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Discours de Sir Adolphe Caron sur l'exécution de Louis Riel [microforme]

Sir ADOLPHE CARON : M. l'Orateur, hier, à une heuro avancéo do la soiréo, j'ai proposé l'ajournement de ce débat.

Depuis plusieurs jours on à employé le temps de la Chrmbre à la discussion do cette question importante, et je dois dire que jo saisis avec plaisir l’occasion qui m'est fournie aujourd'hui, de soumettre au parlement ot au pays l'attitude que j'ai prise depuis le commencement do cette question maintenant historique do Riel, et exposer les raisons qui ont motivé la conduite que j'ai cru de mon devoir do tenir dans cette occasion, Do toutes les accusations quo l'on puisse porter contre un hommo publie dans l'accomplisse. ment de ses devoirs, je crois quo la plus infamante est cello de traître à son pays, traître à son peuplo. Pendant des semaines, nor je mo trompe, pendant des mois mes honurables collègues et moi avons été traduits devant l'opinion publique de notre province. Nous avous élé accusés de traîtres À notre sang, traîtres à notro province. Jo désiro, M, l'Orateur, demander aujourd’hui, comment il se fait quo l'on ait porté une semblable accusation contre nous, Jo veux savoir comment ii 8e peut que des hommes qui pendant des années et des années ont joui de la contiance de nos concitoyens, des amis qui nous ont supportés en parlement, nous aient rendus responsables de la faute qui nous a été imputéo,

M. l'Orateur, dans ces circonstances extrèmos, connaissant comme nous connaissons, et comme il était do notro devoir do connaître, l'opinion publique de notre province, nous avons été accusés de traîtros envers notre peuple et notre

ay8, parce que nous avons laissé la loi suivre son cours,

ous avons agi ainsi parce quo nous considérions de notre devoir de ne pas intervenir dans l'exécution de la sentenco contrée Louis Riel, M, l'Orateur, je considère que c’est mon dovoir ; de plus, je considère que ce ne serait pas faire preuve du courage que doit posséder tout homme public dans l’accomplissement de fonctions qui lui sont confiées, si de mon siège en parlement jo n'étais pas prêt à dire que les mêmes événements que ceux do l'année dernière, dussent-ils so représenter, je suivrais exactement la même ligne de conduite. Jo no veux pas être mal compris, M. l'Oratour, J'ai senti, et je sens aujourd'hui, plus que je ne puis l'exprimer, combien il a été pénible de remplir lo devoir, qui nous incombait, J'ai compris que ce n'était pas peu do chose de briecr les liens, tant politiques quo sociaux, qui m'attachaient à ces amis ot compatriotes qui m'ont accordé leur confiance et me la retirent dans cette occasion, mais j'ai senti que c'était pour moi un devoir impérieux, envers ma propre province que j'aimo tant, de suivre une telle ligne de conduite ; et je le a quoiqu’en ponsent les honorables mossieurs de la gauche, si les mêmes circonstances 80 présentaient j'agirais exactement de la même manière,

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Je suis content de dire, M. l'Orateur, que depuis le commeucement, sauf quelques exceptions, co débat a été conduit d'uno manièro digne de la gravité de la question, et dont nous n’aurons aucune raison de rougir. En apportant uno faible part à cotte discussion, et on exposant mes opinions, j'espère pouvoir scivre l'exemple déjà donnée per plusieurs honorables députés, et j'espère exposer mes sentiments sans blesser ceux des personnes qui diffèrent avec moi,

M. l'Orateur, je crois que je suis l'interprète de tous mes amis en exprimant l'opinion, déjà émise pac mon honorable collègue le ministre do l'intérieur, que nous sommes tous orgucilleux d'avoir comme membre de cette Chambre l'honorable député do Québec (M. Laurier). Je ne crois pas me tromper en disant que son discours de l’autre soir est digue de n'importe quel parlement, et en discutant la question qui, pour lui qui vient de la province de Québes, de même que pour moi venant de la même province, est cortainement une question qui a dû évoiller ses sentiments, commo il l'a prouvé dans son discours, et je dis qu'il a conduit la discussion d'une manière qui produira, j'espère, un effot avantageux sur tout le débat, J'ai dit que j'avais considéré comme un devoir impérieux envers mon pays et ma province de suivre telle ligne de conduite comme conseiller de la couronne, M, l'Orateur, comme ministres de la couronne, occupant les bancs du trésor, nous no représentons pas seulement une seule province, mais toute la Confédération canadienne, J'ai jugé que c'était une obligation pour nous, dans nos positions, de maintenir la paix ct l'ordre dans le Canada. J'ai considéré de notre devoir de soutenir à l'intérieur comme À l'extérieur le crédit du pays. J'ai considéré que c'était notre devoir, comme ministres de la couronne, responsables de la paix aux citoyens habitants de co pays. Je dis plus. Nous savons, d'après les documents publics de cs parlement, quelle partio considérable du trésor du Canada vous avons affectée pour faire venir dans nos vastes et fertiles prairies de l'ouest l'excédant de population des grandes villes d'Europe. Ilest nécessaire, si nous voulons encourager los immigrants à venir s'établir dans notro pays, de leur montrer que lo Canada peut défendre ceux qui lui confient leur sort, Il faut quo nous montrions que, dans l'extrême Nord:Ouest comme dans les vioilles provinees, lo gouvernoment canadien est assez fort pour protéger son peuple, maintenir l'ordze, fairo respector la loi,

Partant de ce point de vuo il importait que l'action du gouvernement fût décisive. 11 importait quo l'on sût à l'étranger et dans tout le Canada que la Confédération était assez forte, vastos comme sont ses torritoires, pour maintenir l’ordre dans toutes los parties do ses domaines, Nous avons de plus,—ot ceci, j> crois, est un point important du débat—nous avons, dis-j, des milliors de sauvages dans lo Nord-Ouest. Je crois que tout homme qui désire l'avancement ot la prospérité du pays comprendra que, ayant acquis ces

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territoires qui étaient auparavant la propriété incontestablo des s:uvagos, nous devons être francs ot loyaux envers ceux que nous avons pris sous notre protection, Nous avons dans co territoire un bon nombre de sauvages qui ont le droit d'attendre de nous la loyauté et la bonté, qui ont le droit d'espérer que les traités qu'ils ont conclus avec le gouvernement seront scrupuleusement observés; mais il est aussi important qu'ils apprennent que la paix et l’ordre doivent être maintenus dans ces territoires, Il est de la plus hauto importance qu'ils comprennent que quelles que soient los raisons pour s'agiter, il y a des moyens constitutionnels, Uno agitation constitutionnelle aura toujours des résultats plus satisfaisants que ceux obtenus par lu violenco; et par conséquent je dis, quo quels que puissent être les grief, lo peuplo doit comprendre qu'il peut s’agiter par des moyens constitutionnols sans avoir recours à la forco, à la violence et aux armes. Dans ces circonstances nous avons cru qu'il était de la plus hauto nécessité de laisser la loi suivre son cours, dans le cas de Louis Riel, et ne pas empêcher l'exécution do la sentence prononcée, Après tous les discours qui ont étô faits déjà, il me serait inutile de traiter la question de l’origine du soulèvement do Riel dans le Nord-Ouest, Nous connaissons toutes les circonstances qui ont conduit au premier soulèvement, Nous savons que, en 1870, Lou's Riel organisa une rébellion au Nord-Ouest ; et il est bon do so rappeler pendant que cette question est devant le parlement, que la seconde révolte qui a eu lieu était l'ouvrage do l'homme qui avait organieé et conduit la première. En organisant ces deux révoltes chez les métis qu’il a si hautement trompés, et qui, pendant un moment, ménacèront de soulever les populations sauvages du Nord-Ouest, on ne peut nier que Riel se rondait coupable d'un des crimes les plus atroces.

