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Discours de Napoléon sur les vérités et les sentiments qu'il importe le plus d'inculquer aux hommes pour leur bonheur, ou, Ses idées sur le droit d'ainesse et le morcellement de la propriété Elektronische Daten

J’avais souvent, pendant mon séjour à Sainte-Hélène, entendu parler du discours que, à râge de vingt-un ans. Napoléon écrivit pour l’académie de Lyon. Ce grand homme nous exprimait la satisfaction qu’il atait eue à parcourir cette ébauche de sa jeunesse,' et regrettait de l’avoir détruite. Je croyais qu’elle l’était en effet , et n’y pensais plus , lorsque le hasard l’ayant^. rappelée dans la conversation , M. Menneval m’apprit quelle existait encore; que Louis, dépositaire de l’original, lui en avait fait faire une copie, qui, sans doute, s’était multipliée. La conjecture était juste; je me mis à la recherche, et trouvai bientôt la pièce que je voulais avoir. Je l’offre, au public, c’est la meilleure réponse qu’oa

ij • AVERTISSEMENT.

puisse faire k ceux qui accusent Napoléon d’égoïsme et de sécheresse de cœur.

Chaque jour l’opinion fait justice des imputations odieuses dont ce grand homme a été l^objet, et je pourrais m’en remettre au temps du soin de venger sa mémoire ; mais il me pèse de voir le public prendre le change ; je souffre des mensonges qu’on lui débite. Je veux lui donner la mesure des ennemis de l’empereur , lui faire voir la confiance qu’ils méritent. L’un d’entre eux l’a accusé récemment d’avoir encore mieux fait ses affaires que celles de la république, en Italie ; le rapport de l’agent secret du directoire lui donne

un démenti formel : il l’a accusé d’avoir aban- ’

donné l’armée d’Égypte la dépêche de ses ' ' > collègues lui donne im démenti plus pénible encore . •

AVEIttlSSEMEirT. iij

Un autre déplore son imprévoyance f vante la bonne foi des rois qui l’ont combattu; les instructions du duc de Bellune , les déjîéches de Wilna , de Berlin , de Copenhague f répondent à ces imprudentes assertions. Un troisième, après avoir déclamé contre ses interminables guerres , lui fait un crime de n’en avoir pas allumé une en faveur des Grecs : il l’accuse à faux; car tout était prêt, lorsque ce conquérant, qui ne rêvait que provocations , qu’hostilités , fut obligé d’accourir au-devànt de la ^coalition qui l’a détrôné. Tel est Napoléon , tels sont ses dé-

tracteurs.

' SUR CKTIK nUESTlO^ I ' ^

DÉTERMlNKll lÆS VERITES ET EES SENTIMENTS

qu’il imtorte le plus d’inculquer aux hommes

Sujet ilu prix propose par 1 académie de Lyon,

.. — " pour le concours de 1791-

Les sociétés Jittéraires n’eussent jamais dû

être animées que par l’amour de la vérité et des hommes; mais il n’est point de vérité où régnent par devoir les préjugés. Il n’est point d’hommes où les rois sont, souverains:, il' n’y a que l’esclave oppresseur, plus vil que l’esclave opprimé. Gela explique pourquoi les sociétés littéraires ont offert , dans tous It»

temps , le spectacle affligeant de la flatterie et de la plus coupable adulation. Cela explique pourquoi 'les sciences vraiment utiles, celles ,de la morale et de la poUtique , ont langui dans l’oubli , ou se sont entortillées dans le labyrinthe de l’obscurité. Elles ont fait cependant dans ces derniers temps des^ progrès rapides. On le doit à quelques hommes hardis qui, impulsés par leur génie, n’ont #raint ni le’ tonnerre des despotes ni les ca-^ chots de la Bastille. 6es rayons de lumière ont embrasé l’atmosphère , éclairé l’opinion , qui, fière de ses droits , a détruit l’enchantement oii étaient enlacées les nations depuis • tant.de siècles. Ainsi Renaud fut rendu à la vertu , à lui-même, dès qu’une main courageuse et amie lui présenta le bouclier où étaient à la. fois tracés ses devoirs et son apathie. A (juoi peuvent être mieux comparés les

ouvrages immortels de ces grands hommes, qu’au divin bouclier du Tasse? La liberté conquise, après vingt mois d’énergie et de chocs les plus violents, fera à jamais la gloire des Français , de la philosophie et des lettres.

C’est dans ces circonstances que l’académie propose de déterminer les vérités ^ les sentiments qu’il importe le plus d’inculquer aux hommes pour leur bonheur. Cette question , vraiment digne de la méditation de l’homme libre, fait l’éloge des sages qui l’ont proposée. Aucune ne pourrait mieux répondre an but du fondateur.

