unis, dont ils faisaient une peinture si belle, comparée à notro triste pays.
Est-il donc surprenant que pendant de longues années, et mème longtemps après que leurs consoillers fussent en grand nombre revenus eux-mêmes à de meilleures idées, nos compatriotes se soient empressés de so rendre dans ces régions, où l'on pouvait devenir riche sans travail. Telles sont, M. l'Orateur, à mon avis, les principales causes de l'expatriation des Canadiens-Français.
Un honorable député a dit, dans le cours de ce débat, que le courant d’immigration au Canada était aujourd’hui proportionnellement plus considérable qu’il ne l'avait été avant 1874. Il m'a été impossible de me procurer des chiffres exacts qui permissent d'établir une parfaite comparaison, mais je sais qu'il est de fait que si l’on compare le nombre d’immigrants qui sont venus d'Europe, s'établir au pays, avec le nombre d'émigrants qui ont quitté le Canada pour les Etats-Unis ou sont retournés en Europe, l’on verra que la
lus favorable en 1872-1873, qu'elle ne Post aujourd’hui,
Je crois que la balance en notre faveur en 1873, était près de 15,000 ; en 1874 celle diminua à quelque chose comme 1,000; en 1875, à environ 2,000 contre nous, et en 1877, elle s’augmenta encore à 4,000 contre nous. C'est-àdire qu’actuellement, il sort de notre pays un plus grand nombre de personnes qu’il n’en rentre.
L'honorable ministre, des Finances a-t-il même la consolation de dire qne ceux qui nous arrivent s’établissent dans lex anciennes provinces. Non!
ces provinces sont écrasées sous le poids de la dépression, et elles ne peuvent fournir de l'ouvrage mème à ceux qui les habitent maintenant. Ces immigrants se dirigent vers nos vastes territoires du Nord-Ouest, où ils se livrent à la culture du sol.
L'honorable ministre, après avoir injastement essayé de reprocher à ses prédécesseurs l’expatriation de notre population, essaie de se faire un mérite du mouvement de rapatriement qui s'opère aujourd’hui parmi la population canadienne-française des Etats- Unis.
Il ne se rappelle sans doute pas ce qui s’est passé dans cotte Chambre en 1875, lorsque je demandai moi-mème au gouvernement d'accorder aux Canadiens-Français des Etats-Unis une partie de ce qu’il accordait si généreusement aux Mennonites venant de la Russie et qui ne pouvaient, par conséquent, en aucune manière, être initiés à nos habitudes, à nos mœurs ni à nos institutions.
Que me répondit alors M. le premier ministre, en présence des libéraux de la province de Québec, qui restèrent muets et cloués sur leurs siéges au lieu de venir à mon aide, en protestant contre les paroles de leur chef? Il me dit que la politique du gouvernement n'était pas de faire venir des immigrants des Etats-Unis, mais presque exclusivement de l’Europe.
Vous vous rappelez, néanmoins, les violents réquisitoires des chefs libéraux de notre province contre la prétendue apathie des conservateurs, et avec quelle vigueur ils voulaient le rapatriement.
Afin qu'on ne me taxe prs d’exagé- | ration, je vais citer les paroles de M. le | por ministre telles que prises dans | es Débats de 1875:
| Manitoba ne «
‘“ Le gouvernement a soigneusement considéré et considère encore si quelque chose ne peut pas être fait sous ce rapport. Il est évident, cependant, que si nous aidons aux Canadiens-Français établis aux Etats de la Nouvelle- Angleterre—car c'est là principalement que les Canadiens sont établis—pour qu'ils aillent an Manitoba, et que semblable aide ne soit pas offerte à ceux 4 la province de Québec ou des autres provinces, il leur sera facile de traverser la ligne, et d'obtenir l’aide qu’ils désirent parce qu’ils résideront aux Etats-Unis.”
Cette réponse de M. le premier ministie prouvait que, malgré tout, il n'avait pas apporté à l'étude de cette question tout le soin qu'il prétondait lui avoir donné, et que ses amis du Bas- Canada avaient le droit d'exiger, vu l'importance qu'ils avaient prétendu y attacher.