Je considère qu'il a trompé son peuple et qu'il a cherché à le vendre en consontant à abandonner sa cause, et à lo laisser à ses propres ressources, s’il recevait do l'argent du gouvernement. ÆEn agissant do la sorte, jo crois qu'il n’est pas digne des sympathies do ceux qui veulent étudier la question froidemont et sans passion, qui veulent l’envisager au point de vue des intérêts du pays, au point de vue unique du devoir que doivent remplir ceux qui occupent dos positions responsabies comme conseillers de la Couronne. Quand nous considérons, comme nous l'avons fait, l'histoire de ces guerres sauvages, qu'en serait-il résulté si ces tribus sauvages, qui heureusement sont très tranquilles, co qui n’est as dû à Riel, qui s’est efforcé de les soulevor et de les déterminer à l'aider contre le gouvernement do son pays—qui, dis-je, après avoir considéré quelles auraient pu être les conséquences d'une guerre sauvage, peut un seul moment éprouver quelque sympathie pour le mouvement soulevé par Riel ? Nous savons parfaitement qu'au commencement de la révolte, après qu'il eut réussi par ses machinations en forçant les métis à retirer leur confiance au clergé, aux missionnaires qui durant tant d'années ont travaillé avec désintéressement aux intérêts de la nation métisse, quand nous considérons qu'au commencement de la rébellion les premières victimes de Louis Riel furent deux missionnaires, lo père Marchand et le père Fafard, je me demande comment on peut accorder à Riel la sympathie à laquelle on s’est efforcé de fuire croire dans quelque quartier, Quand nous étudions toutes les circonstances de cette révolte, quand nous arrivons à considérer la manière dont elle fut organisée et préparée, le nombre de vies perdues par le Canada, le trésor dépensé, je dis qu'il était temps pour nous de décider si l’on ne devait pas prendre les moyens les plus énergiques possibles pour empêcher de semblables troubles de so répéter dans lo Nord-Ouest. Mais, M. l'Orateur, j'espère que dans l'enceinte de ce parlement il no so trouvera pas un homme pour dire, qu'en permettant à la loi de suivre son cours, en n’intervenant pas dans l'exécution do la sentence légalement prononcée contre Louis Riel, le gouvernement a sacrifié un martyr et un héros, Je ne vois pas comment cela est possible, bien que j'aio lu, depuis quelques mois des

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articles do journaux indiquant récllemont que quelquos uns do ces éditeurs ou écrivains dovaiont considérer cet hommo commo un héros ot un martyr. Je mo demande en lisant lo témoignago rendu dans cotto cause, ot connaissant les circonstances du soulèvement, connaissant tout co qu'il a fait dans lo but de soulever les troubles dans lo Nord-Ouest, je mo demande comment il se pout que tout homme ayant à cœur les intérêts du pays, puisse considérer l’exemplo de Riel commo digne de l'admiration d'un peuple, ou puisse regarder Riel comme un héros etun martyr, N'est-il pas celui qui a soulevé uno guerre sauvago avec toute 808 herreurs ? N'est il pas l’homme qui a écrit au major Crozier qu'il voulait commencor immédiatement une guerre d’extormination, et, M. l'Orateur, ici j'aimerais à lire un court extrait du témoignage pris pendant lo proc: et publié en brochure par lo gouvernement, A la pago 168 voici cetto lottre adressée au major Crozior :— SainT-ANTOINE, 21 Mars 1885.

Au major Crozier, Commandant de la police à cheval à Carlton et à Battleford. Mason, —Les conseillers du gouvernement provisoire de la Saskat-

chewan ont l'honneur de vous communiquer ies conditions suivantes de reddition : Vous devrez abandonner complètement la position où vous

a placé le gouvernement canadien à Carlton et à Battleford, en même |

temps que toutes les propriétés du gouvernemen&,

Si vous acceptez, vous et vos hommes s2rez libres, sur votre parole d'honneur de garder la paix, et ceux qui voudront laisser le pays seront fournis de voitures et de provisions pour 8e rendre à Qu'Appelle. 3

Si vous refusez, nous avons l'intention de vous attaquer, quand demain le jour du Seigneur sera passé ; et de commencer sans délai une guerre d'extermination contre tous ceux qui se sont montrés hostiles à nos droits.

MM. Charles Nolin et Maxime Lépine sont nos représentants avec qui vous devrez traiter. ; x

Major, nous vous respectons. Que la cause de l'humanité vous soit une consolation dans les revers que la mauvaise administration du gouvernement vous aura causés,

Louis ‘ Davin ?? Riez, Exovede.

R£NR PanenTeaU, Président, JuAN BAPTISTE PARENTEAU, CuanLes NoLis. Pierres HENRY.

Gasriez Dumoxr, ALBERT DELORME, Moïse OUELLETTE. Dam. CARRIÈRE, ALu8RT MONKMaN. Maxime Lépine.

Babriare BOYER, BaPTISTR BOUCHER.

Dusazp Ross. Davio Touronp.

AMABLE JOBiN. < Pu. GaRNor, secrétaire."

M, l'Orateur, voilà un homme qui est tenu pour un héros, écrivant cette lettre où il déclaro que son but est d’avoir une guerre d'extermination, Peut-on so méprendre sur la signitication de cette lettro? Peuton prétendre que cet homme entraîné par son dévouement à son peuple désirait simplement uno agitation dans le but d'obtenir la justice qu'il réclamait depuis longtemps poux ïes métis, lorsque nous voyons parmi les papiers produits, fo: mant partie de la preuve prise lors du procès, que son but était do soulever uno guerre d'extermination? c'était son but d’avoir une guerre, la plus terrible de toutos les guerres, une guerre indienne; etcela tout spécialement parmi une population commo celle dun Nord-Ouest, qui est tellement disporeéo dans co pays, no vivaot pas ensemblo comme les populations des villes des vieilles provinces du Canada, mais où les colons sont séparés par des distances considérables, et où il leur est presque impossible do se porter secours. C'est daus de telles circonstances, comme il lo dit dans sa lettre, qui est une preuve indéniable qu'il voulait soulever une guerre d'extermination, Il employa tous les moyens à sa disposition pour soulever cette guerre; il fit tout on son pouvoir pour réussir dans son néfusio projet ; il fit tout co qu'il put poar soulever une guerre qui a eu les plus mauvais résultats pour lo Canada,et qui, s'il y eut eu des complications par le soulèvement des sauvages, aurait été encore plus désastreuse,

Je demande la permission de proposer l'ajournement du débat,

Motion adoptée,

ne me mme rte

Sfancg pu 18 Mans 1886.

Sir ADOLPHE CARON: Ilior, M, l'Oratour, lors. que la Chambro s'est ajournéo, j'exprimais l'espoir qu'il ne 80 trouverait personne dans l'enceinte de cotte Chambre, pour déclarer sous sa propre responsabilité quo Riel était un héros, comme jo l'ai lu dans cortains journaux, et que le gouvernement l'avait sacrifié ot en avait fait un martyr, J'ai lu une lottro écrite par Riol au major Crozier, pour faire voir qu'elle espèco de héros il était, —uno lettre dans laguello ilaffirme sa détermination, Aujourd'hui je vais compléter les renseignements que contient cetto lettre en en citant une autre que Riel adressait à I'aiscur d'Etangs, ot dans laquelle il dit:

Depuis que nous avons écrit, il s'est passé des choses importantes. La police est venue nous attaquer. Nous l'avons rencontré et Dieu nous a donné victoire, Trente métis et cinq sauvages ont soutenu le combat contre 120 hommee,et après 35 ou 40 minutes ils ont pris la fuite. Bénissez Dieu avec nous du auecès qu’il & eu la charité de nous accorder Soulevez-vous, faites face à l'ennemi, et, si vous le pouvez prenez le fort à la Bataille, détruiser-le, sauvez toutes les marchandises et los provisions et venez nous trouver. Le nombre que vous Ôtes peut vous permettre de nous envoyer un détachement de quarante à cinquante hommes. Tout ce que vous ferez faites-le pour l'amour du bon Dieu, sous la protection de Jésus-Christ, dela sainte Vierge, de saint Joseph et de saint Jear- Baptiste, et soyez certain que la foi fait des prodiges.”

etie lettre fait voir quelle sorte de héros c'était que Louis Riel. Avec votro permission, M. l'Orateur, je lirai une lettre quo m'adressait, il y a quelque temps Sa Grâco l'archovèquo Grandin. Cette lettre est datéo da 12 juillet 1885. Pour éviter la peine do lire l'original et de la traduire devant ia Chambre, jo l'ai traduite d'avanco et c'est cette traduction quo je vais liro, Jo possède l'original ot jo poux le donner aux Débats; mais pour épargner à la Chambre l'enuui d'entendre la lettre en français et en anglais, j'ai cru préférable de n’en donner quo la traduction :

