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Discours de Sir Adolphe Caron sur l'exécution de Louis Riel

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Jo suis content do dire, M. l'Orateur, quo dopuis lo commencoment, sauf quolquos exceptions, co débata été conduit d'uno manière digno de la gravité de la question, ct dont nous n’aurons aucune raison do rougir. Jn apportant uno faible part à cotto discussion, ot on exposant mes opinions,

Séance pu 17 Mans 1886,

2 7 Sir ADOLPHE CARON : M. l'Orateur, hier, à uno heuro “avancée do la aoiréo, j'ai proposé l'ajournement de co débat.

2? Depuis plusieurs jours on à employé le temps do la Chambro à Ia discussion do cette question importante, ot je dois dire que jo saisis avec plaisir l’occasion qui m'est fournie aujourd’hui, do soumottre au parlement ot au pays l'attitudo que j'ai prise depuis lo commencement do cette quostion maintenant historique do Riel, et exposor les raisons qui ont motivé la conduite que j'ai cru de mon devoir do tenir dans cette occasion, De toutes les accusations que l'on puisse porter contre un hommo public dans l'accomplisce mont do sos devoirs, je cruis que la plus infamante est cello do traître à son pays, traîtro à son peuple. Pendant des semaines, non, je mo trompe, pendané des mois mes honorables collègues ot moi avons été traduits devant l'opinion publique de otre province. Nous avous été accusés de traîtres À notre sang, traîtres à notro province. Jo désire, M. l'Orateur, demander aujourd’hui, comment il 80 fait quo lon ait porté une semblable accusation contre nous, Jo veux savoir comment il se peut que des hommes qui pondant des années et des années ont joui de la confiance de nos concitoyens, des amis qui nous ont supportés en parlement, nous aient rondus responsables do In faute qui nous a été imputéo.

AL, l'Orateur, dans ces circonstances extrèmes, connaissant comme nous connaissons, et comme il était do notro devoir de connaître, l'opinion publique de notre province, nous avons êté accuses de traîtres envers notre peuple ot notre pays, parco que nous avons laissé la loi suivre son cours. Nous avons agi ainsi parce quo nous considérions de notre devoir de ne pas intervenir dans l'exécution de la sontonce contre Louis Riel. M, l‘Orateur, je considère que c'est mon devoir ; do plus, je considère que ce no sorait pas faire preuve du courage que doit posséder tout homme public dans l’accomplissement de fonctions qui lui sont confiéos, si de mon siègo en parloment je n'étais pas prêt à diro que les mêmes événements que ceux do l'année dernière, dussent-ils se représenter, je suivrais exactement la môme ligne do con. duite. Je no veux pas ètre mal compris, M. l'Oratour, J'ai senti, et ja sens aujourd’hui, plus que jo ne puis l'exprimer, combien il a été pénible de remplir lo devoir qui nous incombait, J'ai compris que ee n'était pas peu de chose de briser les liens, tant politiques quo sociux, qui m'attt chaïent à ces amis et compatriotes qui m'ont acco-dé leur confiance et me la retirent dans cette occasion, mais j'ai senti que c'était pour moi un devoir impérieux, envers ma propre province que j'aime tant, do suivre une telle ligne de condaite ; et je le répète, quoiqu'en pensent les honorables mossieurs de la gaucho, si les mêmes circonstances 80 présen. taient j'agirais exactement do Ia même manière,

j'espère pouvoir ecivro l'exemple déjà donnée por plusieurs bonorables députés, et j'ospère exposer mos sentiments sans blossor ceux des personnos qui dit'èront avec moi,