Ii ne me fut pas difficile de lui montrer qu'ilse faisait un monde d’une difficulté qui n'existait même pas, et que si le gouvernement craignait de voir des Canadiens passer aux Etats-Unis afin de bénéficier d’un voyage au Manitoba aux frais de l'Etat, rien ne lui éta.c plus facile d'exiger de toute personne réclamant de l'aide du gouvernement la preuve de sa résidence aux Etats-Unis pendant les deux ou trois années qui auraient précédé sa demande d'aide.
Muis ce n’est pas tout; M. le premier ministre, non satisfait d'avoir fait ecomprendre aux libéraux de la province de Québec qu'ils s'étaient jusqu'alors trompés en demandant une impossibilité, leur dit assez clairement, et sans protestation de leur part, qu'il ne tenait pas beaucoup à cette immigration, et que la vieille Europe était un champ beaucoup plus convenable à exploiter :
‘“ Le premier objet du gouvernement en vue “de l'immigration, ajouta-t-il, était de faire ‘ des différents pays d'Europe un vaste champ ‘“ pout obtenir nos immigrés. Si une fois le “ gouvernement adoptait le système proposé & par l'honorable député de Terrebonne, cela ‘ mènerait à de graves difficultés, parce qu’il ‘n’y a aucune raison valable pour que nous ‘aidions un peuple sur un côté de ce qui est {Cune ligne imaginaire séparant notre territoire d’un pays étranger, ct ne pas aider le peuple ‘ de l’autre côté.”
Je ne pus rien obtenir de l'honorable premier ministre pendant cette session, mais la population canadienne du enmemon na; l’année suivante, le revereri pore Lacombe vintau pays ; mais ue pouvant obtenir toute la satie! At TT 86
| tit luiinème agent d'imus,grution et
FNR
résolut de se rendre à Worcester ou à Fall River, añr de commencer ses Operations en cotte capacité.
Le gouvernement qui gépensait chaque année de deux à trois cent mille piastres pour des fins d'immigration, ne se croyant pas cependant justifiable de payer ses frais de voyage, nous fümes obligés d’avoir recours à une souscription parmi les députés.
Je regrette d'être obligé de le dire, je commençai moi-même cette souscription, et le révérend Père Lacombe requt de l'aide de la part de bon nombre de conservateurs, et je dois le reconnaître, de plusieurs députés de la droite.
Tels sont les moyens que nous avons été contraints d'adopter en 1876 pour envoyer un agent d'immigration vers nos compatriotes des Etats-Unis, et l'honorablo ministre des Finances a la hardiesse de réclamer pour ses amis et son gouvernement le mérite d'avoir procuré le rapatriement des Canadiens,
Je dois en toute justice admettre que depuis deux ans les honorables messieurs Letellier et Pelletier, qui ont eu sous leur charge le département de l'Agriculture, ont fait de leur mieux sous ce rapport, et que justice a enfin été rendue, quoique tardivement et à contre-cœur, par M. le premier ministre.
L'honorabie ministre des Finances a voulu excuser sa politique d'inertie, de laisser-faire, en prétendant qu'il ne voulait pas déranger, troubler le commerce du pays; il ne veut pas prendre une responsabilité si sérieuse.
Je crois que ces craintes ne sont pas le motif déterminant de l'honorable ministre, l'intérêt du pays n’a rien à y voir, mais il craint les difficultés de l’entreprise.
L'honorable député de Châteauguay, qui occupe une position marquante parmi les amis de l'administration et dans le monde commercial, disait publiquement à Montréal, pendant les élections il y a deux ans, que le tarif n'était pas ce qu'il devait être, qu'il contenait de nombreuses anomalies que le gouvernement devait rectifier. Il est vrai que l'honorable député travaillait alors de toutes ses forces au succès de M. Workman,qu. 5 °7""7 comme protectionniste ; je suis con
vaincu, cependant, que ses impressions
était alors Rincères et qu’.
aujourd'hui ce qu'il croynit alors.