Honorable et cher monsieur—

Agsurément les troubles du Nord-Ouest n'ont pas manqué de vous préoccuper beaucoup, et il me semble que Votre Honneur doit respirer plus à l'aise, maintenant qu'ils sont apaisés. Je partage pleinement votre satisfaction, cependant je dois ajouter que chez moi elle eat loin d'ôtre complète. La révolte m'a tout particulièrement blessé au cœur ; j'ai souffert de voir nos si bons métis trompé: par un misérable maniaque, mépriser nos avis, se défier de notre dévouement, 80 déclarer contre le gouvernement, contre l’église et contre Dieu. J'ai été surtout bien pémiblement affecté de voir, à la voix de cette espèce de possédé, les sauvage se soulever et aller jusqu'à maseacrer des personnes qui ne leur avaient fait aucun mal, qui ne leuravaient tait que du bien, des personnes qui, comme nos chers missionnaires Fafard et Marchand, leur avaient tout sacrifié, leur existence même. Les massacres, la destruction pres- Fi entière de plusieurs de nos établissements ; absolument complète

e plusieurs autres, la pauvreté, le malaise, l'inquiétude, la crainte, le découragement chez les vaincus, la haine et le désespoir chez beaucoup, voilà surtout ce qui m'effraye et me fait presque oublier mes malhents personnels. Chacun assurément souffre plus ou moins de ces malaises et de ces funestes prévisions ; et il me semble que j'en souilre plus qu'aucun autre,

Voici un autre extrait de cotto lettre quo je voudrais aussi citer :

J'adresse À l'honorable ministre de la justice une pétition en faveur des métis compromis dans cette regrettable révolte, non que je l’approuve, bien loin de là, mais je sais positirement que ces pauvreyz révoltés ont été odieusement trompée, on a abusé de leur simplicité et on leur a fait prendre les armes, sans presque qu'ils s’en doutassent. Un misérable avait capté leur confiance, en se donnant comme un homme divin; ils étaient convaincus qu'il avait une pui sance presque divine ; ils redoutaient ses colères et res menaces il aurait eu la foudre er main, qu’il ne se serait pas fait redouter davantage. Il n'en est pas venu là tout d'un coup. Il a profité de tout, de sa popularité d'autrefois, de £a réputation, de la confiance et de l'afiection que ses compatriotes lui portaient, de leur esprit vraiment religieux et parfois superstitieux ; et surtout de leurs griefs contre le gouvernement, comprenant pourtantque pouren devenir absolument maitre, il avait besoin de la religion, il a commencé par faire des efforts pour se gagner l'appui du clergé, tout en travaillant à aigrir les mêtis contre le gouvernement, Illuia été trop facile de réussir eur ce point, mais iln'apu veair à bout des prêtres. Pour obvier à cet écher, il a travaillé longtemps, pour faire croire à ses compatriotes qu'il était un grand emiut. Il passait les jours et les nuits en prières, il jeûnait souvent, et disait à tous qu'il avait une mission vraiment divine, Ila fini par sa douner come l'homme de Dieu, et dès lora rien nele génait plus. Jouissant d'une autorité divine, il état supérieur au clergé et À toute religion. Il n'avait à la bouche que ces mots: ‘Il faut que la volontè de Dieu s'accomplisse."” Plusieurs de ses compatriotes ont été effrayés de ses excès; comme les prêtres ilsont voulu lui résister ; dans les disputes ils les battait par so3 injures, ses mensonges et ses menaces; il les faisait em-

prisonner, il les condamnait à mort même. Comprenant qu'il était im possible de Ini résister, beaucoup 8e réfigidrent goit à Prince-Albert, soit dans le bois. À leur retour, ils se sont trouvés ruinés comme lea autres,

Ainsi honorable et cher monsieur, la plupart des prisonniers de Régina sont victimes du terrorisme surtout, ils sont pus bôtes que conpables, et pour cette raison je demande qu'on soit indulgents pour eux, En demaudunt cette faveur au gouvernemert je puis dire que je serais appuyé par toutes les personnes respectables du pays, de toutes nationalités et de toute dénominatvn religieuse.

Ensuite l'évèque parle des conseillers qui ont aussi été emprisonnés à Regina:

Pour ce qui est des conseillers de ce nouveau Mahdi, «comment les jastifie-? Hélas, cher monsieur, ces pauvres gens ont été chnisis nositivement à cause de leur ignorance et de leur timidité. Dans les assemblées, ilan'osaient pas ouvrir la boucte; on presait les résolutions à leur nez etila ne savaient pas môme ce dont ii s'agissait. Aujourd'hui, l'épouvante eat chez tous les mécis du district, je dirai môme dans toute la nation, bien que se louant de la noble coniuite du général Middleton qui, me disaient de pauvres mères et des missionnaires, Agissait plus en père qu'en vainqueur.

Toutes cos lettres nous donnent la preuve do ce qu'était Riel, Plus on étudie l'histoire do ce soulèvement, plus on examine les documents qui s'y rattachont, plus il est difficile de comprendre comment on a pu même essayor de faire un héros de Riel, Jo ne possède pas que ses lettres quo jo viens do lire, nous on avons aussi d'autros que jo ne lirai pas car elles ont déjà été soumises à la Chambre; nous avons celles dos pères André, Moulin, Bouginville, Lecocq, et du frère Piquet qui disent positivement que la révolte a été l'œuvre de Louis Riel et qu'il était parfaitement sain d'esprit.

Si c'était nécessaire pour compléter les témoignages, nous pourrions aussi donner la preuve des projets désastreux que Riel avait formés, et faire voir qu'il était dans une situation d'esprit qui lui prmottait d'exécuter ses funostes desseins. Los écrits qu'il a publiés, son testament, ses lettres d'adieu, son abjuration de ses erreurs religieuses, tout cela démontre qu'il était sain d'esprit et parfaitoment responsable des actes dont il a été trouvé coupable.

Nous avons aussi la preuve de ses intentions, car il a essayé d'entraîner les sauvages dans le soulèvement; il a eu avec Pied-de-Corbeau, un chef des sauvages, uno entrevuo qui a été publié dans les journaux, et qui prouve au delà de tont doute qu'il a voulu fairo prendro les armes aux sauvages, Nous avons aussi la preuve irréfutublo qu'il a tenté de soulever les sauvages en 1879-80 ; nous avons le témoignage du Père André qui prouve d’une manière indiscutable que dans le dernier soulèvoment les motifs de Riel étaient intéressés, qu'il agissait dans son intérêt personnel et qu'il a déclaré être prôt à sacrifier la cause des métis pourvu qu'on fit droit à sos réclamations contre le gouvornemont,

Nous avons aussi, co qui d'après moi est uno prouve très importante, le fait que le 2 janvior, deux mois avant le soulèvement, sir John a onvoyé une dépècho à Nolin, qui l'a communiquée au Père André et à Riel ; cetto dépèche était au sujet du règlement des affaires des métis. Mais olle no parlait pas d'une indemnité à Riel, et c'est pour cela qu'il a décidé do prondre les armes,

Nous avons en mains toutes ces prouvos, qui ne pouvent pas êtro réfutées, pour montrer jusqu'à quel point cet hommo mérito le piédestal sur lequel on voudrait le placer pour le représenter au peuple canadien comme un héros,

Qui a oublié l'énormo iufluenco dans le pays du sermon prononcé par le pèro Dowd? Voici un homme qui, on dehors de toutes les quostions de parti, étrangor aux considérations politiques, n'ayant on vuo q'e les intérêts do son peuple, déclaro positivement qu'il a cu une entrovue avec l'Archevèque (Grandin et dit :

Il a eu l'avantage d'une entrevue spéciale avec Sa Grâce, Mgr Grand n, archevéque des territoires du Nord-Ouest, le théâtre de la dern ère rebellion. De la bouche même de Sa Grâce il a entendu le rôsit des atrocités qui ont été commises par les sauvages infiièles et les métis faciles à tromper, qui étaient poussés par un homme môchant et sans serupules ; comment de pauvres missionnaires ont été massacrés presque sous les yeux de Sa Grâce; comment les métis ont été poussés à la

révoite, non seulement contre le gouvernement du pays, mais, par les conseils de leur chef pervers, ils avaient 6t6 ameaës à renonçer à leur

foi et à renier un clergé dévoué pour suivre un homme qui voulait déposer le pane et renverser l’église et toute autorité religieuse et civile.

