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d'une grande nation échapperont aux fluctuations des partis, que le respect et la notion même de l'autorité ne s'évanouiront pas dans les esprits, il est nécessaire que l'influence du parlement trouve comme contrepoids un pouvoir fort et stable. Cette conviction réfléchie peut seule expliquer que, au mois de septembre 1873, malgré des préjugés et des répugnances, il ait pris part avec tant de chaleur aux espérances de «'-eux qui, soucieux de réconcilier la France du présent avec celle du passé, tentèrent d'assurer à la monarchie « traditionnelle par son principe, moderne par ses institutions » la consécration de la volonté nationale. Il sut entraîner à sa suite le Journal des Débats, hésitant, et il conduisit la campagne, avec un éclat, avec une verve, avec une absence de précautions qui inquiétaient parfois ses amis, moins confiants que lui. « Mais
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(juc ferez-vous si l'entreprise échoue? » lui demandaient-ils. (( J'irai faire un tour à Tétranger,^) répondait M. John Lemoinne ; et le lendemain dans un nouvel article plus brillant et plus décisif encore, il revenait à la charge, démontrant les garanties qu'au succès de l'entreprise trouverait la liberté.
Au mois d'octobre, M. John Lemoinne alla faire un tour à l'étranger. Il en revint dans des dispositions singulièrement différentes de celles où il était parti. On pourrait croire que depuis lors il ait voulu faire payer sa déconvenue à ceux dont il avait partagé les espérances, car leurs entreprises plus ou moins heureuses ne rencontrèrent aucun adversaire plus déterminé et plus militant. A cette nouvelle campagne non moins brillamment menée, il conquit un surcroît de renommée et trouva même quelque avantage.
Il y gagna le Sénat et n'y perdit pas l'Académie où il a représenté seul, pendant quelques années, la corporation des journalistes.
Vous vous êtes, Monsieur, exprimé en termes piquants sur les journalistes contemporains, et vous avez, à leur égard, manqué de tendresse. Je ne veux pas paraître moins brave que vous, et je reconnais que certaines des choses que vous avez dites sont vraies ; mais il y en a que vous n'avez pas dites et qui sont vraies également. La presse n'est pas, assurément, comme on se plaisait à le dire autrefois, un sacerdoce, ou sinon il faudrait convenir que les épreuves du noviciat ne sont ni bien pénibles ni bien longues. Elle est, avant tout, une forme de l'action politique. Quelques-uns de ceux qui ont choisi cette forme y peuvent apporter ce que par malheur on apporte trop souvent dans
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la politique, la passion, l'injustice, même la calomnie ; mais d'autres y apportent aussi la conviction, le désintéressement, le dévouement. Parmi ces écrivains (car ce sont des écrivains également) qui, suivant votre spirituelle expression, sont condamnés à nous servir chaque matin le plat du jour, et auxquels ce plat revient parfois plus cher que vous ne pensez, il y en a, j'en connais, qui, au prix de la moindre défaillance, n'achèteraient ni une faveur, ni une grâce, ni même leur propre pain. Au besoin, et vous avez eu raison de le rappeler, M. John Lemoinne eût été du nombre. Ce qui achève, en eiï'et, de rétablir l'unité de sa vie, c'est qu'il était galant homme. Longtemps il a vécu de sa plume, et rien n'est plus honorable, mais jamais il n'en aurait trafiqué. Homme de talent, homme d'esprit et galant homme, c'est un éloge que M.John Lemoinne n'au-
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rait pas fait de tous ses confrères de la presse, même d'autrefois, mais qu'il aurait appliqué volontiers à l'un de ses confrères de l'Académie et de la presse d'aujourd'hui .
Lorsque vous viendrez. Monsieur, siéger à sa place, vous prendrez à nos travaux une part plus active que la sienne, car ces travaux ne semblaient guère l'intéresser. Je ne serais pas étonné si vous troubliez parfois nos séances un peu languissantes en y soulevant des questions devant lesquelles nous avons reculé jusqu'à présent, mais qu'avant de nous appartenir vous avez abordées pour votre propre compte. Devonsnous par exemple continuer ce Dictionnaire historique qu'en trente-trois ans nous avons conduit jusqu'à la fm de la lettre A ? Ferions-nous pas mieux au contraire de passer cette tâche à nos doctes confrères de
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l'Académie des Inscriptions et de leur réclamer en échange cette Histoire littéraire de la France qu'en soixante-dix-huit ans ils ont poussée jusqu'à Joinville ? Devons -nous renoncer à ce projet de réforme de l'orthographe dont se sont si vivement émus force gens auxquels on aurait cru Tétymologie moins chère, ou, dans l'intérêt de ceux qui ont à l'apprendre, faut-il forcer ceux qui croient la savoir à l'oublier? Ce serait là matière à des discussions irritantes qu'au fond nous vous pardonnerions de soulever. Car, faut-il en faire l'aveu ? nous vivons trop en paix à l'Académie, et nous comptons sur vous pour y ranimer, non pas la guerre ; dieux immortels ! mais quelqu'une de ces bonnes vieilles querelles littéraires auxquelles se passionnaient nos confrères d'autrefois. Telle est, Monsieur, notre attente et quelque violence que pour y répondre
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se doive faire votre tempérament, nous avons la certitude que cette attente ne sera pas trompée.
PARIS. — IMPRIMERIE GHAIX — 3412-2-94. — (Encre Lorilleux).
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