AUX ÉLECTEURS DU COMTÉ DE VERCIÈRES
Messieurs,
Vous venez d'être témoins d'une lutte électorale remarquable sous plus d'un rupport, d'abord parce qu'une élection contestée est un fait assez rare dans l’histoire de votre comté, €: ensuite parce que la bonne entente n’a cessé de régner un instant, soit avant, soit durant l'élection, entre les deux candidats qui avaient l'honneur de briguer vos suffrages. Les électeurs comme les candidats sont entrés amis dans la lutte et en sont sortis amis, il devait en être ainsi.
Car vous n’uviez pas à choisir entre un ami et un ennemi, mais entre deux amis. Ce n’était pour vous qu'une question de préférence personnelle, Vous aviez à décider lequel des deux candidats possédait le plus de titres pour vous représenter au Parlement et soutenir vos intérêts locaux et ceux du pays en général. Le résultat de l'élection a fait pencher la balance en ma faveur, et m'a conféré le mandat le plus important et le plus sacré qu'il vous soit possible de confier à un homme: cului de prendre part en votre nom à la législation du pays.
Tout en vous offrant mes remerciements les plus sincères pour cet honneur insigne et pour la confiance dont vous m'avez honoré en me choisissant pour vous représenter, j'avoue que j'appréhende que ma faible capacité ne soit pas toujours à la hauteur des devoirs que j'aurai à remplir comme membre du Parlement, Néanmoins, je puis vous assurer que je n’épargnerai aucun effort pour m’acquitter de mon mieux de mes nouvelles et importantes fonctions, comp-
tant aussi beaucoup, pour m'aider à atteindre ce but, sur le concours que je dois attendre du patriotisme, des lumières et de l'intelligence qui distinguent à un haut degré les électeurs du comté de Verchères. Je vous invite donc à vous mettre en tout temps en rapport avec moi et à me fuire connaître soit les besoins du comté, soit votre appréciation des intérêts du pays au point de, vue général.
Permettez-moi maintenant d'offrir spécialement mes remerciements les plus sincères aux actifs et chaleureux amis, qui, par leur ardeur, leurs efforts et leur énergie m'ont assuré le succès, et permettez-moi de même d'offrir mes remerciements à ceux des électeurs qui se sont opposés à mon élection, pour les bons égards et la bienveillance qu'ils m'ont témoignés pendant et après la lutte. Je puis les assurer que je n’entretiens contre eux aucun sentiment de vengeance pour l'opposition qu'ils m'ont faite, La lutte électorale qui a eu lieu n’a changé en rien mes dispositions à leur égard, et j'ai lieu €, croire qu'il en est de même de leurs propres dispositions. Je compte parmi ceux qui m'ont combattu un grand nombre d'amis qui avaient promis leur appui à mon concurrent, avant même qu'il fût question de moi comme candidat, et je ne puis leur en vouloir parce qu'ils ont tenu parole,
Avant de terminer, i! me faut mentionner une des heureuses causes qui ont dû contribuer à dégager la lutte des troubles, des excès et du jeu des mauvaises passions qui ordinairement accompagnent les élections. Cette cause est la tempérance observéo généralement par les citoyens du comté de Verchères. Je ne puis m'empêcher de signaler un fait qui a eu lieu à Varennes, la paroisse la plus considérable du comté, et dont les habitants sont presque tous membres de la société de tempérance. Durant les jours tixés pour la votation, le village de Varennes a réuni plus de quatre cents personnes venues, la plupart, d’une distance assez considérable pour enregistrer leurs votes, et pas une seule n’a fait usage de spiritueux. Et durant la votation il y a eu une telle absence d’excitation et d'excès, qu’un grand nombre d’électeurs qui demeurent loin du village, ont profité de l’occasion pour accomplir leur devoir pascal. C’est un nouveau trait de mœurs électorales que de voir ainsi un électeur remplir en même temps son double devoir de chrétien et de citoyen, et jo suis heureux de le faire connaître parce qu’il honore le comté et