Mais il ÿ a oncoro plus que cela, Do tout ce qu'a fait co malheureux, jo crois que rien no méritait plus lo sort qu'il a subi que la manière dont il a essayé d’ontraînor les sauvages dans le soulèvoment, J'ai en mains une lettro quo lui adrossait l'aiseur.d'Etangs ot autres, datéo de Cut Knifo Hill, lo 29 avril 1885 :

A M. Louis Ris = =

Je veux avoir dos nouvelles dea progrès de l'œuvre de Dieu. S'il est survenu quelque : hose depuis que vos messagers sont venus, laissez-le moi savoir. Dites-moi à quelle date les Américains atteindront le chemin de fer Canadien du Pacifique. Donnez-moi toutes les nouvelles que vous avez des autres places où votre œuvre fait des progrès. Gros-Ours a terminé sa tâche. Îl a pris le fort Pitt, ee à =

Si vous voulez m'avoir, faites-le moi savoir de suite, dit-il, et je l'ai envoyé cherché immédiatement.

Je serai quatre jours en route. Ceux qui sont allés le trouver se coucheront deux fois en chemin, ils ont fuit vingt prisonniers, y compris le commandantau fort Pitt, Ils ont tué onze hommes, y compris l'agent, deux prôtres et six blancs. Nous sommes camps près du cours d'eau immédiatement au-dessous de Cat Kaifa Hill, attendant Gros-Ours, Les Pieds-Noirs ont tué soixante hommes de police au Coude. Un métis qi servait d’interprète aupi 2s de la police, et qui a survécu, bien que blessé, nous & Apport ceite nouvelle. Jci nous avons tué six blancs Nous ne nous sommes pas encore emparé des casernes, maia c'est le seul édifice de Battleford qui soit encore entier. Nous avons capturé tous les chevaux et les bestiaux des environs. Nous avons parue uu homme, un Nez- Percé, qui a 6t6 tué pendant qu'il était seul, et un autre n été blessé, Quelques soldats sont arrivés de Swift Qurrent, mais je n'en connais pas le nombre. Nous avons des fusils et des carabines de toutes sortes, mais les munitions sont peu abondantes ; si c'est possible, envoyez-nous des munitions de toutes sortes. C’est la seule chose qui nous rend faibles. Vous avez fait dire que vous viendriez à Battleford dès que vous auriez terminé vos travaux au lac au Canard. Nous vous attendons encore, car nous sommes incapables de prendre le fort sans aide. Si vous envoyez des nouvelles, n'envoyez qu'ua messager, Nous avons hâte de vous rejoindre. Uela nous encouragerait beaucoup de vous voir, et nous donnerait plus de cœur à l'ouvrage. Jusqu'à présent tout à bien été ici, mais ‘ Jus nous attendons toujours à une visite des soldats. Nousavons confiance que Dieu nous sera aussi favorable dans l'avenir qu'il l'a été dans le passé.

Nous, les soussignés, envoyons des félicitations à vous tons,

(Signé,) FAISEUR-D'ÊTANGS.

OOPINOW-WAY-WIN, MU3SIN ASS, MEË-TAY-WAY-IS, PEK-YAY-OHEW.

Selon moi, cette lottre est d'une grande importance, car elle fait comprendre les dangers auxquels nous étions exposés grâce à cet hommo.

Je vais maintenant passer à un autre point de la question, Je demanderai à aucun député qui a suivi cette affaire, si le gouvernement s’est écarté du droit chemin, s'il est sorti de la plus stricte légalité en punissant Riel ? N'avons-nous pas appliqué les lois passées par co même parlement ? Pendant tout le procès, n'avons-nous pas, autant qu'il ous a été possible, fait droit à toutes les d, mandes de l'avocat de la défense ? L'honorable député do Bellechasse (M. Amyot), en parlant dans cotte Chambro l'autre jour, à dit que le procès avait été injuste et déloyal. Je ne vois pas bien comment il peut prétendre cela ; dans tous les cas lui et ses amis no s'entendent pas sur ce point, Dans un discours prononcé par l'honorable chef de l'opposition à London, jo lis son appréciation sur la manière dont le procès a été conduit, et je vois qu'il dit :

Je crois qu'il est juste de dire que dans mon opinion le gouvernement a bien agi en se chargeant de fuire venir les témoius du prisonnier ; € d'après ce que je connais du principal avocat de la Couronne, je suis convaincu qu'il est impossible que la cause ait été conduite de manière à constituer une injustice pour le prisonnier, ou à être dérogatoire à In haute réputation dont jouissent les avocats de la Couronne et aux graves

devoirs qu'ils avaient à remplir. Je n’exprime donc, pour le moment, aucun doute sur la justice du procès. D'après les renseignements que j: pos: ède tout s'est passé avec équité. Mais outre la question de justce, il est aussi important qu'il y ait un sentiment de confiance publique, de conviction générale, que tout s'est passé avec justice et que voutes les mesures ont été prises pour rendre justice, et je crois que la question doit être examinée à ce point de vue des devoirs du gouvernement,

Mais il ÿ a encore plus que cela, toute recommandablo que soit cetto volonté, Nous avons aussi lo témoignage d'un des avocats de la défense—le témoignage de M. Fitzpatrick, qui a été interviewé à Montréol par un reporter du Star, je crois, Au cours do cot interview il dit que le procès a été

équitable, qu'il a été conduit avec autant de justice qu'il était possible dans les circonstances,

Comme je l'ai dit hier, notre responsabilité était bien grande, ot je crois que tout hommo dans cette chambre ou au dehors, qui a véritablement à cœur les intérêts du Canada, admettre que dans uno question da cette importance, il était du dovoir du gouvernement do considérer quel serait dans l'avenir le résultat de la conduite qu'il allait tenir.

En envisageant l'avenir du Canada, et dans l'intérôt do cot avenir, il me semble quo le chef, celui qui avait causé deux soulèvements dans un si court espace do temps, deux révoltes qui ont coûté tant d'argent au Canada, et tant do vies précieuses, dovait subir la punition du crime qu'il avait commis, Il était important en vue de l'avenir, de donner une leçon à ceux qui ayant do prétendus griets, ou qui prétendant avoir des griefs réels ou imaginaires, auraiont eu envie de suivre l'exemple de Riel en voulant so faire justice eux-mêmes, ot on prenant los armes contre lo gouvernement et contre la constitution, L'axemplo de co malheureux qui a subi la punition de son crime, sera certainement une leçon pour les autres, ot lour fera voir quo si, à l'avenir, ils font comme lui, il: seront passibles du même sort, ot qu'à tout prix la constitution et fes iostitulions de co pays doivent être maintenus ot défendues envers et contre tous, Personne pe doutera, j'en euis sûr, combien profondément nous avons ressenti le caractère pénible du devoir en infligeant la poino de mort,

Mais, M. l'Orateur, l'histoire de tous les pays nous onsoigne que cetto terrible pénalité, est après tout, le seul moyen quo possède la société de so défendre contro coux qui l'attaquent, qui refusent d'obéir aux lois et de respecter la consti. tution établio pour protéger cetto société,

Deux fois, M, l'Orateur, Riel a loté l'étondard do la révolte, en 1870 et en 1885, Je domande à tout homme raisonnable, soit dans cette Chambre, soit au dehors, si nous n'aurions pas méconnu notre devoir si nous l'avions laiseé impuni après la répétition du soulèvement qu'il avait organisé en 1869-70? Ne l'aurionsnous pas, pour ainsi dire invité à organiser une troisième révolte ? N'aurions-nous pas donné un exemple qui oût été probablement désastreux, dans l'avenir, pour le pays ? Et si nous n'avions pas oxécute la sentence, qui a été rendue par le tribunal compéteut, no nous serions-nous pas trouvés dans la position de eus qui auraient déclaré au monde que le gouvernement du Canada tolérait un crime tel que celui de rébellion, avec tous ses meurtres affreux, ot autres malheureuses conséquences ? Je crois que nous aurions manqué à notre devoir, nous aurions manqué à Co courago, que, en notro qualité d'hommes publics et de ministres responsables de la couronne, nous devons posséder, souloment au point de vue du dovoir,si nous n'avions pas laissé la loi suivre son cours, si nous n'avions pas permis que la sentence fût exécutéo, J'ai dit, M, l'Orateur, dans uu autro lieu et dans un autre temp1, que jo détestais la rébellion, et que je n'avais aucune sympathio pour les rébelles, et j'ai été violemment attaqué pour cette déclaration, Eb, bion ! M. l'Orateur, jo prends la libert de répéter, aujourd'hui, cette déclaration ; je veux la répétor do mon siège en parlement, et exprimer l'espoir que ceux qui me sont chers ot porteront mon nom, 8e laisseront toujours guider par le sentiment que j'ai exprimé en cetto occasion.