M. l'Oratour, je crois que jo suis l’intorprôte de tous mes amis en exprimant l'opinion, déjà émise pac mon honorable collègue le ministre de l'intérieur, que nous sommes tous orgucilleux d'avoir comme membre de cette Chambre l’honornble député do Québec (M. Laurior). Je ne crois pas mo tromper en disant que 80n discours do l’autro soir est digoe de n'importe quei parlement, ot en discutant la question qui, pour lui qui vient do la province do Québos, de même que pour moi venant de la même provinco, est cortai. nement une question qui a dû évoiller sos sentiments, comme il l'a prouvé dans son discours, ot jo dis qu'il a conduit la discussion d'une manière qui produira, j'espère, un effot avantagoux sur tout le débat, J'ai dit que j'avais considéré comme un devoir impérioux enverg mon pays et ma province de suivre telle ligno do conduite comme consciller de la couronne, M, l'Orateur, comme ministres do la couronne, occupant les bancs du trésor, nous ne représontons pas soulement une seule province, mais toute la Confédération cana. dionne. J'ai jugé que c'était uno obligation pour nous, dans nos positions, do maintenir la paix ct l'ordre dans lo Canada, J'ai considéré de notre devoir de soutenir à l'intérieur comme à l'extérieur le crédit du pays. J'ai considéré que c'était notro devoir, commo ministres de la couronne, responsablos de la paix aux citoyens habitants de co pays. Je dis plus. Nous savons, d'après les documents publics de ce parlement, quello partio considérable du trésor du Canada vous avons affoctée pour faire venir dans nos vastes ot fertiles prairies de l’ouest l'excédant de population des grandes villes d'Europe. Ilest nécogeaire, si nous voulons encourager los immigrants à venir s'établir dans notro pays, do leur montrer quo lo Canada peut défondro ceux qui lui confiont leur sort, Il faut que nous montrions que, dans l'extrême Nord Ouest comme dans les vieilles provinces, lo gouvernoment canadien cst assez fort pour protéger son peuple, maintenir l'ordre, faire respector la loi.

Partant de co point de vue il importait que l'action du gouvernement fût décisive, Il importait quo l'on eût à l'étranger et dans tout lo Canada que la Confédération était assez forte, vastes commo sont scs torritoires, pour main. tenir l’ordre dans toutes los parties do ses domaines, Nous avons do plus,—ot ceci, j: crois, est un point important du débat—nous avons, dis-j, des milliers de sauvages dans lo Nord-Ouest. Je crois que tout hommo qui désire l'avancement et la prospérité du pays comprendra que, ayant acquis ces

territoires qui étaiont auparavant 1n propriélé incontestablo des sauvagos, nous dovons êtro francs ot loyaux envers ceux quo nous avons pris «ous notre protection. Nous avons dans co torritoire un bon nombro do sauvages qui ont lo droit d’attondro do nous Ja loyauté ot la bonté, qui ont lo droit d'espérer quo les traités qu'ils ont conclus avec lo gouvornemont scront acrupuleusemont obeorvés: mais il cst aussi important qu'ils appronnont quo la paix ot l'ordre doivont être maintonus dans cos territoires. Il est do la plus hauto importance qu’ils comprennent que quelles quo soient les raisons pour 8’agitor, il y a des moyons constitutionnols, Uuo agitation conatitutionnelle aura toujours des résultats rlus satisfaisants que coux obtonus par lu violonco; ot par ccneéquent je dis, que quels que puissent être les gricfs, le peuplo doit comprendre qu’il pouts'agiter par des moyens constitutionnels sans avoir recours à la forco, à la violence ct aux armes. Dans cos circonstances nous avons cru qu'il était do la plus bauto nécessité de laisser la loi suivre son cours, dans le cas do Louis Riol, ct ne pas empêchor l'exécution do ln sontence prononcéc. Après tous les discours uri ont été faits déjà, il mo serait inutile do traitor la question de l’origine du soulüvoment do Riel dans lo Nord-Ouest. Nous connaissons toutes los circonstances qui ont conduit au premier soulèvement. Nous savons que, en 1870, Lou!s Riel organisa uno rébollion au Nord-Ouost ; et il est bon do £o rappeler pendant que cetto question est devant lo parlemont, que la seconde révolto qui a cu lieu était l'ouvrage do l'hommo qui avait organisé ot conduit la premiôro, En organisant ces deux révoltes chez les métis qu'il a si hautement trompés, et qui, pondant un moment, ménacdront do soulever les populations sauvagos du Nord-Ouest, on ne peut nier que Riel se rendait coupable d'un des crimes les plus atroces,

