L'ÉLECTION DE QUÉBEC PRONONCÉ LE 16 AVRIL
A L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE
L'élection de la ville de Québec en 1858 est restée fameuse dans nos annales politiques, Elle fut réellement contrôlée par la populace et non par les officiers désignés à cet effet, Actes de violence, intimidation des électeurs, prise de possession des polls par des hommes armés d'armes à feu et de bâtons, fermeture forcée de plusieurs bureaux de votation pendant des heures, meurtre de deux hommes, un plus grand nombre sérieusement blessés, inscription frauduleuse de cinq à six mille votes: rien ne manqua aux deux journées qui se terminèrent par l'élection de l'honorable Charles Alleyn et de MM. Hipolyte Dubord et George-Honoré Simard. Beaucoup d'individus votèrent plusieurs fois sous des noms différents, grâce à des déguisements : cette pratique n’est pas tombée en désuétude dans nos grands centres! C'est en vain que cinq cents constables spéciaux avaient été employés à maintenir l'ordre ; le flot populaire les balaya. L'élection fut contestée devant un comité de la Chambre, qui, après avoir rapporté tous ces faits, en conclut que, malgré les milliers de faux votes, MM. Alleyn, Dubord et Simard avaient eu réellement la pluralité des suffrages, Il s'était donné à cette élection 15,151 votes! Le comité n'avait pas fait preuve de beaucoup de diligence, car ce n’est qu'à la troisième session qui suivit l'élection qu'il accoucha d’un rapport. L'intérêt de parti n’est pas toujours conformé à la justice! Le comité cependant ne se contenta pas de recommander que l'élection fût annulée, il proposa d'enlever à la ville de Québec ses droits de représentation. Mais cette proposition fut combattue à la fois par M. Cartier et M. Dorion, qui n'avaient pas pour habitude d'être du même avis. La proposition par M. Cartier de remettre la prise en considération du rapport obtint 66 voix contre 44.
212 L'ÉLECTION DE QUÉBEC M. l'Orateur,
Je dois combattre la motion qui nous demande d'approuver le rapport du comité, et en proposer Fajournement.
Le comité nous expose des cas de violence survenus dans la dernière élection à la suite d'un grand rassemblement d'électeurs. Ses membres ne savent peut-être pas que les électeurs de Québec ne demeurent pas tous dans l'enceinte de la ville, mais qu'ils comprennent aussi la population extra muros, et qu'ils sont au nombre de huit à neuf mille.
Les honorables membres de cette Chambre n'ignorent pas que le gouvernement doit leur soumettre demain un bill qui a déjà été adopté en seconde délibération et qui tout probablement deviendra loi bientôt. Cette loi, qui décrète une division judicieuse de la ville de Québec en trois circonscriptions, facilitera considérablement l'élection prochaine.
Les rassemblements ne seront plus aussi nombreux, les votants seront divisés en trois groupes, et il sera plus facile en conséquence de maintenir la paix.
Je m'opposerai à toute mesure tendant à défranchiser les électeurs de Québec. Nonobstant les actes de violence, le comité a été d'avis que les députés élus avaient la majorité des votes réguliers. Il est aussi prouvé qu'ils ont été absolument étrangers aux violences, Les votes illégaux d’un certain nombre d'émeutiers ne doivent pas priver les honnêtes électeurs de leurs privilèges.
Québec n’est pas la seule ville qui ait été témoin d'actes de violence en temps d'élection. A ce compte, Montréal, qui a eu tant d'élections tumultueuses, marquées plus d’une fois par des pertes de vies, aurait été privée depuis longtemps du droit d'être représontée dans les Chambres, En Angleterre, il est arrivé que des villes et des bourgs ont été défranchisés pour cause de corruption générale, mais je ne connais pas d’exemple où ils l’aiont été pour cause de violence. Ce qui est arrivé à Québec est un cas exceptionnel, qui n’est pas le fait des vrais électeurs, car le caractère calme et paisible de sa population est bien connu.
Je propose en conséquence le renvoi du débat à huit jours.