J'irai plus loin ot ja crois pouvoir dire que la province do Québec, cotte province dont jo suis #i fier, et qui est ma province natale, que cette province, dis-je, hait la rébollion et n'a aucune sympathie pour les rebelles, Ilest vrui que dans un moment de surpriso, d'opinion publique, mais une partio seulement do l'opinion publique, peut s'être laisréo égarer par des agitateurs, qui, pour un objet où un autre, désirait la tourner contre lo gouvernement actuel. ]1 est vrai que, pendant un moment, une partie de l'opinion publique a semblé désapprouver l'action du gonvernement sur cette affairo Riel, devenue historique, Mais, M. l'Oiateur, cette surprise n'a duré qu’un instant, et la réaction s'opère

déjà; la réaction s'accontue do plus en plus chaque jour, et, quand sera vonu le temps d'en appeler encore À cotte opinion publique eur la ligno de conduite suivio par le gouver. nement dans cotto affaire, jo connais assez mn province pour être parfaitement sûr que son verdict exprimera l'opinion que lo gouvernement a fait son dovoir sous des circonstances les plus pénibles, qu'il a fait son devoir envers le pays, ct v'est 00 que nous sommes tenus do faire ici, J'ai été peiné, ML. l'Orateur, de voir dans certains journaux publiés en Canada une accusation de déloyauté portée contre la province de Québec, Ceux qui ont lu l'histoire de notre pays, M. l'Oratour, ceux qui connaissent l'histoire de la provinco de Québec, savent ti ds bien qu'en 1812, après que cette province, ou lo Canudu fruuçais, comme elle était a pelée, eut changé d'allégnance, ot fut passéo d'un drapoau à un autre, cette provinco, ou le Canada français, resta fidèle À la cou. ronne et résiata à toutes les offres alléchantes qui lui furent faites par la république américaine de s'unir à celle-ci dans sa lutte contre l'Angleterre, lutto dans laquelle on lui lais. sait entrevoir pour elle la possibilité d'uno revancho, Je prétends, M. l'Orateur,—et jo crois exprimer l'opinion de tous ceux qui sont on position de parler au nom de leurs compatriotes—que dans toute cette veste Confédération du Canada, parmi toutes les races qui l'habitent, parmi toutes les natiovalités qui composent notre population et conti. tuent le peuple canadien, il n'y a pas uno nationalité, il n'y 4 pas un peuple plus loyal et plus fidèle à la couronne d'Angleterre que le peuple de la province de Québec, Nous ve voulons, M, l'Orateur, rien de plus que co qui nous est dû. 11 nous importe peu d'être trsînés dans les colonnes de certains journaux, Nous ne voulons rien de plus que nos droits; nous ne voulons aucun privilège qui ne soit accordé aux autres ; mais nous voulons être traités sur un pied d'égalité avec tous les autres,

Dans tous les cas, jo puis diro que daus les rangs du parti € nservateur, au moins, il n'y a pas d'hommes déloyaux, Que ce soit sur les rives du Saint-Laurent, ou que ce soit sur los bords de la Saskatchewan, quand nous prenons les armes, C’est duns le but de maintenir l'autorité de la loi et de défendre le gouvernement du pays, et non pour fomenter la rébellion et donner de l'aide aux rebelles. Jo dois dire, M. l'Orateur, que j'ai été surpris de lire uno déclaration faite par l'honorable député de Québec-Est (M, Laurier), si rette Céclaration a é'é bien rapportés, J'ai la dans les jurnaux publiés: à Montréal la déclaration suivante :

Si j avais 6t6 sur les borda de la Saskatchewan, quand la rébellion a éclaté, j'aurais pris les armes contre le gouvernement,

Or, M. l'Orateur, j'ai pu, quelque temps après avoir vu cotte déclaration, lire le serment d'ofico que cet honorable député a prèté, lo 8 octobre 1877, quand il devint membro du Conseil privé du Canada et ce serment se lit commo suit:

Je, Wilfrid Laurier, jure solennellement et sincèrement, fidèle et v.aie allégennce à Sa Majesté la Reine Victoria, souveraine légitime du Royaums-Uni de la Grande-Bretagne, d'Irlande, et de la Puissance du Caoada, dépendant du dit Royaume-Uni : que je la défendrai jusqu'au bout de mes forces contre tout complot conue &a } ersonne, £a Couronne et sa dignité, et que je ferai tout en mon pouvoir pour faire connaître à Sa Majesté, ses Léritiers et successeurs, toute trahison, ou conspiration ettoute tentative que je saurai être faites contre elle, et je jure sans arrière-pensés et eans restriction mentale,

Je crois que l'honorable député qui représente Mégant'e (M, Langelier), a déclaré que cette rébellion n'avait pas été tomentée contre la couronne, mais contre lo gouvernemont du Canada, Cet honorable monsieur est un avocat, et je n’ai aucun douto qu'il convtît parfaitement bien co que déclare l'Acte de l'Amérique Britannique du Nord, article 9, Cet article se lit comme euit:

‘A la Reine continueront d'être et sont par le présent attribués le g:uvernement et le pouvoir exécutif du Cauada.'’

Qu'il considère comme il le voudra, l'honorable x outé do Québec-Est verra quo sa déclaration—que je suppose exactcmont rapportée, chose quo j'ignore cepondant, vu que jo n'étais pas présent à ln grande assemblée devant laquelle elle a été faito—ost extraordinaire. Je suis très heureux do

dire que dans les rangs du parti Conservatour, nous ne possé: dons personne qui ferait uno telle déclaration, J'ai dit que nous avions fait tout simplement notro devoir envers le Canada et envers la province de Québec, Nous réclamons pour notro peuple, pour les descendants des hommen qui ouvrirent au christianisme et à la civilisation le vasto continent de l'Amérique, nous réclamons pour eux qu'ils soient mis sur un pied d'égalité avec les autres nationalités qui habitont le pays. Sur co point nous no ferons jamais de concessions, Pour ce qui me regardo, je n’en ferais aucune sur toute question d'égalité de droits avec ls autres provinces du Canada.

Daus tous les cas c'est notro intérêt d'avoir dans co pays une loi criminelle, qui s'applique également aux Français et aux Anglais, aux Ecossais et aux Irlandais, Il ne doit pas y avoir pour quelqu'un des lois qui diffèrent d'avec celles applicables aux autres; il ne doit pas y avoir une loi criminelle qui s'applique à une nationalité sans être applicable à une autre nutionalité, Nous désirons former un peuple canadien, uni, heureux et soumis à la loi, et c'est seulement à cetto condition que nous pourrons, je crois, réaliser, ou que nous pouvons essayer do réaliser co quo nous croyons être notro destinée sur co continent,

Pour ma part, jo n'ossaiorai jamais do faire naî:ro au sein de la population de la province de Québec, un sentiment de Chauvinisme qui nous sorait fatal, Co sentiment, s'il vouait prévaloir, ne produirait que l’isolemont ot la séparation de la province de Québec des autres provinces, et il ferait naître contre la province de Québec un sontiment hostile dans les autres partios de la (lonfédération, En lisant cotto discussion sur l'affaire Riel, j'ai aussi observé que certaines personnes supposont que le peuple de ja province de Québec ne sympathisait pas avoo les aspirations du peuple des autres provincos, Je puis assurer cette Chambre quo ces personnes sont dans une complète erreur, si elles supposent, un instant, que la saine opinion publique dans notre province n’est pas d'accord avec la saine opinion publique dans les autres provinces. Elles se trompent aussi, si elles eup- . posent un instant que le pouplo de la provinco do Québec sympathise avec le mouvement Riel. L'autro suir l'honorable député de Québec-Est (M: Laurier) a nié, si je l'ai bien compris, que l’on e\t essayé d'organiser un parti national français sur la question Riel. Permettez-moi de citer le discours que l'honorable Céputé a prononcé devant l’aesomblée du champ de Murs ; or, d'après ce discours ot celui de M. Mercier et autres déclarations que jo possède, je désire savoir s'il est possible quo l'honorable député do Québec-Est ignoro le fait qu'une tentativo ait été faite pour organiser un parti national français dans la province do Québec, pour que les démarcations do parti disparussent et qu'un parti national français fut organisé, Voici un extrait du discours prononcé par l'honorable député de Québec-Est devant l'assemblée du champ de Mars, tel que rapporté dans La Patrie du 26 novembre 1885 :

Désormais il n’y a plus ni libéraux ni conservateurs ; mais le grand parti national composé des anciens libéraux et des anciens conservateurs. S'il était appelé à faire l'historique des griefs des métis, il pourrait dire qu’ils ont été victimes de toutes sortes d'exactions, et il croit qu'aucun de ses auditeurs n'aurait hésité, dans le même cas, à prendre le fusil pour faire le coup de feu contre des spéculateurs éaontés.