Jo considère qu'il a trompé son peuple et qu'il a cherché à le vendre on consontant à abandonuor sa causo, ot à lo laisser à ses propres ressources, s’il rocevait de l'argent du gouvernement, En agissant de Ia sorte, je crois qu'il n’est pas digne des sympathies de ceux qui veulent étudier la question froidemont et sans passion, qui voulent l’onvisagor au point dé vue des intérêts du paye, au point do vue uniquo du devoir que doivent remplir ceux qui occupent des positions responsables comme consoillers de la Couronno. Quand nous considérons, comme nous l'avons fait, l'histoire de cos guerres sauvages, qu'on serait-il 16sulté si ces tribus sauvages, qui heureusement sont très tranquilles, ce qui n’est pas dû à Riel, qui s’est cfforcé do les soulovor et de les dêterminer à l'aider contre le gouvernoment de son pays—qui, dis je, après avoir considéré quelles auraient pu être les conséquences d'une guerro sauvage, peut un scul moment éprouver quelque sympathie pour io mouvement soulové par Riel ? Nous savons parfaitement qu’au commencement de la révolte, après qu'il eut réussi par ses machinations en forçant les métis à rotirer leur confiance au clergé, aux missionnaires qui durant tant d’annécs ont travaillé avec dé.intéressement aux intérêts de la nation métis-o, quand nous considérons qu'au commencement de Ja rébellion les premières victimes de Louis Riel furent deux missionnaires, lo père Marchand et le père Fafard, je me demande comment on peut accorder à Riel la sympathie à laquolle on s’est efforcé de fuire croiro dans quelque quartier. Quand nous étudions toutes les circonstances do cette révolte, quand nous arrivons à considérer la manière dont elle futorganiséo ot préparés, le nombre do vies perdues par le Canuda, lo trésor dépensé, je dis qu'il était temps pour nous de décider ai l’on no devait pas prondre les moyens les plus éucrgiques possibles pour empêcher do semblables troubles do so répéter dans lo Nord-Ouest. Mais, A. l'Orateur, j'espèro quo dans l'enceinte de ce parlement il ne 60 trouvera pas un homme pour dire, qu'en permettant à la loi de suivio son cours, en n’intervenant pus dans l'esécution do la sentence légalement prononcée contre Louis Tuel, le gouvernement a sacrifié uu martyr ct un héros. Je ne vois pas comment cela est possible, bien quo j'aio lu, depuis quelques mois des

articles do journaux indiquant réollemont quo quelques uns do ces éditours ou écrivains dovaiont considérer cot hommo comme un héros ot un martyr, Jo mo domando on lisant lo témoignago rondu dans cotto cause, ot connaissant los circonstances du soulèvement, connaissant tout co qu'il n fait dans lo but de soulovor les troubles dans lo Nord-Oucst, jo mo demande comment il so pout quo tout homme ayant à cœur les intérêts du pays, puisso considéror l'exomplo do Riel commo digno do l'admiration d'un pouplo, ou puisso regarder Riol commo nn héros et un martyr. N'ost-il pus celui qui a soulové uno guorro sauvago avoc touto 808 horrours ? N'est il pas l’homme qui a écrit au major Crozier qu'il voulait commoncor immédiatoment une guorre d'extormination, et, M, l'Orateur, ici j'aimorais à liro un court extrait du témoignage pris pendant lo procès ot publié on brochuro par lo gouvernomont. À la pigo 168 voici cotto lottro adressée au major Crozior :—

SAINT-ANTOINE, 21 Mars 1985, Au major Crozicer, Commandant de la police à cheval à Carlton et à Battleford.

Mason,—Los consoillers du gouvernement provisoire do la Saskntchewun ont l'honneur de vous commumiquer les conditions suivantes de reddition : Vous devrez abandonner complètement la position où vous a place le gouvernement canadien à Carlton ot à Battleford, en même temps que toutes les propriétés du gouvernement,

Si vous acceptez, vous et vos hommes g2rez libres, sur votre parole d'honneur de garder la paix, et ceux qui voudront lasser le pays seront fournis de voitures et de provisions pour 8e rendre à Qu’Appelle. :

Si vous refusez, nous avons l'intention de vous attaquer, quand demain le jour du Seigneur sera passé ; et de commencer sans délar une guerre d'extermaution contre tous ceux qui se sont montrôs hostiles à nos droits.

MM. Charles Nolin et Maxime Lépine sont nos représentants avec qui vous dovrez traiter. ,

Major, nous vous respectons. Que la cause de l'humanité vous soit une censolation dans les revers que Ja mauvaise administration du gouvernement Vous aura Cuusés.

Louis tt Davip’? Riez, ÆExovede.

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