‹ Discours de MM. le vte de Vogüé et de H. Mercier [microforme]Chapitre 3 sur 4 · US · texte numérisé non relu

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c'est que le monde nous invite partout. L'Afrique s'est ouverte, et nos pionniers jalonnent un quart de ce continent; ils y tracent les linéaments d'un nouvel empire colonial. Nous en fondons un autre à l'extrémité de l'Asie, Dans les régions mêmes où nous n'avons pas d'intérêts, nos écoles répandent notre langue, nos explorateurs refont les cartes en français. J'apercois ici l'un des deux intrépides voyageurs qui viennent de traverser les premiers, de part en part, les solitudes de la haute Asie. Un jour, ils trouvèrent devant eux un grand lac inconnu; il fallait le baptiser; savez-vous quel nom leur est monté aux lèvres? Le lac Montcalm! — Mon cher Bonvalot, c'est à croire que vous aviez prévu le banquet de ee soir; c'est à croire que vous avez voulu mettre, — oh! pardonnez-moi cette abominable métaphore! — que vous avez voulu mettre ce lac sous la serviette de notre hôte; sous la serviette aussi d’un autre convive, de mon respectable ami le marquis de Montcalm, malheureusement retenu loin de nous par sa santé; il espérail représenter ici son arrière-grand-père, l'illustre défenseur de Carillon, de Montréal et de Québec.

Oui, Monsieur le Ministre. et votre regard expc-

rimenté l'aura bien vu : sous les agitations de surface et de détail, notre France ramasse toute sa vigueur pour l’employer aux deux tâches traditionnelles : d’une part, le souci toujours plus inquiet des petits, des souffrants; parce qu'elle est de droit la tutrice des faibles, la première légataire de la pitié divine pour les malheureux et les déshérités. D'autre part, les grandes œuvres de la civilisation, la diffusion de notre génie sur le monde, parce que ce génie nous a été prêté pour éclairer, libérer, ennoblir tous les hommes. — Et si quelquefois elle vous paraît un peu folle, la pauvre vieille mère, désordonnée et meurtrie dans sa course, ah! vous savez bien pourquoi, vous qui êtes fait de sa chair et de son sang : c’est qu'il lui a été prescrit de courir toujours plus vite, toujours la première, avec la noble illusion d'atteindre et de saisir l'idéal insaisissable qui recule sans cesse devant l'humanité.

Je m'arrête. Il me vient un scrupule à devancer ainsi votre jugement. Si vous étiez des étrangers, nous ne vous tiendrions pas ce langage; devant les étrangers, il sied de se taire modestement et de se faire juger par ses actes. Mais vous n'êtes pas des étrangers. Vous êtes les frères de l’autre côté de

l'eau, venus à un conseil de famille. Il convenait d'examiner dans ce conseil les affaires de la famille. À cette réunion de l'Alliance française, dont vous êtes un rameau détaché, il fallait dresser notre bilan, tomber d'accord sur nos sentiments et surle but que nous nous proposons. D'ailleurs, avec vous, nous n'avons pas à craindre d'interprétations fâcheuses; vous avez gardé notre langue intacte, nous le disions tout à l'heure; si quelqu'un nous taxait de chauvinisme, vous ne comprendriez pas ce vilain mot d’argot. S'il fallait définir d’un mot notre esprit, avec ses ambitions légitimes et hautement avouables, vous nous appelleriez plutôt des humanistes, en donnant à ce terme la large acception qu’il comporte depuis la Renaissance, depuis l'époque où notre langue prit la succession du latin comme instrument de civilisation universelle. Des humanistes, des semeurs d'idées humaines avec le grain français, voilà ce que nous sommes à l'Alliance. Continuons fraternellement cette mission, nous dans la vieille France, vous dans la nouvelle; conjuguons les deux foyers, pour qu'ils répandent une lumière plus intense. Revenez souvent nous voir; nous irons le plus possible chez vous. |

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