M. Mercier, qui était aussi présent, à cetto occasion, s'exprima, comme suit:

Kn face de ces crimes, en présence de ces défaillances, quel est notre devoir ? Nous avons trois choses à faire pour punir les coupables : briser l'alliance que nos députés ont faite avec l'orangisme, et recher-. cher, dans une alliance plus naturelle et moins dangereuse, la protection de nos intérêts nationaux. Nous unir! ab! que je me sens À l'aise en prononÇant ce mot. Voilà vingtans que js demande l'union des forces vives de la nation.

Je crois, de plus, que peu après ceite grande assemblée ot plusieurs autres qui ont été tenues pour organiser le parti nationul, des ouvertures furent faites À mon honorable collèguo et ami le secrétaire d'Etat, On lui offrit la direction du nouveau parti national, et on lui promit que les libéraux et les conservateurs, qui devaient composer le nouveau parti

vational, l'acceptoraient comme leur chef. Je remarquo qu'en faisant cotto promesso l'honorable député a cité quel: ques discours; mais, M, l'Oratour, lo soul qu'il a oité eat un discours de l'honorable député d'Hocholaga (M, Desjardins), un Conservateur à cette époque; et en donnant ses explications au sujot de l'organisation du parti national français, il n'a Cortainemont cité aucun des discours do M. Morcior, ou des discours prononcés par des libéraux en cette occasion,

Jo me demande comment il est possible que notre population de la province de Québec puisse avoir de l'admiration pour Riel, Comme oela est bien connu, cetto population ost sincèrement catholique ; elle est dirigée, dans une grando mesure, par #On clergé, vu lo grand attachement qui existe entre elle et lo clergé, Or, comment serait-il possible que lo peuple de la province do Québec pât avoir une telle admi. ration pour Riel, Cet homme, pour réaliser ses fins, a abandonné sa religion; il était prêt à abandonner ses propres compatriotes, et ja lo demande : comment cot homme aurait. il pu être un héros? La lettre do Mgr Grandin, que j'ai lue, fait voir la destruction effrayante dont le chef métis était responsable, ot la misère qu'il avait causée à la population du Nord Ouest, Quiconque lira les lettres quo mon honorablo ami lo député do Montréal-Centro (M. Uurran), a citéos l'autre jour, et qui ont été publiées dans les Annales do la Propagation de la Foi, pensera Cmmo moi, qui ai lu ces documents, et qui connais la condition dans laquelle so trouvaient les paroisses situées sur la Saskatchewan avant la rébellion ; il se demandera comment il est possible d'avoir do la reconnaissance pour un homme qui a répandu la désolation dans presque tous les hameaux de la Saskatchewan ; comment il est possible d'avoir de l'admiration, au lieu de n'avoir que de la haino pour un tel hommo,

Je n'ai jamais compris, ot jo ne puis comprendre encoro que la cause de cet homme ait jimais été la nôtre, Je no puis, pour ma part, consentir à le reconnaître comme lo représentant de notre race, I n'est pas le représentant de notro r'aco ct il no l'a jamais été. Mon attention a été attiré, il y a quelques instants, par un honorable député qui con: naît co dont il parlait, Cot honorable député mo dit que le frère de Louis Riel a déclaé qu'il voterait pour n'importe qui plutôt que pour un Canadien français. Je désire savoir pourquoi, nous, lo peuplo do la province do Québec, sans avoir été consulté par lo chef mé.is, quand il entreprit l’agi. tation, qui se termina par la rébellion—je désire savoir, disje, si nous devons considérer su cause commo la nôtre, ct si nous devons lo considérer comme le représentant de notre pouple ? Il n'est pas le représentant de notre race, et, pour ma part, je no consentirai pas à lo roconnaîtro comme tel, Or, M. l'Orateur, jo suis convaincu, si nous oussions entravé l'opération de la loi; si nous eussions ompèché l'exécution de la sontencs, qu'une ciameur 80 scrait élovéo partout dans la province de Québec, si nous n'avions pas fait Co que nous avons fait, ct si, aprà: l'exécution de la sentence, nous cussions abandonné nos portefeuilles de ministres,

Maintenant, je demar.derai l’indulgence do ja Chambre, si j'abordo un sujot, que on a beaucoup exploité contre moi, et qui a é!é intenticunellement mul intorprèté par mes adversaires, dans le but de me nuire dans ma province, Je veux parler de ce lanquet, si souvent cité, auquel j'ui assisté duns la cité de Winnipeg, J'ai été accusé d'avoir accepté un banquet le jour où Riel devait subir le châtiment de son crime, L'h-norable député do Bellechasse (M, Amyot) qui, aujourd'hui, ponso de moi bien autrement qu'auparavant, à cru qu'il était do son devoir, en p'onouçant son discours, de mentionner co banquet, Il à dit que j'étais allé à Winnipeg dans le but do boiro du champagno sous l'échafaud de Riel Or, M, jl'Orateur, comme je comprends, l'affaire est trôs simple ct très facile à expliquer, J'étais allé à Winnipeg, comme cela est bien Connu, pour régler cortaines réclamations résultant de la rébellion, Les réclamants avaient parcouru des centaines et des containes de milles pour atteindre Winnipeg, afin d'être en état de produire les preuves qu'ils possélaicnt et

d'obtenir un règlement do leurs réclamations, C'était au commencement do l'hiver, et quelquos-uns de cos réclamants dépondaient absolument de l'argent qu'ils avaient droit do recevoir du gouvernement, quel que en fût lo montant, pour supporter les riguours d'un hiver au Nord-Ouest, Sur mu route, jo regus un télégrammo m'informant que mon ami, lo ministro do l'intérieur, qui avait visité lo Nord. Ouest dans les intérêts do 8on département, et qui avait produit, comme il lo fuit généralement partout où il va, une impression dos plus favorables, avait reçu de ses amis do Winuipeg l'offre d'un banquet, et jo fus invité à m'y joindre,

Or, M. l'Oratour, js quittui Ottawa, lo 31 d'octobre, ot en partant, en ma qualité de membre du gouvernomont, jo savais quo Riel no sorait pas exécuté lo 10 novembre, Je savais qu'une commission médicale so rendait dans l'ouest de fait, los médecins partirent le même jour que moi, Jo lirai uno lottre qui mo fut adrosséo pur lo très honorable sir John Macdonald, quo l'honorable député de Québec-Kat a lu, mais n'a pas luo en entier, Cette lettro m'est adroscéo ot st datéo du 20 novembro 1885, La voici :

Orrawa, 20 novembre 1885.

Mox cuen Canov,— Vous dites que vous êtes accus6 d'être parti d'Ot. lawa avant que le gouverneur en conseil en arrivât À une décision au sujet de Louis Riel, et eomme pour éviter de participer à cette décision.

Ve n'est pas le cas. Le conseil est arrivé à la conclusion qu'il était

nécessaire et dans l'intérêt de la justice que la sentence fut exécutée, en votre présence, en votre qualité de membre du conseil, et avant votre départ pour Winnipeg.

Mais, vu l’afidavit de M. Lemieux, que l'état mental de Riel s'était changé pour le pis après s4 condamaation, il fat résolu, en votre gg sence, qu'une enquête serait faite pour savoir si, depuis 8son procès, Riel avait ces36 de distinguer le bien du mal, Et dans ce cas seulement l'exécution de la sentence a été suspendue, Votre présence à Winnipeg était absolument nécessaire pour régler les comptes de l'expédition Militaire résultant de la rébellion.