M. HOLTON—C'est vrai.
M. MASSON—Mon honorable ami admet que je dis vrai, quo le tarifactuel n'est pas ce qu'il devrait être, qu'il y existe des anomalies, et qu'ou devrait les faire disparaitre ; cependant, il siége silencieux sur les banquettes ministérielles ; ilest prèt à voter, à la demande du gouvernement, qu’il est impossible, par une législation, de favoriser les intérèts de nos manufactures et d'augmenter la prospérité matérielle de notre pays !
M. le ministre des Finances ne veut pas toucher au tarif, la tâcho est trop difficile, mais il nous dit qu’il combleait volontiers le déficit au moyen d’une taxe sur le revenu, c'est-à-dire la taxe directe, s'il avait à sa disposition le mécanisme nécessaire à sa perception.
Je ne puis comprendre le malin plaisir qu'éprouvent les membres du gouvernement à appliquer le fouet sur les épaules de mes honorables amis les députés libéraux de la province de Québec, et je ne puis qu'admirer la patience avec laquelle ils se soumettent à l’opération.
Voilà quatre ans que M. le premier ministre leur applique le fouct, et je suis à me demander quand cela va finir.
Je l’aidéjà dit une fois et je le répète, je ve sais quoi admirer le plus ou de l'énergie, de la force de caractère du premier ministre, ou de la patience, de la docilité et de l'humilité des députés libéraux de ma province!
Quel est le cri que l’on s'efforce de soulever dans notre province contre les conservateurs, si ce n’est celui de taxes directes ; on prétend qu'ils sont favorables à ce système de taxation et qu'ils ont déjà commencé à l’imposer sur le peuple.
J'avais toujours cru, jusqu’à présent, que la taxe directe, surtout la taxe sur le revenu, était la panacée universelle du parti à en Angleterre ot au Canada !
L'honorable ministre des Finances m'en exempte la preuve quart :1 gouvernement actuel, puisqu'il nous dit lui-même qu’ils’en prévaudrait s'il pouvait le faire facilement.
(quelle légitime objection los libéraux de Québec pourraient-ils uvoir à cette
.-e venant du gouvernement pro-
| ‘incial si, possédant les facilités qui
manquent au gouvernement général, il s'en servait ?
L'on sait qu’un grand nombre parmi les libéraux d'Angleterre, et notamment M. Bright, le modèle des libéraux les plus avancés de ce pays, admirent ce système, et M. Bright proposa luimême en 1859, je crois, de retrancher la plupart des impôts indirects do l’Angleterre, surtout les douanes, et de les remplacer en grande partie par un impôt sur le revenu de toutes les propriétés ayant une valeur de plus de Æ£100 ; sa proposition aurait fait perdre au revenu près de £26,000,000, qu'il devait remplacer entièrementau moyen de ia taxe directe, que plusieurs prétendent être plus équitable et plus favorable à la population pauvre.
Je dirai de plus à mes amis de l’autre côté de la Chambre venant de notre province, que si l’on a imposé aux législatures locales l'obligation de pourvoir à leurs dépenses au moyen de la taxe directe, ainsi que le veut l'acte d'union, on no doit pas tant en rendre responsable les conservateurs de cette province, que l’honorable Gcorge Brown, qui déclara, lui-même, lors de la formation de la Confédération, que l’on avait bien fait d'imposer aux législatures locales l'obligation de pourvoir à leurs dépenses au moyen de la taxe directe, et que les 80 cts. par tête accordés par le gouvernement central l'avaient été contre son gré ct contre l'avis de plusieurs libéraux de toutes les provinces, qui auraient voulu imposer aux législatures locales l'obligation de pourvoir à toutes leurs dépenses exclusivement au moyen de la taxe directe, et ce sont nos délégués conservateurs qui s’y sont 0pposés.