Illustre Raynal, si dans le courant d’une vie agitée par les préjugés et les grands que tu as démasqués, tu fus toujours constant et inébranlable .dans ton zèle pour l’humanité

' souiïraitte bt opprimée*, daigne aujourd'hui, aui milieu des applaudissements d’uu peuple * ‘ immens^; qui, appelé par toi à la liberté,' t’en fait le premier hommage , daigne sourire aux efforts d’un disciple dont tu voulus quelquefois encourager les essais. I^a qiies- , tion dont je vais m’occuper est digne de ton buriu ; mais , saus ambitionner d’en posséder la trempe, je me suis dit avec courage : Moi

■ aussi je sms peintre. .

• •* . * il est indispensable d’abord de fixer nus idées sur ie bonheur, . •

T,’humine est né pour être heureux.

• nature, mère éclairée, l’a doué de tous les %

organes necessaires au but de sa création.

Le bonlieur n’est tlonc que la jouissance de U vie la, plus conform»^ à .son organisation.

Hüinines de tous les climats, de toutes les sectes, de toutes les religions, y en aurait-il d’entre vous à qui le préjugé de leurs dogmes empêcherait de sentir l’évidence de ce principe? Eh bien ! qu’ils mettent la main droite sur leur cœur, la gauche sur leurs yeux,

qu’ils rentrent en eux-mêmes , qu ils soient

de bonne foi... et qu’ils disent si comme moi

ils ne le pensent pas.

Vivre donc d’une manière conforme à notre organisation, ou point de bonheur.

Notre Organisation animale a des besoins indispensables: manger, dormir, engendrer...

une nourriture, une cabane, des vêtements, une femme, sont donc d’u^' stricte nécessité pour le bonheur.

’ Notre organisation intellectuelle a des appétits non moins impérieux et dont la satisfactiôn est beaucoup plus précieuse. C’eàt dans leur entier développement que consiste vraiment le bonheur. Sentir et raisonner, voilà proprement le fait de l’hqmme.

Voilà ses titres à la suprématie qu’il a acquise, qu’il conserve, qu’il conservera toujours.

Le sentiment nous révolte contre la gêne, nous rend amis du beau, du juste , ennemis de l’oppresseur et du méchant. C’est dans le sentiment que gît la conscience* dès lors la moralité. Malheur à celui à qui ces vérités ne sont pas démontrées ! il ne connaît de la vie que les reb^s ; il ne connaît des plaisirs que la jouissance des sens. .

Raisonner, c’est comparer, La perfection naît du raisonnement , comme le fruit de Farbre. La raison, juge immobile de nos actions, en doit •être la règle invariable. Les yeux de la raison garantissent l’homme du précipice des passions, comme ses décrets modifient même le sentiment de ses droits. Le sentiment fait naître la société ; la raison la maintient encore.

Il faut donc manger, dormir, engendrer, sentir, raisonner, pour vivre en homme; dès lors pour être heureux.

De tous les législateurs que l’estime de leurs concitoyens appela à leur donner des lois , aucuns ne paraissent avoir été plus pénétrés de ces vérités que Lycurgue et M. Paoli. Ils sont parvenus cependant par des chemins

bien différents h les mettre en œuvre dans leur législation.

Les. Lacédémoniens avaient une ciourriture abondante , des vêtements et des mai-

ft

sons commodes, des femmes robustes; ils

raisonnaient dans leurs société^; .ils étaient

libres dans leur gouvernement. Ils jouissaient de leur force , de leur adresse , de la glojre , de l’estime de leurs compatriotes , de la prospérité de la patrie. C’ét^eut là les satisfactions de leur sentiment. Ils pouvaient s’attendrir avec leurs femmes, s’émouvoir aux perspectives varié^du beau climat <ïe la Grèce; cependant c’était principalement par le spectacle du fort et de la vertu qu’ils sentaient. Dans le courage, dans la force, consiste la vertu. L’énergie est la vie de l’Ame , comme le principal ressort de la raison.

Ixs palpitations tl’un Spartiate étaient celles de riiomme fort; et l’homnie fort est bon, le faible seul es^méchant. Le Spartiate vivait d’une manière <t>nforme à soft organisation ; il était heureux.

.... Mais tout ceci n’êst qu’un rêve. Sur le^ bords de l’Eurotas vit aujourd’hui le pacha à trois queues; et le voyageur, navré de ce spectacle déchirant, se retire avec effroi, dotitant un rnomerit de la bonté du moteur de l’univers. .

Mais, pour contluire les hommes au bonheur , faut-il donc qu’ils soient égaux en nioyens ? Jusqu’à quel point doit-on leur prêcher , doit-on leur inspirer l’amour de l’égalité facultative ?

Puisqu’il faut sentir pour vivre heureux , quels sont les sentiments que l'on doit leur inspirer ?

Quelles sont les vérités que l’on doit leur développer? Raisonner, dites-vous, ou point de félicité.

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