Votre tout dévoué, J. A. MACDONALD,

Cette lettre fait voir, M, l'Orateur, quo quand jo suis parti pour Winnipeg, il avait été décidé en conseil quo la sentenco devait être exécutée, à moins que des rapports do médecins établissant que l'état mental do Louis Riel s'était changé pour le pis depuis sa condamnation et la sontence rendue contre lui, L'arrêté en conseil du 12 n'est aucune. ment on contradiction avec la lettro ci-dessus, Cetto loitre dit qu'il avait été décidé d'envoyer des médecins, et qu'en conséquence, lo consoil avait résolu que l'exécution n'aurait pas licu le 10 novembre,

Le rapport des médecins est daté do Régina le 8, et il était impossible qu'il arriva ici et que l'ordre de l'exécution fut transmis pour lo 10, Cela était matériollemont impossible, Lo magistrat accorda un sursis à Riel jusqu’av 16, ot un arrêté du conseil du 12 décréta que la loi suivrait son Cours, Ainsi jo no vois aucune contradiction, commo quolques-uns ont essayé do lo fairo voir, entrola lottro que "ir John m'adressait ot l'arrêté du conseil auquel je réfûre,

J'ai été aussi violemment accusé à propos des paroles que j'ai prononcées à co banquet, Je dois, M, l'Orateur, répêter co que j'ai dit à co sujet: les quelques parolss que j'ai pro. noncécs alors ont été publiées ct jo suis prêt à êtro jugé d'après ces paroles; n'est-il pas évident aussi que c'était dans lo seul but do m'injurier qu'on a soulové cotto tempête à propos du banquet do Winnipeg? Puisque je savais que l'exécution n'aurait pas lieu le 10, quelle raison avaie-je do refuser uno invitation qui m'était faite par l'association libérale conservatrice de Winnipeg, l'organisation politiquo do notre parti, formée do citoyens qui sont dans l'intimité des chefs du parti, qui offraient un banquet à l'honorablo M. White et qui m'ont fait la politesse do m'inviter ? Mon iCceptation était done une chose tont à fait ordinaire, puisque jo savais que l'exécution n'aurait pas licu; quant aux 16 narques que j'ai faites, tout homme loyal en aurait dit autant, c'est à dire que je n'avais aucune sympathie pour les rebelles et quo je détestais la rébellion, Est-co uno décluration que moi, Canadien français, venant de la province de Québec, je n'aurais pas dû faire ? Sont.co là des paroles que mes compatriotes no devraicut pas mo permettro do pro

J'était au clamants droit do nt, pour

Sur ma uo mon lo Nord.

qui avait | va, une amis do joindre, re, ot en

mont, jo bre, Jo l'ouest noi, Jo

onorable ébec- Hat adresséo

re 1885,

arti d'Ot.

cision au décision, qu'il était icutée, en aat votre

el s'était otre pré- >eùs, Riel eutement à Winnixpédition

NALD,

jo suis quo la orts do | s'était ontence auçunoo lottre t qu'en n'aurait

8,etil écution ‘impos:

u 16, ot ait son 10 quolque ir e les que répêter ai pro.

ro Jugé it dans npèête à ais que je de

ciation

litiquo itimité Lorablo ? Mon , puisnt aux ait dit our los écluraice de cs quo o pro

ns

noncor soit À Winnipog, soit dans uno autre partio du pays, soit À l'étrangor ? O'ost pour cela quo j'ai été attaqué, On a voulu séparer ma cause do celle de mes collègues qui, jo dois le dire ot je suis fier do lo dire, so sont montrés si loyaux ot si fidèles onvers moi pendant toutos cos diMicultés, Ceux qui m'ont attaqué disaiont quo nous avions sucrifié les droits de notre provinco, que nous avions été traîtrea onvors nos compatriotes, que nous les avions sncrifiés à l'orangisme et au protestantisme,

Le rapport que mon honorablo ami a déporé aujourd'hui sur lo bureau de la Chambre fait voir jusqu'à quel point nous avons été influencé des considérations do co genre; ct d'autres accusations toutes aussi odieuses tomboront d'ellesmêmos lorsqu'il nous sera possible À produire d'antros documents qui foront voir avec quelle injustice nous avons &!é traité durant toute cette agitation,

L'honorablo député de Bellechasso (M. Amyot), perlant do moi, disait que j'ai vendu ma province et mes compatriotos aux orangistes, Mais, M, l'Oratour, lorsquo cot honorable député, co pourquoi jo l'ai admiré, est venu nous offrir sos services ot ceux du bataillon qu'il commande pour aller réprimer la révolte, fuisait.il plus que son devoir ? No faisait-il pas exactement ce que j'ai fait pendant tous ce troubles ? Lui, comme soldat, combattait pour son pays au premier rang ; et moi, revêtu do l'autorité de ministre de la milice je faisais tous mes efforts pour que ceux qui allaient À l'ennemi eussent tout le confort qu'il était possible do leur donner.

D'ailleurs je no demande pas à être jugé autrement que jo l'ai été par l'honorable député luimëme, Jo référerai à quelques-unes dos lettres ot des dépèches dans lesquelles il exprime uno grando admiration pour les services que j'ai rendus, Il est vrai quo sa grando amabilité à cotto époque, exagérait mes mérites, comme avjourd'hui il exagôre co qu’il appelle mes fautes, Mais avant d'en finir avec cotto question du banquet j'aimerais À communiquer à la Chambre cortainos déclarations écrites qui m'ont été envoyées, et jo voudrais aussi expliquer le but do ces déclarations,

D'ordinaire je n'ai pas la réputation do courir après les dîners ou de me donner du trouble pour en avoir, Possédant un Cortain nombre d'amis, jo puis toujours avoir un dîner sans avoir à le demander, Mais on a dit dans les journaux, et quelqu'un a répété quo ce banquet n'aurait pas réussi si je n'avais pas promis aux organisatours quo Louis Riel rerait pendu, N'est-ce pas aussi injuste pour ces messieurs que pour moi-même que de prétendre qu'après avoir envoyé une invitation par lo té'égrapho à deux ministres de la couronne, ces mêmes personnes, qui sont des gentilshommes, auraient ensuito menaté de retirer leur parole à moins qu'uno promosso ne leur fut faite ? Si queiqu'un était venu me demander de lui faire une promesse, quelque insignifianto qu'elle put être, afin d'avoir un dîner de lui ou d'autres, jo lui aurais dit: gardez votre dîner, je peux m'en payer un; je ne veux pas m'asceoir à la table d'un homme qui exige de moi une promesse quelconque en échange do son hospitalité,

J'ai ici des déclarations écrites qui m'ont été adressées par les organisateurs de co banquet ; j'en lirai une, pour ne pas abuser du temps de la Chambre en les lisant toutes, mais si cn veut me lo permottre je les communiquerai aux Débats pour qu'elles puissent paraître dans lo rapport, car il ost assez important pour moi qu'elles soient publiées, Lo document que je vais lire est une déclaration do M, Scarth, qui est bien connu ici et encore mieux à Toronto, et dont l'honoræbilité est au-dessus de tout soupçon. Sa déclaration se lit comme suit :

Je, William Bain Searth, de la ville de Winnipeg, dans le comté ce Selkirk, et dans la province du Manitoba, écuier, déclare solennelleme Qu'il est venu À ma connaissance qu'on a fait courir le bruit que le banquet qui a été donné à sir A, P. Caron et à son collègue, le 10 outre sous les auspices de l'association conservatrice, n'aurait pas

eu lieu si sir À. P. Caron ne nous avait pas donné l'assurance que Riel serait pendu.

M, MILLS : Ecoutez, écoutez.

Sir ADOLPHE CARON :

29 Que ce rapport est faux,

L'honorablo député peut dire maintenant : écoutez, écou* tez, Bion qu'il soit mon adversaire, il doit être fier do voir quo la réputation d'un de ses collègues dans cetto Chambre u été vongéo de cotto manidro,

3 Que jo suis le président de l'association de Winnipeg, et que J'étais le président du comité du banquet, que j'ai aussi présidé à ce bunquei, ei que je connais tous les faits qui se rapportent à ce banquet,

4° Que le 30 septembre dernier, j'ai fait savoir à l'honorable Thomas White, qui était alors à Winnipeg, que l'association conservauice déairalt lui offrir un banquet au retour de adn voyage à travers le Manitoba etles territoires du Nord-Ouest, et je lui demandai de me dire la date probablo de son retour, afin que l'association fut avertie à temps.