Remarquons-le bien, M. Brown ne donne pas cela uniquement comme son opinion personnelle, mais comme l’opinion de libéraux de toutes les provinces, et ce sont nos délégués conservateurs qui s’y sont oppo Comment, après cela, nos adversai peuvent-ils reprocher au gouvernement de Québec d'avoir inauguré un odieux système d'impôt,
Les gouvernements locaux de toutes les provinces seront peut-être obligés un Jour de recourir à la taxe directe pour subvenir aux besoins toujours croissants qui leur sont imposés par l'augmentation de la population, qui
bénéficie plutôt au gouvernement fédéral qu'aux govoernements locaux dans notre état de chose actuel,
Les revenus du gouvernement central prowenant surtout des impôts sur la consommation, il est évident que plus la population augmentera plus ses revenus seront considérables. Mais il n’en est pas ainsi des gouvernements locaux, qui voient leurs dépenses augmenter sans augmentation équivalente dans leurs revenus; leurs obligations, au contraire, augmenteront dans la même proportion ; l'administration de la justice deviendra plus dispendieuse, les œuvres de charité et le maintien de la paix deviendront plus considérables, et les besoins de l'éducation plus pressants.
Je vois par le budget de l'honorable ministre des Finances qu'il se propose cette année d'augmenter les dépenses pour travaux publics.
L'an dernier, je me permis de suggérer que, puisque la dépression, de son propre aveu, n'était que tempoaire et accidentelle, il était du devoir du gouvernement de hâter l’achôvement des travaux publics que le pays avait entrepris, et bénéficier par conséquent et du bon marché de l'argent et de la main-d'œuvre.
Je dis que, par ce moyen, le gouvernement aurait été en état de donner au peuple qui souffrait un travail dont il était privé.
Nos adversaires entreprirent de tourner l'atis en ridicule, et cependant on les voit aujourd'hui l'adopter et donnant un octroi supplémentaire de près de $2,000,000 pour ces travaux, non parce qu'ils ont changé d'opinion, mais parce que les élections approchent et qu'ils s'imaginent que ces $2, 000,000, judicieusement placés, rapporteront au gouvernement au centu:
ple pendant ces élections.
M. le député de Toronto-Centre dit aue les manufacturiers demandent la protection afin de s'enrichir, mais il me semble que l’on en a toujours dit autant de tous ceux qui veulent se mettre à la tête de toutes entreprises considérables,
Si des hommes entreprenants se mettent à la tête d’une grande entreprise de chemin de fer, dans la province de Québec ou ailleurs, l’on voit toujours des hommes prêts à dire que cette entreprise va entraîner le pays à sa ruine, et mettre de l'argent dans la poche des
entrepreneurs | Pourquoi donc s’opposer à ce que ces hommes fassent fortune si, en s’enrichissant, ils procurent le pain quotidien à leurs compatriotes.
L'intérêt des fabricants n’est pas en antagonisme avec celui de l’ouvrier, leurs intérêts sont au contraire intimement liés. Ce ne sont pus les manufacturiers qui souffrent le plus du système actuol, ils n'ont qu’à fermer leurs usines ou fabriques et attendre des jours meilleurs, mais ce sont les ouvriers qui souffrent des chômagcs qu'ils sont obligés de subir.
L'ouvrier est naturellement protectionniste ; il l’a toujours été, et le sera toujours, et partout. Il désire voir l'industrie qui le fait vivre protégée, et ne s’est jamais fait un épouvantail d’un mur protecteur entourant cetre industrie.
On a beaucoup ridiculisé le muraille de la Chine dont nos voisins ont entouré leur pays et au moyen de laquelle ils ont su créer leur industrie et inonder le monde de ses produits.
Nos voisins sont des hommes intelligents et bien supérieurs à nous, si l’on doit croire quelques-uns de nos compatriotes, et ils savent bien mieux que nos gouvernants ce qui leur convient.
Ils se sont entourés d’une muraille fiscale, je l'admets, mais cette muraille est très ingénieusement construite : elle est percée de larges portes toujours ouvertes à deux battants lorsqu'il s'agit de répandre sur le monde entier le produit de leurs manufactures, et toujours à moitié formées lorsqu'il s’agit de recevoir les produits agricoles et manufacturiers des autres produits.
On objectera, peut-être, qu’une politique qui facilite une exportation continuelle et décourage l'importation, finira par devenir une politique épuisante et désastreuse. Cette objection pourrait valoir en Angleterre où dans certains autres pays de J'Europe, dont l'étendue est restreinte ot la population dense, et qui ne peuvent par conséquent subvenir à leurs propres besoins et encore moins à ceux des pays étrangers. Mais il n’en est pas ainsi aux Etats-Unis.
Les Américains savaient, lorsqu'ils ont établi leur politique protectionniste, quelles étaient les ressources de leur pays et la richesse de son sol. Ils savaient qu’ils pouvaient impunément
en tirer pour un temps considérable tout çe qu'il fallait pour alimenter leurs manufactures et donner de l’emploi à leurs populations ouvrières. Ils avaient devant eux l’espace qui manque à la mère-patrie, dont l'intérêt est d’encourager le libre échange.
Nous sommes,au Canada, exactement dans la même situation, parce que nous avons dans nos vastes territoires du Nord-Ouest, et dans les terres incultes des vieilles provinces, un champ d'exploitation inépuisable pour le pour de notre matière première. Si nous suivions l’exempledes Etats-Unis, nous pourrions facilement, par notre énergie, notre puissance productive inépuisable, obtenir sans épuisement les mêmes résultats.
Quelques honorables députés ont dit que la dépression commerciale existait aux Etats-Unis au même dégré qu'ici, et que malgré leur muraille de la Chine, les Américains n'étaient pas dans une meilleure situation que nous. Je crois qu’il y a exagération ; mais supposons le fait, la dépression aux Etats-Unis est causée par une production industrielle exagérée, dont nécessairement quelqu'un a dû bénéficier. L’ouvrier y a trouvé un emploi lucratif et la population en général a pu accumuler des ressources suffisantes pour supporter la crise.
La dépression au Canada n’a pas été causée par cette production exagérée qui a dû apporter au moins un peu de bien-être, mais, au contraire, par une importation exagérée qui n’a donné ni.
travail ni pain à notre population souffrante, et ne peut non plus qu’enrichir quelques importateurs.
Lorsque cette dépression générale sera passée, les Etats-Unis, avec leurs manufactures prêtes à entrer en opération, leur outillage perfectionné, seront encore prêts et en état de fournir au besoins de l'étranger, tout en donnant de l’emploi à leur peuple, tandis que nos districts manufacturiers seront presque ruinés, notre outillage inférieur, notre capital accumulé nul, et nous en avons pour longtemps avant de pouvoir jouir du-retour à la prospérité.
Le gouvernement s’est chargé d’une grave responsabilité; il a entendu le peuple demander la protection et du pain à grands cris, et il a fait la sourde oreille. Les ministres ont entendu la
vation entière se plaindre et ils se sont reconnus impuissants à la soulager ; ils ont refusé de faire un seul effort, une soule tentative. Ils ont oublié qu’en 1859 le pays traversait une crise analogue; que le trésor était vide, l'industrie en souffrance, les importations faibles, et qu'un homme d'Etat agissait,
L’honorable deputé de Kingston, loin de se croiser les bras, de confesser son impuissance, s'était mis courageusement à l’œuvre, et avec quel résultat ?
Le commerce commença à revivre, les revenus augmentèrent, les manufactures se formèrent, et avant deux ans, le peuple canadien fut en état de consommer, non-seulement un surplus d’importations, mais encore une grande partie des produits de nos manufactures.
Un honorable député a demandé comment le peuple pourraiten mème temps consommer une plus grande quantité de produits manufacturés au pays, sans en même temps diminuer la consommation des articles importés; l’objection est de facile solution, car, ainsi que je l'ai dit l'an dernier, on sait que le peuple consomme ordinairement selon ce qu'il gagne. Donnez-lui de l’emploi, il consommera plus; privez-le d'emploi, il consommera moins; un ouvrier qui gagne une piastre par jour peut consommer et consommera plus qu’un ouvrier auquel on ne donnera qu’un écu.
M. Joly disait, il y a deux ans, que ce n’est pas en diminuant le prix de tous les articles nécessaires à la vie que l’on donnerait le bien-être au peuple, mais en donnant au peuple les moyens d'acheter ces articles. ‘“ Demandez,” disait-il, ‘ à l’ouvrier ce qu'il
réfère, la farine à $6.00 et beaucoup ’ouvrage, où la farine à 84.50 et pas d'ouvrage.”