5° Que le ou vers le 16 octobre dernier, le dit honorable Thomas White me télégraphia qu'il serait à Winnipeg le jeudi, 8 novembre dernier,

6® Que sur la réception de ce télégramme, j'ai convoqué une réunion de l'association, et il fut alors décidé d'offrir un banquet à l'honorable M. White, le 10 novembre, et comme il était annoncé que sir A. P. Caron venait à Winnipeg, il fut décidé à cette même nagsemblée, d'offrir le banquet aux deux ministres, sir A. P, Oaron et l'honorable Thomas White, À la date mentionnée ci-dessus,

1° Que les dépôches suivantes furent envoyées :

WinNiPEG, 3 novembre 1685, A l'honorable Taomas Wuire, Manitou, Man.

L'association conservatrice offre un banquet à vous et à sir A. P, Curon, mardi soir, le 10 courant, Veuillez télégraphier si vous acceptez, (Signé) W. B. SCARTH.

Winnire0, 3 novembre 1885, Sir A, P. Canon, Ottawa, Ont,

L'association conservatrice de Winnipeg offre un banquet à vous et

à M. White, mardi eoir, le 10 courant, Télégraphiez si vous serez

vrésent.

(Signé) W. B. SCARTH.

Los réponses suivantes furent faites :

Cuicaao, ILL., 5 novembre 1885.

A l'association conservatrice, Winnipeg.

Je serai à vous samedi. Beaueoup de remerciements à l'asso. ciation conservatrice de Winnipeg pour son amabilité en offrant un

banquet À mon collègue et à moi.

(Signé) A. P. CARON.

Monpsx, 3 novembre 1865,

A W. B. Scantn.

Veuillez transmettre à lapasiates cnrs pen acceptation reconnaissante da banquet qu'elle me propcsas pour le 10 courant.

—. L (Signé) THOMAS WHITE.

8° Que sur la foi de ces réponses, les préparatifs commennèrent de suite et sans autres communications aux promesses des ministres, et qu'ils furent contioués sans interruption jusqu'au jour du banquet, bien qu'il fut alors connu que Riel avait abtenu un sursis.

9° Que je n'ai pas, et qu'ù ma connaissance, aucun des membres du comité, ni aucune personne ayant un contrôle sur les arrangements du banquet, n'a parlé à sir A. P. Caron avant le banquet pour savoir si Riel serait pendu ou non, où n’a cherché à obtenir de sir A. P, Caron la promesse qu'il serait pendu. —

10° Que ni moi, ni aucun membre du comité du banquet, à ma connaissance, n'avons obtenu où demandé avant Je banquet de sir A. P. Caron l'assurance que Riel serait pendu. :

11° Que la question de l'intervention du gouvernement dans l'affaire Riel fut mentionné: par un membre du comité à une réunion tenue, dans l'après-midi ou la soirée de la veille du banquet, et tout ce que j'ai dit alors c'est que nous pouvions nous sttendre à ce que la loi serait bien administrée et que nous pouvious ave; confiance laisser l'affaire entre les maius du chef du gouvernement, qui avait pendant si longtemps administré avec sagesse les affaires de l'Etat. = =

12° L'association conservatrice n’a jamais nommé de députation ou de délégation pour discuter la question Riel avec sir A P. Caron, et par conséquent aucune discussion de cette nature n'aeu lieu. Et je fais cette déclaration, la croyant conaciencieusement vraie et en vertu de l'acte passé dans la 37e année du pepe de Sa Are ET “ Acte our la suppression des serments volontaireset extrajudiciaires. PERS (Signé) W. B. SCARTH.

Prise devant moià Winnipeg, }

dans le comté de Selkük,

ce 39 novembre 1885.

(Sigué) A. D. MoCLexaGnan, =

Commissaire pour recevoir les affidavits,

Voici maintenant la déclaration de M, Gilmour :

Je, Thomas Henry Gilmour, du comté de Selkirk, dans la province du Manitoba, avocat, déclare solennellement : ' ——

1° Que je suis et qu'avant et depuis le ler novembre courant j'étais le secrétaire de l'association libérale conservatrice de Winaipeg ; 29 J'ai agi comme secrétaire du comité nommé par l'association pour offrir un bauquet à sir A. P. Caron et à l'honorable Thomas White à Winnipeg,

le 10 novembre Courant, et comme membre de co comiié j Otais ex oficio secrétaire de tous les sous-comités nommés en rapport avec ce bauquet 8° En ma dite qualité de secrétaire j'étais présent à toutes les réunions du comité du banquet, et pendant les préparatifs du dit banquet et pen dant environ douze jours avant ce banquet, je suis venu en contact Journalier avec les différents membres du comité an sujet des dispositions À prendre pour le banquet, 4° J'ai rencontré sir A, P. Oaron, et Ja! convers6 avec lui avant le banquet, et jamais je n'ai entendu quel. qu'un lui dire que le banquet n'aurait pas lieu si Riel n'était pra txocut6, e4 js n'ai jamais entendu sir À, P, Caron dire ou laleser entendre à mol où à d'autres que Riel serait peudu, ot je no l'ai jamais entendu faire une promesse à cet effet, Lundi après-midi, le 9 novembre, la veille du banquet, une réunion du comité eu lieu pour prendre les Arrangenionts définitifs, J'étais présent à cette réunion et j'y ai agi comme secrétaire du comité, et À cette date jo ne savais pas, et au meil. leur de ma counaissance aucun membre du comité ne savait quelle serait la conduite du gouvernement à l'égard de Riel ; un membre du comité nyant demande si quelqu'un savait si Riel serait exécuté ou non, M, W, D, Noarth, le président de l'association, qui occupait le fauteuil, déclara “lors que tous les conservateurs devaient être convaincus que le gouvernement adopterait la meilleure ligne de conduite, quoiqu'il advint, et qu'il croyait que eette question ne devait en aucune manière influer sur hotre conduite À propos du banquet ; et jusqu'au moment du banquet et même après le banquet je n'ai eu aucun renseignement d'une source quelconque concernant Riel, si ce n'est qu'il avait obtenu un sursis jasqu'au 16 novembre, Je ne crois pas qu'aueun membre du comité du banquet ou de l'association ait reçu à cette époque aucun renseignement de ir À. P, Caron quant à la conduite que tiendrait le gouveruement à l'égard de Riel,

Que les bruits et leg rumeurs qu'on m'a dit circuler dans certains Quartiers et disant que le banquet n'anrait pas eu lieu si la promesse n'avait 0t6 fuite que Riel serait exécuté sont sans fondemeut et entièrement faux au meilleur de ma connaissance, Le seul mobile des son servateurs était d'honorer deux des chefs dans lesquels ils ont confinuce, Je fais cette déclaration, la croyant congciencieusement vraie, et en vertu de l'acte pasié dans ln 37ème année du règne de Sa Majesté, in- Utulé : * Acte pour la suppres:ion des serments volontai-es et extra judi- Ciaires,

(Signé) T. H, GILMIUR Prise devant moi à Wionipeg, dans le | comté de Selkirk, ge 30èm> jour de novembre 1885.

J. W.E, Danny, commissaire pour recevoir les aMlavite.

Ces déclarations sont corroboiéos par «les lettres que j'ai reques ue mon ami l'honorable député do Provencher (M. Royal) et de plusiours autres mossieurs quo j'ai va pendant mon séjour à Winnipog, et toutos déclarent Pusitivement que les bruits qu'on à fait courir dans le but de mo faire du tort sont complètement faux, La lettre de M, Royal est on français et 80 lit comme suit :

SaiNt-Bonirace, Manirona, 30 novembre 1885,

Mon cusn sin Apozrie,—J'ai reçu votre lettre du 24 et je m'empre:ss d'affirmer qu’il est faux que le banquet conservateur du 10 À Wiunipeg n'ait eu lieu qu'à la suite d'une entrevue qus vous auriez eue, vous et le ministre de l'intérieur, avec une députation, au cours de laquelle vous auriez promis que R'el serait pendu, Si j'ai bonne mémoire, vous auriez reçu votre invitation d'assister à ce diner, organisé en l'honneur de White, à Saint-Paul, en route pour Winnipeg,

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