Nous avons actuellement un exemple frappant de ce triste état de choses dans la province de Québec. Le cultivateur a été obligé, dans bien des endroits, de vendre son lard à six ou sept piastres le cent, son avoine se donne, ses profits sont nuls ; il est découragé, et cependant, l’ouvriez des villes et villages en est-il beaucoup mieux ? lui qui est censé bénéficier du bon marché ?
Est-il mieux situé que lorsque les produits agricoles se vendaient un prix raisonnable ? Non! car, que lui sert
le bon marché s’il n'a pas le sou pour acheter ces produits, même à leur prix réduit.
Le bon marché n’est done qu'un des éléments nécessaires du bien-être, et cet élément n’est subsidiaire, ainsi que je le dis l'an dernier, qu'à l’autre élément plus important: le moyen d’acheter.
Je dois déclarer en terminant, que j'ai la parfaite conviction que les idées que j'ai exprimées sont partagées par la grande majorité du peuple de la province de Québec, j'oserais même dire par la majorité des électeurs libéraux de la province, et que j'espère que les électeurs ne choisiront que des représentants prêts à les faire dominer.
Il se présentera devant le peuple des candidats comme les députés de Montréal, Hamilton et autres localités demandant ses suffrages en invoquant des principes conservateurs ; mais j'espère que ceux qui svnt sincèrement en faveur de la protection, qui croient qu’elle est nécessaire au pays, ne se contenteront pas de leurs stériles protestations, car il est évident que nous n’aurons une protection efficace qu'autant que le peuple enverra ici, pour le représenter, des hommes parfaitement décidés à mettre l'intérêt de leur pays au-dessus de l'intérêt de leur parti, et à forcer le gouvernement à faire son devoir.
Mardi, 12 mars 1878.
La Chambre reprend le débat ajourné sur la motion de M. Cartwright :—
‘Que M. l'Orateur quitte maintenant le fauteuil pour que la Chambre se forme en comité des subsides,”
Et l'amendement de sir John A.
Macdonald, que tous les mots après “Que” soient biffés et remplacés par les suivants :
“Qu'il soit résolu que cette Chambre est d'opinion que la prospérité du Canada requiert l'adoption d’une, politique nationale qui, par un rajustement judicieux du tarif, bénéficiera et favorisera les intérêts ‘agricoles, miniers, manufacturiers et autres du Canada ; qne cette politique gardera au Canada des milliers de nos compatriotes maintenant obligés de 8'expatrier pour trouver le travail que le pays leur
refuse, rendra la prospérité à nos industries qui luttent et souffrent si péniblement, empôchera le Canada d'être un marché à sacrifice, encouragera, développera et activera notre commerce interprovincial, et tendant à la réciprocité de tarifs avec nos voisins dans la mesure requise par les intérêts variés du Canada, aura grandement pour effet de procurer éventuellement à ce pays une réciprocité commerciale
Et le dit amendement étant mis aux voix, il est rejeté sur la division suivante:
Pour, 77. Contre, 114.
PROVINCE DE QUÉBEC. Pour :
Messieurs Baby, Caron, # Benoit, Cimon, Blanchet, Colby, Bolduc, Coupal, Bourbeau, Cuthbert, Brooks, Daoust,
Desjardins, Mousseau, Donahue, Ouimet, Dugas, Pinsonneault, Gill, Pope (Compton), Harwood, Robillard, Hurteau, Robitaille, Langevin, Rouleau, Lanthier, Roy, McDougall (Trois-Riv.)Short Masson, Wright rt Méthot,. Wright (Pontiac).—35.
Montplaisir, Û
Cons :
Messieurs Aylmer, Holton, Barthe, Huntington, Béchard, Jetté, Bernier, Laflamme, Bourassa, Lajoie, Boyer, Langlois, Casgrain, Laurier, Cheval, Malouin, Christie, Pettes, De St. Georges, Pouliot, Fiset, Richard, Fréchette, Scriver, Geoffrion, Taschereau.—26.